lundi, août 07, 2006

 

Par la fascination, le neo bouddhisme vise-t-il discretement la conquete des esprits au pretexte honorable de leur emancipation ?


Arte : Sept ans au Tibet / Seven Years in Tibet Posted by Picasa

Libellés : , , , , , ,


 

NEO BOUDDHISME, perversion du lien et crispations communautaires, essai, par Marc Bosche, France, texte integral HTML et PDF en acces libre sous licence Creative Commons, 274 pages, 28 mars 2006. Posted by Picasa

mercredi, mars 29, 2006

 

Texte intégral

version beta











MARC BOSCHE



Perversion du lien & crispations communautaires

Néo bouddhisme

Quand le bouddha ne sourit plus



Essai & fiction spéculative


Avec de nombreux liens
vers d’autres ressources bibliographiques en ligne









Pour augmenter la taille des caractères et améliorer votre confort de lecture, vous pouvez à votre convenance choisir "grande" ou même "la plus grande" dans le menu "affichage", rubrique "taille des caractères", accessible en haut de votre explorateur internet.


PDF Cette version Blogger convient bien pour une première découverte de ce livre et pour en feuilleter aisément les contenus. Cependant elle ne permet pas l'affichage des quelques photographies incluses au fil du texte. Pour accéder à la version illustrée, merci de bien vouloir ouvrir au choix la version html : http://marc-bosche.pros.orange.fr/menu5_page6.html ou la version pdf, http://marc-bosche.pros.orange.fr/menu5_page6.pdf
Ces versions peuvent également s'ouvrir à partir de la plateforme de téléchargement : http://marc-bosche.pros.orange.fr/menu5_page10.html





















DU MÊME AUTEUR
CHEZ LE MÊME ÉDITEUR :

« Le Voyage de la 5ème Saison
Une lamaserie en Europe
Le récit d’une expérience monastique »
Sur papier bouffant d’édition, broché, 218 pages, 2001.

« Nirvana
Le réveil des oiseaux »
Roman (thriller),
Sur papier bouffant d’édition, broché, 218 pages, 2001.

« Gouttes de rosée aux jardins du lotus,
L’inversion de l'utopie » essai
Sur papier bouffant d'édition, broché, 128 pages, 2004.


Ces ouvrages sont également disponibles :
sur le Web (accès libre et gratuit, texte intégral, en html et en pdf) :
http://livres-de-marc-bosche-pdf.blogspot.com/


et sur Google Recherche de Livres http://livres.google.fr/ (texte intégral en ligne) indiquer : Marc Bosche dans la boîte de recherche.
Marc Bosche est partenaire édition du programme Google recherche de livres France. Ses livres sont également mis à disposition dans le cadre du projet numérique Bibliothèques Google.


pour les personnes handicapées :
La Bibliothèque Sonore SARL met à la disposition des personnes mal voyantes et non voyantes les ouvrages en version sonore de Marc Bosche sur CD Rom enregistrés au format audio MP3.
Contact au 06 61 44 79 31











SUR L’AUTEUR



Marc Bosche naît en Corrèze en 1959. Diplômé de l’Essec, il passe une licence de psychologie (Paris Sorbonne-René Descartes). Alumnus de la Rotary Foundation International, il décroche un Master degree à Bowling Green State University (Ohio, U.S.A.), puis obtient un diplôme d’étude approfondie en sociologie des organisations (Paris Dauphine).

Ses thèmes de recherche sont alors les paradoxes de l’action. Ses premiers articles académiques, publiés dès 1984, portent sur la culture sociale des organisations. En 1985, il est volontaire au service national actif, attaché adjoint à l’ambassade de France à Séoul.

Il observe que les résidents français perçoivent les usages et les valeurs de ce peuple d’Extrême-Orient d’une manière différente des Coréens eux-mêmes. Les préjugés occidentaux « parlent » tout autant de ceux qui les affirment, que de cet autre que leurs représentations prétendent définir. Au cours de voyages fréquents en l’Asie de l’est, il étudie cette question des stéréotypes culturels projetés vers d’autres nationalités, et poursuit cette recherche par sa thèse de doctorat (Paris Dauphine).

L’auteur est pendant neuf ans professeur chercheur à l’Essec. Il devient responsable du département sciences humaines de cette grande école. L’université Keio l’invite à Tokyo pour y enseigner l’interculturalité comme Visiting Associate Professor.

Il dirige Le management interculturel chez Nathan Université, qui reçoit le prix ComEx du meilleur ouvrage sur ce thème. Il publie dans l’encyclopédie Vuibert, dans les revues Harvard L’Expansion et Interculture, ainsi que dans Le Monde Diplomatique...

Entre-temps, fin 1988, il a rencontré un lama, vivant en Europe, qui a consacré plus de vingt années à la méditation dans les ermitages du Tibet, avant la présence chinoise. C’est l’un des tout derniers moines, en exil, de cette génération éduquée à l’ancienne, formée et mûrie dans le berceau traditionnel du Pays des Neiges.

L’auteur étudie auprès de celui-ci les bases anthropologiques de son système culturel, et adopte pour un an la vie de moine novice dans la lamaserie dont le vieil homme assure la direction spirituelle. En 1995 il est l’un de ses secrétaires. Il répond pour lui à la correspondance épistolaire avec des disciples occidentaux. Il assure une édition littéraire des transcriptions de ses enseignements publics pour ses deux derniers livres.

Le rinpoché s’éteint le 31 octobre 1997 à l’âge de quatre-vingts ans. L’anthropologue recouvre sa liberté. Il publie le récit de cette expérience avec Le Voyage de la 5ème Saison, puis un premier roman, Nirvana. L’essai Gouttes de Rosée aux jardins du Lotus, l’inversion de l’utopie constitue le troisième volet de ce triptyque.

L’ensemble de ces livres en texte intégral est aujourd’hui accessible gratuitement depuis la micro plateforme de téléchargement légal mise à disposition par l’auteur pour les internautes.






Indicatif éditeur (AFNIL) : 2-9516584

















ISBN 2-9516584-3-5



Copyright Marc Bosche 28 mars 2006,
pour la présente édition numérique.



REMERCIEMENTS


Les membres du forum bouddhismes & dépendance reconnaîtront dans ce livre certaines des problématiques, voire même certaines des idées, évoquées ensemble sur leur forum. Ceci n’est pas dû au hasard, même si l’auteur a choisi ici de donner une lecture plus personnelle de ces idées que dans les discussions publiques sur le Web. Environ soixante personnes dûment inscrites sur le forum bouddhismes & dépendance ont chacune à leur manière contribué par leurs messages (pour certains succincts voire uniques, pour d’autres très détaillés et nombreux) à faire évoluer cette réflexion interactive et, souvent, en temps réel, grâce à la réactivité du forum public. Merci à eux tous.

Je remercie à cet égard Ti., psychanalyste et psychothérapeute, qui m’a communiqué d’intéressants documents sur la perversion du lien, et dont l’expertise sur ce sujet m’a été si précieuse. Je remercie aussi Wa. qui a apporté avec bonne humeur ses éclaircissements, sa curiosité d’esprit et un riche expérience personnelle des sujets traités sur le forum. Merci enfin à T. pour son immense culture, sa connaissance des bouddhismes japonais et des arts martiaux.

Que les personnes, dont j’ai préservé ici l’anonymat, qui m’ont si aimablement communiquées des liens utiles pour la rubrique ressources en ligne du forum soient aussi chaleureusement remerciées, même si je ne peux les citer toutes ici, je n’oublie pas en particulier les contributions de Mi.
Ces précieuses références bibliographiques Internet ont été mises en forme, puis commentées par l’auteur sur le site http://bouddhismes.info/ avant de trouver ici leur place en fin d’ouvrage. J’invite chacun à les consulter et à les explorer, voire à nous communiquer de nouveaux liens cruciaux sur ces sujets vers des sites qui n’y figureraient pas encore.

Le présent livre n’est donc pas un travail solitaire, mais le fruit de près de deux années d’une intense correspondance sur le Web avec quelques personnes très intéressées par ces sujets, je pense tout particulièrement à Te., Ti., Mi, Th., Ca., J.F., M.E., Pi. et Do.

Certains autres correspondants ont souhaité que leur témoignage figure en ligne. Dans ce cas les citations sont entre guillemets, souvent en italique et portent éventuellement un pseudonyme choisi par leur auteur comme Albator ou Rahansor… pour en indiquer la source. Je leur exprime à nouveau toute mon appréciation

J’ai reçu des menaces circonstanciées de mort à l’occasion du forum. Elles sont d’ailleurs reproduites sous forme de brefs extraits dans ces pages au chapitre intitulé violences rituelles. Je remercie tous les internautes, particulièrement Sa., Th., Wa., Ti., qui m’ont aidé et soutenu très efficacement dans ces moments. On découvre vraiment la part collective mais aussi individuelle de ce soutien dans ces circonstances. Cela me conforte et m’encourage pour mettre aujourd’hui à la disposition de chacun ces contenus, que j’ai voulus citoyens, sur ces thèmes.

Mise à Jour / nouveau. Sans que nous l'ayons sollicité, nous venons de recevoir un email d'excuse de l'auteur des menaces. Celui-ci regrette son geste, avec politesse. Il a de plus décidé d'agir dans le sens d'une information plus grande sur les dérives éventuelles du tantrisme bouddhique et de publier des écrits informatifs. L'auteur ayant fait amende honorable, nous avons donc accepté ses regrets et avons donc nous aussi tourné la page. Nous l'aiderons de notre mieux à l'avenir à faire connaître son travail d'écriture dédié à l'information du grand public. C'est une très bonne nouvelle.



Merci enfin à C. P. pour son franc parler et son propre travail sans artifices sur ces thèmes.

L’auteur











AVANT-PROPOS



Ce livre en ligne a été élaboré en plusieurs moments interactifs sur le Web.

Il est né d’un forum Internet public consacré au thème bouddhismes & dépendance dont l’auteur du présent livre était l’administrateur. Les discussions du forum peuvent toujours être consultées sous forme d’archives en ligne.

Les textes plus longs et les plus significatifs, signés par l’auteur sur ce forum, ont ensuite été organisés et mis en forme dans un site Web consacré aux difficultés de l’adaptation du bouddhisme en Occident ( http://bouddhismes.info/ ). Ce site est visité par plusieurs milliers d'internautes chaque mois.

Enfin ce dernier site Web a servi de support textuel au présent ouvrage, et la correspondance échangée depuis avec les internautes qui le découvrent a permis aussi de faire encore évoluer certains de ses contenus.

Les textes et les liens utiles trouvés sur le Web ont été cités sous forme de brefs extraits pour l’exemple, conformément au droit de l’édition en vigueur. Leurs citations figurent entre guillemets et parfois en italique afin de mieux les identifier.
Nous n’avons pas pu vérifier la plupart des sources primaires, en amont du texte effectivement mis en ligne par des tiers. Merci de nous signaler si une citation ou une source secondaire citée était inexacte ou incorrectement attribuée à son auteur.

La discussion a donc commencé bien avant l’édition en ligne de ces pages, qui en sont un premier reflet, et j’invite chacun à poursuivre le débat. Car le présent livre n’est pas clos sur lui-même, mais une ébauche de réflexion encore jeune sur des thèmes résolument contemporains,

Les années qui viennent amèneront chacun sans doute à nuancer certains des propos exprimés, à valider ou invalider certaines des hypothèses présentées, et de toutes façons à approfondir nos compréhensions de ces sujets difficiles.

Enfin j’espère ne froisser ni la foi, ni les convictions intimes des lecteurs, en présentant ici et là une critique argumentée à certaines dérives éventuelles, voire parfois quelques clins d’œil amusés.

Sur le fond j’ai pris le parti du principe de précaution. Nous espérons que parmi nos lecteurs certains en lisant les informations circonstanciées contenues dans ce livre avant, ou au début de leur voyage spirituel au sein du néo bouddhisme n’auront pas à payer le prix de déceptions et de désillusions ultérieures.

Nous pensons surtout aux victimes éventuelles en espérant que cette information disponible gratuitement et en texte intégral sur Internet diminuera tant leur nombre que les dommages subis, parfois irréversiblement comme pour quelques suicides d’adeptes dont il n’est d’ailleurs pas toujours facile de déterminer la cause exclusivement dans leur adhésion communautaire. Un chapitre droit des victimes a d’ailleurs été inclus dans ces pages, vers la fin de l’ouvrage.

Certains sujets, voire certaines formules un peu lapidaires mériteraient un développement et davantage de nuance. Des développements récents peuvent aussi ne pas avoir été pris en compte ici ou là. A cet égard les lecteurs peuvent suggérer des améliorations à ce contenu en ligne ou signaler des erreurs sinon des incomplétudes ou des inexactitudes. Certains l’ont déjà fait et j’ai pris en compte attentivement leurs suggestions dans le présent volume. Ce modeste travail est perfectible, et j’invite chacun à y contribuer à son entière convenance.


N’hésitez pas à me faire part de vos réactions, qu’elles soient sérieuses ou amusées, vives ou concernées, elles seront utiles et bienvenues, et je leur ferai le meilleur accueil. J’ai d’ailleurs indiqué à cet effet mon adresse e mail ci-dessous.


Bonne lecture à toutes et à tous…

L’auteur





Contact e-mail de l’auteur :
http://marc.bosche.ifrance.com/27.html



Correspondances archivées en ligne :
http://bouddhismes.info/20.html










AVERTISSEMENT AU LECTEUR



Cet ouvrage est un essai et comporte également des passages, des interprétations des spéculations qui en font une auto-fiction. Nous avons signalé dans la mesure du possible dans le texte les contenus de nature plus fictionnelle, sans être exhaustif. Et nous invitons les internautes à appliquer différents niveaux de lecture à ces textes et à découvrir ainsi leur caractère respectif de récit, d’analyse sociale, de polémique, de satire, de spéculation ou de fiction. Ainsi leur plaisir de lecture et l’intérêt de ces pages seront bien perçus et renouvelés.

Nous n’avons pas eu l’intention ici de restituer une image sereine ou même optimiste d’un phénomène social. En effet, nous avions noté que les sites et les livres évoquant le bouddhisme en Occident sont bien souvent le fait de disciples ou de sympathisants de ses causes. Il est naturel que le ton en soit positif et qu’il invite à la découverte de cette ancienne spiritualité.
Il nous a semblé nécessaire de proposer un autre regard sur ce phénomène social, à la manière en quelque sorte d’un contrepoids ou d’un balancier, de façon à ce que les lecteurs aient désormais une vue contrastée et ainsi plus complète.

Avec les livres des églises bouddhistes, des écoles de méditation, des maîtres, des adeptes et de quelques journalistes sympathisants, ils disposent d’une vision positive et encourageante. Avec ce modeste ouvrage et les liens qu’il contient en fin de volume, les lecteurs disposeront sans doute d’une vision plus modeste mais aussi plus critique, qui fait plutôt la part du doute et des questions, mais aussi des incidents critiques et de quelques scandales.

Il leur est suggéré d’élaborer leur propre représentation et leur propre opinion à partir de la synthèse de deux approches, en faisant usage de leur discernement.

En particulier, en n’accordant ni trop, ni trop peu d’importance aux anecdotes frappantes, aux exemples choisis, aux interprétations spéculatives du présent ouvrage, les lecteurs devraient pouvoir enrichir par eux-mêmes leur compréhension.

Ce livre se veut un support de discussion, une invitation au débat, un premier pas vers une réflexion citoyenne. Il ne prétend pas conclure sur un tel sujet mais au contraire ouvrir de nouvelles pistes francophones. Merci de bien lire les pages de ce livre à l’aune de ces quelques conseils de lecture.


L’auteur












« Les divinités courroucées du bouddhisme tibétain et mongol relèvent d’une violence symbolique dont on peut se demander si elle constitue le retour du refoulé, un exutoire à la violence réelle, ou au contraire son reflet, voire sa cause profonde. » *

« Il faut bien avouer qu’au cours de son histoire mouvementée, le bouddhisme a bien souvent été du côté du manche. Car avec ses pouvoirs occultes, sa magie noire, il dispose d’armes surhumaines capables de détruire les démons. Qui sont les démons ? [...] Dans chaque camp, des prêtres tantriques ourdissent des sorts. » **

« Bien sûr il faut choisir le camp de l’opprimé. Mais à long terme toute cette béatification aura des effets négatifs, quand on s’apercevra que le bouddhisme d’Hollywood est un mythe. » **


Bernard Faure
Professeur d’Histoire des Religions
Université de Stanford, Californie.







* in Le Monde, Vendredi 12 octobre 2001, p. VI.
** in Le Nouvel Observateur, 3-9 août 2000, p.16.











À la mémoire de Guendune Rinpoché (1918 – 1997).











« J'aurais aimé commencer cette histoire à la façon des contes de fées. J'aurais aimé dire :

"Il était une fois un petit prince qui habitait une planète à peine plus grande que lui, et qui avait besoin d'un ami..." Pour ceux qui comprennent la vie, ça aurait eu l'air beaucoup plus vrai.

Car je n'aime pas qu'on lise mon livre à la légère. J'éprouve tant de chagrin à raconter ces souvenirs. Il y a [neuf] ans déjà que mon ami s'en est allé avec son mouton. Si j'essaie ici de le décrire, c'est afin de ne pas l'oublier. C'est triste d'oublier un ami. Tout le monde n'a pas eu un ami. Et je puis devenir comme les grandes personnes qui ne s'intéressent plus qu'aux chiffres. […] J'essaierai, bien sûr, de faire des portraits le plus ressemblants possible. Mais je ne suis pas tout à fait certain de réussir. Un dessin va, et l'autre ne ressemble plus. Je me trompe un peu aussi sur la taille. Ici le petit prince est trop grand. Là il est trop petit. J'hésite aussi sur la couleur de son costume. Alors je tâtonne comme ci et comme ça, tant bien que mal. Je me tromperai enfin sur certains détails plus importants. Mais ça, il faudra me le pardonner. Mon ami ne donnait jamais d'explications. Il me croyait peut-être semblable à lui. Mais moi, malheureusement, je ne sais pas voir les moutons à travers les caisses. Je suis peut-être un peu comme les grandes personnes. J'ai dû vieillir. »

Antoine de Saint Exupery, « Le petit prince », chapitre IV.











INTRODUCTION



Quand le bouddha ne sourit plus, ou plus guère... C’est parfois l’impression qu’ont désormais les Occidentaux qui visitent certains « centres du Dharma » où s’affichent volontiers des images grimaçantes de « protecteurs courroucés », ou qui dans d’autres écoles encore, rencontrent des sympathisants au discours simplifié et formaté, comme sous influence d’une « langue de bois dharma » conditionnante.

Les années 80 encore expérimentales, où l’on picorait d’une école de méditation à l’autre, où l’on découvrait les maîtres asiatiques et où l’on s’amusait vraiment en vivant l’aventure spirituelle sont bien loin. C’était l’âge d’or du bouddhisme en Europe, ses années glorieuses, où l’on se prenait déjà à rêver de nirvana, voire à imaginer que son enfant serait la réincarnation d’un célèbre lama tibétain défunt, comme dans le scénario du film de Bertolucci « Little Buddha ». La déception, on le devine, a fait partie du chemin…

Mais les maîtres de sagesse âgés, expérimentés, car ayant été confrontés aux éléments naturels, à la pauvreté endémique, voire à l’épreuve de l’exil ont disparu. Cette génération solide et à l’esprit forgé à l’école de la vie, comptait encore de vrais ermites, des méditants raisonnablement détachés de l’argent et des biens matériels. Mais ces derniers se sont éteints, parfois récemment. Pour le seul bouddhisme de tradition tibétaine : Kalou Rinpoché, Pawo Rinpoché, Dilgo Khyentse rinpoché, Kempo Toubten, lama Guendune et Bokar Rinpoché pour ne citer que quelques exemples non exhaustifs sur le territoire français. Nous y reviendrons dans quelques paragraphes.

La relève est-elle vraiment assurée ? Chacun répondra à sa manière, sans doute. Les nouveaux maîtres nous ressemblent beaucoup, et parfois jusqu’à la caricature... Avec lunettes de soleil, voyages en classe affaire, séjours dans les hôtels cinq étoiles et carte American Express Gold… Certains ne peuvent plus nous faire croire désormais qu’ils sont des ermites illuminés sortant de leur grotte. D’autres sont devenus des experts du marketing spirituel et de sa jet-set internationale. D’autres encore s’affichent sur leur blog au guidon d’une Harley Davidson, comme ce moine, supérieur d’une congrégation religieuse européenne.

Les communautés changent rapidement pour fédérer les disciples. En l’absence d’exemples rassurants, de vrais guides de vie, d’exemplarité vivante et quotidienne, certains des sympathisants les mieux informés désertent aujourd’hui leurs enceintes devenues vides de l’ancienne sagesse. Beaucoup des anciens, les plus expérimentés, l’ont déjà fait, discrètement et sans commentaires.

Dans cette désaffection, la tentation pour des communautés est devenue très forte de restructurer le bouddhisme comme une idéologie, comme une rhétorique, afin de rencontrer le marché émergent des adeptes des nouveaux mouvements religieux, c'est-à-dire un public moins informé, plus crédule et en recherche d’une autorité plus que d’une découverte personnelle. Les écoles de ce « néo bouddhisme » pêchent aujourd’hui les adeptes sur le même marché que les sectes, celui de la soumission à l’autorité.


Définition
Le néo bouddhisme peut se définir ainsi : il est de moins en moins cette sapience ressourcée au cœur de l’individu qu’aspire à être le bouddhisme. Mais il est de plus en plus pratiqué comme une discipline de groupe, un conditionnement collectif, afin de proposer aux nouveaux adeptes, à défaut de spiritualité paisible, individualisée et unique, des effets spéciaux et la suggestion que permettent les synergies collectives au cours de rituels répétitifs ou d’intenses réunions de fidèles.

Bien entendu on ne connaît pas précisément l’efficience, ni les rouages subtils de ces effets de groupe. En revanche on peut supposer que s’ils sont spécifiques, ils ont aussi sans doute des points communs avec les effets constatés dans d’autres groupes, profanes cette fois, que ce soit au théâtre, dans les meetings politiques, les stades, les concerts… pour ne donner que quelques exemples qui nous sont familiers en Occident. Bref, le néo bouddhisme sait utiliser la psychologie des groupes, et a réussi l’exploit de faire de la sagesse à peine austère qu’est le bouddhisme des spectacles vivants, des « shows spirituels », afin d’attirer et de séduire.

Notre hypothèse est que le néo bouddhisme est en réalité une industrie, une industrie du virtuel pourrait-on écrire. Elle serait régie par des lois économiques plutôt que morales ou spirituelles. Elle mettrait en œuvre une technologie de l’assujettissement des personnes au travers d’un système de moyens subtils, issus d’une antique expérience religieuse bouddhiste mais aussi tantrique. Cette sujétion passerait par des effets spéciaux agréables. Elle rendrait les adeptes dépendants de sensations psychosomatiques souveraines, obtenues par d’intenses répétitions rituelles, mais aussi au contact de ces groupes, de leurs figures d’autorité et de leurs mises en scène spirituelles.


Le bouddhisme n’a pas toujours été un spectacle
Evoquons en quelques mots un exemple parmi ces anciennes expériences religieuses sur lesquelles se basent diverses formes de néo bouddhisme : le bouddhisme de tradition himalayenne, un tantrisme bouddhique.

Par le passé, certains parmi les yogis les plus expérimentés pouvaient harnacher le pouvoir des techniques de subjugation et de séduction du tantrisme bouddhique. Parce qu’ils avaient éprouvé les limites de la vie, en frôlant parfois la mort, parce qu’ils connaissaient les conditions d’ascèse prolongée, et qu’ils avaient reçu dans une continuité culturelle au Tibet une éducation austère et de qualité, certains de ces hommes étaient capables de maintenir les méthodes et les systèmes du tantrisme dans une éthique et une compréhension correctes.

Plusieurs de ces lamas, souvent choisis par leur propre maître, eurent la possibilité de venir en Occident depuis l’exil, après l’occupation chinoise de la région autonome du Tibet. Ce sont ces ambassadeurs, choisis souvent pour leurs qualités et non par leur naissance, qui ont fondé le tantrisme bouddhique en Europe. Et c’est l’exceptionnel rayonnement de leur exemple qui a attiré les premiers disciples européens et dissipé les doutes.

Mais le temps a passé, trois décennies environ, ces maîtres sont morts depuis. Il n’existe plus aujourd’hui les mêmes conditions éducatives ou environnementales pour l’éducation de tels enseignants capables de contenir les excès de pouvoir et de fascination auxquels peut encourager un système cultuel basé sur la libération des forces pulsionnelles d’Eros et de Thanatos.

Ayant vécu dans des cavernes d’altitude, dans le froid, le vent, mais aussi dans la chaleur, la faim et la soif, plusieurs de ces yogis étaient en quelque sorte allés au-delà de la fascination et des limitations des pulsions de vie et de mort. Ils avaient littéralement usé toute ambition personnelle sur le roc. Leur initiation n’était pas de celles qu’on obtient seulement dans un temple en étant touché par les mains d’un instructeur ou par l’un de ses objets rituels. Leur « initiation » à la vie était terriblement réelle, car elle avait été à certains moments de leur existence la rencontre prolongée avec la conscience, l’amour, le mystère, la transcendance et la mort dans une totale solitude.

Dans ce sens le Tibet était un sanctuaire où ces expériences avaient pu être maintenues, transmises et pratiquées de génération en génération. Mais aujourd’hui, comme nous l’avons écrit plus haut, ces maîtres, du moins en Occident, on disparu. Ces environnements propices à la transmission ne sont plus là. Ces grandes familles spirituelles et leur savoir faire éducatif se sont dispersées, leurs lignages se sont fractionnés, parfois au sein de querelles intestines schismatiques. En l’absence des derniers maîtres du tantrisme bouddhique, ce qui pouvait être au Tibet une voie d’expérimentation, voire de sagesse, risque en Occident de connaître des dérives, dans le vide d’autorité morale qu’a laissé leur disparition…


Du bouddhisme au néo bouddhisme
Quelles déviances risquent alors de se produire dans le cadre cultuel de certaines traditions néo bouddhiques ?

Voici une image très imparfaite pour introduire notre propos : on peut utiliser la connaissance de la physique nucléaire pour produire de l’électricité dans une centrale, ou pour produire avec le matériau radioactif une bombe atomique. Certaines installations d’enrichissement, certaines connaissances et certains laboratoires peuvent être nécessaires aux deux démarches sans qu’on puisse décider s’ils serviront ensuite à une centrale productrice d’énergie ou à une redoutable arme de destruction massive.

Ainsi certains yogis de l’ancienne génération du tantrisme bouddhique ont-ils laissé en Occident des éléments culturels et cultuels profonds qu’ils avaient utilisés pour faire le bien autour d’eux. Conscients de la puissance de leurs méthodes, ils n’en avaient pas fait usage pour s’enrichir ou pour dominer. Mais ce qu’ils ont laissé aux disciples, un peu comme une installation d’enrichissement d’uranium, peut servir aussi dans d’autres directions. Et c’est seulement le niveau d’éthique et d’éducation de ceux qui en ont reçu la transmission qui fera la différence.

Mais quel est donc cet héritage profond du bouddhisme himalayen, qui tel un Janus à deux visages, peut être bienfaisant ou nocif, selon l’éthique de ceux qui le pratiquent ? C’est en un mot l’émotion spirituelle. Les techniques du tantrisme bouddhique explorent la libération de l’émotion dans sa nature profonde à l’aide de techniques de visualisations, mais aussi de récitation et de contemplation. Mais si l’émotion spirituelle peut ainsi être libérée et devenir une expérience de sagesse, les mêmes outils de visualisations peuvent aussi l’utiliser pour tenter de rendre efficientes ses émotions ou de manipuler celles des autres.

Par exemple se visualiser comme un protecteur courroucé du panthéon tantrique donne une sorte d’impression d’imperturbabilité. Le lama peut s’en servir face à un disciple agité pour ne pas se laisser entraîner par les émotions conflictuelles de ce dernier et pour ainsi mieux l’accompagner sans se laisser envahir par les perturbations qui agitent l’esprit du disciple. C’est un usage acceptable. Mais la même visualisation de soi comme un protecteur courroucé peut être utilisé de manières très différentes : en imposer aux autres, tenter de les dominer, voire imaginer lacérer l’autre à coups de hachoir, puisque cette visualisation comporte le maniement d’un tel attribut !

On le voit les pires visualisations sont possibles, et nul doute que depuis des siècles tout ou presque a déjà été essayé... Et seule l’éthique, l’éducation et l’expérience de celui qui pratique ces méthodes feront la différence. Mais ceci n’est qu’un modeste exemple destiné à suggérer que, vidée de son éthique, de son expérience et de son éducation, la pratique du tantrisme bouddhique sans ses meilleurs yogis peut être le support de nombreux dérapages néo bouddhistes. En voici quelques-uns :

La clef du néo bouddhisme est de susciter une émotion spirituelle, une sensation très recherchée par les Occidentaux en mal de spiritualité. Les nouveaux adeptes prennent ce transport agréable pour une sorte de preuve de l’efficacité spirituelle de cette voie. L’émotion spirituelle peut être ainsi produite par le groupe mais elle ne cesse pas pour autant lorsque le disciple rentre chez lui. Là, lorsque la personne est loin du temple, la répétition de prières et de formules convenues prend le relais de la présence physique communautaire et de ses figures d’autorité.

L’adhésion des disciples est intensifiée à dessein en faisant de sa dévotion au(x) gourou(s) de l’institution une des bases de son nouveau lien social. C'est-à-dire qu’il est offert au disciple de se dédier à tout instant, mentalement, émotionnellement et activement au maître et à ses assesseurs, en affirmant que ce sacrifice (appelé « offrande corps, parole, esprit » dans certaines écoles) est indispensable à l’apprentissage de la pratique du bouddhisme.


La perte de l’ancien lien social de maître à disciple
Quand les figures dévotionnelles étaient d’humbles moines à la vie simple et à l’éthique austère, ce don de soi pouvait sans doute être envisagé comme un engagement profond de leurs quelques disciples. Mais aujourd’hui avec des « maîtres » qui sont devenus pour certains, en quelque sorte, des businessmen du Dharma, menant la vie internationale des hommes d’affaires ou des politiques - carte gold, classe affaire et suites dans des hôtels cinq étoiles - ce sacrifice du corps, de la parole et de l’esprit de leurs très nombreux disciples dispersés dans le monde entier a perdu son sens ancien. Mais de plus il peut être risqué et décevant pour ces derniers. La tentation de fédérer les milliers d’adeptes en exigeant d’eux ce don de soi total est devenu irrésistible pour des gourous qui veulent aller vite, convertir, augmenter leur part du marché spirituel, voire se mesurer parfois avec une branche concurrente de leur propre lignage schismatique.

Car c’est la notion même de « relation de maître à disciple » qui s’est ainsi dévoyée : les nouveaux disciples ne voient leur maître que rarement, une fois par an peut-être, parfois moins enore, au gré de ses villégiatures par avion, ne le connaissent pas intimement, doivent jouer des coudes parmi des centaines d’autres disciples pour lui dire quelques mots… Sur les plateaux du Tibet, jusqu’au dix-neuvième siècle, le maître vivait le plus souvent dans la proximité de ses disciples, parfois juste quelques personnes plus jeunes, des familiers en somme, qui à son contact pouvaient apprendre, deviner, comprendre et établir une relation humaine avec lui sur la durée. Et il fallait compter alors en années, voire en décennies, pour envisager cette rencontre progressive avec l’instructeur.

Ainsi le néo bouddhisme a gardé les apparences anciennes du bouddhisme, mais la substance de l’apprentissage a été dévoyée pour se conformer à l’ère globale de la consommation de masse de loisirs spirituels.

Pour faire taire les critiques à cet égard, l’esprit d’analyse et le doute, portés tant sur soi-même que sur les cadres de l’organisation, sont découragés explicitement. Le disciple doit renoncer à évaluer l’outillage comportemental qu’il est invité à adopter, ainsi que le comportement éthique des dirigeants de l’institution, pour être un bon adepte. Il ne lui est ainsi plus laissé aucune chance de déjouer l’efficacité du système cultuel en entonnoir mis en place au niveau tant collectif qu’individuel.

Pour ceux des disciples qui adoptent intimement cet arsenal comportemental, c’est souvent le début d’une nouvelle addiction subtile, un nouvel habitus dont ils auront plus de mal à se passer que de la cigarette, du tétra-hydro-cannabinol, des médicaments psychotropes ou de l’alcool.

(Note : On note d’ailleurs dans cette nouvelle génération d’adeptes que certains consomment aussi du cannabis, cumulant ces deux addictions, en complète contradiction avec l’enseignement bouddhiste. Ainsi la toxicodépendance se cumule parfois avec la dépendance à tel ou tel culte néo bouddhiste. Quant à l’alcool il est souvent utilisé pour accrocher les fidèles aux rituels collectifs d’offrande, les « tsok », où il est parfois distribué en abondance...)

Mais revenons à cette néo culture de l’émotion spirituelle. La création et l’entretien de leur nouvelle dépendance s’accomplissent et se prolongent alors pour les adeptes par des programmes préétablis de conditionnement et de renforcement, par le rabâchage de mantras ou de formules dévotionnelles, par l’intensité de visualisations, ou par des séries interminables de préliminaires comportant par exemple plusieurs centaines de milliers de répétitions et visualisations synchronisées.
Bref, un effacement de la volonté individuelle et une clôture rapide de l’inconscient sont proposés comme la voie. Ces outils comportementaux peuvent en effet être aussi conditionnants que pacificateurs, selon le contexte et les conditions dans lesquels ils sont mis en œuvre.

Pris dans toutes ses nouvelles obligations rituelles, dévotionnelles, cultuelles, il ne reste désormais plus beaucoup de temps au disciple pour méditer, pour établir des relations saines avec ses semblables, pour se consacrer aux autres dans sa vie quotidienne, ni encore moins pour établir la tranquillité intérieure naturelle.
Bref, au nom du bouddhisme, au nom de sa liberté naturelle de l’esprit, le néo bouddhisme a substitué une emprise…
Et l’ironie est que ce nouveau joug organisationnel et cultuel est volontaire. Il est donc d’autant plus difficile à ôter que l’adepte est invité ainsi à devenir le geôlier, tant de ses condisciples que de lui-même.


Promiscuité et clôture de l’inconscient
Le bouddhisme est au départ un chemin individuel d’émancipation et d’autonomie, c’est du moins de cette manière que son initiateur le bouddha Sakyamuni l’a vécu et proposé. Les moines de son temps chérissaient ce qu’ils appelaient « l’idéale solitude » pour pratiquer la méditation. Les lieux qui étaient utilisés étaient généralement des espaces libres, voire des lieux déserts, que ce soit au pied d’un arbre, sur une meule de foin ou de paille, dans une anfractuosité du rocher ou dans la forêt primaire… Faire du bouddhisme une sorte de conditionnement intensif par la répétition rituelle, ou le baser sur les effets d’une uniformisation collective et sur la prégnance du groupe, c’est exactement inverser le sens de sa pratique.


« Ermitage collectif » : un oxymore aujourd’hui
Ainsi dans cet ermitage payant récemment construit près d’un monastère à l’intention des salariés et des personnes issues de la société civile, on a resserré les chambres les unes contre les autres, disposé deux lits par chambre, et l’isolation acoustique a été négligée. Résultat : on a affaire davantage à une sorte de colonie de vacances ou d’internat qu’à un vrai ermitage permettant l’expérience autonome de la spiritualité.

Mais en serrant les adeptes les uns contre les autres, une communauté néo bouddhiste atteint plusieurs objectifs. Elle prétend « faire travailler les personnes sur leurs ego » grâce à la friction que cette promiscuité engendre. Mais en réalité elle conditionne plus efficacement, elle essaye d’estomper les caractéristiques distinctives des énergies individuelles. Elle ôte l’espace et la distance qui permettraient à chacun de disposer de tout son libre arbitre. Elle contrôle mieux ses ouailles et elle les transforme rapidement à son image et à sa ressemblance.

Les promoteurs de ces dispositifs affirment que c’est leur propre maître, quelque sage moine défunt, qui encourageait à la clôture des retraitants dans un groupe afin, qu’en dépassant le conflit, en ne pouvant le fuir, chacun apprenne à mieux s’observer et se comprendre, et que - sur la durée - chacun se pacifie vis-à-vis des autres.

Mais ce que les promoteurs tantriques d’aujourd’hui oublient de mentionner c’est que le vieux moine tibétain avait l’expérience des retraites closes dans le Kham dans les années 1930 et non dans l’Europe des années 2000 à 2010.

Ses camarades étaient de placides fils de bergers nomades, habitués à vivre sous la tente, avec une nombreuse fratrie.
Moins corpulents et plus me nus, ils faisaient peut-être en moyenne vingt kgs de moins que les retraitants européens d’aujourd’hui, et pour ce qui est de leur taille mesuraient peut-être vingt centimètres de moins…

Ces moines, fils d’éleveurs khampas des années 1930, né sous d’autres latitudes, n’avaient presque pas de barbe au visage, ni de poil aux bras ! Leurs expressions étaient plus douces et juvéniles. Et quand ils élevaient le ton cela n’avait rien à voir avec, disons, la puissance de perturbation d’un adepte anglo-saxon élevé au hard rock heavy metal et consommateur occasionnel d’amphétamines.

Ces jeunes retraitants tibétains n’avaient pas été nourris de séries télévisées, ni de cinéma américain violent, ne savaient pas ce qu’était un ordinateur, ni une console de jeux. Certains n’étaient jamais monté dans une automobile, voire n’en avaient jamais rêvé…

Les inviter à se clore avec quelques camarades avec lesquels ils avaient déjà vécu longuement au monastère pour trois ans de plus n’était pas un défi insurmontable.
Mais vouloir mettre aujourd’hui dans le même espace confiné d’un « ermitage collectif » des personnes plus âgées, physiquement et émotionnellement beaucoup plus volumineuses, beaucoup plus agitées, contradictoires et aussi beaucoup plus complexes, récemment venues d’horizons divers sans toujours bien se connaître les unes les autres, n’est pas du tout la même chose, et ne peut pas donner les mêmes résultats.

Cela revient à mettre dans une cocotte minute nos adeptes occidentaux. Cette promiscuité excessive revient à créer des frictions, à faire s’interpénétrer constamment les espaces, les pensées et les émotions de chacun, bref, à créer ce que les éthologues appellent un cloaque comportemental générant du stress.

Et le résultat est que cette friction excessive peut alors abraser les qualités les plus subtiles et délicates des personnalités, uniformiser, affadir les caractères, et ôter le rayonnement particulier des personnes qui n’ont nulle part où aller pour se retrouver enfin vraiment seules et se ressourcer.

Ce sont les plus durs qui font leur loi, et qui font souffrir les plus délicats et les plus sensibles, rapportent par ailleurs d’anciens retraitants européens à l’issue de l’expérience de trois années de retraite collective close.

En revanche à la sortie certains risquent plus ou moins d’être essorés, lessivés, uniformisés, de penser plus ou moins pareil, et de réciter la même rengaine si souvent répétée. Les militaires connaissent bien les techniques utilisées dans la formation des commandos. Et il est probable que ce n’est pas vraiment ce que le bouddha avait en tête quand il a rencontré ses premiers disciples…



Les meilleurs disciples sont déjà partis
Les méditants flamboyants, libres et extravertis des décennies passées ont, pour beaucoup, déserté. Ils ont tiré les bilans d’une vingtaine, voire d’une trentaine d’années d’engagement. Et ces bilans sont souvent mitigés, voire sans illusion. Ils n’ont d’ailleurs aucune bonne raison de rester, dans la mesure où les Asiatiques expérimentés et authentiques qui avaient su éveiller, il y a plusieurs décennies, leur confiance et leur enthousiasme, ont disparu.

Après la mort de ces vénérables sages, les anciens disciples ont vu changer leur communauté, à laquelle ils avaient par le passé donné souvent de leur temps, de leur argent, de leur travail et de leur confiance.

Et certaines sont devenues, en quelque sorte, des organisations d’inspiration néo bouddhiste en quelques années seulement. Les disciples expérimentés se sont retirés discrètement, ne parlant de leur déception qu’à quelques amis, et encore à demis mots

On a noté autour d’une lamaserie, récemment, de nombreuses ventes de maisons appartenant à des disciples de longue date qui ont repris leur liberté. Le maître est mort voici quelques années, et depuis le turn over des disciples s’est confirmé. L’un d’entre ces disciples s’est même réinstallé, à dessein, à proximité d’un monastère catholique après plus de trente années d’engagement bouddhiste.

Ces disciples déjà âgés et éprouvés faisant défaut, ne finançant plus les œuvres de ces organisations, et n’y contribuant plus par leur bénévolat ou leur engagement personnel, ils sont remplacés au sein de ces communautés en recomposition par des personnes plus jeunes, plus introverties, peut-être moins bien configurées dans leur vie intérieure, plus fragiles, en quête de repères, et de prise en charge affective et morale.

On est passé d’une génération de sympathisants bouddhistes qui apportait leurs propres richesses individuelles aux communautés, et les enrichissaient de leurs différences, à des communautés néo bouddhistes désormais très bien implantées, ayant été dotées de moyens de conditionnement collectif et qui se proposent d’effacer le singularités, de fédérer les énergies et de diriger des esprits dociles et des personnalités soumises.

Bref, si la statue dorée y sourit toujours, certains temples modernes semblent (de plus en plus) désertés par l’antique sagesse… Le bouddhisme disparaît, il est vrai, avec le mode de vie traditionnel en Asie ; alors place au néo bouddhisme en Occident ?

Le néo bouddhisme a le discours et les apparences du bouddhisme, mais il vise au développement de ses organisations, pour l’enrichissement et le prestige des quelques hiérarques qui les contrôlent jalousement, tandis que le développement spirituel des personnes n’est plus qu’un discours, qu’un alibi, qu’un prétexte, qu’une langue de bois, qu’une variable d’ajustement. Les énergies spirituelles des disciples y sont une ressource consommable par le projet organisationnel.


La fin de la gratuité
Car pour vivre, tout simplement, le bouddhisme il n’est même pas nécessaire d’aller dans un « centre du dharma » comme voudraient pourtant nous le faire croire certains de ses nouveaux promoteurs... Il n’y a besoin de rien de payant au contraire. Juste ces ingrédients gratuits - que sont l’air, l’eau, une nourriture simple, l’espace, la solitude, la nature, le silence, la paix intérieure et surtout quelques vrais amis - sont bienvenues pour s’asseoir et méditer.

Même pas besoin d’un coussin spécial, le « safu » en coton, puisque le bouddha a atteint l’éveil assis sur quelques poignées d’herbe kusha qu’on lui avait données. Mais cela – cette gratuité – vous ne la trouverez pas beaucoup dans des « centres » où l’on fera payer au client une adhésion, payer des enseignements, payer parfois des méditations, payer des initiations publiques, payer des textes rituels, payer des bibelots à la boutique comme ces rosaires rituels appelés « mala », et même payer le prix d’une pension d’hébergement pour avoir le droit d’y travailler gratuitement…

On pourrait croire que ce n’est pas si grave, qu’après tout ce n’est qu’un reflet en miroir du monde d’aujourd’hui. Certes, mais il ne faut pas négliger le prix humain ou plus simplement les profondes déceptions individuelles que cela engendrera demain.


Absence de prévention et de contraception
Prenons l’exemple de quelques jeunes bénévoles travaillant pour une de ces nouvelles lamaseries reconstituées en Occident. On leur suggère implicitement que la chasteté et l’abstinence sont la voie royale, puisque les eurolamas qui les entourent font la promotion de ce mode de vie…

Alors nos vaillants bénévoles font de gros efforts, prennent parfois des voeux de chasteté pour une période déterminée, et au quotidien s’abstiennent de relations sexuelles dans ce milieu qui les décourage.
Puis ce qui doit arriver arrive : après quelque rituel collectif trop arrosé, car de l’alcool « consacré » y est servi, parfois en abondance, les bonnes résolutions volent en éclat. Et deux chastes bénévoles, garçons et filles, se retrouvent parfois pour apaiser leurs tensions et leur désirs accumulés pendant plusieurs mois, voire plusieurs années.

Dans la précipitation, la culpabilisation et l’imprévoyance, ces partenaires malgré eux copulent ici hâtivement, à la sauvette, parfois même dans un buisson derrière le temple, sans préservatif ni contraception. Car bien entendu ni l’un ni l’autre ne sont bien vus près du monastère. Et contrairement à la société civile où l’on dispose de distributeurs de préservatifs à vingt centimes d’euro dans chaque lycée de France, on préfère là se voiler la face. Aucune prévention, aucune contraception, c’est comme au dix-neuvième siècle.

Résultat, chaque année ou presque : des jeunes adeptes qui découvrent, à leur corps défendant, qu’ils sont bientôt pères ou mères, aucun n’étant prêt pour ces responsabilités, ni ne les ayant désirées et encore moins choisies.

L’ironie et que ces jeunes hommes et ces jeunes femmes étaient épris d’autonomie, de bonne solitude et de liberté. C’est au nom de ces aspirations qu’ils étaient venus vers le « monastère », méditer et pratiquer une voie de l’ascèse individuelle. Ils se retrouvent avec un bébé en gestation et leur rêve de voyage spirituel tombe en lambeaux. Merci qui ?

A chaque fois c’est à peu près pareil pour ce qui s’ensuit. Nos disciples embarrassés viennent prendre conseil auprès de leur eurolama attitré, celui qui fait office pour eux de guide spirituel au monastère. Ils lui avouent, la tête baissée et l’air honteux qu’ils ont eu des relations sexuelles.
L’eurolama d’un air digne, compatissant, sévère et à peine ironique (se disant tout bas « voilà bien le samsara ! »), leur suggère de ne pas recourir à l’avortement, de quitter le clos monastique et d’élever l’enfant, tout cela encore au nom du bouddhisme et de ses valeurs de respect de la vie. Ouste ! « C’est votre karma » ajoute-t-il généralement, et pour tout viatique, à l’attention des deux adeptes dont le visage a blêmi…

Leur rêve de vie libre et indépendante est brisé. Il ne leur reste comme cadeau de cette vie spirituelle avortée que les couches à changer, les tétées, les courses au supermarché et les traites à payer pour de longues années.

C’est comme cela que se sont finies bien des vacances spirituelles dans une de ces communautés proprettes aux parterres de fleurs soigneusement binés…

Voilà comment le néo bouddhisme, s’il promet les apparences du bouddhisme monastique, peut en réalité amener exactement son contraire, comment il peut inverser l’utopie spirituelle chez ceux qui ont la faiblesse d’y croire… Avant de se retrouver, nouveaux pauvres, papas et mamans, sans situation, alors qu’ils rêvaient d’un destin librement choisi et assumé comme les moines du Bouddha en leur temps.


Bientôt des « Class actions » à la française ?
Tandis que le législateur français étudie actuellement la possibilité de permettre le recours aux « class actions » à l’américaine, ces actions collectives en justice, on peut se demander si certains gourous tantriques d’aujourd’hui ou de demain et certaines organisations ne seront pas un jour sur le banc des accusés.

Avec la possibilité de se fédérer, les adeptes déçus, trompés, abusés, voire plus rarement détruits, ou les familles de ces victimes pourront se sentir encouragés à faire entendre leurs voix. Pourront-ils collectivement demander réparation pour les dommages qu’ils ont subis ? C’est encore une autre histoire… Mais il n’est pas impossible qu’à l’échelle de quelques décennies on en entende à nouveau parler, tant les prises de conscience sont aujourd’hui rapidement en marche dans la société de l’Internet et de l’information…

Un bon connaisseur de ces milieux suggérait discrètement que les « arnaqués du dharma » (ce sont ses mots) qui ont travaillé des années durant sans contrepartie pour les oeuvres et le prestige de certaines communautés puissent ainsi se regrouper pour faire valoir leurs droits. N’ayant pas cotisé aux caisses sociales, mutuelles et de prévoyance pendant toutes ces années de labeur gratuit - c’était le sacerdoce qu’on leur proposait alors - certains se retrouvent sans ressources à la veille de l’âge légal de la retraite.

Avec les « class actions » à la française, pourraient-ils demander à être indemnisés pour ne pas regretter d’avoir tant donné, comme le leur demandent les maîtres ? Ces derniers mènent aujourd’hui une vie de PDG de société, tandis que parmi leurs anciens bénévoles, âgés désormais, d’autres sont en dessous du seuil de pauvreté et qu’en plus ils n’ont jamais atteint l’éveil spirituel qu’on leur avait tant fait miroiter…





I
Plaisir spirituel & réalité sociale




L'image sereine du bouddha ou le principe de plaisir
Libérateur, apaisant, bienfaisant, bienveillant : le bouddhisme dispose d'une excellente image en Occident, où son implantation est récente. Il y a cependant plusieurs bouddhismes et certaines formes plus dévotionnelles ou répétitives sont aujourd'hui mieux comprises. En particulier on se demande désormais si le tantrisme bouddhique ne pourrait pas, ici ou là, comporter des dimensions "addictives". Sa pratique loin de libérer des "attachements" serait-elle en fait dans ces cas une nouvelle forme de dépendance, plus subtile, mais aussi plus insidieuse ? Nous ne prétendons pas donner de réponse simple à cette question plurielle. Et le débat est ouvert.

L'enthousiasme des débuts est également à prendre avec tout le sérieux qu'on lui doit : c'est un moteur de certaines communautés qui renouvellent fréquemment leur effectif de bénévoles, stagiaires pratiquants et autres travailleurs sans rémunération.

Que deviennent les adeptes après l'enthousiasme des débuts, s'investissent-ils autant ? S'investissent-ils autrement ? Connaître les réponses à cette question nous permettrait de comprendre comment fonctionne l'adhésion des nouveaux sympathisants, puis des adeptes de plus longue date, et peut-être d'envisager une dépendance (ou une indépendance) évolutive dans le temps...

Pour certains nouveaux adeptes de la religion bouddhiste (ne généralisons pas), il y a un statut, une identité apparente, à affirmer et à maintenir. L'affirmation d'une "personnalité bouddhiste" a ses couleurs et ses qualités mais elle est aussi une pose, une expression de l'ego, un masque social (persona). Attention toutefois à ne pas tomber dans le piège de la discrimination sur la base de l'appartenance religieuse, et à rester dans l'examen attentif et bienveillant des pratiques sociales.
C'est une interrogation essentielle, car on sait à quel point nos contemporains et nous-mêmes sommes accrochés au maintien de notre image sociale, de nos accessoires en somme. Certains styles de vie qualifiés à tort sans doute de "bouddhistes" seraient-il eux aussi un costume de l'ego, un habitus !? Et certains adeptes (sans généraliser, ni discriminer) de cette persona bouddhiste lui seraient-ils tout aussi attachés que nos concitoyens le sont à des images statutaires plus répandues ?Une dépendance ordinaire en somme ? [Ce sont sans doute les plus tenaces...]Mais alors est-ce si grave, est-ce un sujet particulier de préoccupation, si après tout de nouveaux adeptes du styles de vie bouddhistes ne sont ni plus ni moins égocentrés que leurs contemporains ?


Les pratiques sociales ou principe de réalité
C'est ce que ce développement souhaite modestement accomplir : "démythifier" (démystifier) ce récent phénomène social et prévenir les visiteurs des déceptions éventuelles avant qu'ils ne s'engagent parfois durablement. Ces anecdotes critiques qui ont pu être citées, ici et là ne visent pas à salir ou à troubler l'image d'une religion qui nous est à tous plutôt sympathique, mais à réveiller les attentions de nos visiteurs qui se laissent tenter par le "beau voyage spirituel" sans en interroger les pratiques réelles.
Il faut nécessairement interroger la réalité des pratiques sociales du bouddhisme aujourd'hui, et ne pas fermer les yeux sur les dérapages, c'est il me semble le message que chacun à sa manière a pu apporter sur les colonnes de ce portail.

Et si un groupe, ou un instructeur, voir un élément de dogme ne passe pas le test, un bon conseil, je crois, est de passer son chemin et d'aller voir ailleurs, voire de faire son chemin seul s'il n'y a pas d'autre voie sûre. Le plus essentiel pour les nouveaux qui découvrent ces écoles initiatiques du bouddhisme est d'éviter de couper la branche de leurs relations sociales actuelles sur laquelle ils sont assis au profit d'une adhésion socialement coûteuse et décevante (par exemple à un mandala de « practitioners tantriques » qui pourrait le leur suggérer implicitement sans leur offrir vraiment de projet stable en retour).En bref, être au moins aussi "picky" et "choosy", c'est à dire aussi pointilleux pour le choix de son école bouddhiste que pour le choix de sa prochaine auto ou de son prochain écran plat de télé !! Vous comprendrez, je crois, le second degré de cette suggestion. Nous développons des trésors d'ingéniosité pour faire des achats quotidiens, allant jusqu'à examiner les modèles d'autocuiseurs ou de fer à repasser dans des magazines qui les ont testés, ou allant jusqu'à comparer leurs prix grâce à des comparateurs sophistiqués sur Internet.
Or pour le choix d'une école spirituelle, ou d'une nouvelle religion minute, ce qui est quand même autrement plus important et sérieux, nous fermons les yeux, disons "bouddha, que ta volonté soit faite !", prenons naïvement tous les risques d'être floués ou déçus, et décidons à chaud sans savoir dans quoi nous nous engageons. Puisque la quête du bouddha est devenue le grand « spiritual supermarket » que nous savons, je suggère d'appliquer les règles et les exigences que nous avons pour le supermarché quotidien de nos désirs, règles basées sur l'examen attentif, la comparaison critique, l'élimination sans hésitation des options moindres, et le refus du moindre doute et de la moindre anomalie !
A quand un "Que Choisir ?" consacré au bouddhisme ?!! Mais un modèle passerait-t-il le test avec plus de dix sur vingt ?!! Et où est la garantie, la responsabilité du fournisseur ?!! On le voit ce type d'approche permet de comprendre que certaines écoles bouddhistes font supporter à leurs usagers tout le poids de leurs responsabilités institutionnelles au lieu de les assumer. Au final la responsabilité de l'échec, de la déception voire de l'abus éventuel est toujours supporté par l'usager et jamais par l'institution au nom du sacro-saint "karma", bien utile pour dédouaner l'institution de la moindre responsabilité.
Il me semble que nos contemporains n'ont pas à faire des chèques en blanc à des groupes de cette nature, puisqu'ils ont aussi des droits, ils doivent pouvoir obtenir le "satisfait ou remboursé" de diverses manières, ainsi qu'une compensation convenable si les choses tournent mal, ou si l'on a abusé en retour de la confiance qu'ils ont offert !"Pas d'éveil spirituel obtenu par cet élève bouddhiste après vingt ans de pratique dans cette école ?! Remboursez et compensez pour le non respect des promesses marketing !!! " Comme chez Darty ! La bouteille de champagne en prime.


Quel paradoxe !
Les modèles de lecture du monde ne restituent pas vraiment cette image complète de l'expérience, de la réalité telle qu'elle est, avec sa souffrance, son potentiel positif etc.C’est sans doute, comme il a souvent été noté, la fin des idéologies, le déclin de ces approches en "-ismes" qui ont eu légitimement sans doute leur heure de gloire et leur importance : christianisme, positivisme, matérialisme, marxisme, etc. Le dernier en date à s'être exposé puis désenchanté étant peut-être le bouddhisme.Il me semble qu'aujourd'hui nous commençons à mieux percevoir en quoi toutes ces idéologies mutuellement exclusives (le bouddhisme étant l'une des dernières à avoir eu du succès en Occident avec l'effet dalaï lama) ne seraient plus les outils de l'esprit satisfaisants pour notre époque. C’est du moins mon impression.Notre époque connaît un peu mieux l'accès à l'information en temps réel, à l'Internet, les technologies et les sciences qui pénètrent plus profondément la réalité, et surtout les enjeux planétaires, l'urgence de réfléchir à sa survie, ainsi que la place de la Terre dans l'univers.Tout cela fait voler en éclat les idéologies, qui sont trop "petites", trop "étroites", trop simplistes pour rendre compte de la complexité et de l'ouverture extraordinaire des esprits aujourd'hui.Voici la conclusion du livre en ligne gouttes de rosée au jardins du lotus qui évoque aussi cette question : « Quel paradoxe : la recherche de la sérénité pourrait-elle aussi connaître, comme d’autres traditions, certaines tentations de se clore ? Le message du bouddha servira-t-il alors de dogme et non plus de gnose ? La fontaine orientale des mystérieuses pratiques de méditation coulera-t-elle encore, ou est-elle déjà pétrifiée ? Des écoles qui sont à bout de souffle en Asie peuvent-elles encore promouvoir un humain en révélation progressive, et accepter les individus d’aujourd’hui ?
L’humanité, dans sa complexe, diverse et foisonnante évolution, échappera-t-elle à l’idée théâtrale d’une félicité jalousement gardée par des maîtres à penser revêtus d’une longue épitoge ? Selon nous, la quête essentielle passe par soi, par les autres, et n’a pas besoin de grand décorum...La perte d’audience des bouddhismes en Asie, le déclin probable, sinon inévitable, de leur mode en Europe, ne sont donc pas seulement le fait de l’apparition progressive d’un monde plus scientifique, plus technologique et plus informé.

Comme l’écrit le prix Nobel de littérature V.S. Naipaul (cité en 2002 par l’hebdomadaire Newsweek) au sujet de la quête humaine du bonheur : « l’idée de l’individu, de la responsabilité, du choix, de la vie intellectuelle, de la vocation, de la perfectibilité et de l’accomplissement : c’est une idée humaine immense. Elle ne peut pas être réduite à un système fixe. Elle ne peut pas générer du fanatisme. Mais on sait qu’elle existe et, à cause de cela même, les autres systèmes plus rigides éclatent finalement...»
Que des systèmes bouddhiques rigides éclatent déjà sous la pression de leurs schismes et de leurs contradictions, la statue admirable sourit... comme si de rien n’était. »






II
Religion ou philosophie ?




Le bouddhisme est un terme général qui désigne des cultes distincts et institutionnalisés, c'est à dire de nombreuses églises (écoles) qui communiquent d'ailleurs dans l'ensemble relativement peu et qui ne partagent pas toutes exactement les mêmes croyances et surtout pas les mêmes pratiques. En France ont été reconnues congrégations religieuses (par le Bureau Central des Cultes qui dépend du Ministère de l'Intérieur) plusieurs organisations issues du bouddhisme, en particulier se réclamant de lignages du tantrisme bouddhique de tradition himalayenne.C’est une religion non théiste
Dans la mesure où des lieux de culte existent, que des communautés d'adeptes s'y regroupent et y célèbrent des rites on ne peut parler seulement de philosophie.C'est parce que le bouddhisme ne révère pas un Dieu créateur qu'il est justement qualifié de religion non théiste.Mais le débat est ouvert, on va nous objecter que le bouddhisme est avant tout une praxis, une pratique, voire un style de vie... Et nous ne pouvons pas non plus le contester !
Dans l'environnement du bouddhisme de tradition himalayenne tel qu'il est proposé en Europe la dimension collective religieuse, voire conviviale est très présente. Tisser des liens n'y est pas incongru, bien au contraire, et parfois les liens sont même visibles, comme je vais essayer de l'illustrer avec l'exemple suivant.J'ai souvent noté que l'été au bord d'un lac proche d'un de ces centres du Dharma, les pratiquants se retrouvent pour un moment de baignade : parfois des familles entières, avec parents et leurs jeunes enfants. A quoi les bouddhistes en maillot de bain se reconnaissent-il ? Cela pourrait être une devinette, si nous ne nous refusions pas à toute forme de discrimination, en particulier religieuse.On les reconnaît dans cet espace public aux cordons de protection rouges qu'ils portent autour du cou ou plus rarement du poignet. Bien souvent les jeunes enfants, parfois des nourrissons, portent aussi ces liens en coton grenat supposés apporter une bénédiction ("djinlab"), qui signalent qu'ils ont été présentés à quelque lama, eurolama ou droupla lors d'une cérémonie publique ou d'un entretien familial, voire d'une séance de refuge, qu'elle soit collective ou plus privée. J'ai choisi cet exemple du cordon de protection afin de montrer que l'appartenance religieuse semble bien être au coeur du processus d'acculturation au bouddhisme, dans le cas de traditions d'origine himalayennes à tout le moins...Alors trancher les liens ou nouer un nouveau lien ? Le bouddha avait tranché, mais il n'est pas sûr que ses nouveaux émules (ceux du tantrisme bouddhique made in Europe) l'aient bien compris.



Les limites du religieux et le sutra du lotus
Extrait du sutra du lotus : « Il n'aura pas les lèvres pendantes, ni retroussées, ni gercées ni pustuleuses; elles ne seront ni abîmées ni tordues, ni épaisses ni grandes, pas plus qu'elles ne seront noircies, ni avec aucun autre défaut. Il n'aura pas le nez aplati ou tordu, ni le visage basané, allongé, étroit ou concave; il n'aura aucune marque rébarbative. »

Cet extrait vient à propos pour mieux faire apparaître ce que cette forme tardive de bouddhisme a intégré, en effet, de merveilleux, de religieux, mais aussi, il faut bien le dire de caricatural. En relisant attentivement ces citations on perçoit dans tel ou tel passage que cette pensée est souvent figée et hypothétique, et qu'elle s'affirme comme exclusive. Qui aujourd'hui pourrait assumer la déclaration suivante au nom d'une religion de tolérance et d'acceptation des différences : "Il n'aura pas le nez aplati ou tordu, ni le visage basané, allongé, étroit ou concave; il n'aura aucune marque rébarbative." ?
On n'est pas loin du dérapage discriminatoire, raciste et xénophobe avec ces assertions péremptoires et générales issues de ce sutra. Et le pire qui pourrait arriver serait que des Occidentaux, des nouveaux convertis, prennent ces choses au pied de la lettre comme une "nouvelle sagesse", et en fassent une forme de (néo)fondamentalisme !
L'interactivité est une agréable chose nouvelle, et Internet qui la permet - en faisant circuler et commenter l'information - devrait irréversiblement contribuer à décrypter puis à déminer des messages d'intolérance lorsqu'ils se présentent sous l'apparence de sagesse évidente d'un "sutra".Personne ne peut aujourd'hui assumer de tels propos de nature discriminatoire. Alors ce bouddhisme tel qu'il est affirmé dans ce sutra appartient-il au rayon des curiosités datées et périmées ?

Autre extrait du sutra du lotus : « Les êtres y naîtront tous par métamorphose et il n'y aura pas de désir de fornication. On y obtiendra les grands pouvoirs divins, les corps émettront de la lumière et l'on s'y déplacera librement en volant. La volonté y sera affermie, comme le zèle et la sagesse. Tous seront universellement de couleur d'or et seront spontanément parés des trente-deux marques. »
La bande dessinée pour enfants et les films hollywoodiens comme Spiderman ou Batman font aujourd'hui aussi bien dans ce registre du merveilleux :

"On y obtiendra les grands pouvoirs divins, les corps émettront de la lumière et l'on s'y déplacera librement en volant."

Le diable est dans les détails, et c'est vrai, qu'en citant précisément le sutra, il nous est permis de découvrir clairement ses détails. Si nos contemporains les découvrent aussi, ils verront la trame de ce projet, et comprendront que les ombres et les dérives éventuelles de la pratique du bouddhisme en Occident ont aussi un fondement textuel et idéologique.
Ces dérapages souvent notés désormais du bouddhisme actuel ne sont pas seulement le fait de faiblesses humaines contemporaines, mais déjà inscrits dans certains textes de référence bouddhistes depuis fort longtemps, qui en sont comme des programmes.Jusqu'à présent des animateurs de centres du dharma et des promoteurs du bouddhisme en Occident ont affirmé que c'était les névroses des Européens d'aujourd'hui qui étaient à l'origine des difficultés à pratiquer leurs bouddhismes de manière décente et convaincante.
Il semblerait en lisant ces brefs extraits de sutra que les modèles de comportements que ce dernier propose soient aussi plus conflictuels, névrotiques, voire presque psychotiques (avec ce culte de la toute puissance et d'un surhomme dharma) qu'il n'est généralement admis.


Le bouddhisme est-il une psychologie ?
Une psychologie doit répondre comme toute activité scientifique au critère de l'interrogation et de la réfutation. Est-ce que le tantrika est prêt à interroger les croyances et les modèles sur lesquels est basée sa pratique ? Pas certain ! Il peut objecter à juste titre qu'interroger par exemple la vertu ou les qualités de son propre maître va affaiblir sa dévotion et donc nuire éventuellement à sa pratique. Ou il veut pouvoir conserver pour sa pratique son modèle de mandala de l'univers avec une terre plate, une haute montagne au centre et quatre continents disposés aux quatre orients. D'ailleurs sa sainteté le dalaï lama a proposé, sans grand succès auprès des disciples, que l'on abandonne de modèle de l'univers tantrique avec sa terre plate puisque nous en savons davantage grâce à la science sur la forme de la terre, des galaxies, etc.C'est parce qu'il nécessite un acte de foi renouvelé par la prière, et non l'examen libre et critique de la réalité, c'est parce qu'il ne peut pas accomplir le rejet de modèles codifiés et ritualisés qui ne correspondent pas à la réalité, que le tantrisme bouddhique ne peut pas constituer une psychologie et qu'il appartient typiquement aux nouveaux mouvements religieux en Occident.

Personnellement je ne suis pas vraiment gêné de certains attachements que dénonce le bouddhisme. Ils nous aident à nous inscrire dans le monde. Que serait la vie sans amour, sans plaisirs, sans passions, voire sans vocations professionnelles ou sans familles ?Je suis plus séduit par le message du bouddha quand il permet de mieux abandonner la violence, la jalousie ou la haine. Mais là aussi il y a une limite : la vie avec son instinct de survie indispensable, sa lutte entre les espèces pour la nourriture, n'est-elle pas un contre exemple de ce message de sérénité et de détachement ? En bref pratiquer vraiment l'absence d'attachement comme l'absence d'agression est-il possible, puisqu'il semble bien que ce soit inscrit dans le dynamisme de la vie animale et humaine... ?
"Etre libéré des conceptions, des opinions" est aussi un des objectifs de la pratique du bouddhisme souvent souligné par ses défenseurs. Mais en réalité "les opinions" ou "les conceptions" sont-ils vraiment des obstacles au processus de connaissance ?Il me semble que la curiosité d'esprit, le regard et le point de vue qu'on a sur les choses et sur le monde, et jusqu'au débat d'idées qui font avancer la pensée et parfois notre réalité concrète, sont plutôt du côté des choses utiles, et non de ce dont il faudrait se débarrasser.Je crains plutôt quand nos contemporains n'auraient plus d'opinions, plus de conceptions, et donc plus de représentations !Cette manière de condamner le mental, et ses productions, comme la source de nos maux, est très usuelle dans les milieux du bouddhisme en Occident, et je ne l'ai pas trouvée à ce point en Asie lors de mes séjours.Notre raison, notre "mental" sont si indispensables que je suis bien certain que, cher lecteur, vous vous en servez beaucoup chaque jour, ne serait-ce qu'en cet instant en utilisant cet ordinateur qui est face de vous, je ne vois pas pourquoi vous voudriez nous débarrasser de certaines de ses plus utiles productions comme les conceptions ou les opinions !"Etre libéré des conceptions, des opinions" : j'ai souvent trouvé ce point de vue, parfois sous des formes encore plus affirmatives, sur des forums bouddhistes. Je me demande parfois si ce n'est pas une manière de contrôler les disciples, de les décourager de critiquer la structure de certaines écoles se réclamant du bouddha, de les rendre plus soumis en somme à un contrôle social et mental, plus qu'une véritable hygiène de vie. Car des élèves sans conceptions et sans opinions seraient alors parfaitement malléables, et des hiérarques indélicats pourraient (j'imagine) même tout leur demander d'accepter au nom de leur foi : obéissance, travail non rémunéré, service des anciens, discipline du groupe...Bien entendu ce point est une provocation à la réflexion.Le bouddha lui-même avait beaucoup de conceptions et d'opinions, puisqu'elles remplissent littéralement les trois corbeilles du vinaya, des sutras et de l'abhidharma ! Pourquoi nous refuser à nous-mêmes, ce qu'il avait, lui, en son temps, cultivé au plus haut point ?!


La vie est plus une opportunité qu’une souffrance
De mon côté, contrairement au dogme canonique du bouddhisme qui affirme « la première vérité de la souffrance », je ne suis pas convaincu que la vie soit surtout souffrance. Cette première noble vérité ne me paraît pas aussi essentielle que l'enseignement du bouddhisme le dit. La vie est souffrance, certes, surtout face à la perte, au chagrin, au désespoir, au fait d'éprouver ce qu'on ne veut pas et de ne pas être unifié avec ce que l'on voudrait, face surtout à la maladie, à la vieillesse et à l'imminence de la mort.
Mais la vie est surtout vie, c'est à dire opportunité unique d'une expérience consciente, sensorielle, morale, artistique, sociale, pratique, terrestre etc.

La vie est avant tout un cadeau extraordinaire à apprécier avant même d'en trouver amer les inconvénients, c'est à dire la souffrance. Je ne « bouddhe » pas mon bonheur de vivre, de vivre simplement, même si je peste parfois de souffrir aussi. Et je ne conçois pas d'éveil qui trouverait que la vie ne vaut pas la peine d'être éprouvée. Car sans la vie que serions-nous ? Sans la souffrance de la vie, point de vie. Alors que serions-nous sans la vie ? Nous voudrions la vie sans la souffrance ?! Je ne pense pas que nous puissions jouer sur les deux tableaux, avoir le beurre et l'argent du beurre.
Etre vivant - naître, grandir, éprouver - privilège unique (aucune vie n'est semblable à aucune autre) mérite bien d'être reconnu. Notre reconnaissance et notre appréciation sont bien le moins que nous puissions offrir pour un tel cadeau : exister plutôt que ne pas exister, naître plutôt que de ne pas naître, être plutôt que ne pas être.Et en plus la Terre est jolie... Le ciel étoilé la nuit, très beau. Et les humains souvent sympathiques.

Alors dukkha (la "souffrance" en langue ancienne pali) restera aussi petite que possible, et ne comptez pas sur moi pour en faire un épouvantail !S'il existe un nirvana, ou plutôt des expériences possibles d'éveil, il me semble que ce sera ici et maintenant, au moment même où je presse sur la touche envoyer du clavier.

Il me semble qu'une génération plus jeune d'Occidentaux se saisit actuellement d'un bouddhisme doloriste. Un peu écoeurés et à juste titre des dérapages du tantrisme bouddhique et des scandales qui ont émaillé les années 90, ils foncent sur une lecture plus fondamentale des textes canoniques, en quête d'une certaine pureté. Le risque est d'en faire une sorte de nouvelle ascèse, d'une sorte d'idéologie de la privation : privation de viande, privation d'une sexualité assumée, privation des expériences sensorielles et des plaisirs de notre temps. Et surtout le risque est de se couper de l'époque et des autres selon le credo que tout étant souffrance, le monde étant souffrance, et les autres vivant la souffrance, il faut s'en détacher. Un bouddhisme lu au plus près du texte pourrait hélas inciter des jeunes gens à se punir, au fond, pour un monde en lequel ils ne se reconnaissent pas beaucoup, ou plutôt à se punir deux fois : la frustration du monde qui les entoure, plus cette ascèse supplémentaire de l'octuple sentier conçu comme une extrême modération, c'est à dire une sorte d'anorexie générale vis à vis de la vie.
Pour ne pas tomber dans ce mode de vie rétréci, tout en comprenant les enseignements du bouddha, il me semble qu'il faut avoir vécu, avoir bien vécu avant de prendre le recul. Le bouddha lui-même ne fit pas autre chose et jusqu'à la trentaine (un âge déjà conséquent pour l'époque antique), il tira à l'arc, pratiqua la vie chevaleresque des kshatria, fit l'amour, alla à des fêtes (des teufs dirait-on aujourd'hui), conçut une descendance, profita de plusieurs palais, et se destina même à reprendre le trône régional des Sakya après son père. C'est après cette vie vocationnelle bien remplie, comme lassé de tous ces plaisirs terrestres dont il avait vidé la coupe, qu'il prit le recul, chercha le sens, médita vraiment.
La question du soi / non soi est probablement aussi une cheville ouvrière du bouddhisme.
Vivre ! Ecrire une chanson joyeuse qui s’appellera « singing in the rain », plutôt que se laisser mouiller amèrement par la pluie... Et la chanson deviendra presque immortelle en passant aux générations suivantes et en les enrichissant. Faire de sa vie une œuvre d’art à défaut de trouver le nirvana…
Peut-être les jeunes gens qui cherchent le sens dès la vingtaine au sein du bouddhisme pourraient s'en inspirer. Au lieu de se mettre au RMI et de faire des retraites sous la tutelle ambiguë de certains « guides », (comme cela arrive parfois) ils pourraient étudier, travailler, parcourir le monde, vivre l'amitié et la rencontre des autres, mettre à profit leurs jeunes années et se faire des souvenirs avant d'avoir des regrets lorsque l'âge sera venu. Car c'est avec ce riche matériau d'une vie pleinement vécue, (et quelques remords d'avoir trop aimé la vie pourquoi pas!), qu'ils pourront sans doute prendre le recul nécessaire, et décider s'ils le souhaitent de s'orienter vers une vie plus contemplative, qu’il sera toujours temps d’entreprendre lorsque leurs cheveux auront blanchi….
Mais bien entendu je ne peux parler que de mon point de vue, chacun fera bien ce qu'il lui plaira.
Pour reprendre ce point voici une anecdote récente. J'ai passé le réveillon avec des amis, trois couples ayant chacun vingt à vingt-cinq années de pratique du bouddhisme. Nous avons beaucoup parlé des questions qui intéressent aussi ce livre. En échangeant avec eux j'ai évoqué les limites que je voyais au message même du bouddhisme : 1) la vérité de la souffrance, 2) le karma, 3) le nirvana et 4) les vies successives. Voici les quatre objections que j’ai soulevées, et un peu plus loin la réaction intéressante de ces amis..

1) La vie en tant qu’opportunitéEn un mot la vérité de la souffrance n'est peut-être pas correctement formulée dans le bouddhisme, puisque en réalité la vie si elle est souffrance, certes, est surtout opportunité d'une expérience consciente unique. Sans la vie nous ne serions sans doute pas, et donc vivre n'est pas une maladie ni une fatalité douloureuse, mais plutôt un tremplin précieux et un cadeau inestimable.

2) Le karma a bon dosQuant au karma, le bouddhisme nous dit que les souffrances d'aujourd'hui résultent d'actes non vertueux d'hier et que les bonheurs d'aujourd'hui résultent d'actes vertueux accomplis par le passé. Or, nous le voyons bien, beaucoup d'innocents souffrent (les victimes du Tsunami par exemple), d'enfants innocents meurent. Nous ne pouvons pas moralement affirmer que c'est à cause d'actes négatifs antérieurs, ce serait victimiser deux fois ces personnes, leur faire porter une deuxième fois le poids de destinées que rien ne peut justifier.
En revanche des dictateurs coulent de vieux jours paisibles. Des tortionnaires ou des aigrefins passent de paisibles retraites semblant ne pas souffrir particulièrement de cette fameuse "loi du karma". Mr Papon libéré de prison pour raison de santé, coule des jours heureux. Mr Crozemarie bénéficie paraît-il d'un jacuzzi dans sa confortable maison de retraite. Mr Pinochet n’a qu’assez récemment été inquiété par la justice de son pays. Mr Saddam Hussein est toujours vivant à l'heure de son procès (au 28 mars 2006 date à laquelle nous bouclons l’édition de ce livre), alors que de nombreux Irakiens innocents, des femmes, des enfants, des jeunes gens sont morts. La loi du karma du bouddhisme paraît un voeux pieux plus qu'une réalité.
L’idée de maturation des graines karmiques est nécessaire pour rendre plausible la théorie du karma, mais cela fonctionne-t-il vraiment comme cela ? La durée de la vie humaine permet-elle cette "maturation" ? Probablement non, et alors il faut absolument croire à cette idée de vies successives pour que la rétribution karmique ait la moindre chance de se produire et donc d'exister. Or rien n'est moins sûr que ces chapelets de vies successives pour vous et moi. Il y a donc au moins deux hypothèses, pour le moins hasardeuses, indispensables ici pour fonder cette théorie du karma.

3) La promesse vague, plurielle et contradictoire du nirvanaQuant au nirvana, qui peut vraiment compter dessus, en faire le projet de sa vie ? Honnêtement ?
Et puis, ce serait intéressant de découvrir aussi si l'union "vacuité-félicité" qui est pour les tantrikas du vajrayana le coeur de l'éveil spirituel correspond au nirvana de leurs amis Theravadin...
Chez les kagyu où l'influence Dzogchen et plus généralement Nyingma est présente (la lignée kagyu emprunte beaucoup aux enseignements et aux maîtres nyingma) le nirvana est un peu réservé... aux maîtres, aux détenteurs de lignée. Pour les disciples, il s'agit plutôt, de vie humaine en vie humaine, de réaliser progressivement des terres pures au moment de chaque mort successive et d'avancer ainsi de la première vers la dixième terre pure (ou treizième selon les systèmes), vers la libération du cycle des renaissances. Je crois que c'est à ce point qu'on peut alors parler de nirvana selon ce système tantrique.
Il y a aussi les cas de ces yogis qui réalisent le corps d'arc-en-ciel au moment de leur mort, il s'agit d'une manière de libération également, mais je ne peux dire si selon ce modèle de l'illumination c'est l'ultime et définitif, c'est à dire le nirvana. Comme ces atteintes successives (des terres pures, ou même du corps d'arc-en-ciel) correspondent de toute évidence à un raffinement de plus en plus grand de la conscience :"Dans le dzogchen tibétain, la nirvana est également assimilé à la conscience fondamentale, qualifiée de grande perfection naturelle. Il faut reconnaître la nature de l’esprit, vide, lumineuse, sensible et au delà de la mort."Alors, un nirvana pour tous, ou divers nirvana promis selon les diverses écoles ? Les promesses engagent surtout ceux qui y croient. Un maître Soto Zen (Kodo Sawaki, le maître de Taisen Deshimaru) disait quant à lui que le nirvana c'était "l'endommagement ultime"... Que voulait-il dire par là ?Et puis il y a les NDE, les near death experiences, ces expériences au seuil de la mort que racontent nos contemporains qui les ont vécues, en particulier en Occident. Sont-elles une expression de ce "nirvana", de cet éveil spirituel ? Est-ce le même éveil que chez les bouddhistes, est-ce encore une autre forme de conscience ou d'expérience ?

4) La fiction possible des vies successivesPour ce qui est des vies successives, rien ne montre que cela se passe comme le dit le bouddhisme, c'est à dire qu'un courant de conscience se réincarne (ou passe) encore et encore dans différents plans possibles d'existence, nous donnant au passage ici et maintenant cette vie humaine.
D'autres possibilités sont tout aussi crédibles : dispersion ou cessation de la conscience fondamentale au moment de mort, réintégration ou réabsorption de celle-ci dans une autre dimension ou une autre réalité spirituelle, combinaison de facteurs dynamiques de la conscience appartenant à plusieurs êtres pour composer la conscience d'un nouveau-né. Etc. etc. Bref la théorie des vies successives est aussi un conte simple et séduisant, mais ne présente aucune présomption de sa réalité.Après avoir présenté mes modestes élucubrations, l'une des personnes présentes au réveillon m'a dit : "je pense comme vous, je suis d'accord." Je lui ai fait remarqué : "Alors vous n'êtes pas bouddhiste". Elle m'a répondu avec un sourire : "je me présente comme bouddhiste, mais je ne crois pas, en effet, à cela." Un autre participant à la soirée a ajouté, en substance : "oui, il faut toujours dire qu'on est bouddhiste aux autres qui le sont, pour ne pas créer de difficultés ou de problèmes avec eux, mais c'est vrai on ne croît pas vraiment à ces choses".J'ai donc réalisé que ces amis qui ont vingt à vingt cinq ans de dharma, qui sont pour la plupart végétariens et ont adopté une hygiène de vie et une éthique très attentive, qui pratiquent la méditation au quotidien, ne croient pas un mot du dogme fondamental qui définit le bouddhisme.Mais ils se disent toujours "bouddhistes".


La terre plate encore présente dans les représentations de nombreuses écoles bouddhistes.
Sa sainteté le dalai lama souhaitait, si j'ai bien compris, que le modèle tantrique traditionnel de l'univers - plat avec sa haute montagne au centre, ses quatre continents et ses huit sous-continents le tout entouré d'un mur de fer - soit abandonné au profit d'une représentation plus conforme à l'état de la science sur la structure du cosmos. Il ne semble pas avoir été entendu...
Cela me rappelle aussi la résistance auquel fit face le lama Denis Tundroup (lama Denys) lorsqu'il introduisit la pratique de Tchenrezi traduite en français et chantée en français. Les adeptes n'en voulaient pas au début, préférant la langue mystérieuse et moins compréhensible du tibétain.
L'abandon du latin au profit des langues nationales pour le culte, a aussi été un long combat dans l'église catholique, mais elle l'a gagné. Ceux qui pratiquent encore en latin ont d'ailleurs été mis à l'écart et sont considérés, je crois, comme des intégristes.
La question de la foi hante le bouddhisme en Occident aujourd'hui. Le bouddha, athée, autonome et expérimental, était sensé la faire sortir par la porte, et la foi est revenue par la fenêtre avec l'accent mis sur le dévotionnel, le dogme et la croyance par des instructeurs de diverses écoles. Le bouddhisme était sensé libérer les Occidentaux de l'obscurantisme, et voilà qu'il devient le nouveau véhicule de la croyance, des pratiques répétitives, de la soumission à l'autorité du maître ou du dogme canonique, etc.

Vivre c’est aussi communiquer.
Je pense que la valeur d'un paradigme, d'une vision du monde, d'un référentiel se mesure aussi à cela, c'est à dire à la possibilité que nous avons de communiquer avec les autres hommes. Si notre regard est universel, s'il partage les principes universels de la logique, de la réfutation, du bon sens, de l'analyse et de l'expérimentation, il permet effectivement de vivre pleinement, en communiquant pleinement. Si en revanche nous nous limitons à une gnose étroite, à des principes acquis au sein d'une organisation et qui contredisent les lois de la logique, nous nous retrouverons dans un milieu étroit, limité, comme coupé des autres, et c'est dommage. Mais chacun est libre de ne vivre qu'à 1% de son potentiel communicatif si cela lui chante.


Vouloir la paix est-il possible ?
T. avait écrit au sujet de la quête bouddhiste, sur le forum Internet Bouddhismes & dépendance : "Je veux la paix, cette paix profonde qui est le coeur de mon être, je veux qu'elle se déploie."J’ai répondu par écrit sur ce forum, comme suit, à sa pacifique invitation :

« Ce souhait est tout à votre honneur. Mais vouloir cette paix n'est-il pas déjà le signe que ce sera difficile de l'éprouver vraiment ? Cette sérénité n'a-t-elle pas en effet sa manière à elle de s'inviter dans notre vie ? Et la vouloir, ou vouloir la construire, vouloir la produire, vouloir l'obtenir, ne l'empêche-t-elle pas de s'épanouir ?N'est-ce pas là tout le dilemme de nos amis bouddhistes qui veulent à tout prix la paix, et qui en oublient que la paix préfère la vie, la vraie, et connaît seule son heure pour venir. Elle visite ceux qui l'accueillent, non ceux qui lui commandent. Ceux qui peuvent être surpris de la découvrir, plutôt que ceux qui ont construit des palais ou des temples pour la garantir. Ceux qui vivent, plutôt que ceux qui l'attendent.
Vous pouvez tout avoir cher T., un beau voyage, une belle vocation, une vie assumée, mais vous ne pouvez pas vouloir la paix. Elle est comme une biche ou une antilope, comme un daim : si vous criez "viens !!, viens !!", il s'éloigne et se cache. Le seul moyen de l'attirer est de se promener très gentiment, en songeant que nos prières sont parfois comme des cris de commandement, qui éloignent la sérénité et la paix de nous.
Mais, plutôt que de souhaits ou de mantras, plutôt que de visualisations ou de prières de refuge, si vous avez dans vos mains un peu du pain de la patience, un peu du pain de l'appréciation, la paix et la sérénité viendront à vous sans même que vous les appeliez, partager le pain de votre humanité au creux de votre paume...Le bouddhisme de l'invocation, de l'incantation est donc le plus sûr moyen de ne pas éprouvez cette paix ! C'est pour cela que les centres du Dharma sont peuplés de personnes anxieuses et tendues. C'est pour cela en revanche que ceux qui vivent la vie avec simplicité et avec gratitude (et qui ne prennent pas la vie pour une souffrance, ni une fatalité, ni une maladie de l'ignorance), qui ainsi n'ont jamais étudié dharma ou méditation, sont aussi souvent ceux sur le visage desquels on peut lire le sourire de la sérénité.La paix fuit ceux qui la veulent, car sans le savoir ils l'éloignent. Elle fuit les stupas « circumambulés », elle fuit les robes drapées, elle fuit les prosternations répétées, elle fuit les zafus trop hauts, les prières de refuge rabâchées, les malas de nacre moites de transpiration, des préliminaires aux initiations. La paix a horreur de ces pièges et de ces sortilèges grossiers qu'on lui a tendus pour la capturer et l'asservir.Mais elle se montre hospitalière à ceux qui savent s'abandonner sincèrement à la conversation du monde...Voici ce que je dirai plutôt un peu à la manière de Khalil Gibran : "Je ne veux pas cette paix, cette paix profonde qui n'est pas le coeur de mon être ; mais si elle veut bien s'inviter, elle sera bienvenue. Ce n'est pas une énergie qui se déploie comme un parachute ou un parapluie, mais un peu de la vie toujours déployée comme une aile." »


La grande valeur des arts du mouvement
Le dharma est mort dans des temples, vous ne verrez que ses cendres. Cette formule excessive et péremptoire est bien entendu juste une provocation à la réflexion.Alors vous qui pratiquez un art martial, accrochez-vous à votre kimono, serrez bien votre ceinture noire, enracinez-vous à votre tatami et n'écoutez pas les sirènes. Avec l'aïkido, par exemple, vous avez le dharma vivant et vécu au bout de vos bras et de vos jambes. Vous vivez déjà le bouddhisme, car vos gestes ne peuvent mentir.Quant à la méditation assise, il n'est pas certain qu'elle soit moins bien pratiquée, ni moins intense, dans votre club d'Aikido (où chacun paye sincèrement de sa sueur le prix de l'effort et de l'engagement physique) que dans un centre du dharma (où c'est plutôt compris hélas comme une consommation molle de loisir spirituel, un peu comme siroter des cocktails dans un piano bar).
En Corée dans les années 80, il restait des traces de bouddhisme ésotérique par la voie des arts martiaux. Cela avait été une tradition très vivante, et on dit qu'elle restait vivante encore dans le Sud, le Sud-est du pays (je crois par exemple dans la région du temple de Pomosa).

Personnellement je n'ai pas rencontré cette tradition, mais j'ai eu la possibilité de rencontrer quelque chose de sa transmission aux nouvelles générations sous des formes adaptées à notre époque, et cela dans une école de Komdo atypique, à Séoul. Il s'agissait de kendo coréen, et non de kendo japonais. Il utilisait surtout le sabre courbe et moins le sabre rond en lames de bambou. Nous nous entraînions sans masques de protection, à la différence du kendo japonais, faisant tournoyer nos sabres courbes en bois en des motifs complexes.

Seul le maître avait le droit de faire ses démonstrations avec son sabre affûté en acier, lame au clair. J'ai raconté ailleurs cette rencontre et cette période où j'apprenais comme débutant cet art martial dans cette école vraiment coréenne. Le maître avait appris son art dès son enfance, par quelques moines d'un monastère, où il avait grandi, ses parents en étant les gardiens. Il avait dû ensuite retrouver des livres et des gravures anciennes rares pour compléter ses figures et sa connaissance traditionnelle. Le dharma-komdo qu'il enseignait était d'une incroyable énergie, et c'est vrai le KI (Chi) était effectivement au coeur de la puissance qui y était explorée. Les mêmes mouvements des élèves avec ou sans KI ne donnaient pas du tout le même résultat...

D'ailleurs deux petits exercices anodins avaient éveillé ma curiosité lorsque je passai la ceinture jaune, puis la ceinture bleue.
Pour la première je devais, entre autres exercices, éteindre une flamme de bougie du seul souffle du sabre.
Pour la deuxième je devais casser une paire de baguettes (comme celles qu'on utilise pour manger le riz) avec la tranche d'une carte de visite par la seule vivacité du geste. J'ai compris plus tard que ces modestes exercices étaient une invitation à entrevoir la créativité du KI, qui était tellement active chez nos habiles instructeurs...

La méditation était aussi au programme et j'en garde un souvenir très vif, dans l'ambiance d'énergie et de vitalité de ce dojo, où vivaient d'ailleurs les instructeurs dans une désarmante simplicité. Pas de douches après l'entraînement, il nous fallait puiser avec une sorte d'écope dans un grand bac d'eau froide. L'hiver cette eau des bacs était gelée dans cette salle sans chauffage. Les élèves ainsi que les instructeurs devaient parfois en casser la glace.

Cette manière d'envisager la spiritualité à l'aune du corps et de sa réponse paraît un excellent garde-fou. Le corps ne triche pas, n'est-ce pas, et réagit naturellement, on ne peut pas lui raconter d'histoires, de contes pour enfants ou de théories. Surtout dans la rencontre avec l'autre, dans sa confrontation. Il est un très bon expert réaliste en "dharma", ce corps ! Alors vous ne trouverez peut-être pas mieux dans les centres de méditation du dharma aujourd'hui, où l'approche collective de la méditation en uniformise un peu le sens.

En revanche, il n’est pas interdit de faire de bonnes rencontres à l'avenir et de partager des moments méditatifs avec telle ou telle personne de notre connaissance, ou rencontrée ad hoc, qui nous montrera sa propre pratique, sans structure, sans discours superflu, et sans carte d'adhérent !
En Asie, sans vouloir vous importuner, cher Lecteur, chère Lectrice, avec mes souvenirs, mes bonnes expériences dharma sont liés ainsi à des rencontres personnelles, à des moments privilégiés partagés avec des très petits groupes de quelques personnes tout au plus.
En Europe le standard a été en quelque sorte établi par le dalai lama et ses grands chapiteaux de 1000 à 3000 personnes ! J'exagère à peine. Nous imaginons peut-être que le dojo Zen ou le temple mahayana doit être rempli de monde qui médite ! N'est-ce pas là une idée toute faite ?

Deux, trois personnes qui partagent un moment contemplatif privilégié, où l'énergie de l'instant reste identifiée, détendue, douce et fraîche. Que demander de mieux ? Enfin, ce n'est qu'un point de vue, peut-être relatif, au fond...




III
Le disciple de trop du dalaï lama




Je sais, c'est LE sujet qui fâche ! Alors pourquoi ne pas poursuivre par celui-ci ?
La photo ci-dessus est embarrassante pour les disciples de Sa Sainteté, qui préfèrent voir le Prix Nobel de la Paix en compagnie de l’Abbé Pierre ou de Richard Gere. Sa Sainteté le dalaï lama pose main dans la main avec le riche bienfaiteur Shoko Asahara qui aurait donné en tout à la cause tibétaine 45 millions de roupies, soit environ 170 millions de Yen ou encore 1,2 millions de dollars selon le journaliste Christopher Hitchens, His Material Highness, 13 juillet 1998 in : http://www.elevenshadows.com/tibet/hismaterialhighness.htm
Quelques années plus tard, le 20 mars 1995, le même Shoko Asahara, gourou de la secte Aum, et surtout psychopathe ayant dévoyé à sa manière la vision apocalyptique de Shambhala auprès de ses disciples, fera gazer au sarin de sa propre initiative (une arme chimique de guerre qu'il fit produire dans un laboratoire au Japon par des disciples) les passagers captifs du métro de Tokyo. L'attentat entraîna de nombreuses morts et de très nombreuses intoxications (environ 5500) dans ce qui devait s’avérer l'une des plus grandes catastrophes contemporaines en relation avec une secte.
La photo ci-dessus ne figure pas dans l'album souvenir de Sa Sainteté sur son nouveau site http://www.dalailama.com/ , mais est reproduite en revanche dans le livre électrochoc de Victor et Victoria Trimondi (http://www.trimondi.de/) "The Shadow of the dalai Lama" qui consacre tout son chapitre XIII (Deuxième partie de l'ouvrage) à cette question : http://www.trimondi.de/SDLE/Part-2-13.htm

On découvre dans le chapitre susmentionné, précis et documenté, les liens qui unissaient, avant le drame, Sa Sainteté le Dalai Lama et Shoko Asahara, (même si bien entendu Sa Sainteté n'avait pas la moindre idée de la dangerosité future et des projets funestes de ce dernier). On peut suggérer à chacun qui lit l'anglais de découvrir en intégralité le chapitre XIII du livre des époux Trimondi http://www.trimondi.de/SDLE/Part-2-13.htm pour s'en faire une idée précise et informée. En particulier il semble que les deux hommes se soient rencontrés cinq fois à partir de 1987 si l'on en croît aussi le magazine Stern (36-95, p.116-117).
(Ci-dessus : Shoko Asahara devant un tankha de tradition himalayenne)

Le gourou de la secte Aum se proposait de transformer à marche forcée le monde en un "royaume de Shambhala" et avait mis en valeur ses introductions auprès de sa Sainteté le dalaï lama pour faciliter la pénétration des idées du tantrisme bouddhique de Shambhala dans la société japonaise.


Sa Sainteté.com
Toujours satisfait, les mots « bonté » et « compassion » lui venant aisément aux lèvres, offrant à chacun de ses publics l’écho qu’il aime écouter, le dalaï lama est une véritable agence de communication :

« DHARAMSALA (Inde), 11 déc. 2005 (AFP) - Le dalaï lama, leader spirituel tibétain, a lancé dimanche depuis l'Inde où il est en exil son propre site internet http://www.dalailama.com./Le site a été inauguré à l'occasion de la Journée mondiale pour les droits de l'homme et du seizième anniversaire de la remise de son prix Nobel de la paix. »
Pendant que Sa Sainteté honore de sa présence en exil d’innombrables colloques élégants avec brochures sur papier glacé, les Tibétains de la région autonome se débrouillent sans lui et s’en portent... de mieux en mieux. Sans minimiser les graves souffrances d'un peuple occupé au milieu du vingtième siècle : avec l’exil de l’aristocratie tibétaine, les paysans ont aussi oublié leur servage, retrouvé des terres, et avec la présence chinoise, peu à peu, paradoxalement, cinquante ans plus tard, la prospérité qui leur avait été confisquée par l’histoire féodale qui fut aussi celle du lamaïsme.
Mais ne soyons pas sévères.


Le dalaï lama est paradoxal : moderne, rénovateur, il incarne la modernité du peuple tibétain mais il est aussi le symbole de ce qu’il a souvent critiqué si attentivement : l’ordre théocratique. Voici une citation de sa sainteté qui évoque bien son paradoxe :
"Les officiels l'utilisaient [le dharma] pour gagner leur vie, les moines, les nonnes et les lamas pour gagner leur vie. A l'intérieur, dans leur monde intime, ils étaient comme des gens ordinaires, désirant avidement et haïssant. Ainsi le dharma était un poison de cette manière.Quand l'accent est trop mis sur l'institution bouddhiste, et que la nation va au désastre, c'est dans ce cas que les gens disent que le bouddhisme a ruiné leur pays."(Entretien du dalaï lama avec Robert Thurman, Rolling Stone, May 24, 2001)

Peut-être sera-t-il comme M. Gorbatchev le dernier représentant d’un système qu’il aura contribué à faire élégamment disparaître ? Gorbatchev a permis la disparition en douceur du système communiste, pour l’ouvrir au monde capitalistique. Le dalaï lama sera-t-il celui qui fera disparaître le système lamaïste en l’ouvrant à la société médiatique ? L’avenir le dira.
Il se pourrait qu’il soit le dernier grand moine, et qu’après lui le bouddhisme soit comme un corps devenu inerte, disséqué inlassablement par ses disciples en faisant l’exégèse, et célébré par ses adeptes en répétant les rituels.

Le bouddhisme vivant finira-t-il avec la disparition de sa sainteté ?
Il a conquis cette génération d’hommes et de femmes, qui se voulaient libres, des années 60, 70, voire 80 et qui pouvait encore imaginer la vie comme un projet gratuit, un voyage sans autre but que le voyage, dans un monde où la gratuité et la liberté avaient fusionné aussi chez les beatniks, puis chez les hippies, et enfin chez les « new agers » ! Certains d’entre eux deviendront bouddhistes, et leur désir de liberté, leur pèlerinage n’est plus guère possible aujourd’hui dans un monde où il faut savoir calculer, s’adapter, faire sa place. Le bouddhisme antique était celui des moines errants, mendiants et sans domicile fixe. Aujourd’hui avec la disparition de la possibilité même de ce mode de vie, c’est peut-être tout simplement la possibilité même de vivre l’essence du bouddhisme qui a disparu. Alors le bouddhisme vivant c’est fini ? Oui, c’est fini, disons « presque fini » pour laisser encore un peu de place à la possibilité de se laisser agréablement surprendre... Ce livre évoque cette fin, et le spectacle qui a remplacé la vie spirituelle, et s'y est habilement substitué...


On découvre un dalaï lama conservateur :
Je vous propose ces trois brèves citations à titre d'information par l'exemple. Elles sont extraites d'un entretien donné par sa sainteté au magazine Le Point N° 1488 du 22 03 2001, p116. L'entretien était conduit par François Gautier. Nos citations étant nécessairement tronquées, nous vous conseillons de consulter l'intégralité de l'entretien en suivant le lien indiqué ci-dessus. « Le Point : Votre Sainteté, est-ce que ce terrible tremblement de terre est de mauvais augure pour l'Inde ? Le dalaï-lama : Je ne sais pas, mais c'est certainement le résultat d'un mauvais karma. Il n'y a pas de souffrances injustes [...] »Les souffrances seraient une sorte de sanction d'un "mauvais karma" venu de "vies antérieures". Pensez-vous, chers lecteurs, qu'elles soient ainsi justifiées et donc acceptables ? La question est posée : à vos claviers et à vos souris... Acceptez-vous l’idée que les pauvres seraient fautifs, responsables de leur propre malheur, les malades aussi, les accidentés, les orphelins si l’on suit le raisonnement de sa sainteté ? Personnellement cette idée (« il n’y a pas de souffrance injuste ») me révulse, et cette « théorie du karma » me paraît inacceptable. Car la souffrance est précisément ce qui est souvent injuste, et c’est bien pour cette raison que l’humanité aspire à la réduire, en luttant contre la malnutrition, la pauvreté et la maladie...
Autre déclaration de sa sainteté, sur le nucléaire, bien que considéré comme un défenseur de l'environnement, et après une stance sur les dangers du nucléaire, il semble finalement accepter dans la pratique la dissuasion nucléaire pour son pays d'adoption l'Inde : « Le Point : D'après votre raisonnement, la bombe atomique serait justifiée... Le dalaï-lama : [...] Maintenant, je comprends les préoccupations des Indiens : vous avez les cinq Grands, qui exigent de l'Inde qu'elle n'ait pas d'armes nucléaires, mais qui se préservent le droit d'en avoir. C'est injuste et dangereux. Les Indiens doivent faire face à deux menaces atomiques venant de l'ouest et de l'est (Pakistan et Chine). » Enfin la tolérance de sa sainteté est souvent considérée comme allant de soi, qu'en est-il pour les droits des minorités et du respect des préférences sexuelles individuelles ? : « Le Point : Que pensez-vous de l'homosexualité ? Le dalaï-lama : Cela fait partie de ce que nous, les bouddhistes, appelons « une mauvaise conduite sexuelle ». Les organes sexuels ont été créés pour la reproduction entre l'élément masculin et l'élément féminin et tout ce qui en dévie n'est pas acceptable d'un point de vue bouddhiste [il énumère des doigts] : entre un homme et un homme, une femme et une autre femme, dans la bouche, l'anus, ou même en utilisant la main [il mime le geste de la masturbation]. » Non seulement l'homosexualité est condamnée mais encore... la masturbation ! Pensez-vous que cela soit la marque d'une pensée de progrès, de réalisme et de tolérance à l'heure où bien peu de pédiatres, de médecins et de psychologues accepteraient de soutenir un tel discours moralisateur sur la masturbation ?
Nos contemporains considèrent encore souvent que le dalaï lama est « sympathique » parce qu'il n'aurait « pas de discours de dogme ». Il n'en est rien ici.D'ailleurs ces déclarations du prix Nobel avaient provoqué une certaine émotion, en particulier dans plusieurs réseaux associatifs en Europe. Je crois que sa sainteté, un tantinet interpellée, a mis un peu de lait dans son thé (pour ne pas dire d'eau dans son vin, ce qui serait déplacé pour un moine bouddhiste) pour rassurer...Sans connaître les questions tibétaines contemporaines de l'intérieur je trouve que la position de sa sainteté sur ces questions de sexualité exemplifie bien la confusion entre la sphère du religieux (le lama) et le social (Le Prix Nobel de la paix) voire le politique (le chef du Tibet en exil).
En tenant un discours religieux sur les pratiques sociales, il me semble que sa sainteté montre que la maturité démocratique n'est pas vraiment là. Un peuple, fût-il tibétain, n'est pas composé exclusivement de moines et de moniales engagés à la chasteté, ni uniquement de bouddhistes pratiquants ayant adhéré aux voeux de fidèles laïcs.
Un peuple est un peuple, divers, libre, hétérogène, et les pratiques sexuelles reflètent naturellement sa liberté et sa diversité d'âges et de chemins de vie. Que sa sainteté voit la vie à travers ce dogme strict et le propose ainsi dans les medias tant aux Tibétains en exil qu'aux Occidentaux montre qu'il n'a pas tout à fait intégré la dimension démocratique et citoyenne qui fonde nos sociétés modernes en Europe.
Et je commence mieux à comprendre que nombre de ses concitoyens tibétains ne puissent tout à fait le suivre, ni se reconnaître totalement dans son action.

Imaginez un seul instant le président d'un état européen tenir un tel discours. Il serait qualifié d’ultra conservateur. Imaginez un prix Nobel vilipender des libertés fondamentales et des droits inscrits dans nos lois (l'homosexualité n'est plus une maladie selon les lois françaises depuis 1981).
De nouveaux droits sont reconnus aux personnes ayant des préférences sexuelles minoritaires dans plusieurs pays d’Europe : mariage (ou union) et adoption homoparentales en Espagne, Belgique, Royaume Uni...
Dans les pays d’Europe ce serait assez inconcevable qu’un homme politique ose une telle condamnation ! Ce serait même la révolution !
Et qui dans l'éventail des sensibilités politiques aujourd'hui oserait condamner publiquement par ailleurs la masturbation ou la fellation aujourd'hui et dire "qu'elle n'est pas acceptable" (sic) ?!

Proscrire la masturbation parce qu'elle rendrait sourd et l'homosexualité parce qu'elle serait contre nature : certains l'affirmaient au dix-neuvième siècle. Ces voix rétrogrades et liberticides aux accents victoriens se sont fort heureusement tues… Carton jaune à sa sainteté le dalaï lama pour avoir ressorti ce croquemitaine de sa boîte sans avoir pris la mesure des évolutions démocratiques en Occident.
Kalachakra et ses deux questions embarrassantes
Malheureusement pour Sa Sainteté une autre information embarrassante s’est diffusée sur le Net. Il existe bien un contentieux littéraire entre le lamaïsme et les principales autres religions d’origine sémitique, ou dites encore « du livre ». Le texte du bouddhisme tantrique de Kalachakra met en scène, semble-t-il, une confrontation à venir entre disciples bouddhistes de Raudra Chakri, supposé devenir le futur souverain Kalkin du royaume de Shambhala, et leurs "ennemis" supposés, identifiés comme disciples de Muhammad, mais aussi de l'imam Mahdi, de Yahvé et de Jésus. On trouve trace de cette idéologie somme toute guerrière dans l'eschatologie apocalyptique du tantra de kalachakra selon les époux Trimondi qui ont signé un livre de 800 pages avec plusieurs chapitres qui traitent de ce sujet.
Que faut-il en penser ? Alexander Berzin, qui a longuement travaillé aux archives tibétaines à Dharamsala, et qu'on ne peut pas soupçonner d'être hostile aux croyances et aux contenus du tantra de Kalachakra y a consacré en effet des pages attentives sur son site, même si c'est en des termes à peine plus nuancés que ceux utilisés ci-dessus : Holy Wars in Buddhism and Islam: The Myth of Shambhala. On pourra lire en particulier la fin assez ambiguë du papier d'Alexander Berzin intitulée "Similarities between Buddhism and Islam" et sa conclusion.

Il faut aussi rappeler que le Web bruit encore d'un autre débat en ligne, toujours grâce aux époux Trimondi. Les auteurs de "the shadow of the dalai lama" (ce lien ouvre la table des matières du livre en anglais) sont allés à la découverte des textes traduits du tibétain des initiations de Kalachakra. Sa sainteté en est sans doute le plus fervent maître, puisqu'il propose son mandala de sable et son initiation aux quatre coins du monde depuis de nombreuses années. Les auteurs se sont aperçus avec stupeur que le texte rituel propose après les initiations publiques la possibilité de visualiser ou de réaliser dans la chair des initiations dites secrètes à fort contenu sexuel (explicite ou visualisé, les deux niveaux sont possibles). Je laisse aux lecteurs le soin de découvrir leur contenu éventuel et de se faire leur propre idée à partir par exemple de cette note de lecture du livre qui inclut un résumé de cette assertion. Il semble bien que la condamnation par sa sainteté des pratiques sexuelles soit donnée en public, et que dans la sphère intérieure de l'initiation secrète de kalachakra (ce lien ouvre le chapitre en anglais du livre consacré à cette question), ce soit une logique bien plus permissive qui puisse se visualiser, voire s'actualiser selon l'interprétation que le maître et ses disciples en font.
Le tantrisme yoguique a de profondes racines sexuelles, et cela ne devrait pas surprendre. Mais ce n'est pas inutile de rappeler qu'entre le discours pudique voire moralisateur et les textes traditionnels des initiations tantriques, dont sa sainteté est détenteur de la transmission, un décalage peut exister. Nos amis d'outre Atlantique appelleraient peut-être cela "double standard"...


Mercredi 19 octobre 2005Le Dalaï Lama sème la zizanie dans la communauté scientifique WASHINGTON (AFP) - Le dalaï-lama, chef spirituel des Tibétains, sème la zizanie chez les neurologues qui s'opposent sur le bien-fondé de son intervention à la prochaine conférence de la société américaine de neurologie que les critiques voient comme un dangereux amalgame de la religion et la science.Le Dalaï Lama va, à l'invitation de la présidence de l'association nord-américaine de neurologie (Society for Neuroscience), prononcer le discours inaugural de sa prochaine conférence scientifique annuelle le 12 novembre à Washington à laquelle plus de 20.000 neurologues du monde doivent participer.Le thème de cette intervention, "la neurologie de la méditation", portera sur des recherches faites par des chercheurs américains auxquelles le dalaï-lama a participé. Ces études s'efforcent de montrer que la méditation telle que la pratiquent les moines bouddhistes génère des émotions positives.Cette invitation faite au printemps a provoqué une polémique conduisant plus de 700 neurologues membres de la "Society for Neuroscience" à signer une pétition demandant l'annulation de l'intervention du leader tibétain en exil. Ce qu’ils n’ont pas obtenu. »
Dans un sens ces chercheurs font oeuvre utile s'ils pointent du doigt et exposent la stratégie médiatique de Sa Sainteté visant à poursuivre la pénétration des milieux scientifiques entreprise depuis les années 90.Sa Sainteté, ainsi que Matthieu, ancien scientifique lui-même à l'Institut Pasteur, je crois, ont bien compris que la science est en quelque sorte la religion d'aujourd'hui, et qu'elle décide des valeurs contemporaines, bien souvent. Alors, ils se rapprochent, par une politique de petits pas, de l'institution scientifique, et de son potentiel de communication globale, en nouant des liens privilégiés avec des chercheurs, avec l'aide en particulier des chercheurs convertis au bouddhisme tibétain. Qu'on signale dans le milieu académique chinois (RPC) la volonté de noyautage possible de la communauté académique internationale des neurosciences est une bonne chose.Après, parmi les scientifiques eux-mêmes, et dans le grand public, chacun pourra se faire s'en faire une idée mieux informée. Au moins le débat aura lieu.Enfin se pose une autre question, celle des alliances peut-être contre-nature que Sa Sainteté sera peut-être amené à consentir pour entrer plus avant dans les sphères d'influence du monde scientifique. Il est probable qu'aux Etats-Unis le mouvement créationniste puisse essayer d'utiliser Sa Sainteté et son image d'ouverture comme un cheval de Troie pour faire progresser l'idée de l'intelligent design dans l'opinion, mais pas seulement. Les chercheurs américains proches de la mouvance évangélique pourraient être tentés de se rapprocher de Sa Sainteté pour promouvoir grâce à son image plus libérale leur agenda anti avortement, contre la sexualité pré maritale et hostile à la communauté homosexuelle (en plus bien entendu de la modification des manuels scolaires où la notion de darwinisme devrait selon eux laisser la place à celle d'intelligent design). Car, sur ces bases, les "prolife" et Sa Sainteté ont plus de points en commun que de divergences. Les entretiens médiatisés de Sa Sainteté avec George W. Bush (lui même ardent défenseur "prolife" - hostile au droit à l’avortement - et proche de ces mouvances évangéliques conservatrices) sont-ils des signes positifs d'intérêt vis-à-vis de la communauté tibétaine en exil donnés par le patron de la Maison Blanche en échange d'un "soutien amical" de Sa Sainteté à l'agenda de Bush (conservateur, créationniste, prolife - hostiles au droit à l’avortement -, et hostile au mariage comme à l'adoption d'enfants par des couples homosexuels) ? Il est peu probable que George W. Bush fasse à l'ancien maître du Potala un don sans contrepartie de son soutien politique. Et le seul pouvoir que Sa Sainteté a à échanger aujourd'hui contre ces faveurs américaines est celui de sa parole.

Cette manière un peu rapide de prendre à témoin la science expérimentale pour affirmer de manière peut-être péremptoire le système religieux du tantrisme bouddhique est effectivement une forme de condescendance un peu cavalière à l'égard du travail patient, progressif, et souvent attentif des chercheurs scientifiques.Il y a quelques années une vague de quelques publications "prouvant" l'efficacité d'une pratique appelée "méditation transcendantale" avait déjà été publiée dans des revues scientifiques. Or il se trouve que ce terme est associé à un groupe dont l'innocuité a depuis été interrogée, et une recherche sur Internet vous montrera rapidement pourquoi (regarder sur le site prevensectes par exemple).Que ces nouveaux mouvements religieux en Occident souhaitent se parer des atours de la science témoigne-t-il d'une stratégie médiatique de conquête des esprits ?Qu'il y ait dans le monde chinois aujourd'hui des scientifiques nombreux et de haut niveau, y compris des ingénieurs capables d'envoyer deux hommes dans l'espace et de les en faire revenir sains et saufs par exemple, n'est pas une nouveauté. Mais c'est assez rassurant, assez sain, si certains scientifiques d'origine chinoise constituent une force d'opposition au discours lénifiant et peut-être convenu sur les vertus supposées du tantrisme bouddhique.Le Dalaï lama a peut-être trouvé là la confrontation que n'a jamais osé l'Occident, littéralement anesthésié par les techniques rhétoriques et médiatiques de Sa Sainteté. Avec en face de lui les chercheurs issus du monde chinois qui connaissent tout à la fois le contexte idéologique où opère le chef de l'aristocratie monastique tibétaine et le discours scientifique occidental, la confrontation ne tournera probablement pas à l'avantage de Tenzin Gyamtso qui va avoir affaire à forte partie. Il avait gagné la bataille de l'estime occidentale face aux fusils chinois, mais il pourrait la perdre face aux beaux esprits et aux scientifiques issus de l'empire du milieu qui n'ont rien à lui envier, et qui sont surtout très nombreux et portés par l'irrésistible décollage de leur sous-continent. C'est le dalaï lama qui a le plus a perdre dans cette affaire, qui pourrait contribuer à ternir son image, s'il s'avérait à son issue que notre Prix Nobel de la Paix avait des arrière-pensées pas tout à fait scientifiques ni complètement humanitaires.Le problème est qu'une fois de plus ce seront les Tibétains en exil, parfois pauvres et précaires, qui souffriront si les Occidentaux se détournent de leur cause, écoeurés de découvrir que leur générosité aura été prise en otage par le système lamaïste que représente Sa Sainteté qui en défend les prérogatives et les privilèges.


La compassion ou…
Ce qui reste essentiel c'est de faire quelque chose concrètement face à la misère.C'est vrai que, contrairement à d'autres maux complexes à traiter (vie insatisfaisante car routinière, dépression, mésententes familiales, conflits divers), la misère et la pauvreté peuvent être soignées et guéries par l'intervention efficace de tiers. Un peu d'argent, beaucoup de travail, beaucoup d'attention portée aux besoins des autres, et la pauvreté recule, la misère est éloignée.Tandis que lorsqu'il faut soigner les maux des "nantis", c'est beaucoup plus délicat : une soupe chaude servie chaque soir d'hiver n'est plus la panacée. Peut-être est-ce la maladie des pays du Nord, de ces pays dits riches ? Et c'est peut-être celle qui a appelé les nouveaux Diafoirus du spirituel...Avec leurs chapeaux pointus et leurs robes venues d'Orient, il fallait des hommes médecine exotiques en Occident pour soigner l'ennui des stars d'Hollywood, mais aussi des fonctionnaires français, des salariés européens, des retraités encore jeunes, de tous les urbains en quête de sens, sans oublier les rmistes et les chômeurs qui ont beaucoup de temps pour contempler les bobos à leur âme.Il fallait de la couleur, des langues mystérieuses, des sonorités improbables.Nous avions bien adopté les plats cuisinés saveurs exotiques (une marque de surgelés appelle ses tambouilles "invitation aux voyage"). Nous avions plébiscité les restaurants Indiens où l'on sert du Curry, et apprécié les plats cuisinés chinois. Alors pourquoi ne pas soigner notre morosité des pays gris, mécanisés et post-industriels avec quelques lamas sur un trône doré ? C'était logique, peut-être inévitable.Avec en plus le désir de nouveauté qui nécessite d'oublier les modes pour en sacrer de nouvelles : après les lamas ce sera peut-être les shamans aborigènes d'Australie et leur art du rêve, après ce sera -qui sait ?- les Bwiti d'Afrique et les états modifiés de conscience de la plante iboga, puis peut-être les jivaros et leur initiation, ou encore les Yaquis et leur art du traqueur...La mode des sushi a suivi la mode des rouleaux de printemps, la mode du zen suit celle des arts martiaux de Shaoling...Ce que je veux dire par là est que pour "l'euphorie perpétuelle" des sociétés de la consommation, la spiritualité est devenue une sorte de consommation de loisirs spirituels.Mais dans cette passion pour la nouveauté, il y a aussi la lassitude immédiate ou presque qui succède à cette dernière.Rappelez-vous les années Tibet (la fin des années 80 et le début des années 90) : on vendait les Citroën avec un petit moine en robe du bouddha qui nous disait en faisant le V de la victoire : "révolutionnaire". On vendait le parfum Samsara de Guerlain sur fond d'autels tantriques. Au cinéma c'était "little buddha", "Kundun", "Seven years in Tibet", puis un peu plus tard "la Coupe" et enfin le film (pas le parfum cette fois !) "samsara" qui déferlaient.Les livres du dalaï lama se multipliaient dans les rayons des grandes surfaces en format de poche. Le duo littéraire du regretté Jean-François Revel avec son fils Matthieu Ricard, moine bouddhiste, faisait des ventes formidables et "le moine et le philosophe" raflaient tous les suffrages chez les retraités de l'éducation nationale.Allons aujourd'hui à la Fnac : les rayons bouddhisme tibétain ont rétréci comme peau de chagrin. Les films sur le Tibet et le lamaïsme ont disparu de l'affiche, n'est-ce pas ? Adieu Kundun, hello chirurgie esthétique ! La publicité s'intéresse au monde des nouvelles technologies qu'elle nous présente comme la vitrine des désirs, et boude le bouddha...
La mode a intronisé le dharma, phénomène de société, et la mode l'oublie quelques années plus tard...Si le tantrisme bouddhique n'est plus à la mode, il ne faudrait pas croire qu'il soit déserté de tous, ni qu'il ait disparu.
Il a acquis, grâce à son succès médiatique et d'estime, une respectabilité qui attire justement celles et ceux qui en ont aujourd'hui le plus besoin pour leur consommation de loisirs spirituels. Aujourd'hui à l'heure où les sectes sont montrées du doigt, leur nouveau public vient-il au bouddhisme tantrique et à ses gourous ? Il est clair que le bouddhisme offre une crédibilité, une présentation et une reconnaissance sociale. Alors que les adhérents des sectes sont victimisés, d'autres peuvent trouver un havre de respectabilité en se faisant bouddhistes...
Cela passe bien mieux au travail que la sciento. Et on peut dire à ses voisins de quartier : "désolé les amis, Timberley ne pourra pas être des vôtres pour l'anniversaire de Kenza, elle a son initiation tantrique avec gueshela ».


Un homme plutôt sympathique, remis en question par une partie de la jeune génération tibétaine
Il suffit de se rendre sur les forums et les pages d'opinions de http://www.phayul.com/news/index.aspx?c=4 pour découvrir que le consensus n’existe pas toujours autour de sa sainteté et que de nombreux points méritent d’être débattus.
On y lit par exemple que pour certains en exil le système parlementaire à Dharamsala ressemble plus à une "farce" (sic) qu’à une véritable représentativité. On y découvre les reproches que les milieux laïcs font à l’encontre d’un système de représentation en exil qui a favorisé les religieux et leur système peut-être "malthusien".Et il y a l’évidence : le dalaï lama en dépit de son habileté, de ses paroles de bon sens amicales et de son humour n’a su apporter que peu de réponses effectives aux problème sociaux de tout un peuple. Qu’il le reconnaisse est bien, mais ne peut suffire à lui valoir un total satisfecit.
Le lamaïsme qu’il incarne n'était-il pas un système de caste à sa manière qui avait quelque peu étouffé le Tibet d’avant la présence chinoise ?
Affamé et misérable, dépossédé des terres et des ressources, le peuple était selon de fréquentes observations soumis à un joug invisible, maintenu peut-être dans l’ignorance, celle de dogmes qui permettaient de l’appauvrir au nom de la compassion et de la sagesse, et d’enrichir toujours plus une élite dont le souci principal était, lit-on souvent, sa propre reproduction et son maintien.La conquête chinoise dont les excès ont été clairement montrés a eu paradoxalement comme mérite (ceci n'excuse pas cela, soyons francs) celui de redistribuer les cartes et de permettre aux plus humbles qui n’avaient aucune chance sous le système lamaïste pluriel que d’en être les serfs et les porte-faix d’envisager l’avenir pour leurs enfants avec plus d’optimisme que pour leur génération.Ce sont des lamas, parmi les nantis d’un système historiquement déchu, qui arrivés en exil ont pu communiquer leur vision du Tibet. En revanche, les paroles populaires n’ont guère été entendues semble-t-il, faute de voix, et d’oreilles pour les écouter.Quant à l’endoctrinement, il existait peut-être avant la présence chinoise, il s’agissait d’un conditionnement religieux bien plus insidieux, où l’on "enlevait" (noter le guillemet) des enfants très jeunes à leurs parents pour en faire des moines qui serviraient à leur tour la classe dirigeante des lamas.
Ayant fusionné les sphères du culturel, du législatif et de l’exécutif la classe que représente certainement le dalaï lama avait concentré tous les pouvoirs.
Les gardait-elle jalousement, asseyant sa prospérité et sa sécurité sur le labeur, la misère et l’analphabétisme d'un peuple maintenu en dépendance, voir parfois en servitude ? Chacun répondra à sa façon...
Que cette servitude fût volontaire n’est pas le moindre des paradoxes, et méritait au moins une étude objective de voix dissidentes.De nombreux rebelles tibétains se sont faits torturer et "trouer la peau" pour défendre l’idée d’une indépendance du Tibet. Le dalaï lama pendant ce temps organisait de magnifiques colloques avec documents sur papier glacé, et dissertait admirablement sur la non violence, bien tranquille, à Dharamsala.Comme nous le dit avec nuance Tenzin, un jeune Tibétain dans un article en ligne sur Phayul.com :

There are only few takers among the youngsters when it comes to "rinpoches" and their big mansions, foreign trips, rich lives sodden with controversies.

[« Peu de jeunes Tibétains sont preneurs quand on leur parle de "rinpochés" (célèbres lamas) avec leurs grandes villas, leurs voyages à l'étranger, leurs vies opulentes et pleines de controverses. »]





IV
Désenchantés




Quelques pensées suivent. Nous les avons égrenées en dépit de leur caractère décousu car, chose intéressante, elles tendent à suggérer que les Occidentaux commencent à percevoir aussi de la déception en ce qui concerne le bouddhisme. Le désenchantement a commencé, et d’abord sur un fond de scandales au sein du lamaïsme…


Un parfum de scandale
Si certaines informations manquent souvent pour vérifier et corroborer celles dont on dispose déjà ce n'est pas un hasard : c'est que la loi de la discrétion a prévalu, et que l'appel de Dharamsala de 1993 http://pema.free.fr/ldl01.php3 de Sa Sainteté le dalaï lama, rédigé en collaboration et signé par 22 moines et enseignants aux mains propres n'a pas encore été suivi vraiment des faits.
Ils appelaient à la transparence et à l'exposition des maîtres au comportement non éthique en des termes explicites. Mais bien peu ont osé parler, depuis, en France, même si les mondes anglophones puis germanophones ont été plus sincères, plus loquaces et plus précoces à cet égard.

Voici un extrait de cet appel de Dharamasala (intitulé Lettre ouverte à la communauté bouddhiste) de mars 1993 désormais bien connu dans le monde du bouddhisme et qui fait souvent référence en matière d'invitation à la transparence :
"Chaque élève doit être encouragé à prendre des mesures responsables pour confronter l'enseignant avec les aspects de son comportement qui contreviennent à l'éthique. Si ce dernier ne montre aucun signe de réforme, les étudiants ne devraient pas hésiter à rendre public tout comportement contraire à l'éthique dont il existe une preuve irréfutable. Ceci devrait être fait sans égard aux autres aspects bénéfiques du travail de l'enseignant et du dévouement spirituel qu'on peut ressentir pour lui ou elle. Il devrait être très clair dans toute publicité qu'un tel comportement n'est pas conforme aux enseignements bouddhiques. Peu importe le niveau d'éveil qu'aurait atteint un enseignant, ou qu'il prétendrait avoir atteint, personne ne peut se situer au dessus de la norme de la conduite éthique. Afin de ne pas entacher la réputation du « Bouddha dharma » et d'éviter de faire du mal aux élèves autant qu'aux enseignants, il faut que tous les enseignants vivent au moins selon les cinq préceptes laïcs."

L'essentiel est dit : le milieu bouddhiste qui a gardé les mains propres a intérêt à ce que le ménage soit fait, que la lessive soit lavée. On ne peut pas lui reprocher de craindre par ailleurs que les couleurs flatteuses du bouddhisme théorique passent un peu au lavage, ou que ses rinpochés rétrécissent un peu.

Parfois chacun se sent lié à d'autres par la loi du samaya initiatique (secret tantrique), les intérêts communs, l'impact redouté sur l'image du bouddhisme et sur la fréquentation de ses centres, etc. Mais tous ceux qui pratiquent avec sincérité et honnêteté, qui n'ont pas d'intérêt financier engagé, ne sont pas mécontents qu'on dise les choses. Ils n'ont aucune envie qu'on les associe à des pratiques non éthiques. Et ils sont nombreux à nous avoir écrit pour partager les informations dont ils disposent et la compréhension qu’ils en ont.

A l'initiative de l'appel de Dharamsala la "lessive" indispensable a quand même commencé et les bouddhistes occidentaux la font "en famille", au prix d'un inévitable désenchantement. C'est un moindre mal que le joli rouge des couleurs se soit un peu fané, l'essentiel est que le linge soit propre.


Le reflux de la mode a commencé
D'un strict point de vue anthropologique : que la déception du sympathisant soit au bout du chemin n'ôte rien à l'intérêt heuristique d'une recherche, bien au contraire. Ces observations menées sur quelques vingt-deux années déjà m'ont réellement apporté de grandes satisfactions, car je ne m'attendais pas du tout à devoir proposer ces hypothèses, ni même à être surpris ! Que cette surprise soit un désenchantement a des conséquences : mon attitude initiale de sympathie pour le bouddhisme en général a bien reçu ici où là des démentis sans appel à l'issue d'observations attentives.Ainsi si mes propos tentent d'être amusés et édulcorés, si je recours à la dérision, c'est que la réalité aujourd'hui des dérives dans certains mouvements du tantrisme bouddhique est moins amusante (sans toutefois aller jusqu'à enfreindre clairement nos lois républicaines)... Par des correspondances privées et personnelles je suis souvent en contact avec les témoignages d'anciens adeptes ou pour dire les choses plus poliment : d'anciens sympathisants engagés.A leur lecture il me semble que l'ère post-tantrique doit avoir déjà commencé en Europe ! Le tantrisme bouddhique y est implanté depuis le milieu des années 1970, et trois générations se sont désormais frottées ou se frottent à ce monde et à ses organisations.Nous n'en sommes plus à l'heure de l'expérimentation comme dans les années 80 mais à l'heure des premiers bilans, voire des bilans ou des dépôts de bilan !La réalité est au delà de la fiction, les dérives sont allées, ici ou là, au delà de l'imagination, et le public le découvre petit à petit. Il l'apprend des intéressés eux-mêmes lorsqu'ils font des bêtises avec leurs disciples occidentaux et lorsqu'ils défrayent la chronique ici où là. Nul n'a même besoin de le faire pour eux. Ils s'en chargent !


Une mosaïque d'écoles
Le bouddhisme n'est pas une église mais une mosaïque d'écoles qui ne partagent ni les mêmes structures, ni même les mêmes rites. Il est donc difficile d'imaginer une régulation entre des mouvements aussi divers.Dans notre démocratie le droit de pratiquer la religion est inscrit dans la constitution et protégé par la loi. Nul ne peut y attenter même au nom de principes.Quand les pratiques restent dans la légalité, on ne peut les critiquer au risque d'attenter à la vie privée et au droit fondamental reconnu à chacun de pratiquer la religion de son choix. Et si la loi est enfreinte, il n'est plus question de discussion, mais de témoignage, et si nous avions de telles évidences, ce serait vers la justice et non vers les forums Internet que nous devrions nous tourner pour demander que cela cesse...Comme vous le voyez l'espace d'expression de ce livre est naturellement étroit, sa marge limitée, mais ce petit espace n'en est que plus intéressant... Du moins je l’espère...L'habileté de certains systèmes tantriques est d'obtenir intelligemment le consentement des adeptes. Ce sont ces derniers qui se donnent alors éventuellement l'amère potion de la dévotion, du sacrifice de leur vie personnelle, relationnelle, de leur vitalité, voire de leur vocation professionnelle. Et lorsque se dissiperont les mirages de l'engagement, ils ne pourront s'en prendre le plus souvent qu'à eux-mêmes. Quinze ou vingt ans, voire vingt-cinq années auront passé (il faut au moins ce temps pour faire ce type de bilan). Les choses auront changé, et ils n'auront même pas la satisfaction d'exprimer leur colère. Le message qu'ils auront assimilé les en dissuadera, et les responsables qui les auront habilement orientés auront peut-être été remplacés par de nouvelles figures d'autorité...
Et si nous voulions aujourd'hui, alors qu'il en est encore temps, dissuader telle ou telle jeune personne d'abandonner par exemple ses études universitaires pour devenir bénévole dans un de ces centres, ce serait impossible, ou du moins très difficile. Et si nous insistions, ce serait la victime elle-même qui nous reprocherait de faire intrusion dans la sphère privée de sa vie religieuse. Il faut ainsi laisser ces adeptes faire leurs expériences, on peut très rarement leur en faire l'économie.
C'est seuls face au miroir du temps qu'ils verront ce qu'ils ont fait ou non de leur vie, et de leur(s) talent(s). Mais bien entendu il sera trop tard pour revenir 20 ans en arrière. Leur vie sera donc ce qu'elle aura été : au service d'une pensée collective et toute faite de système, plutôt qu'au service de leur projet individualisé et unique à découvrir progressivement.

Des pratiques répétitives et conditionnantes
A y regarder de plus près 111 111 répétitions rituelles d'un mantra, d'un geste sacré ou d'une prière au gourou, ce n'est pas rien à l'échelle d'une vie. Tout publicitaire serait certainement enchanté de disposer ainsi d'un tel plan media pour promouvoir ses chips ou ses sodas.
Les préliminaires sont au nombre de cinq : prosternations, prière de prise de refuge, purification par le long mantra de Vajrasattva en 100 syllabes, offrande du mandala, prière au gourou. Chacun doit être répété 111 111 fois avec les visualisations ad hoc. C'est beaucoup. 111 111 expositions au même message représenteraient aussi environ 100 expositions par jour pendant 3 ans, ou 10 par jour pendant 30 ans.
Et, comme il y en a 5, les préliminaires tantriques correspondraient à un plan de conditionnement de 50 messages ciblés par jour pendant environ... 30 ans. (Je vous fais grâce des calculs précis, c'est une simple approximation)
Il n'est donc pas totalement surprenant que le lamaïsme utilise le format de la répétition intensive d'un message uniforme, tout comme la publicité que l’Occident connaît mieux. Mais l'ampleur de ce rabachage n'est pas du tout négligeable dans le cas du tantrisme, et doit avoir aussi des conséquences sur la psychologie de l'individu quand elle se produit dans le laps de temps beaucoup plus court, de quelques mois à quelques années, généralement imparti à la série des préliminaires. Nous le saurons d'ici 20 ou 30 ans quand la recherche en psychiatrie aura suffisamment de cas à sa disposition, lui permettant d'élaborer de nouvelles hypothèses...


Au nom du bouddha ?
Oui, il faut balayer devant la porte, reconnaître les dérapages, lorsqu'ils sont au présent, ou lorsqu'ils se reproduisent à l'identique d'un passé récent.Des entreprises modernes, pourtant commerciales et intéressées exclusivement par le profit, s'engagent sur la qualité de leur service, le zéro défaut, le remboursement de la différence, la garantie étendue, le contrat de confiance.
Votre écran a cinq pixels morts ? On vous le remplace par un neuf. Si le monde du business est capable de donner l'exemple, alors que ses valeurs morales sont souvent décriées, pourquoi le monde de la spiritualité bouddhiste ferait-il moins bien ? Pourquoi accepterait-on des déceptions, voire des promesses fallacieuses, qu'on n'accepte pas de son marchand d'automobiles ou de son fournisseur d'accès Internet ?
Pourquoi les églises, les centres du Dharma, les maîtres ne seraient-ils pas aussi responsables (accountable) devant leurs usagers, puisqu'ils se sont structurés selon les mêmes lignes que les autres institutions (associations aux statuts enregistrés, facturation des services, vérification des comptes, boutiques commerciales en périphérie et congrégations cotisant aux caisses sociales...) ?

Il n'y a aucune raison que le bouddhisme qui se targue de hautes valeurs, de véhiculer la paix et la sérénité, fasse moins bien que les institutions moins prestigieuses d'un point de vue spirituel. On ne peut pas jouer sur les deux tableaux : incarner la spiritualité dans des institutions comme les autres et ne pas en respecter les règles contractuelles, sociales, sociétales.
A moins que le bouddhisme ne soit qu'un discours, une sorte de méthode d'auto persuasion, une rhétorique de la paix... Je sais, je ne le pense pas non plus en cet instant, mais nous devons bien être certains qu'on n'a pas vidé de son contenu cette bonne sagesse antique du bouddhisme pour la remplacer par une sorte d'idéologie clé en main au service de ceux qui en contrôlent le discours et les promesses attractives, ainsi que le circuit économique, et ses quelques bénéfices directs et indirects...
Une nouvelle industrie virtuelle
Rappelons que si Renault ou Apple vendent des produits qui nécessitent beaucoup de travail, beaucoup de soin, beaucoup de mise au point, des lamas, au hasard, reçoivent des donations pour quelques paroles de bon aloi prononcées du haut d'un haut trône de contreplaqué laqué Glycéro vermillon... C’est comme un business virtuel où l'on vendrait des promesses au prix d'un coûteux service de haute technologie. Votre abonnement Internet pour un mois coûte moins cher qu'une seule journée passée à écouter un enseignant bouddhiste répétant un commentaire de texte dans un « centre du dharma ». Cela peut tenter des gens pressés, disons que cela les a déjà tenté, et qu’ils sont déjà sur le marché des spiritualités orientales.

De l'argent facile, du pouvoir, des portes qui s'ouvrent dans les milieux branchés et les medias, cela peut intéresser aussi des marchands de sable, de vent, de chanson. Alors à chacun de vérifier s'il touche à de l'authentique ou à du vent... Mais dans notre époque les probabilités sont plutôt du côté de la déception...

Si les secrets d'illumination de Véronique Jeannot (l'actrice a publié, rappelons-le un livre sur "le chemin" spirituel tibétain après avoir épuisé les possibilités de l'audimat) constitue pour certains un viatique valable, ce n'est pas moi qui gâcherait leur innocent plaisir spirituel...
S'il ne s'agit que de consommation de loisirs spirituels, s'il ne s'agit que d'aller au centre du Dharma recevoir l'initiation du karmapa numéro bis en famille après avoir visité Padirac, le Thot et la vallée de la Vézère, un beau jour du mois d'août, alors je me tais...
Pour cela compter à vue d'oeil près de 100 euros, voire davantage avec les sandwiches et les cocas des enfants, car on vous demandera d'adhérer à l'association et de payer pour la carte en plus de l'initiation.

Après Disneyland, bienvenue dans les nouveaux parcs d'attraction spirituelle ! Et n'oubliez pas de passer à la boutique dharma acheter une cloche, un peu d'encens feuilles d'automne et le must des musts : le dernier livre de Véronique Jeannot !
J’avais entendu dire, il y a quelques années déjà, que la boutique de ce centre de Dordogne était aussi la librairie qui faisait le plus fort chiffre d"affaires de tout le département. Je ne sais si c'est toujours d'actualité.

Les Occidentaux qui se sont aventurés vers le lamaïsme l'ont fait sans garantie, comme Milarepa avec Marpa selon le récit qui nous est parvenu. La faim, le besoin, l'attente étaient tels qu'ils n'ont rien demandé en retour et ont parfois signé le chèque en blanc de leur vie ; comme ceux qui ont tout quitté, situation, conjoint, biens matériels, pays natal pour ce voyage occidentalisé du tantrisme bouddhique, et que nous avons connus. Un comportement d'impulsion en somme comme il existe des achats d'impulsion irrépressibles... Je persiste à penser que la naïveté, la candeur et l'ignorance de toutes ces questions par les Occidentaux convertis au tantrisme ont quand même été largement utilisées par des maîtres spirituels du tantrisme bouddhique qui en ont surfé la vague, peut-être sans culpabilité.
Ils ont accepté ce qui leur était donné par les Occidentaux : leur confiance, leur foi, et leur ont fait partager leur connaissance de ces pratiques. Dans le processus, y a-t-il pu avoir "abus de faiblesse et d'ignorance de personnes en état de sujétion mentale" comme certains dérapages l'ont suggéré et dont nous allons parfois rendre compte dans ce livre ?
Personne n'obligeait ces Occidentaux à donner ainsi leur vie pour un rêve, tout comme personne n'est obligé d'acheter ce qu'il vient de voir à la publicité télévisuelle ou au téléachat. Cet argument est d'ailleurs souvent employé par les tantrikas eux-mêmes, il me semble l'avoir entendu déjà plusieurs fois, sous des variantes lorsqu'il y a un problème pour un disciple abusé par exemple : personne ne l'a obligé à croire à la sainteté de tel ou tel maître, ou à donner sa force de travail, ou son argent... Sous-entendu : s'il est si naïf, c'est son affaire. Et s'il a perdu la partie, tant pis pour lui. Personnellement je suis toujours autant choqué de cette vision ci-dessus des choses où c'est toujours la faute à celui qui se fait rouler, vision des choses que je reconnais avoir d'ailleurs un peu caricaturée ici.
Il est difficile d'exiger des "maîtres" une garantie de service spirituel pour les Occidentaux, car leur désir de spiritualité fait de ces derniers des papillons de nuit comme subjugués par la lumière d'une lampe. C'est leur propre aveuglement qui est en cause. Les lamas auraient été avisés de ne pas en profiter, mais ils étaient en position de le faire, en position de force.

Si l'on rencontre vraiment de l'authentique, il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain.
Ses disciples auraient regretté d'avoir manqué la rencontre de ce sage moine tibétain que j’ai connu et qui a, à sa manière, changé leur vie. Mais en revanche, la plupart auraient bien jeté l'eau du bain de la rencontre d’autres disciples occidentaux plus anciens qu’eux et donc en position d’autorité.
Hélas pour eux, ils ne pouvaient pas faire autrement : ils s'engageaient auprès d’un maître reconnu, mais se retrouvaient à devoir répondre et obéir à ses proches disciples occidentaux, qu'ils n'avaient pas choisis comme instructeurs et encore moins comme exemples vivants...

Dans l'ensemble ce proche aréopage était constitué de gens tout à fait corrects, voire tout à fait valables. Mais il est parfois possible qu'un pervers narcissique (un seul suffit), qu'une personne avec des désordres de violence perverse, aimant particulièrement le pouvoir et les auto visualisations improvisées de protecteurs courroucés, se trouvât discrètement incluse dans ce groupe, et là les choses devenaient difficiles pour certains des nouveaux parmi les plus vulnérables qui devaient passer sous ses fourches caudines, je devrais dire : sous son couperet de Mahakala...

Au nom du vieux lama sage et bon, ils devaient vraiment endurer l'enfer d'une relation avec un de ses disciples, tantrika occidental aux pratiques indétectables, qui vivait discrètement sans doute ses pulsions de violence perverse à l'aide des auto visualisations courroucées et musclées...

A l'extérieur on ne voyait pas l'essentiel, puisque on ne percevait que la personnalité caractérielle, ses crises de colère, son autorité abusive, mais on pouvait deviner aux effets produits sur les malheureux, que quelque chose de plus leur était aussi imposé...

Quelque chose dont les victimes n'avaient souvent pas la moindre idée.... Il leur a fallu plusieurs années pour se reconstruire et certain(e)s ne savent toujours pas ce qui leur a été fait pour endurer une telle souffrance subtile qui est pour eux (elles) toujours inexplicable... (J'ai mis aussi au féminin car ce tantrika s'en prenait prioritairement aux femmes.)Dans un autre registre du dérapage : voici cette petite devinette qui m'a été posée par une personne qui a bien connu celui qui organisait à une époque les déplacements d'un célèbre rinpoché. Selon cette source, quelles étaient les trois conditions pour que le rinpoché acceptât de venir donner une conférence dans un groupe du Dharma ? Il s'agissait vraisemblablement de déplacements à l'intérieur des U.S.A., où l'orateur allait dans quelque ville, faire une conférence ou une causerie, et passait au moins la nuit sur place. L'anecdote ne vaut également que pour la période concernée :

" Five hundred dollars, a bottle of whisky, a woman."(“Cinq cents dollars, une bouteille de wisky et une fille”.)
La version rock'n roll du triple refuge, en somme !



V
NEO Bouddhisme addictif




Le bouddhisme peut-il se révéler addictif et créer de nouvelles dépendances ?

Le bouddhisme occidental semble être tenté par deux extrêmes, qui ne sont pas mutuellement exclusifs. Il y a d’une part la facilité de la standardisation. C’est le "bouddhisme Mac Do" ou "MacDharma", uniformisé, prêt à consommer. Il y a d’autre part les tentations de néo-fondamentalisme. Ce sont certains de ces bouddhismes sans grand enracinement, reconstitués sous des formes très hiérarchisées, et peut-être simplifiées. On découvre en lisant les messages des forums sur Internet que jamais l'attrait d'un bouddhisme naturel, culturel et vivant n' a été aussi palpable pour sortir de ces deux ornières.

Après que soient retombées un peu la mode du Zen, puis celle du bouddhisme tibétain, frémirait le désir d'une pratique individualisée, vraie et si possible ressourcée, par exemple (idéalement) dans la rencontre personnelle de ces rares moines vivant encore la vérité de leur message en Asie. Beaucoup de maîtres de méditation vont aujourd'hui en avion d'une capitale à l'autre et ne vivent plus tout à fait le coeur de leur message, ayant une vie moderne différente de leur enseignement traditionnel.

Si ce "nouveau véhicule des anciens" parvient à éviter la commercialisation comme le conservatisme idéologique, il semble qu'il puisse intéresser ces Occidentaux en quête d'un chemin personnel, autonome, sans passage obligé par des « centres du dharma » clinquants, sans nécessiter bibelots ni colifichets vendus par les boutiques spécialisés, sans effets spéciaux ni « business model ». Ce grand retour en faveur du Theravada authentique et individuel est très perceptible. Mais comme l'écrivait fort justement un internaute : "rencontrer de l'authentique est rare et difficile".
Alors quid de l'avenir ?

Voici ce que dit le célèbre "sutra aux Kalamas" attribué au bouddha qui fonde la philosophie du "libre discernement" prônée par le bouddhisme des anciens (traduction du canon des textes en langue pali, conservé à Sri Lanka) :

« Ne vous fiez pas à ce qui a été acquis par une écoute répétée, ni à la tradition, ni à la rumeur, ni à ce qui est contenu dans les écritures, ni à l’injonction faite, ni à un axiome, ni à un raisonnement spécieux, ni au biais lié à une notion qui a fait l’objet d’une réflexion, ni à la capacité apparente d’un autre, ni à la considération suivante : « le moine est notre enseignant ».
Quand vous savez [par] vous-mêmes [par expérience] : « ces choses sont bonnes, ces choses ne sont pas blâmables, ces choses sont louées par les sages, entreprises et appliquées ces choses amènent bien et bonheur », [alors] entrez et établissez-vous en elles.
La discipline de l’être noble qui est de cette manière dénuée d’avidité, d’hostilité, sans confusion, avec une compréhension claire et vigilante s’établit ainsi [dans l’immensité de ces quatre états d’attention] : De son cœur rayonnent l’amitié, la compassion, la joie, l’équanimité vers une des quatre directions de l’espace. [...] Il s’établit ainsi, diffusant la pensée exaltée qui est libre de haine, en faveur de l’existence partout, dans tout l’univers, de tous les êtres vivants. »

Le bouddha a rompu ici avec les traditions dévotionnelles antérieures : c’est la charte du libre discernement ou Kalama sutra, in Anguttara Nikaya, Tika Nipata, Mahavagga, 65.

Addiction or not addiction ?
Le fond de la pratique bouddhiste, s’il n’est pas soumis au libre examen de l’esprit critique, peut-il constituer une dépendance ? Cette recherche complexe de sagesse, vacuité, compassion, félicité, par la méditation et les pratiques rituelles peut elle alors devenir addictive ?
Est-elle addictive telle quelle ? Ou est-elle addictive dans le contexte d'une crispation et d'une recomposition communautaires, dont on découvre aujourd'hui qu'elles touchent aussi divers nouveaux mouvements religieux, dont certains se trouvent être "bouddhistes" (épinglés dans le rapport parlementaire Vivien-Guyard de 1995 par exemple) ?
Une thèse est souvent soutenue par les mouvements de la laïcité qui reprochent aux religions d'être un opium du peuple, de les assujettir avec de belles paroles d'espérance, des fumées d'encens et de beaux chants. En étant devenu une religion, le bouddhisme-t-il pris lui aussi ce travers (si tant est que ce soit un travers) d'autres églises ?


Légitimité ou non de la pratique et de l’institution religieusesUne autre facette existe aussi à cette question : celle de la dilution et de l'adaptation, avec l'idée qu'en diluant le message authentique dans des formes rituelles ou sacerdotales on a diminué le caractère libérateur du bouddhisme (s'il existe) et augmenté les facteurs de dépendance religieuse.
Si le bouddhisme est la quête infinie du sens et de soi, et s'il n'en diffère pas, en quoi est-il légitime en tant que doctrine et qu'institutions particulières ?Si l'air que je respire est là partout - et disponible - autour de moi, pourquoi devrais-je aller l'acheter en bouteilles à un "marchand d'air" qui m'en vante les qualités ?Si le sable est disponible dans le lit de rivières qui coulent pour tout le monde et que je peux m'en procurer librement et abondamment, pourquoi devrais-je alors m'en remettre à un marchand de sable ?Si chacun qui connaît la musique peut inventer ses airs, les jouer pour soi et pour d'autres en quoi le marchand de chansons est-il indispensable ?En d'autres termes: certaines entreprises culturelles qui se réclament du bouddhisme n'ont-elles pas tendance alors à nous vendre ce que nous détenons en nous déjà, nous laissant croire qu'elles sont des institutions indispensables, comme le feraient les marchands d'air, de sable, ou de chansons ?...


Où sont passés les enseignants authentiques ?Par exemple dans le lamaïsme, les Dilgo Khyentse, les Dudjom, les Kalou, les Guendune ne sont plus là. Avec eux c'est une génération d'hommes discrets, humbles et stables qui s'en est allée. Ils vivaient au contact personnel de leurs disciples et n'accordaient pas une trop grande importance à leur plan média !
Aujourd'hui les "réincarnations" qui les remplacent vont en avion d'un continent à l'autre, allant d'une centre communautaire à un chapiteau, résidant parfois dans des hôtels 5 étoiles luxe en lieu et place d'ermitage (comme le dalaï lama dans sa suite dupleix à l'hôtel Crillon, lors d’une venue à Paris). Simultanément les avocats, les huissiers et les affaires ont pris le relais... ici ou là.Pour le disciple le changement est de taille : en l'absence d'un enseignant stable, présent et surtout indiscutable, des communautés se sont repliées sur les rites, l'adhésion au discours, et des figures d'autorité peut-être moins désintéressées du pouvoir (car elles n'ont pas le charisme des enseignants de l'ancienne génération).

A rebours, le fait que l'enseignement antique reste direct, de personne à personne, que le recours à l'écrit soit somme toute accessoire et illustratif, et non pas central, et qu'aucun échelon intermédiaire ne s'immisce ici entre le moine instructeur et l'étudiant sont sans doute des signes d'une tradition encore vitale et authentique lorsqu’ils existent. Mais ces signes se font rares en Occident.

Cette intimité entre celui qui instruit et celui qui apprend a été bien souvent altérée dans les « centres du dharma » occidentaux. S'il existe un instructeur principal et qualifié, il est rare qu'il puisse s'occuper de chaque élève individuellement et attentivement.

Le plus souvent offert à la tentation d'augmenter le nombre de ses disciples, l'instructeur ne peut plus s'occuper correctement de chaque personne en particulier. Mais cela lui permet ainsi de "multiplier les pains", en quelque sorte, c'est à dire de recevoir des offrandes et des donations plus nombreuses, à la mesure des effectifs de ses ouailles. D'où le recours aux échelons intermédiaires qui répètent la lettre sans comprendre toujours l'esprit, et aux écrits qui figent les pratiques en quelque commode livre fade de recettes.

Dans le gigantisme des centres du dharma européens, comptant parfois plusieurs dizaines voire plusieurs centaines de disciples présents simultanément, se trouve sans doute ainsi la cause directe de l'affadissement de l'enseignement, la perte de son contenu, de son sens.
Les boutiques du dharma ont fleuri
Quand les ventes de souvenirs en stuc doré ne suffisent pas à équilibrer les comptes, on fait même appel dans certaines communautés à l'héritage des vivants, encourageant les adeptes à léguer de leur vivant leurs biens à ces nouvelles institutions culturelles.Il est donc pensable que la dépendance du disciple soit parfois encouragée, cultivée puisque ce dernier est une ressource économique (par son travail bénévole, ses biens, ses donations, voire ses legs) qui doit être maintenue disponible, du moins tant que le disciple dispose de moyens matériels ou humains d'aider sa communauté.Il y a donc là des raisons tangibles à promouvoir ici ou là (sans généraliser) discrètement la dépendance religieuse des disciples. Quelque organisation "pragmatique" (je ne généralise toujours pas) a tout intérêt à l'entretenir, quitte à recomposer le groupe et à réinterpréter le discours de sagesse et ses canons. Parfois il suffit de quelques glissements de sens et le tour sera joué.Le folklore, les bibelots sont aussi, hélas, les signes que le contenu de l'enseignement à été réduit, faute d'un véritable dépositaire de sa pratique : un vieil enseignant, humble et capable, disparu depuis longtemps, et dont seul le souvenir continue d'exister.


Propensions, replis, crispations ?
Parmi ces nouveaux mouvements religieux bouddhistes occidentalisés certains ont-ils aujourd'hui des propensions sectaires ? Une notion relative mais qu'il faut aussi évoquer. Le rapport parlementaire sur les sectes de 95 en avait épinglé quelques-uns (une poignée). Ce document est toujours en ligne sur le Net. Il peut être consulté aisément et téléchargé également en PDF pour être consulté hors connexion [1180k]. Ce rapport souvent cité et qui a fait date n'était peut-être pas assez outillé ni spécifique. Il s'était contenté de reprendre les observations des forces de l'ordre, souvent suite à des plaintes, rapports repris et complétés par les services les Renseignements Généraux.Une secte pratique la manipulation mentale, utilise l'état de sujétion physique ou psychologique des disciples, abuse de leur état d'ignorance ou de faiblesse. On voit que ce type d'accusation est grave, et c'est pour cela qu'en général on réserve cette étiquette infâmante aux communautés qui ont eu des problèmes avec la justice et pour lesquelles un verdict a été rendu.
La loi About-Picard
La loi About-Picard de 2001 qui prévoit des peines pour l'abus de faiblesse ou d'ignorance sur des personnes en état de vulnérabilité devrait permettre d'y voir plus clair à l'avenir, en voici le nouveau texte extrait du code pénal : « CODE PENAL (Partie Législative) Section 6 bis : De l'abus frauduleux de l'état d'ignorance ou de faiblesse Article 223-15-2 (Loi nº 2001-504 du 12 juin 2001 art. 20 Journal Officiel du 13 juin 2001)(Ordonnance nº 2000-916 du 19 septembre 2000 art. 3 Journal Officiel du 22 septembre 2000 en vigueur le 1er janvier 2002)Est puni de trois ans d'emprisonnement et de 375000 euros d'amende l'abus frauduleux de l'état d'ignorance ou de la situation de faiblesse soit d'un mineur, soit d'une personne dont la particulière vulnérabilité, due à son âge, à une maladie, à une infirmité, à une déficience physique ou psychique ou à un état de grossesse, est apparente et connue de son auteur, soit d'une personne en état de sujétion psychologique ou physique résultant de l'exercice de pressions graves ou réitérées ou de techniques propres à altérer son jugement, pour conduire ce mineur ou cette personne à un acte ou à une abstention qui lui sont gravement préjudiciables.Lorsque l'infraction est commise par le dirigeant de fait ou de droit d'un groupement qui poursuit des activités ayant pour but ou pour effet de créer, de maintenir ou d'exploiter la sujétion psychologique ou physique des personnes qui participent à ces activités, les peines sont portées à cinq ans d'emprisonnement et à 750000 euros d'amende. »
Il est probable que des familles porteront plainte plus facilement, de par une judiciarisation de plus en plus grande de notre société et de par l'existence de cette loi qui protège mieux les personnes des dérapages de gourous et de leurs acolytes. Par exemple une peine de prison de 3 ans avec sursis a récemment été prononcée à l'encontre du "maître à penser" dans une affaire de groupe spirituel "christique" ou "apocalyptique" (suicide d'un disciple, tentatives de suicides d'autres disciples). C'est la première fois que la loi de 2001 a été appliquée. Le jugement en appel a été prononcé début juillet 2005.Avec le nombre important de groupes issus du bouddhisme, ou s'en réclamant, les effectifs de plus en plus importants cloîtrés dans des ermitages collectifs pour des durées de 3 ans et plus, il est probable que la loi de 2001 connaîtra des applications. Ne serait-ce que pour des raisons statistiques : plus de disciples entraînent probablement plus d'incidents.J'espère que les choses n'en arriveront pas là, et ce modeste livre en ligne existe aussi pour cela, pour apporter si possible sa toute petite pierre dans l'édifice de la modération, de la prudence et du "raison garder". Prévenir vaut mieux que gérir.
« Mon église n’est pas une secte »
On est au coeur de la question de la dépendance avec la "dimension sectaire ou non" de certains mouvements... La "secte" est précisément le dérapage le plus sérieux d'un nouveau mouvement religieux (n.m.r.) vers la dépendance instrumentalisée des disciples...C'est parfois un sujet tabou chez des sympathisants du bouddhisme qui ne veulent pas en parler, ni voir les choses en face, le cas échéant. La politique de l'autruche ne durera qu'un temps, et il faut s'attendre à de que ce soit la société civile qui fasse le travail d'investigation dans ce domaine, à la place des intéressés eux-mêmes qui préfèrent, certains du moins, le confort rassurant de leurs mantras !

Le romantisme bouddhique et la dépendance affective
Il me semble qu'il doit être plus facile de trancher la dépendance vis à vis des pratiques de groupes sectaires, que celle qui naît de l'attachement spirituel et affectif envers de véritables enseignants du bouddhisme, naturellement plus fascinants.
Comment se détacher de telles personnes humaines remarquables ? C'est sans doute beaucoup plus difficile pour un étudiant du bouddhisme de rester autonome et indépendant vis à vis de modèles indiscutables.La fascination du disciple ne connaît pas de borne puisque tant sa raison que son sentiment sont saturés d'un frémissement qui ne s'arrête qu'à la mort du maître, se muant alors en une douce et profonde nostalgie, comme pour la perte d'un être cher dont on se plaît à imaginer (comme Proust le fit) qu'il est toujours présent par l'édifice du souvenir.C'est dans cette fusion du sentiment et de la conviction d'être en contact avec "the real thing", la chose réelle, que se densifie cette fascination à laquelle nous avons donné le nom de dépendance.Et dans la mesure où le modèle d'autorité ne déçoit pas, c'est à dire dans la mesure où il est effectivement doté des qualités attendues de lui, ce frémissement du disciple devient immédiatement un puissant vecteur mais aussi une "drogue dure" dont il n'est pas prêt de décrocher...La rencontre, en un seul, de tous les bons objets s'est opérée : la quête de sens, la force de l'amitié spirituelle ont en quelque sorte fusionné dans cette douce passion.
Le vent de l'histoire a fait hélas disparaître la plupart des vénérables maîtres asiatiques authentiques aux tempes blanches en nos contrées occidentales, ce que nous notions déjà dans les paragraphes précédents, et la question de leur influence addictive ne se pose donc plus guère... Quels sont donc les risques de dépendance qui demeurent ?


Toxicomanie et dépendance bouddhique
Sans vouloir généraliser, et pour ce que j'en sais, il y a eu quelques toxicomanes qui sont arrivés dans les jeunes communautés bouddhistes qui se développaient en Europe autour de quelques lamas tibétains (et aussi bhoutanais) dans les années 70, et au début des années 80.Ces années étaient celles de styles de vie expérimentaux. C'était déjà la fin de la période Hippie / Woodstock et presque le début de la période New Age. Elles correspondaient aussi à la fin du grand mouvement vers les communautés du retour à la terre post 68. L'émergence des nouvelles communautés dites de la "conspiration du verseau" ou du "nouvel âge" s'annonçait. J'espère que les connaisseurs de ces périodes et de leur sociologie ne m'en voudront pas de ces raccourcis et corrigeront les approximations.Donc à la fin des années 70 des personnes qui s'étaient un peu vite brûlées les ailes dans les paradis artificiels ont voulu lâcher la toxicomanie et s'ouvrir à un milieu plus sain qui pouvait les aider.

Disponibles, souvent sans travail, ces garçons et ces filles se sont naturellement tournés vers les nouveaux centres bouddhistes qui apparaissaient alors en Europe. Ils sont devenus sympathisants mais surtout bénévoles, partageant leur temps entre de nouvelles activités au service de ces groupes et ces nouvelles expériences de vie communautaire. Il est clair que cela a aidé un nombre significatif de ces personnes à lâcher leur toxicomanie (LSD, héroïne, cannabis, ou poly consommation avec l'alcool).Ils ont également contribué à introduire dans l'imagerie et la mythologie du bouddhisme himalayen une approche plus fantastique et libertaire, et un style imprégné du psychédélisme issu de la contre-culture des années 70.

On découvre alors que le désir de spiritualité qui s'exprime en faveur du bouddhisme tibétain a commencé avec un petit livre "J'ai Lu" « l'aventure mystérieuse » à la couverture rouge... Le célèbre « troisième œil » signé par Lobsang Rampa, un citoyen britannique bien caché sous un pseudonyme tibétain.
Le mythe du lama aura donc été premier, et la réalité du bouddhisme himalayen sera venue un peu plus tard avec les premiers « centres tibétains du Dharma »...La place du mythe, du conte de l'imaginaire est en effet très intéressante à constater dans la genèse du phénomène social. Tout cela pouvait donc attirer anciens toxicomanes et la faune colorée de la contre culture psychédélique.
Plusieurs lamas tibétains avaient d'ailleurs, disaient-ils, quelques difficultés avec ces disciples un peu rebelles et aux cheveux longs qui ne correspondaient pas à l'image des moines du Tibet disciplinés et au crâne fréquemment rasé... Mais revenons pour un instant à un passé plus récent, et à un autre style d'adeptes. Je me souviens qu'en 98 deux très jeunes disciples laïcs, travailleurs bénévoles d'un centre du dharma en Occident avaient recueilli à table, lors d'un déjeuner pris en commun , les confidences d'un maître de retraites, un moine (et eurolama) européen. Ce dernier les avait choqués en leur expliquant qu'à leur âge il avait été brièvement et plus ou moins "dealer" pour reprendre le terme précis qu'il avait utilisé. Ces jeunes gens de dix-huit à vingt ans en étaient resté pétrifiés et étaient venus me confier leur stupéfaction !Au fond cela aurait-il dû les étonner ? L'époque précédente était peut-être plus favorable à ce type de conversion spectaculaire. Une dépendance en remplaçait en quelque sorte une autre...C'est sans doute une amusante caricature, et rien de plus ! Mais il vaut mieux retrouver les toxicomanes dans les monastères lamaïstes que l'inverse ! Réjouissons-nous donc que la transformation, se soit opérée dans cette direction ! Il est ainsi pensable que la dépendance au tantrisme bouddhique, si elle existe, est subtile et donc moins évidente que la dépendance toxicomaniaque...J'ai tenté de brosser un tableau du passé : il sera intéressant de mieux connaître les visages actuels de la toxicomanie. Il nous faut donc rappeler ici la place de l'alcool dans la vie sociale et au coeur des rituels d'offrande spirituelle des communautés du tantrisme bouddhique.

Enfin en quelques mots il faut quand même évoquer à ce point ceux qui, moins chanceux ou plus vulnérables, ont adopté le tantrisme sans toutefois pouvoir cesser leur dépendance aux produits illicites.Il existe, on s'en doute, peu de faits avérés, car dans la mesure où ces conduites sont répréhensibles elles restent toujours sous le manteau.
Il m'a semblé entendre récemment deux anecdotes que je restitue ici sous toute réserve, ne pouvant en garantir l'authenticité. Il s'agirait de deux cas possibles (dont je préserverai l'anonymat et la vie privée en effaçant certains détails, et en en modifiant certains autres, pour que personne ne puisse les identifier ni les exposer dans leur fragilité).L'un est celui d'un garçon européen qui, pratiquant d'une part les rituels yogiques et vaquant d'autre part entre l'intérieur et l'extérieur d'un centre tantrique en Occident, n'aurait paraît-il pas tout à fait renoncé à son goût pour le cannabis. Il a fait une rupture d'anévrisme dans le centre (qui d'ailleurs aurait été diagnostiquée très tardivement après l'incident, sans que j’aie pu vérifier ces assertions. C'est en tout cas ce qui a été raconté parmi ses coreligionnaires). Il a survécu fort heureusement, et ses parents le reprirent ensuite chez eux.L'autre cas est un ancien travailleur bénévole d'une communauté du tantrisme bouddhique, également d'Europe occidentale, qui a également pratiqué ce qu'il est convenu d'appeler des tantras supérieur. Il aurait dit-on également conservé un certain penchant pour ces mêmes substances illicites. Sa santé mentale aurait là aussi souffert. Amené à prendre alors des médicaments psychotropes régulièrement prescrit par son psychiatre, pour stabiliser son psychisme qu'il ne pouvait plus tout à fait contrôler, il aurait, paraît-il continué à hésiter entre les pratiques tantriques, le cannabis et les médicaments (neuroleptiques ou antidépresseurs) qui lui étaient prescrits. Seuls les effets sont clairs : un internement heureusement bref, et aujourd'hui le suivi indispensable d'un psychiatre.On le voit les effets combinés des intoxicants et des pratiques yogiques du tantrisme bouddhique sembleraient être terrifiants au vu de ces anecdotes. Plus de recherche est nécessaire dans ce domaine.
On peut poser la question : dans la mesure où une personne ne peut renoncer définitivement à ses substances illicites, la conversion au tantrisme bouddhique est-elle une bonne chose ? Dans la mesure où la combinaison psychotropes+yoga tantrique pourrait être fâcheuse, le "remède" tantrique supposé pourrait-il alors s'avérer pire que le mal ?

La question délicate des vœux de renoncement chez les toxicomanes
Il y a en fait diverses écoles du bouddhisme qui proposent les cinq engagements de laïc. Il s'agit généralement de renoncer à tuer, voler, mentir, avoir des relations sexuelles orales et anales (etc.) et consommer des substances intoxicantes (alcool, tabac, drogues).
Selon les écoles cette dernière liste peut varier ou se nuancer. Le tabac et l'alcool sont plus ou moins mis à l'index selon les cas.Dans le cas où le disciple prend des engagements de "pur fidèle laïc" (bramacharia, ou en tibétain sancheguenien) il renonce en plus des cinq voeux de laïc à toute vie sexuelle active. C'est du moins la théorie. Dans le voyage de la 5ème saison je raconte les aménagements que les uns ou les autres trouvent parfois avec ces règles dans une lamaserie.Les anciens toxicomanes sont parfois encouragés à choisir ces cinq voeux de laïc ou pur fidèle laïc (s'ils peuvent s'y tenir) afin de maintenir leur sevrage dans le temps. Endommager un voeu, même sans le briser complètement (ie : la cigarette à la maison) risque de remettre en cause la qualité de cette « protection venue des bouddhas » (sic) et d'ouvrir la porte à une rechute pire encore dans le « gouffre abyssal du samsara » (sic)...

Car si la consommation de drogue est un acte incorrect, cette consommation lorsque l'intéressé a pris les voeux a des conséquences perçues comme encore plus sérieuses. Vous pouvez imaginer la difficulté à se tenir à ces engagements dans un milieu social pluriel.


Ataraxie et quête du bonheur
L’ataraxie promise par le bouddhisme est-elle vraiment une quête justifiée pour tout humain sensible, différencié et qui a besoin de s'essayer aux choses de la vie ?
Première réaction : bien que promise, cette tranquillité n'est pas garantie, et vous connaissez peut-être comme moi des adeptes qui ne sont ni plus ni moins sereins que des personnes inscrites dans le processus heuristique de la vie.
Deuxième réaction : et si elle peut être obtenue, cette paix n'est peut-être pas toujours une si excellente chose, si c’est une manière d'être qui a tendance à uniformiser les regards et les sourires.

C'est en effet une des questions que l'on pourrait poser : les styles uniformisés de tranquillité intérieure du bouddhisme permettent-ils tous de maintenir la spécificité et de préserver le projet individuel de la personnalité humaine ? A trop vouloir abraser l'ego, ne risque-t-on pas d'affaiblir ce "je" qui nous particularise, et nous identifie ?La question se pose tout particulièrement avec certaines écoles du tantrisme bouddhique qui avec leurs méthodes expéditives basées sur la répétition d'implorations au gourou, de mantras et de visualisations transparentes et colorées, pourraient même faire peu de cas de la personnalité humaine dans ce qu'elle a d'unique et de fragile (nous ne généraliserons pas).


Comment apprendre, progresser ou étudier autrement ?Toute activité apprise implique qu'on s'y mette, qu'on s'y consacre un certain temps, et donc qu'on en devienne un peu "dépendant". Le bouddhisme comme toute activité qui nécessite une discipline comporte naturellement lui aussi ce caractère de dépendance...

Tout comme des artistes en plein accouchement créatif, les « méditants » peuvent eux aussi avoir leur période d'occupation maximale, une période où ils seront un peu moins disponibles pour les autres.On trouve aussi ces anciens retraitants revenus dans le monde, s'occupant de conjoints et d'enfants, preuves vivantes d'une autonomie naturellement retrouvée. Il n'y aurait donc pas, dans le meilleur des cas, plus de dépendance dans le bouddhisme que dans la vie, que dans le meilleur de la vie.Le bouddhisme participerait de la générosité de l'offre culturelle contemporaine et sa diffusion serait une des facettes de la richesse de notre époque.L'argument est valable. Alors pour mieux comprendre, j'aimerais ici aborder une activité précise du tantrisme bouddhique. Que pouvons nous déduire des pratiques répétitives du bouddhisme de tradition himalayenne, en particulier des mantras, des prières, des supplications au gourou, ou des préliminaires ? Cette répétition (des dizaines de milliers de fois, jusqu'à cent mille, voire un million pour le mantra de Chenrezig) est-elle toujours compatible avec l'idée de créativité, de richesse culturelle, de variété et de découverte ?

Bis repetita non placent
Et dans les retraites du tantrisme bouddhique, la question se pose de l’intensité des pratiques répétitives. Quatre sessions de (trois heures chacune) de rituel quotidiennes (comportant ces nombreuses répétitions de mantras, de gestes ou de prières), plus le rituel collectif (protecteur courroucé) du soir rendent sans doute restreint le temps de la contemplation et des activités personnelles.
Alors que les monastère catholiques prévoient généralement plusieurs heures de vrai travail, ainsi qu’un moment de conversation et de détente avec les autres pour leurs moines, certains centres de retraite du tantrisme bouddhique semblent accentuer l’emprise de la passivité, de la sédentarité, du culte, du rite et de la répétition. On pourrait légitimement demander : pour quelles raisons ?
Ce phénomène s’accentue, ou plutôt a des conséquences plus sérieuses, depuis quelques années. En effet la mode du bouddhisme de tradition himalayenne s’essoufflant (il nous suffit de constater le rétrécissement inexorable des surfaces des tables de livres consacrées à ces sujets à la Fnac), les centres de retraites tantriques ont désormais du mal a remplir, et certains n’y parviennent plus.Alors qu’il y a quelques années ils refusaient des candidats, certains aujourd’hui n’en ont même pas assez pour atteindre leur capacité d’accueil ou doivent aller les chercher dans d'autres centres du dharma.
Il en résulte que la sélection des candidats n’existe plus vraiment dans les faits, et devient davantage semblable à un simulacre. Des personnes arrivant au dernier moment peuvent ainsi être acceptées pour un cycle de trois années et trois mois.

Par le passé la pléthore de candidats se bousculant aux portes des droupkangs permettait une sélection plus effective (même si elle favorisait paraît-il les personnalités les plus malléables) ; les responsables de ces retraites pouvaient choisir ceux qui leurs paraissaient les plus aptes sinon les plus aguerris.

Aujourd’hui, ils n’ont plus ce choix, et il devrait en résulter que des personnes moins préparées risquent fort d’entrer dans ce processus répétitif et conditionnant, et peut-être d’en souffrir ? Voire peut-être d’en être irréversiblement affectées si certaines présentaient une fragilité de nature affective, psychologique, neurologique ou surtout psychiatrique qui n’aurait pas été détectée, faute de temps d'observation ?
On doit opposer ce phénomène à celui des monastères catholiques qui pratiquent dans les faits le noviciat et n’engagent le processus érémitique qu’avec des candidats qui ont été éprouvés et qui ont eu véritablement le temps de choisir. On doit leur reconnaître cette prudence et ce discernement.
Mais revenons à des communautés du tantrisme bouddhique sans pour autant généraliser. Le train de vie de certains lamas et eurolamas de la nouvelle génération à la tête de communautés est devenu de plus en plus dispendieux… D’autre part les centres du Dharma ont pour certains des endettements importants. Ils sont liés à des investissements en pleine période d’euphorie et de croissance, période qui promettait des recettes à venir. Les recettes se sont effritées avec le déclin de la mode bouddhiste. Pour attirer de nouveaux disciples et de nouveaux dons, les centres de retraites tantriques multiplient ainsi les opérations de charme auprès des medias en particulier régionaux. Ils n’hésitent pas à intégrer au processus rituel des retraites des personnes parfois peu préparées. La raison est simple : ces nouveaux retraitants seront des soutiens pour leur communauté, et leur flux ne doit pas tarir, sinon la congrégation risque de péricliter.Et puis les nouveaux retraitants de trois ans contribuent par un flux monétaire non négligeable puisque on leur demande en général un loyer mensuel un peu plus élevé que le coût réel de leur hébergement. Multiplier des loyers même relativement modiques permet de disposer d’un flux financier entrant non négligeable et stable (sur trois années au moins) pour l’association qui le gère.Il semble donc que la vocation spirituelle des retraitants est aussi attentivement mise à contribution financière par des communautés en quête de reconnaissance et de moyens.

Il ne serait pas surprenant que cette noble motivation de l'engagement spirituel des nouveaux puisse ici ou là être instrumentalisée par des collectivités qui penseraient (noter le conditionnel, nous n'affirmons rien) surtout à la survie de leur organisation et aux prérogatives de leurs cadres dirigeants, même si c'est "au nom du bouddha" et sur fond de dorures, de robes rouges et de fumées d'encens.


Et quid du milieu lamaïste ?
Christian Pose a voyagé trois ans en Inde, comme moine errant, parmi la diaspora tibétaine, allant d'un lama à l'autre, d'un monastère lamaïste à un autre : http://linked222.free.fr/cp/ChristianPose.htmlVoici les premières lignes de cette page web (à lire dans son intégralité pour ne pas se contenter d'une citation tronquée) : « J'ai brûlé ma robe de moine du bouddhisme maha-vajrayana tibétain il y a quelques années non sans raisons. Comme beaucoup de frères et soeurs pauvres et critiques, j'ai eu beaucoup de difficultés à supporter la restauration politique, en France et en Inde, de la hiérarchie bouddhique en tant qu'une structure sociopoliticoreligieuse du bouddhisme régional du Tibet. Cette structure, sous-jacente aux enseignements généraux sur le bonheur, l'amour et le bien-être, me paraîtra l'une des causes de l'effondrement du bouddhisme au Tibet avant le XXème siècle. »Voici un autre extrait plus long de cette page web, j'espère que Mr Christian Pose ne nous en voudra pas de citer ici sans doute un peu trop extensivement son excellent texte auquel j'encourage chacun à se référer : « Je suis convaincu que l'aristocratie tibétaine entretenue en Inde (le pauvre subissant toujours de mauvais traitements dans les townships tibétains) et dans le monde ne pourra sauver le Tibet de sa part obscure : un Etat se résumant sociologiquement à une institution théocratique et aristocratique clientéliste; que son développement à partir de la structure préservée du pouvoir d'ancien régime (au sein de la sphère du droit privé en Asie comme en occident), contribuera à l'effondrement de ce qui reste comme à l'occlusion de ce qui sera restauré. […] Si je condamne la Chine, je ne peux toutefois fermer les yeux sur la responsabilité religieuse et politique (pénale ?) des principales familles aristocratiques, monastiques, gouvernementales pré 1949, lesquelles se "battent" toujours en exil, non pour les droits fondamentaux de l'homme et les droits shakyamuniens de l'homme réprimés durant des siècles au Tibet, mais pour la conservation des privilèges historiques, la restauration des institutions autocratiques bouddhiques autrement dit du centralisme monastique, la maîtrise oligopolistique du travail .... Fiefs, serfs, esclaves, corvées, justice arbitraire, contrôle des naissances, des propriétés, dettes héréditaires. »Christian Pose, son site : "ni Bonze ni laïc", page : qui suis-je ?


Et le regard d’un jeune Tibétain…
Ce regard d’un Occidental est confirmé par de jeunes Tibétains qui portent un regard tout aussi critique sur le monde lamaïste.
http://www.buddhaline.net/annuairedubouddhisme/forum/viewtopic.php?t=67
« Au lieu de créer de nouveaux emplois ou d'encourager les jeunes à explorer les possibilités du monde moderne, les élus actuels [du gouvernement du Tibet en exil] veulent que nous devenions tous paysans.J'espère qu'avec les élections à venir, les gens penseront de manière plus libre et voteront dans un but pragmatique et pas par vénération religieuse. Les Rinpochés sont plus à leur place dans leurs monastères respectifs ou dans les centres du dharma qui prospèrent actuellement partout dans le monde comme une sorte de lubie ou de mode.[...] Notre lutte n'a plus beaucoup de sens aujourd'hui, n'est-ce pas ? Nous ne savons pas pourquoi nous nous battons, non ? [...] J'ai aujourd'hui 25 ans, et j'en suis arrivé à la conclusion que les Rinpochés et les Tulkus n'avaient aucun pouvoir surnaturel. Ils n'en n'ont jamais eu. Ainsi est le monde dans lequel je vis. Voilà ce que je pense. »

Le dalaï lama a promu une image plutôt religieuse du Tibet, comme si tous ses citoyens étaient sensés adhérer à la religion et à se soumettre à la hiérarchie informelle de ses clercs.
On a parlé récemment du projet d’une université tibétaine à Bangalore en Inde. Je ne connais pas le cursus qui sera disponible dans une université tibétaine telle que celle qui est projetée. Les jeunes gens issus de l'émigration tibétaine seront les premiers à bénéficier d'une telle université tibétaine.
Ce serait sans doute crucial de savoir si les sujets dispensés correspondront bien à une ouverture linguistique, culturelle et technologique pour les jeunes Tibétains en exil, et non pas à une institution de promotion religieuse qui les garde dans une dépendance dévotionnelle vis à vis de l'autorité spirituelle du dalaï lama.Il est probable, cependant, que du côté des points positifs la préservation de la langue tibétaine soit très présente dans le cursus.


L’euphorie perpétuelle du bouddhisme occidental
En Occident, comme l'a aussi noté Pascal Brückner l'auteur de « l'euphorie perpétuelle », il y a peut-être un malentendu. La civilisation occidentale du bonheur pour tous, des loisirs et de la consommation s'est forgée un bouddhisme qui lui ressemble, tout comme elle a inventé le paracétamol pour moins souffrir, et une poudre à renifler pour se sentir bien tout en continuant sa course effrénée.
Le message ancien du bouddhisme, ce n'est pas de s'amuser ensemble, de bien chanter et de faire de beaux rituels, mais de voir la vie telle qu'elle est, profondément, sans s'enivrer justement de jolis chants.
Un lama Tibétain disait à cet égard que le calme et la détente était il y a deux mille cinq cents ans beaucoup plus grands qu'aujourd'hui. Je ne sais pas d'où il tenait cette intéressante observation, mais elle est intéressante.Je suppose que même en groupe, il devait alors (qui sait ?!) exister une atmosphère plus propice à la méditation et au silence intérieur.Il me semble qu'il y a eu peut-être un glissement de sens entre ce message ancien et ce qui en est vécu aujourd'hui dans les organisations occidentalisées qui se réclament du bouddhisme.
Plusieurs des communautés que j'ai observées étaient à 99% ou 100% composées d'Occidentaux : les moines asiatiques lorsqu'ils passaient et donnaient des conseils n'étaient pas toujours écoutés, ni pris au sérieux.Ainsi un moine, un Oumzé, un assez jeune maître tibétain de rituel, est-il passé dans un centre tenu par des Occidentaux. Il a découvert que le rituel des Protecteurs courroucés était joué au tambour beaucoup trop vite, et il en a fait part. Personne n'en a tenu compte semble-t-il, et chacun a continué de célébrer Mahakala à toute vitesse. Avaient-ils compris ce que le visiteur asiatique, lui, savait instinctivement : un rituel de protection doit être modéré, avec un peu de gravité et de prudence ?
Pour certains Occidentaux qui martèlent le rituel courroucé au pas de course, c'est peut-être excitant de frapper fort, d'aller vite, de sentir cette énergie puissante, et d'éprouver un peu de la domination que représente encore pour eux le totem courroucé Mahakala.Ces Occidentaux-là ont donc préféré continuer à aller le plus vite possible (y compris pour épater la galerie) pour interpréter Mahakala, car ils ne connaissent pas la signification intérieure du bouddhisme comme peut la comprendre un Tibétain, un Indien qui ont grandi dans l'évidence et la multi détermination d'une culture ancestrale. Si des Occidentaux pensent que le bouddhisme est « fun » (excitant, génial, passionnant) alors c'est qu'ils n'ont peut-être pas tout à fait compris l'origine et la gravité de son message et qu'un malentendu s'est invité. Il existe sans doute assez peu de véritables vocations spirituelles, et une majorité de sympathisants a sans doute des buts et une attitude teintés d'ordinaire. Derrière un vocabulaire choisi, cette majorité recherche-t-elle une transposition de ses plaisirs dans la version améliorée, prestigieuse et excitante d'une tradition colorée et exotique ? Chacun répondra à sa manière.Les communautés occidentales qui reproduisent le rite himalayen jouent-elles ainsi sur la fascination, le sexe, l'intensité, la vitesse, la passion spirituelle, les formes, les couleurs, les rituels, les vêtements, le mystère, l'alcool et les saveurs sucrées ? Ont-elles contribué à cultiver le malentendu ?Des gens ordinaires en redemandent, en effet, pensant avoir trouvé une combinaison explosive du plaisir et de la spiritualité, et vous diront : " Ce tantra c'est vraiment trop cooool !"
Tout change… La troisième génération bouddhiste grandit
Cette présentation ne prétend naturellement pas changer le cours des choses. Une raison pour la proposer, même de manières personnelles et subjectives, est qu'elle est sans doute d'actualité.Après la disparition des maîtres de l'ancienne génération tibétaine, se replie-t-on sur des organisations ? Assiste-t-on aujourd'hui, ici ou là, à un frémissement de crispation communautaire, comme on en connaît dans d'autres grandes traditions religieuses ?Ce qui est clair c'est que face à l'incertitude, à l'esprit critique des disciples, on a peut-être tendance à exiger de plus en plus leur silence au nom du sacro-saint samaya (engagement initiatique). Ils se sont jusqu'à présent exécutés modestement, préférant la continuité de leur appartenance spirituelle à la nécessité d'en parler en profondeur. Voici un exemple : les schismes de lignages mis sur la place publique tant chez les bonnets rouges que chez les bonnets jaunes ne se font-ils pas aux dépens des plus modestes sympathisants, transformant leur appel pour la sérénité en une involontaire participation à quelque "querelle" ?Mais aussi ces sympathisants se sont-ils coulés dans un habitus qu'ils n'osent plus changer et qui a cependant perdu une partie de son sens ?Car les mouvements, les groupes, les pratiques réelles changent en permanence. Ce qui était il y a quelques années état de grâce, croissance, mode irrésistible, ouverture et nouveauté devient... une réalité sociale contrastée, tout simplement.

Et c'est de cela dont nous parlons : la première génération de little buddhas européens, apparus dans les années 75 fête ses 30 bougies. 30 ans c'est le temps déjà des premiers bilans, qui sont loin on s'en doute de l'imagerie sain sulpicienne des bouddhas d'Hollywood.C'est aussi 3 générations qui connaissent en Occident le bouddhisme : grands parents (dans la soixantaine d'années), parents (dans la trentaine de printemps) et très jeunes enfants.Le début d'une transmission familiale s'est opéré, et les premiers fruits (parfois décevants par rapport aux attentes selon les intéressés eux-mêmes) d'une éducation, non seulement sont apparus dans la première génération d'enfants à cordons de protection rouges, mais désormais une deuxième génération de bébés a été mise au monde par ces trentenaires européens qui furent bouddhistes dès leur naissance.

Les premières évaluations longitudinales sont ainsi inévitables, et avec elles naît naturellement le présent débat.Il n'est pas toujours facile. Il nous faut y respecter parfaitement la vie privée de chacun, ses idées et son droit à pratiquer la religion de son choix, tout en évitant les langues de bois et les propos convenus. C'est un espace de liberté, ou plutôt de réflexion, dont nous avons besoin au même titre que celui dont disposèrent des Européens il y a quelques années pour se convertir à cette nouvelle religion. Il lui fait écho.

Le bilan est contrasté, les "enfants du dharma", cette population d'enfants élevés entièrement selon la vision bouddhiste tantrique en Occident a parfois eu tendance à décevoir bien des observateurs qui y avaient mis beaucoup d'espoir. Ces jeunes adultes qui devaient être les fleurons de l'Occident, une population éveillée et compassionnée, s'avèrent bien souvent sans grande vitalité, sans projets clairs, souvent sans vocation, et surtout en conflit personnel pour concilier le discours dharma et la réalité vivante qui est la leur. Par exemple, à défaut d'atteindre l'illumination j'ai entendu dire que ceux d'entre eux qui vivaient, un peu désoeuvrés et sans racines, parmi les familles de résidents permanents d'un grand centre du dharma avaient parfois commencé à fumer très jeunes du cannabis en groupe.
D'où l'importance de mettre en commun les expériences pour éviter aux "enfants à cordons rouges" de cette troisième génération les mêmes inconvénients et les mêmes névroses que pour les enfants de la deuxième qui sont arrivés aujourd'hui à l'âge adulte, moins épanouis, découvre-t-on, que la "promesse d'éveil" des lamas ne les avait imaginé...
Alors le recul, la distanciation vont commencer à apparaître en France comme ils ont déjà commencé à apparaître un peu plus tôt aux USA, au Royaume Uni, en Suisse, en Belgique et en Allemagne. Avec Internet à la maison c'est inévitable.La première génération des « dharma sceptiques » est en train de se préparer à prendre ce recul nécessaire. Plus consciente et informée, moins passionnée et moins naïve...

Un bouddhisme plus simple en naîtra-t-il ?
Garder ce qui sert, épurer le bouddhisme jusqu'à l'os, ôter tout superflu c'est un peu je crois le choix dont se réclament Stephen Batchelor et sa compagne française Martine (qui ont étudié le Choggye Zen en Corée (Chollado) auprès de Kusan Sunim au monastère de Songwangsa... Hélas, leur page Web n'est pas très riche, car ils préfèrent donner des séminaires de méditation qui ont un certain succès (en particulier dans le monde anglophone).

Jai lu pour la première fois le nom de Stephen sur un livre de poésie, en anglais, en 1985. C'était un recueil qu'il signait, consacré à son expérience attentive de la Corée où il était moine. J’avais trouvé ce joli livre à la grande librairie de Séoul en y flânant dans le rayon des publications anglophones.

Stephen Batchelor avait pratiqué auparavant dans le milieu du bouddhisme tibétain, qu'il avait donc laissé pour cette immersion en Corée. Il a rencontré je crois Martine là-bas. Leur monastère était le prestigieux et ancien Ssongwangsa. Leur enseignant de méditation : Kusan, un des méditants les plus admirés de cette génération du Zen Choggye. Je crois qu'ils ont bénéficié de l'ouverture de Ssongwangsa aux étudiants internationaux, ouverture qu'avait voulu Kusan en fondant l'International Zen Center dans ce monastère.

Quand j'arrivais en Corée fin 84, le vieux Kusan était décédé depuis peu somme toute. J’ai pu dormir à Ssongwangsa, me lever aux aurores pour assister vers 3 heures et demie au rituel chanté du matin dans le temple. C’est une vraie splendeur. Je prenais mes repas avec les ouvriers aux cuisines du monastère, où je voyais officier le chef cuisinier, moine numéro deux de l’institution. Sa délicieuse soupe de tofu était présentée dans un immense récipient en bois dans la cuisine au sol en terre battue ouverte à tous vents. J’ai aussi été invité à passer une journée avec le sympathique jeune bonze qui nous accueillait, un ami coréen et moi, dans le quartier réservé aux moines. Nous avons fait de longues promenades ensemble dans la montagne au-dessus du monastère. Il nous a aussi invité à boire dans sa chambre une infusion de tilleul à la farine d'orge préparée par ses soins. Et j'ai souvent regretté de n'avoir pu croiser le chemin de Kusan...

Libellés : , , , , , ,


 
VI
Dérives




On peut très bien lire, voire s'asseoir en méditation, pratiquer l'attention aux autres, au geste, à l'instant sans pour autant adhérer à un temple ou à un groupe structuré. A titre personnel j'avais trouvé agréable le fait de se retrouver avec quelques amis ou connaissances.
J'ai, par exemple, de très bons souvenirs de séances de méditation le vendredi soir à Séoul, dans les locaux d'une librairie bouddhiste près de l'ancien palais de Kyongbok et de ses vastes jardins publics, où une poignée de Coréens m'avait invité à venir m'asseoir et pratiquer avec eux le Zen Choggye (influencé par le Taoïsme et sa respiration abdominale TanJonO'Up). Après, nous allions boire un thé ou une infusion ensemble dans un « tea room » traditionnel et nous parlions tranquillement, ce sont des moments délicieux.Plus tard j'ai eu envie de renouveler l'expérience dans les années 90, en région parisienne, à la maison de meulières où j'habitais. J'avais la chance d'avoir à l'étage une grande pièce libre, moquettée et mansardée donnant par trois belles fenêtres sur une futaie de chênes centenaires. Une poignée d'amis venait là chaque dimanche matin s'asseoir et pratiquer assis en tailleur dans le silence, avant que nous ne nous retrouvions dans ma cuisine pour un brunch amical. C'était aussi de très bons moments. J'ai dû arrêter l'expérience lorsque le groupe a commencé à grandir et à perdre cette intimité tranquille... Il suffit parfois d'un nouvel élément un peu agité pour que toute l'ambiance soit remise en cause... Et j'ai vu la difficulté qu'il doit y avoir d'accueillir tout le monde dans un groupe. C'est pour cette raison que j'ai arrêté l'expérience, et que je suis allé au monastère de Félicité entreprendre cette recherche anthropologique en immersion totale auprès du "Très Précieux", âgé alors de soixante-dix-sept ans, où d'autres surprises m'attendaient...


L’invention d’une nouvelle réalité : les centres du Dharma
Les adeptes occidentaux sont aujourd'hui assez rarement en contact étroit avec des amis spirituels issus des cultures asiatiques. Souvent des strates hiérarchiques intermédiaires de cadres occidentaux plus fraîchement émoulus sont le seul contact des nouveaux aspirants avec le coeur de l'enseignement et de sa pratique.
Les nouveaux viennent comme éblouis par le beau visage d'un sage maître tibétain ou bhoutanais entraperçu sur une photo et, au final, se retrouvent dans un centre à partager leur quotidien avec des instructeurs européens.
Ces derniers n'ont pas toujours beaucoup à offrir en terme de différence. Ils vivent de manière somme toute ordinaire pour certains, avec lecteur DVD dans leur chambre et les derniers DVDs d'Hollywood comme il est ici ou là constaté dans quelque lamaserie occidentale.

D'autres encore dînent parfois en ville dans les bons restaurants, ou sortent au café avec leurs amis. Tout cela est bien actuel, mais ne constitue pas ce riche héritage spirituel qu'attendent au fond les nouveaux aspirants de leurs amis spirituels.Il faut davantage de spécificité culturelle, sociologique, et disons-le humaine pour que le courant passe. Car si les nouveaux maîtres et les nouveaux disciples se ressemblent au point d'être interchangeables dans leurs modes de vie, le courant de sympathie qui attire les seconds vers les premiers, qui circule entre eux en quelque sorte, et qui permet l'ouverture à l'apprentissage ne peut pas être très grand, très fort, ni très remarquable.Quand au fait que désormais la participation aux activités de certains centres est devenue payante, voire assez coûteuse, elle est un phénomène récent sans doute mais qui tend peut-être à se répandre. Dans certains centres on demande aux adeptes de payer une sorte de pension pour leur hébergement, et qui plus est de travailler gratuitement pour la communauté.Mais bien sûr ce n'est pas la seule forme de participation possible. Une ancienne adepte me racontait elle qu'elle avait dû élever son enfant seule dans une caravane sur le terrain d'un de ces centres. On avait accepté qu'elle travaillât gratuitement pour bénéficier de cette largesse : elle devait quatre heures par jour au centre pour justifier de son gîte (une humble caravane normalement inadaptée à cet usage permanent) et de son couvert (la nourriture de cantine composée je suppose surtout de pâtes et de riz).
Mais elle devait en plus donner quatre heures supplémentaires de temps de travail pour justifier de la présence de son enfant sur le centre. Pendant des années cette jeune maman a donc dû donner huit heures de son temps quotidien pour ce qu'il faut bien appeler un travail non rémunéré, sans que le centre ne cotisât aux caisses de sécurité sociale ou de prévoyance pour elle ni son enfant. C'est un exemple parmi d'autres.Officiellement le terme de travail est attentivement banni, car des associations de nature cultuelle craignent le regard des administrations et d'être accusées de pratiquer le travail dissimulé. Alors il arrive qu'on ne dise pas "travailleurs bénévoles" mais "stagiaires pratiquants".
Le résultat est quasiment le même : les modestes ressources des uns et des autres sont aimablement ponctionnées tandis que ces innocents amateurs de spiritualité viennent offrir leur force de travail, souvent sans indemnisation, ni couverture sociale, ni dispositif de prévoyance, ni contrat d’assurance adaptée à leurs travaux.Autre exemple : pour assister aux 5 journées de l'enseignement d'un certain jeune lama tibétain en France au mois d'août 2005, il fallait à chaque curieux acquitter les 55 euros de carte d'adhésion à l'association, plus 20 euros par séance sous le chapiteau (soit 155 euros pour les 5 petites journées sous le chapiteau). Vous ajoutez à cela la nourriture, les boissons, l'hébergement et le transport, et éventuellement les offrandes, sans oublier la petite enveloppe glissée au lama s’il accordait un entretien.20 euros pour chaque brève session, c'est quand même un peu cher, ne trouvez-vous pas ? A ce prix là exactement je suis allé voir la création de l'opéra de Donizetti « L'Elixir d'Amour » au château de Sédières, 75 artistes avaient été réunis, dont l'orchestre Forum Symphonia, le choeur de la Camerata vocale dirigé par Jean-Michel Hasler et les voix solistes exquises comme celle du tenor Philippe Do. C'est quand même autre chose ! Mais revenons à ces cinq jours dans un centre euro lamaïste : Vous pouvez aussi inclure pour notre adepte le petit shopping inévitable : un peu d'encens, quelques bibelots, des livres, des textes rituels et quelques accessoires de la boutique "tibétaine" (où bien peu de Tibétains auront sans doute été vus en chair et en os !), un coussin rouge par exemple, et vous voyez qu'une semaine de séjour peut réellement s'avérer coûteuse. Coûteuse pour le participant, mais rémunératrice pour le centre d'accueil, il va sans dire... Comme je le signalais environ 1500 à 2000 personnes étaient présentes chaque jour, en faisant le compte vous verrez bien que c'est quand même assez rémunérateur pour les organisateurs de ces journées.On ne connaît pas beaucoup d'industries qui peuvent générer une telle productivité par euro investi. Dans le cas présent le travail des uns et des autres, tous bénévoles, n'est pas rémunéré (sauf celui du lama orateur ?), et ce produit séminaire vendu 155 euros consiste en de bonnes paroles doctement énoncées du haut d'un trône de contreplaqué laqué Glycéro vermillon.A cela il faut ajouter les dépenses supplémentaires de notre visiteur en quête de spiritualité soit autant de sources de revenus, en partie reçues en espèces, pour les associations qui ont choisi le business model de l'entreprise spirituelle.
Les legs en ligne de mire
Bras en l'air, les mains sur la tête ! Ce n'est pas un mudra tantrique. Alors... serait-ce un hold up ? Et bien non, je vous arrête de suite, ce n'est pas un hold up, c'est tout à fait institutionnalisé, au point même que la tendance dans certains centres est désormais de faire appel par voie écrite directement aux donations et legs de biens de la part des disciples en faveur de leurs congrégations religieuses bouddhistes récemment enregistrées au Bureau Central des Cultes.

Comme un héritage d'une propriété foncière intéresse davantage ce type de centre qu'une adhésion associative à 55 euros, les centres multiplient les initiatives pour encourager leurs dévots à faire un testament, ou à prendre des dispositions auprès de leur notaire, pour léguer leurs biens à leur structure dûment enregistrée comme congrégation religieuse. Comme les "post soixante-huitards" qui composent une part non négligeable des sympathisants de longue date ont tendance à vieillir, leur population est désormais en âge de constituer un pool de ressources à venir, qu'il ne reste à ces centres qu'à moissonner. "Pour le bien de tous les êtres" évidemment.

A quels saints nos contemporains sont-ils allés se vouer avec les icônes et les modèles du tantrisme bouddhique ? Est-ce bien nécessaire, alors que nos civilisations ont produit une telle richesse d'expérience qu'il suffit de redécouvrir en livre de poche, sans aller se ruiner en cartes d'adhérents aux "centres du dharma", initiations tantriques à 20 euros pièce, vêtements uniformément rouges d'un goût discutable, bibelots colorés et sans nécessité ?
J'ai voici quelques jours remis en service cet étonnant moulin à prière électrique qui dormait sur une étagère, juste pour le plaisir de contempler tourner la grande vacuité et essayer de mieux comprendre ce qui m'avait alors fait dépenser près de 100 euros pour cette machine improbable, aux bienfaits peu apparents, voire hypothétiques...Dans un autre registre, un autre contexte, romanesque cette fois :" En traversant les bureaux où malgré l'heure matinale s'affairaient déjà derrière leurs écrans d'ordinateur des secrétaires, des documentalistes, des comptables, je fus une nouvelle fois frappé par le fait que cette organisation spirituelle puissante, en plein essor, qui revendiquait déjà, dans les pays du nord de l'Europe, un nombre d'adhérents équivalent à celui des principales confessions chrétiennes, était, à d'autres égards, exactement organisée comme une petite entreprise.[...] L'organisation tournait à merveille, le legs des adhérents venait, après leur mort, enrichir un patrimoine déjà évalué au double de la secte Moon..."
Michel Houellebecq, La possibilité d'une île, Paris, Editions Fayard, 2005, p.406/485.
On sait que Houellebecq connaît aussi le classicisme Theravada du bouddhisme, sans être pour autant ébloui ni encore moins séduit par la perfection de sa rhétorique.On peut d’ailleurs se demander si le titre de son nouveau livre, "La possibilité d'une île" n'est pas, tout simplement, une allusion à la célèbre phrase attribuée au bouddha : "soyez une île pour vous-même, que la vérité (nature des phénomènes, bonne loi ou "dharma") soit votre unique refuge, que la vérité soit votre île."


Un autre regard sur un centre du dharma
Le blog d'Arnagala, la vache cosmique est si riche qu'il vous faudra partir à la recherche des thèmes qui vous intéressent. Au détour d'un post vous trouverez des informations très factuelles et rarement disponibles ailleurs. Ainsi j’y ai trouvé ce passage intéressant écrit à l’occasion d’un enseignement sur le dzogchen : "la transmission du Nyingthig Yabshi par P... Rimpoché à L... Ling (nous avons ôté les noms propres cités par l'auteur) :"L... Ling, c'est un peu comme le Titanic : tout en haut, il y a les cabines individuelles pour les riches, et tout en bas, il y a des tranchées dégagées au bulldozer. Une vraie mise en espace du samsara français. Moi, évidement, j'avais la dernière place, tout au bout de la dernière rangée. N'empêche, j'ai bien rigolé. " Et un peu plus loin :"Voici ce qui m'a durablement interpellé : un matin, je surpris une conversation dans le secrétariat. Une jeune femme était là, face à un membre du staff. Elle n'avait pas de quoi régler la totalité de la somme pour la "retraite". Elle expliqua qu'elle était seule, avec sa petite fille. Le type ne voulut rien entendre. Il dit, textuellement : "Soit vous payez tout, soit vous partez". Du coup je fus, moi aussi, très heureux de quitter ce lieu. […] Chacune de ces visites me confirme dans ma réaction initiale : hiérarchies, institutions, pouvoirs, superstitions, violences : injustice. Franchement, cette colère terrible qui m'a envahi face à la violence brute qui se voit dans les centres tibétains en Inde, je ne l'ai ressentie ailleurs que face au système des castes."http://shivaisme-du-cachemire.skynetblogs.be/?date=20060131#3044145



Un regard lucide sur les rituels d'offrande
Sur les tsoks, ou rituels d'offrande (de nourriture et de boisson) dans le bouddhisme de tradition himalayenne voici ce que nous dit Arnagala toujours sur son excellent blog consacré principalement au shivaïsme du Cachemire, et accessoirement aux diverses formes du tantrisme, y compris bouddhique :http://shivaisme-du-cachemire.skynetblogs.be/?date=20060131#2994994En voici un bref extrait afin d'encourager chacun à cliquer sur ce lien ci-dessus et à découvrir le texte dans son intégralité"Je ne sais pourquoi, mais j'ai toujours été réticent à participer aux rituels. Ce tsok (ganacakra en sanskrit) est, à l'origine, un rituel dans lequel les adeptes, hommes et femmes, boivent du vin, dégustent des viandes et s'accouplent, avant de consommer leurs sécrétions sexuelles.
Ca peut être beau, en tout les cas, c'est assez éloigné du tsok tel qu'il se pratique de nos jours, celui-ci étant plus proche de la "soirée" ou du thé entre amis. Mais ce qui m'a déçu, ce jour là, c'est surtout l'absence de recueillement des participants. […] Vous comprendrez donc quelle a été ma perplexité en voyant le lama regarder sans cesse sa montre, se grattant, exactement comme s'il était "speedé", et pas du tout en train de visualiser ou se recueillir […] Idem pour les autres.
Cette atmosphère de fébrilité, de distraction, je l'ai ressentie dans tous les centres que j'ai visités par la suite. Et pas seulement bouddhistes tibétains. "


Les institutions veillent
Une autre communauté bouddhique, d'autres problématiques... La nouvelle s'est propagée comme une traînée de poudre dans le landerneau du tantrisme bouddhique : un vaste centre lamaïste français a reçu les jours passés la visite de la gendarmerie locale. Rien que de très banal me direz-vous ? Et bien pas tout à fait. Selon la version que j'ai entendue (et qui mériterait confirmation et détails), il semblerait que cette investigation des forces de l'ordre en milieu monastique bouddhiste provînt en amont de l'une des administrations chargées du suivi du R.M.I. (revenu minimum d'insertion).Il aurait été découvert par cette dernière qu'une quinzaine (chiffre entendu et non vérifié, car on parle aussi de "plus d'une dizaine") de personnes logeaient à la même adresse dans une bourgade voisine du vaste complexe euro lamaïste. Le fait que cette unique adresse logeât un grand nombre de personnes avait éveillé l'attention, l'intérêt et l'incrédulité des fonctionnaires.
La question que les gendarmes vont maintenant devoir creuser est la suivante : se pourrait-il que toutes ces personnes présentaient cette adresse officiellement et fictivement pour leur demande de RMI, alors qu'en réalité elles habitaient pour la plupart dans les dépendances du monastère, servant ce dernier comme "stagiaires pratiquants", vaquant gratuitement à diverses tâches dans l'enceinte élargie de sa communauté : peintures, cuisine, jardinage, travaux sur les bâtiments, etc. ? Les gendarmes sont sans doute venus tirer au clair cette affaire et s'assurer que l'argent public du RMI ne servait pas à financer indirectement les activités monastiques.Il est bon de rappeler à ce point que cette communauté du tantrisme bouddhique (reconnue comme congrégation religieuse par le bureau central des cultes) demande à ses "stagiaires pratiquants" de verser une sorte de loyer mensuel, ou autrement dit d'acquitter une pension, pour justifier de leur modeste hébergement collectif et de la restauration servie sur place ainsi que de leur entretien (machines à laver, eau chaude sanitaire, etc.). Je ne connais pas exactement le montant actuel de ce loyer qui pourrait être compris entre 130 et 190 euros par mois.Ainsi si l'allégation d'une adresse de complaisance pour toucher le RMI était vérifiée, et si les investigations de la gendarmerie aboutissaient dans ce sens, cela signifierait que la congrégation monastique ou l'association des retraites de 3 années qui cohabite à la même adresse faisait travailler ce groupe de bénévoles, qu'elle les faisait payer en plus leur hébergement, et surtout qu'enfin le RMI de ces volontaires, c'est à dire l'argent de la République, finissait indirectement, en tout ou partie, dans les caisses de la communauté...Très probablement la ligne d'argumentation de la direction des lamas occidentaux sera de dire qu'elle ne savait rien de cette pratique d'adresse fictive éventuelle, et qu'elle ne s'occupait pas pour ses stagiaires pratiquants de leur obtenir le très convoité RMI...Le montant des sommes en jeu n'est pas négligeable car même si individuellement et mensuellement il ne représente que quelques petites centaines d'euros tout au plus, multiplié par le nombre de stagiaires, puis par le nombre de mois pendant lesquels ce système a pu fonctionner, il représente des sommes conséquentes.Il serait intéressant de savoir si cette pratique d'adresses fictives, que je découvre avec vous aujourd'hui par cette information, est répandue et si cette anecdote en est un premier symptôme...


Réponse à un jeune homme de 27 ans qui m’écrivait sur un forum Internet
[Voici la lettre que j’ai reçue : (sous forme d’extrait, les données personnelles et d’état civil ont été ôtées, certains détails privés transformés pour qu’on ne puisse pas identifier l’auteur et que cette publication respecte sa vie privée)]

« J'ai 27 ans et depuis maintenant 7 ans je m'intéresse au bouddhisme.A 20 ans, j'ai rencontré une personne qui m'a pas mal ouvert les yeux sur la vie. Il m'a aussi conseillé de lire des livres traitant du bouddhisme.D'abord fasciné par certain rite magique puis par la véritable quête spirituelle... je vis ma vie depuis comme tout bon jeune homme qui se respecte...cependant cette obsession du bouddhisme revient tout le temps...j'y pense souvent...je me suis fait un tatouage avec le symbole om, j'ai été voir le dalaï lama a Bercy, je suis allé m'acheter un mala ... etc. . Etc. Je ressens le besoin de me tourner vers toutes ces choses que je ne connais pas encore assez mais dont je reste persuadé qu'elles sont essentielles pour moi.A l'heure d’aujourd’hui, j'ai décidé plusieurs choses.Apprendre le tibétain et faire parti d'une école qui enseigne le bouddhisme tantrique. Ce qui me parait être un bon début...de cette façon, je v voir objectivement et de plus près tout ceci.Vous savez, je ressens ça comme un appel, ça ne dure pas depuis 1 an mais 7 ans ...je réfléchis bcp, je pense bcp et parfois, je pense même à quitter la France pour partir au népal.Alors avant d'y aller, je préfère connaître un peu mieux. Vous parlez de dépendance, on peut aussi parler de fascination car dans mon cas, le mot serait plus juste. [...]»

Voici la réponse que j’ai adressée à l’auteur de ce message sur un forum Internet :

« Je réponds à votre message plein d'enthousiasme sans détour.Mais vous êtes en plein dans le désir, dans le désir du spirituel !Je pense que votre vitesse et votre vif désir de découvrir ce milieu et ses pratiques tantriques feront de vous une proie facile, et il me semble que vous risquez de vous brûler les ailes en décollant ainsi vers le nirvana. Je ne vois que la déception comme issue à cette démarche, telle que vous la présentez dans votre message. Il me semble que si la curiosité investigatrice est un moteur indispensable à toute découverte, la curiosité ordinaire est aussi la faiblesse des adeptes qu'exploitent le plus volontiers des groupes qui se retranchent derrière le mystère, l'apparence, la fascination et le désir spirituel. Votre sincérité, votre candeur (je songe à votre amusant tatouage "om" !) et votre urgent désir d'expérience spirituelle risquent d'attirer ceux qui voudraient en tirer parti ou tout simplement disposer de votre bonne volonté en vous faisant miroiter que l'illumination est au bout de leur voie.
Car les écoles sérieuses ou les guides convenables (il en existe encore) ne vous donneront sans doute pas la satisfaction que vous attendez. Je doute fort qu'ils acceptent de pourvoir à vos besoins de satisfactions spirituelles, qui ne sont pas si différents des désirs ordinaires et de la passion pour la vie de tout un chacun !

Vous voulez quelque chose, vous le voulez absolument, tout à fait comme un jeune homme qui veut une voiture ou un bon travail ou une charmante copine ! Seulement votre objet de convoitise s'est déplacé dans le domaine du "spirituel". Vous jouez au Dharma comme d'autres veulent gagner au loto. Et vous êtes bien accroché semble-t-il, comme vous le dites. Aucun ami spirituel digne de ce nom ne voudra vous laisser croire un seul instant que ce désir d'évasion est celui de la quête du bouddha. Le problème est que vous allez trouver tout aussi facilement des lamas ou des eurolamas pour vous proposer un "programme compasssion-éveil" clés en main, en France ou au Népal, ravis d'avoir un adepte de plus, voire un travailleur bénévole et corvéable si vous tombez mal. Il y a aussi un contresens possible sur la gratification du tantrisme bouddhique en filigrane de votre amical message. Selon des observateurs qualifiés les premiers plaisirs innocents et subtils du tantrisme (tumo -en tibétain- appelé aussi kundalini -en sanskrit- par exemple) sont en général donnés en sus, à ceux qui ne les ont pas demandés, comme une gratification surprenante et inattendue. Je dirais presque : gratuite. Le bonheur de cette spontanéité (appartenant à l'expérience mahamudra dans la terminologie de plusieurs écoles) vient le plus souvent à des personnes qui se sont plutôt engagées sur une voie de simplicité et de placidité. Et c'est, si vous y réfléchissez, une prudence élémentaire que de ne pas donner d'allumettes à de petits enfants agités !Je pense donc que vous pouvez trouver dans la vie des sources de satisfaction qui vous permettront de canaliser plus utilement et agréablement votre énergie. Il me semble que vous avez tout simplement besoin de vraie relation amoureuse, ou de bons projets personnels à inventer, et non d'une initiation lamaïste ! Cette solution bouddhiste est un peu facile, un peu commode ! : Vous voulez vous confier à une pédagogie de l'éveil qui va faire le travail pour vous et vous économiser la réflexion personnelle, la construction de projets de vie et d'aller à la rencontre des autres ! Vous courrez à la désillusion. Vous risquez seulement de vous ramasser. Et vous ne pourrez pas dire que l'on ne vous aura pas informé.Dites-vous bien enfin que votre idée de plaisirs qui ne durent pas dans le samsara et de plaisirs qui durent dans le bouddhisme tantrique est erronée, c'est juste un cliché des textes bouddhistes, mais ce n'est pas toute la réalité. En réalité c'est tout le contraire : dans la vie ordinaire vous pouvez construire des amitiés, des expériences, des relations qui durent, parfois des années, parfois des décennies, plus rarement toute un vie. En revanche, dans le tantrisme ce sont vos ressources subtiles qui vont être libérées au prétexte de "purifier vos tendances et votre karma". Et cela c'est encore dans le meilleur des cas, celui où vous rencontrez une tradition authentique.Voici comment des adeptes racontent cette expérience à leur manière : vos ressources subtiles (tiglés) disposées en grappe le long de l'axe médian du corps, devant la colonne vertébrale, vont activer des souffles subtils (lung) qui génèreront en s'élevant, en effet, des moments de félicité (samadhi). Mais ces ressources ne sont pas illimitées et seront donc tôt épuisées, au fur et à mesure de l'ouverture des réseaux de vésicules subtiles (tiglés). C'est à dire que pour l'adepte du tantrisme le meilleur moment c'est aussi quand on monte l'escalier, quand les ressources sont encore intactes, concentrées, et qu'elles commencent à être ouvertes.
En effet, après quelques années seulement de pratique, et surtout si vous commencez jeune, vous risquez de vous retrouver prématurément dévitalisé et vidé de vos juvéniles ressources à la mesure de l'intensité des plaisirs, des extases et des expériences méditatives que vous aurez ressentis (dans le meilleur des cas) pendant votre pratique du bouddhisme tantrique. D'autre part ces pratiques sont potentiellement dangereuses, et risquent surtout de vous fasciner encore plus, vous faisant négliger les choses de votre vie, vos engagements vis à vis des autres, votre avenir, etc.
Enfin on n'a jamais vu un adepte du tantrisme surfer seulement sur la vague de la félicité, en général si ces moments privilégiés arrivent en effet selon les disciples eux-mêmes, ils alternent selon eux peu ou prou avec des moments désagréables d'emprise douloureuse. Les adeptes les appellent prudemment et poliment "purifications". Par exemple dans la tradition Karma Kagyu les retraitants se plaignent souvent de douleurs inattendues au niveau du coeur (plexus cardiaque) qui durent parfois pendant des heures, lors de moments de repos, ou de détente par exemple. Certains attribuent ces sensations désagréables à l'emprise tantrique elle-même par exemple à "l'activité des protecteurs courroucés (mahakala)" (sic).De toute façon, même les plaisirs issus des pratiques perdront de leur intensité en quelques années, disons une dizaine tout au plus selon les estimations des plus satisfaites, sans doute plus tôt percevrez-vous déjà cette diminution de l'intérêt de ces pratiques, et vous laisseront-elles aussi progressivement moins vigoureux.Le problème que vous auriez sans doute est que, si vous voulez alors revenir vers une vie active ou des projets dans le monde, vous ne disposerez plus de vos ressources psychosomatiques les plus stables qui auront littéralement été dissipées, fondues, consumées dans ces quelques années de moments de félicités tantriques. De plus vous aurez tourné le dos à vos amis, vos connaissances et à votre milieu pour embrasser votre vocation spirituelle, et personne ne sera là dix ans après pour vous donner la becquée. (Et ce que j'ai décrit c'est le meilleur des cas que racontent les anciens adeptes. Le voyage, toujours selon eux, peut aussi mal tourner, si les choses ne se passent pas comme vous le voulez).Il n'y a pas de miracle dans le tantrisme, même authentique disent les anciens qui en sont revenus : c'est "l'auberge espagnole des canaux subtils" (tsa) : vous consumerez vos propres ressources vitales, et lorsqu'il n'y en aura plus beaucoup vous serez très calme, un peu ramolli, et sans beaucoup de ressort pour faire face aux vrais défis de votre vie.Vous ne devriez pas fuir pour vous réfugier dans les paradis artificiels du tantrisme. Car les réveils seront bien plus difficiles, et vous ne pourrez plus revenir en arrière. Et par pitié allez au Népal en touriste, honnêtement, votre appareil photo en bandoulière, tel quel, et ne nous rejouez pas savamment Alexandra David Neel initiée en robe rouge !! Vous seriez le seul à vous abuser.Plutôt que d'apprendre le Tibétain classique (celui des textes rituels) qui est surtout une forme écrite et presque une langue morte (pour érudits, traducteurs et chercheurs), je vous suggèrerais volontiers si j'osais vous prodiguer ce conseil, d'utiliser plus utilement votre précieux temps à étudier le mandarin qui vous permettrait de communiquer avec un milliard trois cents millions d'amis, de travailler, et de découvrir aisément une autre facette de la planète. Vous feriez ainsi comme les Tibétains eux-mêmes : vous apprendriez le chinois et vous pourriez aussi communiquer avec tous les Tibétains de la région autonome ! »


Albator, un ancien camarade m’écrit
[J'ai reçu récemment ce message d'un ancien bénévole, jeune homme avec lequel j'avais alors fait connaissance lors de mon séjour de recherche en immersion dans un monastère. Cela faisait presque dix ans que je n'avais pas eu de ses nouvelles. J'ai joint ci-dessous son intéressant courrier parce que son auteur m'en a donné la permission. Les noms propres ont été changés.]Courrier d'Albator :" Salut, c'est Albator : j'ai partagé ta chambre au monastère [bouddhiste de tradition himalayenne] pendant deux mois en 19...Je suis heureux de te lire [sur Internet] : enfin la vérité est dite, pourtant pourquoi tout ce chemin ?Puisqu'il n'y a rien à faire à forcer, à vouloir, tout est là depuis le début. Notre éveil : plus on le cherche, moins on le trouve, puisque nous sommes déjà éveillé à notre naissance sur terre, car l'éveil c'est la vie qui coule en nous tous ; la récompense et le bonheur tant recherché, c'est de vivre, vivant !Mais il nous faut nous perdre pour le comprendre ; le prix peut être très cher, car on peut devenir fou au monastère de Félicité et la folie peut être irréversible : j’ai fait 6 ans de psychothérapie avec une femme exceptionnellement lucide pour redevenir vivant, dans la vie, seul, pour défaire ce qui a été fait à Félicité. Le prix à payer : perte de mémoire, avoir la tête dans la lune, souvent perte d'amis, perte de temps, perte de projet social et personnel, rêve et illusions etc.Il serait intéressant de se rencontrer aujourd'hui ou de converser par email.J’ai senti la mort au monastère. Que des gens riches d'expérience, mais qui n'entendaient plus rien de la vie que « l'éveil » : bourrage de crâne de méga-connaissances ! Il y en a pour toute une vie de lecture et de pratique, et pour quoi ? Rien !Nous sommes déjà le résultat de l'éveil. Quelle prétention de vouloir être plus que le meilleur qui soit : être soi même ! Voilà le vrai enseignement, ce qui veut dire que nous sommes responsable de nos actes passés, présents et futurs. Il n'y a pas d'éveil absolu, ultime, [ni] un « identique » à atteindre.Le bouddhisme donne des outils de travail sur soi, ouvre l'esprit à des voies différentes, à des visions de la vie autres, mais, une fois l'outil utilisé, il faut le poser à côté de soi, savoir le regarder, l’oublier ou le reprendre en pleine conscience, ne pas se perdre. Qu’il faille apprendre à lâcher prise sur plein de choses, rester modeste, humble, être ici et maintenant : c'est l'enseignement, le vrai, et l'autre : apprendre à aimer, en réalité tout cela reste l'enseignement du bouddha et du Christ.Mais la façon qu'il est enseigné à ce monastère est très dangereuse pour l'esprit, car on trompe les gens en leur mentant, et en les laissant se tromper, délirer, on profite d'eux (argent, dons, travail gratuit. Des amis ont vendu leur maison pour que leur fils fasse une retraite. Idéal de vie de la famille : le summum.) Moi, j'ai failli rester fou après, et pas pendant, car c'est très difficile de rester lucide, au bout d'un certain temps sur place.Je te tire mon chapeau d'avoir gardé ce recul suffisant pour ne pas y laisser trop de plumes. J’ai eu des contacts avec S. (chauffeur de camionnette) et avec le Belge, avec Y. et sa mère...Et si nous nous mettions tous au travail !
Albator"

Le message d’Albator, explicite, se passe sans doute de commentaires.


Le tantrisme une affaire de perceptions et d’initiés
Dans le modèle tantrique la compassion serait ce choix de visualiser le monde, comme soi-même, sous des formes divines et adamantines, le choix de voir les autres comme des bouddhas, des dakinis, des protecteurs, etc., le monde comme un palais évanescent mais parfait, et les sons de la vie comme autant de chapelets de mantras...La compassion tantrique ne serait donc pas de faire le bien, de donner ou de partager, mais de voir et d'écouter le monde et les autres autrement sous une forme plus aboutie, comme des bouddhas débitant des cycles de mantras dans une terre pure, ou comme des dakas s'accouplant aux dakinis dans un palais divin...Ce choix de méthode permettrait ainsi à ceux qui peuvent visualiser (parce qu'ils ont reçu la permission que donne l'initiation tantrique ad hoc par le gourou) de pratiquer officiellement la compassion, sans rien avoir à faire, sinon percevoir sous forme adamantine la réalité ordinaire. Seuls les initiés seraient supposés réussir ce tour de passe-passe tantrique, c'est à dire le maître et ses seuls disciples initiés. Seuls, ils pourraient "libérer" les apparences du monde en les voyant "pures". Ce charisme leur permettrait de libérer, d'éveiller et de combler les êtres sans rien faire et surtout sans rien donner !C'est à dire que la compassion des tantrikas est une affaire d'initiés. Ceux qui ne le sont pas, qui n'ont pas reçu la permission et l'initiation du gourou doivent prier, supplier de la recevoir, et donc entrer dans le système tantrique, celui de ses fourches caudines et de ses codes...La "compassion" du tantrisme ne serait donc pas une affaire d'actes mais de perceptions ; et ces perceptions étant réservées aux élus du maître, le mot d'ordre de la compassion reviendrait à assujettir tout disciple souhaitant la pratiquer au maître et à sa phalange de disciples plus introduits...La compassion est alors synonyme chez le yogi tantrika d'assujettissement au tantrisme et d'engloutissement dans l'entonnoir progressif de ses pratiques imaginatives, inspiratives et intuitives sans retour en arrière possible, et cela sous la houlette exclusive du bienheureux « gourouji » !Que des dérives sectaires puissent intervenir parfois ici ou là dans ce processus ne devrait surprendre personne...


Précaution de langage
Je ne suis pas un critique du bouddhisme "tibétain", même s'il s'agit surtout ici d'une précaution oratoire. En effet, j'utilise le plus souvent les termes "tantrisme bouddhique", "bouddhisme tantrique" (ce dernier adjectif est d'ailleurs un néologisme) ou "bouddhisme de tradition himalayenne" pour ne pas dénigrer une population tibétaine qui a souffert au cours de son dernier siècle d'histoire et dont je soutiens la volonté sociale de liberté et d'autonomie.
Dans ce bouddhisme lamaïste pratiqué en Occident, disons le de nouveau, il y a très peu de "Tibétains" ! Et puis ce bouddhisme n'existe pas qu'au Tibet, mais aussi au Népal, au Sikkim, au Bhoutan, au Cachemire, en Inde, depuis 50 ans parmi la diaspora d'origine himalayenne, et aussi depuis 30 ans parmi les populations occidentales de souche.
Parfois, pour ne pas dire souvent, aucun ressortissant d'origine himalayenne ne réside en permanence aujourd'hui dans ces nombreux "centres du dharma" qui ont essaimé en Occident. On ne peut donc pas parler de manière lapidaire de "bouddhisme tibétain".J'ai eu la chance formidable d'étudier auprès d'un rinpoché tibétain (khampa) à la réputation impeccable d'intégrité, dont j'ai été secrétaire éditorial pour ses deux tout derniers livres à la fin de sa vie (il est décédé fin 1997 à l'âge de 80 ans). Le vieux moine m'a laissé une excellente impression, et un souvenir inoubliable.

Mais justement quand on a goûté au vrai, quand on a touché du doigt l'authentique, on devient plus difficile ("picky"), et c'est en effet ce qui me permet de disposer de critères d'appréciation et d'établir des comparaisons, bien malgré moi, et qui me paraissent en effet parfois bien cruelles.

Bouddhisme silencieux et bouddhisme disert
En Asie, que ce soit du Sud ou de l'Est, j'ai remarqué d'ailleurs que les moines et les laïcs qui pratiquent le bouddhisme sont beaucoup moins diserts, plus économes de sermons et de conseils spirituels en tous genres. Souvent, il faut les solliciter pour obtenir une réponse, qui s'avère alors concise, sinon lapidaire. En bref, une certaine modestie, une retenue, peut-être liée à certaine qualité de la culture, prévaut encore...
C'est aussi comme si le silence comptait plus que les mots, ce qui était aussi la marque de fabrique du vénérable lama tibétain, le Très Précieux" dont j'ai raconté ailleurs la rencontre. Son silence après une brève explication, son attitude, voire sa gestuelle communiquaient avec ses quelques mots bien choisis une signification qu'il fallait percevoir, à laquelle il fallait parfois même revenir pour mieux la comprendre...
Il ne jouait pas vraiment aux devinettes avec ses conseils énigmatiques, mais il encourageait ainsi chacun à élaborer sa propre compréhension, à se l'approprier. Il semblait aussi éviter les jugements à l'emporte-pièce et faisait aussi toujours au cas par cas...

Au fond j'ai eu la chance de rencontrer avec le Très précieux, et aussi en Asie ce bouddhisme naturel, culturel et vivant qui était en accord avec les personnes qui nous le communiquaient, généralement de personne à personne, souvent dans le cadre d'une relation préservée, unique, amicale et de confiance.
En Europe nous avons fait au bouddhisme ce que nous avons fait à la nourriture : un Mac Do spirituel, où tout est déjà cuit et emballé pour le disciple, à condition qu'il ait payé sa carte d'adhésion, et le supplément visite du temple, et le supplément initiations. Cette idée d'une spiritualité uniformisée, standardisée, et payante, ce Mac Drive de l'éveil est précisément ce qui me donne cette légère sensation de découragement.
A quoi bon me dis-je, à quoi bon même signaler aux candides qui viennent au guichet prendre leur GiantBurger que ce n'est pas là la nourriture spirituelle authentique que j'ai entraperçue ici et là au contact du vrai. Je ne veux pas diminuer leur plaisir, ni passer pour un grincheux, ni ne gêner personne. Mais c'est vrai que dans ces conditions je ne vois pas d'embellie, ni le « réveil de l'éveil » en Occident.Il me reste des souvenirs, comme ce monastère école d'orphelins, tous des moines, suspendu sur des pilotis non loin du fleuve Irawady en Birmanie (près de Pagan, nous nous y étions rendus en barque par le fleuve).
Le monastère sur pilotis était si délabré que le poids des visiteurs menaçait de faire s'effondrer le plancher de planches disjointes où l'on voyait le jour et l'on devait éviter de passer à travers.
Les moinillons, légers et menus, glissaient et couraient avec habileté sur ces vieilles planches qui leur tenaient lieu de sol. Lorsque nous sortîmes de ce lieu déshérité et que nous redescendîmes l'escalier de pierres, tous ces novices se regroupèrent dehors, à l'étage sur le pas de la porte du monastère, et nous regardèrent partir pour reprendre notre barque, et ils nous regardaient silencieusement, avec cette gravité propre parfois aux enfants, et si particulière aux bonzes theravada. Il me sembla en cet instant précis que l'un ou l'autre d'entre eux nous disait "emmenez-moi d'ici, sortez-moi de cette pauvreté", tandis que déjà notre frêle embarcation s'apprêtait à larguer les amarres.


Des communautés bienveillantes et paisibles
Je n'ai pas entendu parler de scandales ni de dérapages dans les écoles Theravadin issues de la communauté asiatique française, du moins rien qui atteigne sérieusement la rubrique des faits-divers.

Il n'y a pas de problèmes en général avec les communautés à fort enracinement asiatique, issues d'Asie du Sud-Est, du Vietnam par exemple, comme celle des Pruniers dans le Sud-Ouest de la France pour ne citer que celle-là. Non seulement ces personnes vivent leur culture et leur héritage dignement mais aussi tranquillement.

Et souvent il arrive que des enseignants et des pratiquants de tradition Theravadin doivent se démarquer du bouddhisme de tradition tibétaine, compte tenu de la réputation sulfureuse que certains "maîtres" himalayens ont pu ici ou là donner, hélas, à tout le bouddhisme lorsqu'il sont eu des déboires avec la justice ou avec l'opinion publique.

Sur le fond, nous ne faisons ici que nous associer à un mouvement plus vaste issu d'ailleurs aussi des autres traditions bouddhistes, où s'exprime une certaine lassitude face aux récents et nombreux scandales qui ont nuit à la bonne réputation du lamaïsme, et surtout qui ont affecté tout le bouddhisme par effet de halo et d'amalgame.
Les autres traditions ont été moins éclaboussées récemment, à l'exception peut-être du Zen, avec un côté moins reluisant de la célèbre école Soto et quelques dérives dans sa principale branche associative en Europe. Le chapitre VIII du présent ouvrage est d’ailleurs consacré à cette question (« le Zen en guerre »). En revanche les traditions Theravada autochtones font souvent l'objet d'articles navrés dans les rubriques faits-divers en Asie du Sud-Est. Depuis une dizaine d'années, avec une presse plus libre, les populations découvrent quotidiennement ou presque les tentations des clergés monastiques au Cambodge ou en Thaïlande, par exemples, lorsque des moines se font attraper la main dans le sac.

Le cas est flagrant en Thaïlande où la justice impose à la police de filmer les scènes de « flags » (arrestations en flagrant délit) avec un caméscope numérique. Ces images sont parfois diffusées pour l'exemple à la télévision nationale.
Et plus personne ne peut ainsi avoir d'illusions quant à la vertu de bonzes costumés et perruqués, cachés derrière de grosses lunettes noire contant fleurette à des hôtesses, devant des verres de whisky, sur fond de karaoké, dans ces bordels qui ont fleuri à Bangkok. Parfois aussi c'est ainsi un célèbre moine supérieur de temple qui est ainsi contrôlé sortant d'un rendez-vous galant et nocturne avec deux tendres partenaires, costumé en colonel au volant de sa grosse Mercedes, et bien entendu perruqué pour l'occasion. En France la protection de la vie privée rendrait impossible ce type de surveillance policière, et c'est sans doute tant mieux.

Enfin, pour conclure ce développement, le bouddhisme s'il existe en effet sous forme de textes, s'évalue aussi à ses fruits, c'est à dire selon les expériences qui sont tentées en son nom, en particulier en Occident.
Une doctrine qui serait simplement textuelle peut évidemment être parée de toutes les qualités, comme une utopie qui ne serait jamais éprouvée dans la pratique.
Mais il est clair qu'en prenant le risque de fonder des communautés, des groupes, des congrégations au nom du bouddhisme sous ses diverses formes de transmission, nos contemporains ont pris un gros risque : celui de révéler, de montrer, d'exposer cette belle doctrine dans sa réalité quotidienne, dans ses exemples parfois décevants, dans ses limites sociales, et aussi peut-être dans ses dérapages institutionnels.
Mais pouvait-on en faire l'économie ? Il semble que, demain, nos contemporains seront plus informés, car ils auront sous les yeux la mise en application de ces nobles déclarations contenues dans les textes attribués au bouddha, ou colportées par les enseignants asiatiques.
Il est clair qu'une part de désenchantement est inévitable, comme cela fut le cas avec le catholicisme qui n'a pas toujours bien résisté à l'épreuve du temps et de la pensée critique.Il est pensable qu'il puisse en être de même pour des bouddhismes réels, des bouddhismes de groupe, institutionnels. Il est même probable que cette exposition a déjà bien commencé et qu'on n'en est plus à l'époque de premiers enthousiasmes européens. Les premiers bilans sont contrastés, parfois déçus, et l'Occident n'a pas fini de découvrir ce qui se cachait, pluriel et complexe, derrière les apparences...





VII
Scandales


Des témoins privilégiés en Occident ont appliqué chacun à sa manière l’exigence de la charte du libre discernement :

June Campbell (traductrice de Kalou rinpoché) raconte dans un livre profond et sensible, Sky Dancers - Feminist Views of Tantric Buddhism, qu'elle a longtemps été la partenaire malgré elle de la vie très secrète du célèbre moine.

James et Tara Carreon ont été témoins sans illusions de l'introduction du tantrisme bouddhique aux USA.

Christian Pose à l'issue de trois années de voyages comme moine errant en Inde a pu esquisser une critique sociale du lamaïsme, élaborée de l'intérieur, avec son site "ni bonze ni laïc".

Victor & Victoria Trimondi ont invité le dalaï lama en Allemagne ont attentivement esquissé les ombres d'un système et présenté quelques fréquentations "controversées" du Prix Nobel de la Paix dans leur étude de 800 pages "the shadow of the dalai lama".
Comme nous l’écrivions en conclusion du chapitre précédent, les scandales découverts (grâce à l'Internet) ne doivent pas éclabousser toutes les communautés bouddhistes qui sont ni plus ni moins vertueuses que la société dont elles sont des reflets. Les faits racontés concernent quelques individus, et ne doivent pas produire d'amalgame infondé.
Cependant le mérite de ces anecdotes peu édifiantes et de relativiser la passion spirituelle, de la tempérer, de montrer la complexité du social tantrique.
Quand on se promène dans une ville, dans les rues, chacun fait attention à son sac et à sa carte de crédit. De même il est nécessaire d'exercer un discernement et une attention maintenue aussi dans les enclos du tantrisme bouddhique.Ce n'est pas parce que le porche est passé que le comportement y est soudainement exemplaire. On y retrouve les mêmes difficultés sociales, psychologiques qu'ailleurs, sans doute amplifiées. N'étant pas prévenus, ou croyant que c'est inimaginable, les sympathisants sont plus exposés qu'ailleurs. C'est la candeur des enthousiastes qui les expose, bien plus que la malice discrète de quelques habitués.Disons que cette atmosphère de don de soi et d'aspiration sincère pourrait devenir un terrain de prédilection pour de très rares prédateurs qui s'affubleraient des signes évidents de la bénignité. A partir du moment ou le visiteur reste sur ses gardes, il ne court pas plus de risque qu'ailleurs, disons pas plus de risque qu'une jeune fille en minijupe marchant seule dans un quartier sensible la nuit.

Les Tibétains de la jeune génération qui connaissent la langue anglaise nous informent des dérives de leur tradition religieuse sans grand ménagement. Leur ton est souvent plus sévère que celui de la critique Occidentale. Voici ce que dit Tenzin Wangyal des tulkous, ces célèbres réincarnations de lamas. Ancien élève du Tibetan Children Village, Tenzin Namgyal fait parti de l'équipe de direction de l'association Students for a Free Tibet. Il vit actuellement aux Etats-Unis :

« Nombre de nos tulkous (lamas réincarnés) sont capables de faire ce que Siddhartha Gautama (le bouddha historique) était incapable de faire - ils concilient très facilement leurs vies de luxe et de privilèges avec la pauvreté et la souffrance visibles hors des murs de leurs palaces. En fait, beaucoup préfèrent s'isoler eux-mêmes en restant dans leurs cocons confortables. Une fois reconnu, un jeune tulkou hérite d'un labrang, ou domaine, consistant en propriétés, serviteurs et trésor. […] Beaucoup de Tibétains perçoivent les tulkous comme des marchands de bouddhisme tibétain entreprenants, tels ceux qui savent vous convaincre que le diamant que vous tenez dans la main est un morceau de verre, que vous pouvez le jeter, et qui, une fois que vous avez tourné le dos, le ramassent, le nettoient et le mettent dans leur poche. »

Il faut découvrir le texte intégral de l'article :
http://www.buddhaline.net/annuairedubouddhisme/tibet_verite.html pour comprendre quelles sont selon l'auteur les quatre principales faiblesses du bouddhisme tibétain. L’article a été traduit par Sandrine G. est mis à disposition par notre confrère @nnuaire du bouddhisme.

'Faut-il se confier à un "gourou" ?'
C’est la question que me posait récemment une internaute. Je crois que la réponse est contenue dans la question. Je ne donnerai qu'un exemple, celui de June Campbell. Citée au tout début de ce chapitre, elle a raconté son histoire dans un très beau livre paru en 1996 (relié) et réédité en 2002 (broché) sous le titre Traveller in Space : Gender, Identity and Tibetan Buddhism [Voyageur de l’espace : sexe, identité et bouddhisme tibétain], Athlone Press.

Elle était l'interprète du très regretté Kalou Rinpoché. Ce moine est sans doute l'un des plus vénérés du tantrisme bouddhique. Etant directement à son service, elle ne souffrait pas de la pression des échelons intermédiaires souvent très perceptible et dérangeante dans ces écoles. Elle était donc dans des conditions parfaites pour faire un beau voyage spirituel au service de ce très digne moine.

Cependant, il lui fallut, raconte-t-elle dans son livre paru en anglais, accepter les relations sexuelles que le maître exigea d'elle (il était un "chaste" moine portant la robe et visiblement astreint à leurs voeux), puis les relations sexuelles avec l'un de ses proches, un parent à lui, c'est à dire sans doute une forme simple de la polyandrie répandue dans les cultures himalayennes. Enfin une deuxième maîtresse beaucoup plus jeune fut introduite dans cette intimité des deux hommes et June dut accepter la nouvelle venue (qui mourut d'ailleurs prématurément).A l'issue de l'expérience, c'est à dire après la mort du vénérable, June mit je crois près de quatorze années avant de pouvoir se résoudre à raconter son histoire. Et ce n'est pas un merveilleux voyage qu'elle raconte, mais l'histoire d'un douloureux secret. Les deux hommes ayant exigé d'elle l'absolu secret sur ces relations qui auraient terni l'image du maître si elles étaient venues à la connaissance des disciples, June se sentit selon ses mots "abused", abusée, et mit longtemps pour se reconstruire.Kalou était sans doute le moine le plus réputé en Occident dans son école. Il était reconnu comme un véritable bodhisattva par tous. Le voyage de son disciple fut cependant décevant. Imaginez donc ce que cela doit être que de suivre aveuglément des maîtres moins accomplis, de moindre exigence ou de moindre expérience...Bien que le livre de June Campbell ne soit pas disponible sur Internet (il est protégé par les lois sur le copyright), il peut être commandé sur Amazon à cette adresse. En voici une très brève citation pour information :
"Que pensait la femme du lama? Je sais que l’Inde et le Tibet sont un monde différent. On m’expliqua qu’avoir des rapports avec une très jeune femme était une ‘ pratique de longue vie ’ qui donnait de la force au lama. Les hommes puissants l’ont toujours cru et en Asie les personnalités tant religieuses que politiques ont toujours agi ainsi. [...] On me dit ensuite que, dans une société encore féodale comme le Tibet, c’était un honneur pour sa famille. Ils étaient probablement pauvres et maintenant, ils faisaient partie de l’entourage du lama; tous allaient être mieux traités. Pourtant, je m’interrogeais encore au sujet des jeunes filles. Qu’en pensaient-elles? J’ai parlé à de nombreuses femmes occidentales qui avaient couché avec leur lama. [...] Mais aucune d’entre elles ne décrit cela comme un enseignement; il n’y avait rien de tantrique dans tout cela. Le sexe était pour le lama, pas pour elles."Des extraits en anglais sont également disponibles actuellement sur cette page d'un forum. (excerpt from June Campbell, Traveller in space.)J'espère que cet exemple permettra un peu mieux de répondre effectivement à la question intéressante : d'où vient cette nécessité de s'en remettre à un "guru" ?
Les Occidentaux se réveillent, en particulier les femmes, et ne laissent plus les abus se développer sans réagir. Vous pouvez lire ces pages d'un autre forum où vous découvrirez en détail que l'impunité n'existe plus, même pour les lamas les plus connus.


Amalgame ?
Se pose alors la question de l'amalgame entre diverses sortes de bouddhismes, en particulier bouddhisme de tradition himalayenne et bouddhisme au sens général. Il se trouve que le bouddhisme tibétain est aujourd'hui sans doute la forme la plus répandue de bouddhisme pour les nouveaux convertis.Je veux dire par là que si les descendants des migrants d'Asie du Sud-Est sont majoritairement de tradition Theravadin, voire parfois Zen pour certaines écoles vietnamiennes, les Français de souche et plus généralement les Européens ont plutôt adopté les formes tibétaines du bouddhisme.L'amalgame est du fait, d'une part, des adeptes du tantrisme bouddhique qui se réclament du bouddhisme, je dirais du bouddhisme tout court, et qui semblent compter beaucoup sur cette reconnaissance pour asseoir leurs traditions en Occident. Cet amalgame est aussi du fait, d'autre part, du grand public qui connaît encore assez peu la pluralité du bouddhisme et pour qui ces nuances ne sont pas très explicites ni pertinentes.Il est donc inévitable que le grand public ne perçoive pas bien cette ambiguïté, puisque tout est fait dans les rangs de ses promoteurs pour que le bouddhisme tibétain soit, vu de l'extérieur, indifférencié et apparaisse comme une tradition naturelle, évidente, intégrante du bouddhisme. D'ailleurs les congrégations de tradition himalayenne enregistrées au bureau central des cultes sont généralement présentées comme des monastères bouddhistes plutôt que comme des lamaseries. Et le dimanche lors les émissions télévisées consacrées aux diverses religions, le bouddhisme tibétain se partage fraternellement l'antenne avec d'autres écoles bouddhistes. "L'amalgame", s'il existe est donc dans les faits.Maintenant, au sujet de la confusion des genres entre tantrisme bouddhique et bouddhisme, je peux répondre à titre personnel que je la regrette. En effet, elle n'est pas en faveur d'une information équilibrée et sereine sur le bouddhisme. Cette confusion des écoles nuit sans doute aujourd'hui aux communautés qui ont toujours été raisonnables et attentives à ne pas jouer sur la fascination pour les gourous, ni sur les grandes initiations publiques payantes ou sur les rituels dînatoires avec force bière, vin, pizzas et poulet rôti.


De plus en plus de témoins
Je crois qu'on ne peut pas faire à qui que ce soit le procès d'intention d'être "pour" ou encore moins "contre l'enseignement du bouddha". Nous sommes de simples témoins qui rendons comptes de faits et d'informations et qui discutons pour les comprendre.
Et si, ici ou là, le tantrisme bouddhique est quelque peu désacralisé, voire un peu "dédoré" dans les anecdotes et les exemples cités, c'est du fait des promoteurs trop pressés qui se sont retrouvés un jour dans la rubrique "scandales" ou "faits-divers" ! Les meilleurs détracteurs de cette tradition en sont donc des "adeptes" et des "gourous" qui aboutissent à ces excès, qui ont pris des voies sans issue, ou qui ont franchi la ligne blanche de la loi. Ce sont eux qui produisent cette image "contre le bouddhisme.Quant à nous, nous ne faisons qu'en rendre compte. Informer est sans doute la seule chose à faire, de manière à ce que nos contemporains puissent éviter quelques difficultés, quelques déceptions et quelques regrets, un peu plus tôt. Ne rien dire quand on est informé serait coupable et guère responsable. Cela est fait aussi pour les éventuels sympathisants du bouddhisme plus jeunes, afin qu'ils ne se laissent pas trop leurrer par les formes collectives les plus séduisantes, lorsque leur contenu réel diffère de leur apparence flatteuse. Dharma signifie aussi vérité. Parler, révéler, exposer, et informer aussi tôt que possible est donc douloureux, nous le savons, pour ceux qui tiennent beaucoup à l'image de leur tradition, mais c'est un moindre mal et c'est un mal nécessaire non pas pour éviter les dérapages toujours possibles dans un groupe organisé (car un forum n'empêchera rien), mais surtout pour éviter que certains de nos contemporains se laissent séduire, puis se laissent attraper par leur ignorance des faits.Le bouddhisme s'il veut éviter le piège des dérives sectaires doit accepter la transparence sur la diversité de ses pratiques. Le silence qui prévaut encore aujourd'hui parmi ses sympathisants (et qui va hélas de pair alors avec un repli, voire une crispation communautaires) fait le jeu de ceux qui ont quelque intérêt à cela, c'est à dire - pour dire les choses sans détour - à quelques personnes qui ont fait de ce sacerdoce un fond de commerce, voire une activité lucrative.


Un avis autorisé
Voici à ce sujet un extrait d'un entretien avec S.S. le Gyalwa Drukchen. C'est un célèbre enseignant asiatique qui s'exprime. Il dirige la branche portant son nom (Drukpa Kagyu) d'une grande lignée himalayenne.
Il s'exprime sans langue de bois dharma comme un témoin légitime, vraiment à l'intérieur de ces traditions qu'il connaît parfaitement bien :" [...] Certains maîtres dont j'ai entendu les enregistrements ou dont j'ai lu les livres font encore pire : ils donnent de mauvais conseils et enseignent avec une volonté de manipulation afin de s'assurer une réputation... lucrative. Ils programment de grandes initiations, proposent des activités alléchantes et font beaucoup de publicité afin d'obtenir de l'argent, d'être célèbres, d'acquérir du pouvoir. Tout cela est très superficiel et très négatif. [...] Les pires sont ceux qui cherchent à manipuler, ils vous détruisent et vous privent de toute votre énergie simplement par amour propre. […] Montrer un mauvais chemin incite beaucoup de gens à s'y engager. C'est un comportement que je ne comprends pas et c'est vraiment dommage. Peut-être est-ce le signe de notre époque sombre. On peut le vérifier aux USA. Montrer le chemin authentique n'attire personne mais se mettre en valeur ou exagérer un peu, essayer de manipuler, font se précipiter les foules. "

S.S. le Gyalwa Drukchen, extrait d'un entretien de 1994. Les propos de Sa Sainteté ont été recueillis par Thierry Truillet et publiés dans Sangha Journal

VIIILE ZEN PAS TOUJOURS ZEN



Le Zen (en particulier issu du Zen Soto japonais) avait bien pris racine dans les années 70 et 80, mais il semble que la croissance du bouddhisme de tradition tibétaine ait été plus forte et plus affirmative depuis avec, peut-être, "l'effet dalaï-lama".
Pour le Zen le mot est devenu un vocable de la vite quotidienne, synonyme de déco, de diététique, de repos. Mais il me semble que tandis que le Zen devenait l'aimable « otage » des magasins Nature & Découvertes et le faire-valoir des catalogues d'ameublement, il perdait simultanément de sa vigueur comme pratique de méditation au profit du bouddhisme de tradition himalayenne, présent dans des centres sans doute plus nombreux et disposant d'un encadrement permanent.
Quant aux Zen "institutionnels", je ne suis pas vraiment qualifié pour en parler. A ce qu'on en entend dire il y a eu, semble-t-il, surtout quelques histoires de personnes dans le Zen "officiel", cela a commencé après le décès de Taisen Deshimaru, lorsque ses héritiers spirituels putatifs se sont en quelque sorte chamaillés pour être habilités à poursuivre la tradition du défunt maître.
Des personnalités ont pu ici ou là aussi se disputer plus récemment dans le cadre de la vie de centres, assez occasionnellement, rendant moins paisible dit-on parfois, l'atmosphère de certains de ces groupes.
En particulier des éléments de valeur ont pu être exclus qui ont pris la parole ensuite sur des sites Web assez percutants pour dénoncer certains dérapages en terme de pouvoir. Mais ne connaissant pas de première main ces récits je ne peux, ni affirmer ni infirmer ce que l'on lit ici ou là sur le net.

Si je connais mieux le contexte du Soen en Corée en ayant souvent séjourné dans des monastères de la tradition Choggye, j’ai quand eu l’occasion d’approcher fugitivement ici ou là des monastères Zen encore actifs au Japon. Généralement les parties des monastères qu’on peut visiter sont vides, et les moines sont dans des bâtiments plus fonctionnels, et souvent plus petits, lorsqu’il en reste. On ne peut approcher sans une permission ou une introduction de l’abbé.

M'étant donc rendu à vélo avec la permission de l'abbé jusqu'à l'ermitage de retraite collective de Tofukuji à Kyoto (siège de l'école Rinzai zen), j'ai constaté qu'on y utilisait les intensifs de groupe, les plateaux repas pris sur le pouce et les chants comme un moyen de souder la cohésion de la collectivité. Reprocher seulement aux Occidentaux des atmosphères confinées où la friction sociale est utilisée pour briser les résistances et rendre les individus disponibles et malléables ne serait pas juste. L'Occident n'a donc pas l'exclusive à cet égard.


Zen at War
Je suis allé explorer sur Internet les liens sur le livre évènement « Zen at War », par Brian Victoria, (New-York, Weatherhill, 1997). Il s'agit d'un très intéressant ouvrage sur les dérives nationalistes du zen japonais, un livre d'histoire publié en 1997 et traduit en français. Voici le lien: http://www.zen-occidental.net/nishijima/gudo3.html

Brian Victoria a ébranlé la communauté Zen internationale en révélant en 1999 dans son livre choc "Zen at War" le passé "belliciste" et les compromissions avec le pouvoir de l'époque de la célèbre école Soto Zen au Japon au cours de la deuxième guerre mondiale...

« Le Zen en guerre, 1868-1945 » traduction française de 2001 (Paris, Le Seuil, 2001) semble avoir désormais jeté une lumière crûe dans l’espace francophone sur l’histoire de certaines de ces organisations au Japon. Il ne s’agit donc plus ici seulement de bruits, de rumeurs ou de problèmes de personnes, mais bien de faits historiques.
Et voilà quelques brefs extraits : "Si on vous ordonne de marcher : une, deux, une, deux! ou de tirer : bang, bang! C'est là la manifestation de la plus haute sagesse de l'éveil. L'unité du Zen et de la guerre […] se propage jusqu'aux confins de la guerre sainte qui est maintenant en cours." (Harada Daiun Sogaku, 1939)"Les guerriers qui sacrifient leur vie pour l'empereur ne mourront pas. Ils vivront éternellement. En vérité, on devrait les appeler des dieux et des bouddhas pour qui il n'y a ni vie ni mort. Là où il y a loyauté absolue, il n'y a ni vie ni mort." (Lieutenant-Colonel Sugimoto Goro)"Depuis l'ère Meiji, notre école [Sôtô Zen] a coopéré à la conduite de la guerre." (Déclaration de Repentance de l'école Sôtô, 1992)

La parole d’anciens disciples du Zen se libère
Je viens de télécharger un des textes - de mars 1999 – de Ralf Halfmann. En 14 pages denses et bien construites son auteur, Ralf Halfmann, analyse le fonctionnement d'une des plus vastes écoles du Zen en Europe (issue d'ailleurs de l'école Soto japonaise), c'est un constat accablant, et qui semble bien fondé, sur une analyse sociale qui paraît avoir été correctement menée. Voici un bref extrait de ce document exceptionnel, Le Zen à l’Ouest : " Le point de rupture est survenu lorsque j’ai accidentellement lu le livre "Zen at War" de B. Victoria et découvert que plusieurs des maîtres hautement admirés de notre lignage Zen étaient apparemment des meurtriers et des bellicistes. [… ] Je me suis tout soudain rendu compte de combien je m’étais éloigné de ce que j’avais voulu faire à l’origine avec le Zen. Je ne voulais pas adopter une idéologie, en fait. Je ne voulais pas devenir plus rigide au lieu de plus ouvert. […] En me rendant compte de l’étendue de la fausse identité qui avait été construite, j’ai décidé de partir. Après quoi, j’ai ressenti un énorme et durable soulagement. "Je comprends mieux pourquoi cette lecture pourrait aussi remettre en cause notre perception de Kodo Sawaki, le célèbre maître japonais du Zen, voici sous la forme d'un bref extrait ce que Ralf Halfmann en dit, toujours dans le même document :" La récente publication du livre de Brian Victoria "Zen at War" a fourni des données historiques qui requièrent une réévaluation de Kôdô Sawaki, un homme qui avait été jusque là l’objet de louanges en tant que Maître Zen "éveillé", au Japon et à l’étranger, mais qui était apparemment un atroce va-t-en guerre bouddhiste. Il se vantait ouvertement du nombre de gens qu’il avait tués pendant la guerre russo-japonaise (1905) et incitait ses étudiants bouddhistes à se sacrifier sur le champ de bataille pendant la Seconde Guerre Mondiale. Il prétendait, par exemple, que jeter une bombe était équivalent du précepte de ne pas tuer. " Je conseille vivement de lire l'intégralité de cet article, qui analyse méthodiquement mais de manière concise un système de contrôle social, en des termes qui m'ont évoqué ma propre découverte d'une autre "tradition" bouddhiste reconstituée en Europe :"La pratique du Zen dans le cadre de l’AZI est bien plus qu’une simple pratique de la méditation assise. La méditation qui y est offerte est chargée et sertie d’un système idéologique et autoritaire complexe qui est insidieusement implanté dans les participants tout en l’étiquetant "vrai Dharma". […] Les problèmes surgissent lorsqu’une idéologie ou un système de croyance y est ajouté en utilisant des méthodes de contrôle mental et sans que ça soit clair dès le départ. "Le rapport critique de Ralf Halfmann est téléchargeable dans le format Word 97 en cliquant sur le lien disponible sur cette page d'accueil du site : rap_azi_fr.doc (224 kB)La plupart des autres documents indiqués sur cette page d'accueil ne sont plus disponibles hélas et renvoient à des écrans publicitaires. J'encourage donc chacun à lire le rapport Halfmann (et à le télécharger sur votre disque dur) au cas où il disparaîtrait un jour du web. Car les écrits les plus intéressants et les plus polémiques sur les écoles bouddhistes disparaissent parfois du web après quelques années, comme par exemple le livre sur la guerre des karmapas : Rogues in Robes aujourd'hui introuvable en ligne.Ces quelques mots extraits du papier de Ralf Halfmann pour conclure :" La structure de fonctionnement interne [...] telle que décrite ci-dessus, peut être donnée en exemple d’une société totalitaire en miniature. [... ]Ce qu’elle offre n’est donc absolument pas quelque chose de nouveau et n’est pas un modèle d’ordre social qui puisse résoudre les problèmes du monde. [...] Je crois que même la plupart des dirigeants jouent inconsciemment leur part dans le système en continuant simplement de faire aux autres ce qui leur a été fait auparavant. [...] Ensuite, le point crucial qui m’a finalement permis de m’en aller a été un libre accès et un libre débit d’information en provenance de tiers. Je crois que les techniques de contrôle mental [...] tiennent et s’écroulent avec la possibilité de contrôler l’information. "

Je pense que ce phénomène d'anciens disciples qui en sont venus à "régler leurs comptes" de manière polie et littéraire est peut-être (souvent) tout simplement l'indice qu'ils se sont sentis dépossédés de quelque chose de très personnel, ou blessés intimement au cours de l'expérience organisationnelle ou initiatique.

C'est peut-être un peu comme ces victimes qui demandent à la justice réparation pour un tort qui leur a été fait par un tiers et qui attendent des années pour cela. Il me semble que derrière les émotions négatives ou les critiques systématiques, il peut y avoir un sentiment juste de réparation qui s'exprime, parfois comme il le peut. La pression des groupes est intense, ils bénéficient parfois de l'aide bénévole d'avocat ou de conseil juridique, et ces personnes seules qui osent témoigner contre ces structures puissamment fédérées par la hiérarchie et le message doivent véritablement remonter le courant.
J'ai donc tendance à lire avec attention et sympathie ce genre de témoignages où les intéressés n'ont rien à gagner en se mettant à dos tous leurs anciens condisciples, et où seule une flamme brûle parfois, celle vitale, de pouvoir crier sa vérité. Qu'ils aient déployé pour certains une grande énergie, en créant seuls sites web et autres blogs, pour aller au delà du cri et énoncer attentivement leurs critiques, les signale alors comme des témoins privilégiés.





IX
Mandalas




A quoi pourraient servir les structures organisées en mandalas du tantrisme ?

Ceci est une fiction spéculative, puisque le texte qui suit postule pour les besoins de ce chapitre, l'existence d'une énergie spirituelle et/ou subtile qui pourrait circuler (s'échanger) selon une sorte d'économie (ou de logique) tantrique. Et dans ce domaine de « l’invisible » : rien n’est (moins) sûr.


La doctrine fait endosser au pratiquant la responsabilité de son échec
Les bouddhistes acceptent d'endosser en général une responsabilité personnelle face au mystère du tantra et surtout face à leurs propres souffrances. Mais il me semble que ce ne soit pas tout à fait satisfaisant.
Bien entendu nous faisons toujours face à notre propre esprit, mais dans ces ouvertures au tantrisme bouddhique, celui-ci est habité par des activités subtiles qui n'ont pas tout à voir avec notre karma, ou nos propensions.
Il semble que, tout comme le capitalisme fait habilement endosser aux pauvres la responsabilité du déséquilibre des revenus, une certaine forme de lamaïsme diffusée en Occident n'a pas son pareil pour faire supporter à des "victimes" la responsabilité de la souffrance qui leur est imposée, tout en s'arrogeant les mérites de la grâce ou de la bénédiction que les gens ressentent parfois.

C'est en constatant cela que j'ai été amené à interroger ces strates de justification au sein du discours lamaïste, pour en déduire qu'elles avaient aussi une fonction idéologique, afin de justifier le fonctionnement de ce système de pouvoir hiérarchisé qui favorise essentiellement les rares personnes en haut et au centre de leur mandala, c'est à dire le lama, son lignage racine, et ses quelques disciples les plus proches.
Il se pourrait même que le discours vajrayana soit de cette nature idéologique, visant à asseoir des systèmes, ces mandalas, qui "roulent" pour quelques rares privilégiés au centre du dispositif, concentrant l’essentiel de l’énergie à leur attention, et qui distribuent (c'est aussi une simple image) des miettes d'énergie subtile agréable et autres effets spéciaux temporaires aux disciples et aux badauds des rituels collectifs.
C’est pour utiliser une analogie, économique cette fois, un peu comme le capitalisme le fait avec les publicités et les clips de musique tout en entretenant bien souvent une misère collective de plus en plus grande autour de rares îlots de luxe et de richesse excessive concentrés autour de ses propres "gourous"... La comparaison a ses limites, j'espère que son caractère caricatural n'aura pas été excessif.


Une cybernétique spirituelle ?
Permettez, chère lectrice, chère lecteur, que je me laisse aller à quelques digressions hypothétiques. La transmission des impressions psychosomatiques du tantrisme n'est pas forcément de maître à disciple, contrairement à ce que suggèrent les textes de commentaires classiques, mais se produirait au sein d'un champ plus vaste et diffus d'activités tantriques interdépendantes (une sorte de "cybernétique spirituelle" en somme) qui parcourt aussi les disciples, sans être strictement limité. Un peu comme un phénomène viral, pour donner une image très imparfaite.
Le maître souvent ne sait rien, ou presque, de la vie intérieure de ce disciple X ou Y qui pratique à distance. En revanche pour ce dernier toutes sortes d'effets spéciaux inhabituels, plus ou moins standardisés et personnalisés, peuvent se manifester à partir de l'émergence tantrique et de son insertion au sein du mandala.

Lorsque le maître a une éthique impeccable, il est un peu comme un mécène ou un banquier honnête qui concentrant les énergies subtiles, permet des "prêts" d'énergie et d'expérience aux personnes en quête initiatique.

Si au centre du mandala on en est à la débandade ou la décadence, si le maître et ses proches disciples ont une éthique faible ou mêlée, le mandala ressemblerait alors davantage à... une essoreuse à pleine vitesse ! Et les disciples seront selon toute vraisemblance "essorés", surtout à la périphérie du mandala, et particulièrement pour les disciples qui quittent l'institution, là où les effets déplétifs sur l'énergie subtile sont les plus sensibles.


Le mandala comme une « Z machine »
Mais qu’est-ce qu’un mandala ? La question peut paraître étonnante, puisque nous disposons de nombreuses représentations, picturales, tankhas sur toile ou images de mandalas éphémères de sable. La question que nous posons porte en fait sur le mandala social, constitué d’une assemblée de pratiquants du tantrisme, réunie par exemples dans un ermitage collectif autour d’un gourou pour une retraite, ou dans un chapiteau le temps d’une initiation tantrique.

Un tel mandala qu’il soit permanent ou éphémère est supposé correspondre à sa représentation picturale, qui est elle bien connue. Et la question plus précise qui se pose alors est la suivante : comment une telle réunion a-t-elle une efficience énergétique subtile et/ou spirituelle. Quels processus sont à l’œuvre ? Quels résultats sont obtenus ?

La meilleure analogie dont nous disposons actuellement pour évoquer la dynamique du mandala est sans doute celle, dans le domaine de la magnétohydrodynamique, de la « Z machine » des laboratoires Sandia d’Albuquerque, ou de sa petite sœur la « machine ECF » des laboratoires d’expérimentation de Gramat dans le Lot, dont les photos apparaissent en exergue et/ou en fin de chapitre, avec quelques notes explicatives. On remarquera que leurs formes sont analogues à celle des mandalas du tantrisme. Ces machines sont conçues pour concentrer en leur centre une énergie si intense qu’elle pourrait à terme générer un processus de fusion pure. Cette dernière pourrait alors un jour être utilisée de manière civile pour produire de l’énergie électrique en grande quantité ou de manière militaire comme une terrifiante arme de destruction massive, appelée parfois comme un oxymore : la « bombe nucléaire propre ». La particularité du dispositif de ces machines est qu’elles piègent en leur centre une intensité très grande de courant électrique, qui n’a nulle part où s’écouler de part la symétrie du dispositif circulaire. Cette concentration aboutit, si j’ai bien compris, en la fusion de fils de métaux à l’intérieur du cercle, constituant un plasma hautement incandescent, aboutissant à la fusion de la matière, et à la libération au centre du dispositif d’une grande quantité d’énergie. Il s’agirait ni plus ni moins de la réplication en miniature du même processus que dans les taches et éruptions solaires.

Il est clair que tout comme la Z machine ou l’engin ECF, le mandala du tantrisme correspond à un espace dont les dispositifs de clôture externe, mais aussi d’organisation interne sont soigneusement étudiés et ne doivent rien au hasard.

Il adopte une forme symétrique, qui peut s’inscrire dans un périmètre circulaire, et se dispose ainsi sans aucune dissymétrie autour d’un centre généralement pensé comme d’un niveau hiérarchique supérieur. Plus encore une enceinte externe (dans le mandala de l’univers c’est une « grand mur de fer ») isole le mandala du monde, tandis que des portes soigneusement gardées par des protecteurs assurent que les processus internes ne seront pas diffusés à l’extérieur, voire que des activités externes auront des possibilités fortement contraintes par ces mêmes protecteurs pour être admises à l’intérieur.

Très clairement le dispositif s’avère orienté pour permettre une forte concentration d’activité en direction de son centre, sans pour autant dépendre trop fortement de son environnement externe.

C’est comme si un espace était ainsi délimité où d’autres lois allaient s’appliquer afin de permettre au cœur du mandala une forte accumulation d’énergie. Cette accumulation ne peut réellement s’écouler, la symétrie du dispositif effectuant une sorte d’annulation des forces centrifuges, d’autant qu’à l’extérieur rien n’est supposé sortir au cours du processus grâce à l’enceinte et aux gardiens des portes.

C’est le rituel centré sur la divinité au centre (gourou, bouddha, yidam identifié au maître…) qui assure que le mouvement des prières, des énergies spirituelles et subtiles des adeptes va bien de la périphérie vers le centre, selon une attentive hiérarchisation qui augmente quand on se rapproche de ce dernier. La dévotion des disciples à l’intérieur du mandala est bel et bien détournée du monde pendant le temps du rite, et tournée vers le cœur du mandala assurant à celui-ci son efficience spirituelle éventuelle.

A la fin du rituel, la dédicace des mérites correspond au moment où les adeptes reviennent vers la vie ordinaire, vers les lois humaines et celles de la nature. Cette dédicace aux êtres vivants dans le monde, souvent brève et sans grand relief, est visiblement sous dimensionnée par rapport à la complexité, la sophistication et l’élaboration d es autres phases du rituels qui consistent en fait à concentrer les énergies, les attentions et les pensées des disciples vers le centre du mandala pour en potentialiser l’activité.

Ainsi le mandala serait bien un dispositif concentrateur d’énergie, un artefact pour « piéger » l’attention individuelle et collective, avec les activités que cette attention sous-tend, déjouer les règles habituelles de la perception et de l’échange social, orienter l’énergie spirituelle vers les assesseurs et le maître au centre afin que ce dernier sorte du champ ordinaire de la perception/non perception et entre dans un état de fusion pure de non dualité. Enfin si cette réaction de fusion pure s’opère, c’est tout l’intérieur du mandala qui devient à son tour dans la contagion de cette incandescence subtile un espace de fusion pure de non dualité. Le système des portes gardées par les protecteurs et l’enceinte assure que la réaction soit contenue à l’intérieur, ne revenant vers le monde que selon la dédicace finale des mérites.

Le système du mandala ressemblerait, selon ce modèle, à un condensateur d’énergie subtile, plus précisément à un dispositif concentrateur d’énergie, capable de donner des samadhis spécifiques et des expériences variées à ceux et celles qui sont au plus près du centre.

La deuxième question qui se pose est celle de la qualité effective de cette « dédicace finale des mérites » que nous avons évoquée plus haut. Car on le comprend un tel dispositif s’il permet une telle intensification des expériences, en mettant à contribution les éléments périphériques au profit des éléments au centre, est aussi une formidable machine de pouvoir spirituel sinon symbolique. Dans cet espace les lois du monde, les lois des hommes, les lois de la nature paraissent comme abolies pour le temps du rituel ou de la retraite tantrique.
De plus les gardiens des hommes, leurs garants, leurs guides, n’y sont pas admis et sont maintenus à l’extérieur par le jeu des protecteurs en périphérie. Cet espace interne du mandala, ou plutôt ce volume interne du mandala est donc un monde où les règles du jeu de la nature et des hommes n’ont plus droit de cité.

Il faut donc s’assurer avant d’y mettre les pieds, et non après, de la qualité, et de l’orientation réelle et profonde du dispositif lui-même avant de s’y confier où d’y amener un conjoint, des enfants, un bébé.

La qualité des assesseurs, la qualité du maître, la qualité réelle de la divinité célébrée, la qualité de l’école, de ses rites, la qualité des participants, la qualité des protecteurs : tous les éléments doivent être au rendez-vous pour permettre une expérience… de qualité. C’est un peu comme une chaîne où le défaut d’un seul maillon compromet tout l’ensemble.

Dans cet espace où les lois habituelles mais aussi morales qui protègent les hommes et leurs esprits n’ont plus cours, il est nécessaire de s’assurer, avant d’y pénétrer, que les processus qui y auront une efficience n’ont rien de d’ambigu, de prédateur ou qu’ils ne correspondent pas à une déplétion de l’énergie subtile des participants au profit des initiateurs au centre du mandala.

On le lit parfois ici et là : la manipulation de l’énergie des adeptes par les « instructeurs » est au cœur des dérapages dans les communautés tantrique les plus controversées. Et nous ajoutons à ce point : le mandala est ce qui permet aussi cela.

Ainsi avant de donner 20 euros pour une « initiation tantrique » à l’une de ces organisations, chacun serait bien inspiré de réfléchir à deux fois et de se documenter attentivement auparavant sur la réputation de cette organisation. Et peut-être certains préfèreront après réflexion amener toute leur petite famille au parc Astérix (plutôt qu’à l’initiation tantrique du dimanche), ce qui serait dans certains cas la marque du bon sens…
S’informer avant
Le moteur de recherche Google peut rendre de grands services à cet égard. On peut effectuer avec quelque profit plusieurs petites recherches successives en faisant une requête sur l’association de deux termes clefs. Pour le premier terme on peut taper le nom de l’organisation, du gourou, du protecteur ou de la divinité qui est adorée dans le mandala concerné. Pour le deuxième terme clef de la recherche essayez « scandale », « dérive sectaire » ou « controverse ». Renouvelez les recherches en mettant aussi ces derniers termes au pluriel pour augmenter vos chances de faire sortir des résultats de recherche qui vous auraient échappés.
En associant, puis en permutant ces termes deux par deux, une première approche des zones d’ombres bien connues et répertoriées d’un mandala donné est possible.

Mais les bases de données sont encore trop étroites et limitées en langue française. On préfèrera consulter le Web anglophone plus riche à cet égard en effectuant de telles recherches dans la langue de Shakespeare.

Cette information cruciale est assez disponible sur plusieurs grandes lignées himalayennes qui sont aujourd’hui traversées par des lignes de fracture. Au sein de ces lignages un schisme oppose jusqu’au conflit les tenants de deux factions. Chaque faction publie donc volontiers des informations accablantes pour la branche concurrente et rivale, et lève dans ce cas la loi du silence, rendant plus facile l’information des éventuels adeptes, même si celle-ci doit être, bien entendu, relativisée.

Dans ce cas, on le devine, s’informer est d’autant plus indispensable.
En effet il peut être tentant pour un « maître » tantrique d’un de ces lignages en rupture de ban - ou en opposition avec l’autre chapelle de l’église tantrique - d’utiliser les techniques du mandala comme une arme collective au service de sa cause. C'est-à-dire comme un champ qui le protègerait, lui donnerait de la force et de la légitimité dans cette lutte pour s’imposer, ou pour exister dans l’adversité perceptible que lui manifestent volontiers ses propres frères et soeurs tantriques de l’autre courant. Il arrive aussi qu’un lama tente de légitimer un jeune candidat tulkou de son choix, en le mettant au coeur d’un mandala ad hoc pour le « booster » et le monter en épingle, dès son jeune âge, tandis qu’en coulisse, tel le Gepeto du conte, il tire discrètement les ficelles de son jeune et innocent Pinochio.

Dans tous ces cas l’énergie et l’attention des disciples risquent d’être tout simplement utilisées, instrumentalisées, transformées en militantisme pour une cause ambiguë (toute proportion gardée, un peu à la manière de celle des soldats engagés dans une troupe. Leur vie ne leur appartient plus, mais peut leur être prise au nom d’une « juste guerre »).

Mais en l’absence d’un schisme de lignage, même si certaines informations essentielles arrivent un jour sur Internet, bien souvent, à court terme, rien ne filtre, rien n’est dit dans l’organisation concernée sur ses desseins actuels, ses crises et ses difficultés.
On préfère faire miroiter au disciple les promesses de la félicité, de l’initiation et de la compassion. On ne découvre le pot aux roses sur Internet que plusieurs années plus tard.

C’est pour cela que même si la consultation attentive du World Wide Web peut permettre de dissiper certains malentendus, c’est à chacun de mieux exercer sa prudence et son discernement, en se fiant plus à son bon sens et à ses observations, qu’à ses intuitions spirituelles. Le bouche à oreille peut réserver quant à lui de nombreuses surprises. Des mandalas tantriques jouent beaucoup sur la cohérence du discours des disciples, utilisée stratégiquement pour séduire, attirer et convaincre. On ne peut donc s’y fier sans connaître préalablement la position réelle des personnes prescriptives, vis à vis d’un mandala donné.

A cet égard, on regardera attentivement la congruence, c'est-à-dire la correspondance, entre les paroles et les actes des animateurs ou des promoteurs du mandala.
On avisera si on apprend que la règle monastique est surtout un habillage pour une vie plus relâchée de certains hiérarques en coulisse. On notera si le train de vie des dirigeants, voire l’appétit pour les donations des disciples, compromettent l’intégrité du mandala. Enfin on portera attention aux descentes de police, de gendarmerie ou de la DDASS qui sont des signes probables que quelque chose cloche dans le mandala.

Bref, comme on le fait aussi pour l’achat d’un appartement, on ne se fiera pas au boniment de l’agence, mais bel et bien aux taches d’humidité suspectes et aux fissures apparaissant sur les murs !
On exercera ainsi avec profit pour le diagnostic du mandala son esprit d’analyse sur des signes qui disjoints les uns des autres n’ont qu’une signification restreinte, mais qui juxtaposés commencent à constituer un puzzle, et à révéler une autre signification parfois moins flatteuse que l’enthousiasme lisse et convenable des brochures illustrées sur papier glacé…


La synchronisation des activités subtiles ?Un moyen de mobiliser les ressources psychosomatiques des disciples serait donc l'existence d'un ou de plusieurs mandalas de pratiquants autour d'un lignage.
La synchronisation et la coordination de leurs activités subtiles seraient rendues possible par la standardisation et la collectivisation des pratiques (mêmes préliminaires, mêmes mantras, mêmes prières, mêmes rituels, mêmes visualisations de soi, mêmes visualisations de l'univers, et enfin existence de convictions identiques partagées).
La dévotion collective envers le maître et les icônes tantriques permettraient ainsi une mobilisation de "l'énergie subtile" (comprendre : psychosomatique), voire de la capacité à agir ainsi sur "l'énergie subtile" des autres (si une telle chose existe bien entendu !).
On m'a dit aussi, et c'est incroyable, que seraient concernés les proches des adeptes, ainsi que certains de ceux avec qui ces derniers auraient des liens. Les plus jeunes seraient exposés de part leur nature délicate et accessible. En bref, ceux qui seraient ouverts "énergétiquement" aux adeptes, à leur maître et à la puissance centripète du mandala pourraient ainsi en théorie être "rencontrés" dans leurs "énergies subtiles" !

Mais il faut bien dire que notre paradigme scientifique n'admet pas la possibilité d'énergie "subtile" ou prana, de "tiglé" ou gouttes subtiles, de "tsa" ou canal subtil, de "lung" ou souffle subtil, ni de "transfer" de ces énergies.
Tant que la science n'aura pas de moyen de valider ou d'invalider ces croyances, nous resterons dans le domaine de la pure fantaisie, du roman, voire de l'hallucination.
Mais en lisant il y a quelques jours le dossier consacré à l'effet placebo par Science & Avenir, qui montre que cet effet existe et est mesuré, je me suis dis que peut-être à l'image de l'effet placebo, l'effet de la suggestion basée sur les mandalas tantriques pouvait peut-être aussi agir, voire pourrait peut-être un jour être mise en évidence dans des protocoles expérimentaux. Je me garderai bien d'affirmer ces hypothèses de crainte de former de nouveaux stéréotypes, et ainsi de pratiquer une forme subtile de discrimination religieuse. La loi garantit à chacun la liberté de pratique religieuse et je pense qu'il faut aussi éviter tous les mots qui pourraient y porter atteinte. Si la prudence s'impose, en revanche, il n'est pas interdit de poser des questionsMerci de lire aussi ces paragraphes qui précèdent comme une tentative spéculative en non descriptive. Aucun cadre descriptif n'existe d'ailleurs pour des phénomènes dont la réalité n'est même pas admise par la science ni par le sens commun.


Quid des effets sur les adeptes ?
Je crois qu'il existe chez l'adepte une fascination des possibilités suggérées par le tantrisme bouddhique, l'idée de gagner sur tous les tableaux : d'avoir la prospérité et les satisfactions humaines augmentées et intensifiées par les effets multiplicateurs et concentrateurs qu'on attribue au tantrisme, et en même temps de faire l'expérience de la sagesse ultime avec le samadhi de la vacuité, de la félicité et de l'illumination.

Chaque disciple imagine que, quelque part dans le tantrisme, réside l'accomplissement de ce rêve, et qu'avec cet espoir sa vie, déjà inscrite et délimitée, continuera d'avoir ouverture et sens. La modeste expérience passée au contact d'un mandala du tantrisme bouddhique me montra que cet espoir est entretenu par des effets, par des artefacts, de petites expériences qui entretiennent cette addiction.

C'est un peu comme la "Française des Jeux" qui donne aux acheteurs de billets de loto des impressions que le grand gain est possible, mais en offrant de très petits gains, comme le remboursement de leur billet ou quelques dizaines d'euros. Le tantrisme bouddhique distillerait ainsi des effets spéciaux, en particulier aux débutants, ce qui les accroche, parfois durablement, car nos adeptes en herbe se disent que si cela commence si bien, cela devrait aller crescendo.

Hélas, bien souvent, tout comme avec le ticket Tac O Tac ! Il n'y a rien après, sinon l'épuisement progressif des réserves de mérite et de vitalité subtile accumulées dans le corps... Rien au bout en tout cas qui soit de la nature de ce magnifique feu d'artifice de l'illumination (!) promis et suggéré au début du chemin, même si cet épuisement progressif des ressources psychosomatiques subtiles correspond aussi, et c'est son aspect positif, à un apaisement et à une placidité de plus en plus grands, pour ceux d'entre les tantrikas qui n'ont pas de tendances trop lourdes et handicapantes, ni de problèmes psychiatriques.










*Note / Commentaire explicatif de la photo en exergue du chapitre :

Le générateur du centre militaire d’expérimentation (CEG) de Gramat (Lot) « permet de délivrer des impulsions de courant de 2,5 millions d'ampères, d'une durée de 100 nanosecondes » (Crédit : site web Jean-Pierre Petit, http://www.jp-petit.com/science/Z-machine/machines_MHD/these_bavay.htm )

Voir aussi en anglais : http://megagaussx.physik.hu-berlin.de/Proceedings/pdf/27.pdf

« Evidemment je ne suis intéressé que par les applications civiles de cette découverte, la première chose à faire c'est d'obtenir la fusion "pure" d'une petite quantité d'hydrure de lithium, par n'importe quel moyen et n'importe où, dans n'importe quel cadre, n'importe quel contexte. Après "chacun vit sa vie". Les civils reconfigurent la manip pour en faire un générateur électrique et les militaires font des bombes en remplaçant la source de courant, initialement électrique par une source magnéto pyrotechnique, à la russe. De toute façon, si les Français se mettaient à faire des bombes à fusion pure, ce qui serait inévitable ils ne seraient pas les seuls. On a vu l'effervescence qui règne actuellement aux USA. On trouverait la même en Russie et en Chine, voir ailleurs. »
Jean-Pierre Petit, 2006 ( http://www.jp-petit.com/science/Z-machine/machines_MHD/these_bavay.htm )

Sur cet auteur : Jean-Pierre Petit a longuement été chercheur et directeur de recherche au CNRS, il est depuis peu retraité. Il est un spécialiste de la MHD (magnétohydrodynamique).

Aux Etats-Unis une autre machine un peu plus grande, la Z machine dans les Laboratoires Sandia d'Albuquerque a permis d’atteindre en son centre des températures extrêmement élevées, si j’ai bien compris, les plus élevées jamais atteintes, en adoptant ce principe.
« En raison des tensions et des intensités extrêmement élevées utilisées, l'impulsion électrique créée lors de chaque expérience provoque des arcs électriques impressionnants, visibles autour des nombreux objets métalliques de la salle, [filaments blancs sur la photo]. Photo : Sandia National Laboratories, publiée avec leur aimable autorisation. » Article de Wikipedia http://fr.wikipedia.org/wiki/Z_machine










X
La perversion du lien



Comment un disciple vivrait-il une relation d’aide ou de guidance spirituelle qui se serait établie avec un moine, un autre disciple, ou un maître bouddhiste qui présenterait discrètement ce type de désordre psychologique à la limite de la psychose et de la perversion narcissique qu’est la perversion du lien ou violence perverse ?Mais qu’est ce qu’un pervers narcissique ?
Selon Marie-France Hirigoyen : « Les pervers narcissiques sont considérés comme des psychotiques sans symptômes, qui trouvent leur équilibre en déchargeant sur un autre la douleur qu'ils ne ressentent pas et leurs contradictions internes qu'ils refusent de percevoir. Ils "ne font pas exprès" de faire mal, ils font mal parce qu'ils ne savent pas faire autrement pour exister. »Et qu’est-ce que la violence perverse : « La violence perverse, qu'on l'appelle harcèlement moral, harcèlement psychologique, cruauté mentale, méchanceté, maltraitance psychologique, mobbing , sous toutes ses formes, cette violence est une atteinte grave au respect de l'autre et à la dignité humaine. »Voici maintenant le courriel très attentif qui amène ce sujet au cœur du débat. Son auteur qui m’a conseillé sur ces sujets de la violence perverse est psychothérapeute et a beaucoup travaillé sur ce type de sujets. Il est souvent confronté à ce type de problème de la perversion du lien par exemple dans le cadre de violences familiales ou ailleurs, voici un large extrait de son message :" La vraie question de la dépendance se joue du coté de cette perversion narcissique. Les pervers de ce genre sont des prédateurs... On dit le pervers narcissique et son complice... Car la force de ses personnes c'est de faire de leur victime un complice pris dans le jeu de la séduction et qui ne sais pas très bien de quoi il retourne.... Au sortir d'une telle épreuve la blessure narcissique est si grande qu'elle conduit au rejet, à la dépression voire au meurtre ou au suicide.... La religion, quelle qu'elle soit est un lieu de prédilection pour ce genre de personnage, qui réussissent en général à atteindre un certain niveau de responsabilité pas forcément le plus haut car ils doivent garder une part d'ombre pour mieux agir, ils sont dans l'ombre du maître.... Mais il arrive que ce pervers soit le maître lui-même… »J’ai demandé à mon interlocuteur quelques lectures sur ces thèmes. Il m’a suggéré de partir du portail « poil de carotte » qui étudie attentivement ces problématiques dans le cadre familial en particulier. Voici un premier texte suggéré par ses soins : http://a.pdc.free.fr/article.php3?id_article=9Pour approfondir : l’œuvre de Paul-Claude Racamier qui a beaucoup travaillé sur ces questions http://www.carnetpsy.com/Archives/Colloques/Items/p41.htmVoici enfin la mise en garde trouvée sur le blog http://merteuil.skynetblogs.be/consacré à ces questions d’un point de vue pratique et qui m’a également été suggéré comme une piste possible de réflexion : « Certaines personnes de par leur profession offrent une garantie de respectabilité. Il paraît difficile de ces conditions de douter de leur générosité et de leur altruisme. L'image que nous avons de ce genre de profession est celle de personnes ayant consacré, voire "sacrifié" leur vie aux autres. La logique est simple: par un raccourci, nous en venons à penser que ce sont des personnes "bien", et pas des manipulateurs. Pourtant, un nombre impressionnant de manipulateurs se cachent derrière ces statuts sociaux honorables. Quel meilleur statut que celui de: policier, prêtre [on peut ajouter ici : moine bouddhiste, lama ou maître d’une autre tradition du bouddhisme], psychologue, médecin, enseignant...Quelle meilleure couverture? Comme nous fonctionnons selon un schéma social bien établi, depuis l'enfance, l'automatisme faisant le reste, ces personnes nous surprennent en utilisant leur position de pouvoir, que nous respectons, et à qui nous accordons notre confiance. La plupart du temps, notre confiance est légitime, mais parfois, ces professions cachent des manipulateurs hors pair. Ces êtres-là abusent de leur pouvoir. Vous ne les décèlerez pas d'emblée. Un laps de temps est nécessaire pour confirmer les premiers soupçons....A vous d'être vigilant, de vous protéger, et d'exclure cette fausse idée que : "derrière une profession respectable se tient toujours un homme ou une femme respectable." »Les personnalités perverses narcissiques, voire exerçant des violences perverses sur autrui seraient aussi caractérisées par la manipulation. Selon le blog cité ci-dessus seuls 3% environ de la population présenteraient les caractéristiques du manipulateur, et ces 3% seraient répartis également entre hommes et femmes.

La violence perverse
Voici un bref extrait de la page du site « Poil de carotte » consacrée à la présentation de la violence perverse http://a.pdc.free.fr/violenceperv.htm« La Violence Perverse, mardi 19 octobre 2004 […] Paradoxalement, alors que la famille ou la personne avec qui l’on a un lien d’amour est censée nous aimer, nous réconforter, nous protéger, il arrive, qu’au contraire, l’on soit brimé, insulté, rabaissé. La personne profite de ce lien pour en retirer du pouvoir, de l’importance à nos dépens. […] Très souvent les sentiments que l’on ressent ou le lien de dépendance qui nous lie à cette personne nous empêchent de comprendre, de prendre conscience, de réagir. Le pervers narcissique, sous des dehors souriants et une apparence aimante, arrive à détruire une personne par des paroles d’humiliation, des ambiguïtés, des mots qui tuent, des situations qui ont l’apparence de la normalité mais que l’on sent confusément illogiques sans vraiment savoir en quoi. »


La difficulté d’obtenir des témoignages
Comme me le disait le psychothérapeute qui m'a aidé à présenter ce sujet par ses conseils : "la plus grande difficulté est que l'on n'arrive pas à croire que cela existe, voire que c'est possible..."
Ce thème est souvent traité désormais dans le cas de maltraitance familiale, c'est un sujet brûlant, pourquoi n'interrogerait-on pas aussi attentivement et normalement les pratiques au sein de groupes spirituels de ce point de vue ?La question sur les divinités courroucées n'est qu'une des options ici, et qui a été traités sur deux autres pages de ce site (ombres secrètes, mais aussi crimes rituels). Il y aussi le rapport au pouvoir en général dans le type d'institutions du bouddhisme où les amis spirituels disposent d'une certaine autorité sur leurs disciples...Mais peut-être l'ensemble est-il maladroitement présenté, c'est possible, probable, même. Le problème du vocabulaire se pose. Et aussi celui du paradigme. Plusieurs sujets aussi en un...Mais aura-t-on jamais LE vocabulaire pour en traiter ?
Visiblement on touche à quelque chose de sensible. Quant à garder la pudeur, c'est une nécessité, les émotions s'élevant assez fortement avec ce sujet.Des formes plus quotidiennes et peu spectaculaires de violence perverse, de perversion du lien existent-elles au sein du bouddhisme dans certaines de ses communautés ? Ce ne sera pas facile d'obtenir que les victimes s'expriment sur l'espace public des forums. Le silence parlera ici autant que les messages. Bien que nous recevions parfois des e mails personnels, il est plus rare que les intéressés aient le souhait d'exposer leurs souffrances. C'est une situation un peu comparable, dans un tout autre registre, à celle des internats catholiques dans les années soixante et soixante dix où se sont produits les affaires de pédophilie et d'abus sexuels (des violences perverses typiques). Il a fallu plusieurs décennies de plus pour que la parole se libère, avec quelques procès retentissants en Europe et en Amérique du Nord (USA et surtout Canada). Cela a marqué le déclin de ce type d'institution.
Il se pourrait que les participants des forums Internet, de confessions bouddhistes, répugnent à exposer les blessures intimes, des atteintes à leur intégrité morale, et ces questions qui leurs sont relatives, tout comme le tabou était total dans le corps professoral des institutions de l'enseignement catholique privé et, partiel, chez les jeunes élèves victimes.
Il s'agit à la fois d'une gêne, mais aussi d'un tabou au sens anthropologique. Les participants des forums préfèrent parler en public de vies antérieures, de vacuité et de nirvana. C'est plus agréable, plus convivial. Evoquer les abus, surtout ceux dont ils furent éventuellement victimes semble peu gratifiant.
De plus le bouddhisme aujourd'hui dispose de sa propre industrie : centres du Dharma avec structures ad hoc, boutiques du Dharma proposant de coûteux et rémunérateurs articles de piété, système de congrégations religieuses suggérant aux adeptes les plus âgés la donation de leurs biens à la congrégation après leur décès. Parler des abus, de la violence et des personnes victimisées n'intéresse pas du tout on le comprendra une communauté plurielle qui chercherait avant tout à survivre sinon à se développer. Elle pourrait être tentée d'encourager le silence de chacun au nom du bouddhisme.Exposer les victimes serait pour beaucoup dans ces milieux comme se tirer une balle dans le pied. Il faudra cependant le faire, car sans cette transparence qui est due à tous, les générations qui viennent comprendront à demi-mot que se renouvelle la même chape de silence qui a précédé par exemple l'exposition des pratique secrètes par leurs jeunes victimes, puis le déclin rapide des internats de l'enseignement catholique.Si les adeptes, les sympathisants et les bénévoles du bouddhisme continuent de laisser pourrir la situation, préférant la loi du silence à la vérité crue, il est possible que les abus, voire les violences, qui éclaboussent le monde du bouddhisme en Occident sonnent un jour le glas des centres du dharma et des activités qui leurs sont désormais liées.Car cette nébuleuse d'activités n'est basée que sur l'image avantageuse et la réputation en or de cette tradition bimillénaire du bouddha. Bien entendu nous n'espérons pas que les marchands de zafu, de rosaires et de thèmes astrologiques dharma nous donnent raison, car ils préfèrent - pour que leurs affaires continuent - le silence à la parole...Quelques mots du dalaï lama (qui nous parle ici du Tibet) et qui montre bien que cette position est partagée à sa manière, au sein même d'une de ces institutions par son plus éminent représentant : "Les officiels l'utilisaient [le dharma] pour gagner leur vie, les moines, les nonnes et les lamas pour gagner leur vie. A l'intérieur, dans leur monde intime, ils étaient comme des gens ordinaires, désirant avidement et haïssant. Ainsi le dharma était un poison de cette manière.Quand l'accent est trop mis sur l'institution bouddhiste, et que la nation va au désastre, c'est dans ce cas que les gens disent que le bouddhisme a ruiné leur pays."(Entretien du dalaï lama avec Robert Thurman, Rolling Stone, May 24, 2001)


Le témoignage de Rahansor
Un témoignage au quotidien dans un "centre du dharma" européen
Un lecteur, qui signe Rahansor, nous adresse ce texte publié (avec la permission expresse de son auteur) aussi dans le forum en version intégrale à cette url : http://s142585174.onlinehome.fr/tinc?key=VMBIfmiH&start=-1&reverse=1

« Bonjour à toutes et à tous,
J'ai passé dernièrement un peu de temps dans un centre du dharma, j'y ai vu et entendu plusieurs choses qui m'ont interpellé sur le coup, et qui ont pris du sens à la lecture du site http://bouddhismes.info/
Quand j'ai lu les pages [ http://bouddhismes.info/13.html ] sur la perversion du lien, l'image d'un moine [probablement "droupla" ou eurolama issu de la retraite collective de trois ans et résidant à l'ermitage monastique - ndl'e] m'est venue à l'esprit. Ce moine doit avoir dans les trente cinq ans, et il a l'air très proche de plusieurs stagiaires pratiquantes [ou stapra].
Les relations qu'il entretient avec elles m'ont paru ambiguës, voire déplacées vu sa position. Comme si il leur faisait un numéro de charme, jouant sur l'humour, un humour qui m'a paru douteux...
J’ai le souvenir d'une soirée, ou nous avons une discussion avec ce moine et plusieurs stapras. Dans la discussion nous avons évoqué le désir sexuel, les façons qu'il avait d'être là même quand nous croyons nous en être débarrassé... Il nous a dit qu'avant de venir au monastère, il était à fond dans le désir sexuel, multipliant les partenaires.
Une des filles dont il a l'air très proche, était assise à côté de lui, elle semblait gênée de certaines de ses remarques qu'il lui adressait directement, tantôt lui signifiant, en rigolant, qu'il avait du désir pour elle, tantôt la culpabilisant sur son éventuel désir à elle... toujours avec beaucoup d'humour, faisant rire toute la tablée.
Le lendemain matin, je vois la fille en question, lui demande si elle a passé une bonne nuit, elle me répond que non, qu'elle a eu beaucoup de mal à s'endormir, que la discussion de la veille l'avait retournée... Je n'ai pas compris pourquoi, je n'avais rien trouvé de "retournant" dans cette discussion, toutes les remarques un peu tendancieuses étant pleines d'humour... Cette même fille était prise de fou rire en plein rituel de Mahakala suite aux grimaces de ce même moine en train d'officier...
Un autre jour, une autre fille lui fait part devant moi de ses doutes quant à son avenir, disant qu'elle aimerait bien avoir une maison, des enfants. Et lui de lui répondre que, oui, d'accord, il lui ferait des enfants, qu'ils auraient une belle petite maison, avec un chien, des charentaises, que lui regarderait le foot en buvant sa bière pendant qu'elle ferait la cuisine. "C'est ça que tu veux ?!" J'ai trouvé vraiment malsaines ces réflexions, la fille n'ayant pas trop le moral, était-il nécessaire de remuer ainsi le couteau dans la plaie ?? Un peu estomaquée, elle lui a demandé un entretien particulier.
Quant à ce moine, on aurait dit qu'il aimait être la "star d'un soir", comme lors de la discussion où nous étions 7 ou 8 à boire ses paroles... Usant d'humour à tout va et volontiers de grossièretés... Sa robe est-elle une garantie de sa victoire sur l'ego et le désir sexuel ? Pas si sûr..."
Rahansor.
La version intégrale de ce message qui comporte d'autres observations intéressantes sur la vie quotidienne dans ce monastère (bouddhisme d'origine himalayenne) est publiée dans le forum « bouddhismes » à cette Url (aller au message numéro 5) : http://s142585174.onlinehome.fr/tinc?key=VMBIfmiH&start=-1&reverse=1Il a d’ailleurs été répondu à son auteur par le webmestre de ce site, et sa réponse peut y être consultée (ouvrir la rubrique afficher les réponses à ce message dans le forum en bas du message 5).



XI
"Gardiens" ou "Protecteurs" courroucés
du bouddhisme tibétain


Même si elles sont des symboles profonds par ailleurs, j'ai souvent l'impression que les images du panthéon tantrique ont au moins quelque chose en commun avec leurs avatars plus modernes de la BD américaine : les Iceman, Silver surfer, Batman et autres gentils et méchants super héros.
Ces images-là ont été proposées à des enfants et des préadolescents en quête d'identité et de confiance en soi, craintifs face à un monde d'adultes qui les impressionne.

Peut-être la situation des tantrikas aujourd'hui n'est pas totalement différente, avec une société technologique, compétitive et complexe qui tend à les rejeter vers les marges. Alors pour ne pas se sentir trop petits et vulnérables sortent-ils (au sens figuré) leur Yamantaka de sa housse, ou leur Mahakala de sa naphtaline et s'offrent-ils un "jeu de rôle" tantrique, comme d'autres se rassurent en s'identifiant avec le personnage fragile qui peut devenir Spiderman en un tour de passe-passe, ou avec quelque super héros de jeu vidéo qui fait quotidiennement des prouesses sur son écran de XBox 360 ?

Non, ce n'est pas ainsi, ce n'est pas si simple. D'abord il y a de nombreuses divinités paisibles dans le tantrisme bouddhique, souvent de couleur blanche, comme Tchenrezigs (Avalokitésvara). Ces divinités ne posent pas particulièrement de question délicate quant au sens de leur pratique qui est, semble-t-il, d'inviter à l'apaisement. Il existe aussi des divinités d'autres couleurs ou d'autres expressions qui représentent la transformation des énergies plus passionnelles au cours du processus de méditation. Mais loin de nous l'idée de jeter la moindre ombre sur ces pratiques qui peuvent tout à fait se justifier en écoutant attentivement ce que les pratiquants eux mêmes ont à en dire.

Les questions se posent plutôt pour les protecteurs courroucés, qui peuvent être, par exemple, représentés de couleur noire et entourés de flammes, et qui constituent généralement le troisième refuge des tantrikas bouddhistes. Alors que dans les autres véhicules du bouddhisme on prend refuge dans le bouddha, son enseignement et sa communauté spirituelle, dans le vajrayana ou tantrisme bouddhique le refuge peut s'accomplir dans le lama, la divinité de méditation (yidam) et le gardien ou protecteur courroucé, le Dharmapala.
Nous pensons que si des interrogations subsistent sur la manière qu'ont les disciples les plus investis d'envisager les pratiques du tantrisme bouddhique, ces questions doivent porter surtout sur ce troisième aspect particulier.

Sur le blog d'Arnagala nous avons trouvé ce bref extrait qui suit, et qui porte sur la problématique des "protecteurs courroucés", appelés ici Gardiens, et des ombres possibles à leur pratique :"A la retraite d'Orléans, en 1994, Namkhai Norbu nous parla longuement des "Gardiens". Ce sont des Bouddhas censés protéger les pratiquants. Mais s'adresser à eux est, pour diverses raisons, réputé être une tache dangereuse. Les pratiques qui leur sont consacrées sont donc longues et complexes. Après plusieurs années de réflexion sur la question, j'en vins à la conclusion que ces choses-là n'étaient pas pour moi. Certes, je sens la force des rituels, et j'apprécie de m'y plonger, mais cela reste une mise en scène symbolique, plus encore en ce qui concerne les Gardiens, les esprits et les rituels "violents" ou magiques en général. Surtout, cela me touche infiniment moins que les textes Dzogchen. Je décidais donc de ne garder qu'eux et, par respect pour Namkhai Norbu, qui nous demandais de croire que ces gardiens n'étaient pas QUE des personnifications mais aussi des personnes bien réelles, je cessais d'aller à ses retraites. "
Alors quid de ces pratiques des protecteurs courroucés, appelés aussi gardiens (Dharmapala) ? Sont-elles inoffensives, ou peuvent-elles être "instrumentalisées" à d'autres fins que celles officielles de la "transmutation" et la "purification" des émotions négatives au cours de la méditation ?


Tout dépend des praticiens de ces images.
Nous pensons que la plupart pratiquent avec bonne foi et dans une orientation bienveillante, nous n’avons d’ailleurs aucune raison de présupposer qu’il en soit autrement. Nous nous intéresserons donc ici à une marge très minoritaire de ces pratiques, celles accomplies par des personnes qui n'auraient pas un parfait équilibre psychologique et qui ont été décrites dans la page "perversion du lien". Nous avons imaginé que ces pratiques pourraient être utilisées par ces quelques personnes peu équilibrées au plan psychologique décrites précédemment comme violentes, ou violentes perverses, ou encore perverses narcissiques.

On a vu que selon les estimations disponibles environ 3% de la population est sujette à ce type de trouble du comportement, réparti à peu près à part égale entre hommes et femmes. En revanche il est impossible de savoir si ce pourcentage sera le même au sein du milieu du tantrisme bouddhique, en l’absence d’études sur cette population.
La prévalence de ces comportements pathologiques pourrait être plus faible compte tenu de l’idéal bouddhiste de pacification des émotions perturbatrices. Mais elle pourrait aussi être plus forte, compte tenu du fait que les pratiques courroucées pourraient attirer particulièrement des sujets désireux de trouver un exutoire discret et socialement désirable à leurs pulsions. On le voit, il est bien difficile de déterminer une hypothèse raisonnable pour apprécier précisément la perversion du lien au sein des populations du tantrisme bouddhique.

Mais il y a une autre question à résoudre ici : la raison, encore moins la science n'admettent la moindre efficacité à ce type de visualisation de soi (auto visualisation), ou en face de soi, de personnages effrayants issus du panthéon du tantrisme bouddhique. Comme notre raison est ici -en quelque sorte - inopérante, nous proposons sur la présente page Web une hypothétique incursion dans l'imaginaire ombrageux de ces auto visualisations.

Il s'agit ici clairement d'un texte spéculatif (comprendre : de fiction spéculative). Nous décrivons ici des hypothèses librement. Et nous demandons à tous les pratiquants stables, équilibrés, bienveillants et sincères de ces pratiques, soit une écrasante majorité, de bien vouloir par avance nous excuser de cet imaginaire qui ne les concerne pas, mais qui désigne ici de rares incidents critiques éventuels, et leurs dérapages hypothétiques, puisque rien n'est donné à voir dans ce domaine des visualisations méditatives du tantrisme bouddhique.
Merci de lire ce qui suit sur cette page Web à la lumière de ces précautions.




Fiction ombrageuse
Quelle population serait directement concernée ? Ces questions concernent surtout peut-être les personnes qui ont beaucoup donné à ces pratiques des protecteurs courroucés, celles qui ont coupé sous leurs pieds l'herbe de leurs relations humaines antérieures suite à de longues retraites closes en groupe, qui ont renoncé à une sexualité assumée dans le cadre de vœux de chasteté prolongés, qui n’ont plus accès au monde du travail, et dont les projets personnels en société se sont délités au fil des ans dans l’environnement par exemple d’une lamaserie. C'est à dire qu’il n’y a qu’une très petite population concernée, elle pourrait par exemple être constituée en particulier de ces personnes qui se retrouvent comme coupées du monde dans lequel elles vivent à l'issue de 7 années de retraites closes, avec comme seul bagage résiduel ces auto visualisations.

Ces 7 années de retraite collective sont composées en réalité de deux retraites successives de trois années et trois mois. La première des retraites collective comporte l’étude et la pratique quotidienne (pendant une heure et quart par jour) du rituel des protecteurs courroucés. Cette pratique de Mahakala sera approfondie en deuxième retraite où le protecteur Mahakala deviendra en réalité la divinité tutélaire des yogis pour une année de pratique intensive, quatre sessions de trois heures par jour. De même il faut rappeler ici que la question posée ne concerne parmi eux qu'une minorité de ces tantrikas offerts aux auto visualisations de protecteurs courroucés.
Et peut-être un très faible pourcentage de personnalités ayant des tendances de violence perverse tente vraiment de devenir des prédateurs indétectables de l'image subtile et de l'énergie des autres au travers de ces pratiques. Nous avons vu que le taux de prévalence de ces désordres serait d’environ 3% dans la population en général. Sur une population cumulée au fil des ans de cent drouplas issus de la deuxième retraite, seulement quelques-uns tout au plus pourraient alors être sujets à ces troubles du comportement.

Quel serait alors le mode opératoire de ces déviances comportementales ?
En voici une esquisse hypothétique : au lieu de commettre des crimes, des abus ou des viols, ils s'assoient dans leur chambre de yogi, et visualisent ces passages à l'acte sur les autres avec une extrême intensité et un détail méticuleux en se mettant en scène de manière dynamique avec la forme et les attributs du Dharmapala courroucé.

Ces divinités himalayennes sont pourvues généralement d'armes tranchantes, de couperets ou de poignards, mais aussi de longues griffes et de dents immenses. Ces attributs au lieu de rester des images symboliques, vides de réalité, de métaphores de la compassion comme pour la majorité des yogis deviennent pour le violent pervers des armes visualisées et à destination tournées vers les victimes qui sont simplement visualisées.
Flamboyants de colère, ou de noire passion, les protecteurs courroucés tiennent un bol rempli de chair ou de sang, et arborent fièrement autour du cou des têtes humaines fraîchement tranchées. Pour la majorité des yogis cela symbolise la transmutation des agrégats au cours de la méditation, mais pour le violent pervers cela peut être le substrat d’un scénario de victimisation d’un tiers, victimisation avec des atteintes visualisées à l’intégrité de son corps et de sa vie.
Ce type de pratique ne tentera personne qui a des tendances équilibrées, c'est-à-dire la majorité des pratiquants qui sont très conscients de ce type de dérapages. Mais ce type de jeu de rôle macabre peut éventuellement devenir une véritable addiction pour les rares personnalités violentes dont le lien affectif et social est perverti.Dans certaines circonstances conflictuelles ce type de violence visualisée peut aussi à des degrés divers, et de manière heureusement temporaire, toucher des groupes, dans une atmosphère de clôture, d’émulation et de fièvre religieuse, voire de crainte pour l’avenir communautaire. Se pose ainsi la question des pratiques rituelles collectives sur commande en période de crise intercommunautaire.
A ce qu’on en lit elles ne sont pas toujours très reluisantes lorsqu'il s'agit de guerres internes entre factions (conflit des karmapas par exemple, ou conflits entre branches Guelugpa) ou d'enjeux sociopolitiques...
Je me souviens ainsi de rinpoché malade lors de sa 77ème année, il avait donné en guise d'explication : "il y a eu des souhaits négatifs". Nous étions en plein coeur de la bataille des karmapas. Le challenger du karmapa officiellement reconnu, challenger que soutenait indirectement rinpoché, venait de recevoir quelques temps auparavant des jets de briques à New Delhi de la part de moines issus de l'autre faction.
Rien n'allait plus entre les deux factions, et selon cette formule lapidaire : "il y a eu des souhaits négatifs", le vieux lama sous-entendait peut-être que ses soucis de santé avait quelque chose à voir avec les rituels courroucés et les pratiques de groupes issus de la faction adverse. C'est en tout état de cause ainsi que ses disciples l'ont interprété. Personnellement je découvrais, horrifié, que mes camarades pouvaient même imaginer ces aberrations au sein d'un monastère bouddhiste.Discuter de ce thème des auto visualisations de protecteurs courroucés est sensible et parfois tabou dans les communautés du tantrisme bouddhique. Il pose en effet les questions sur le tantrisme à leur extrême. C'est ce qu'on appelle en sociologie la méthode des incidents critiques : on regarde ce qui ne va pas dans une organisation pour la comprendre et l'analyser. Et effectivement cela ne veut pas dire que rien ne va, ou que tout va mal.

Existe-t-il des visualisations indiscrètes voire intrusives ?De la même manière que les parents ne prendront pas le risque d'exposer leur enfant à un pédophile, même s'il y a moins d'une chance sur cent de faire cette triste rencontre au bord d’une route, le principe de prudence les incitera à éviter de prendre le moindre risque avec des groupes tantriques aux effectifs parfois importants réunis dans un même lieu.
Car si cinquante, cent personnes ou davantage habitent là, ou sont réunies pour un évènement exceptionnel, les probabilités de croiser le chemin d'un violent pervers augmentent pour devenir significatives. Et le pervers narcissique, en manque d'affection et doté de tendances internalisées par sa pratique tantrique ciblera de préférence les sujets jeunes, à l'aspect agréable, au contact facile, à l'énergie disponible, c'est à dire plus probablement des enfants, des adolescents, des jeunes gens ou des jeunes filles.
Ces personnes naïves répondront volontiers au sourire qui leur est adressé, croyant à l'apparence vertueuse que confère une robe qui évoque le lamaïsme, ou le prestige de quelque école initiatique, sans se douter qu'elles deviendront les jouets non consentants, bien involontaires, de la pratique tantrique unilatérale de leur discret prédateur le soir-même dans la solitude de sa chambre. Le tantrika en mal de satisfactions se visualisera par exemple en yabyum (union sexuelle) avec la personne rencontrée pourtant si innocemment, quand il ne la soumettra pas à ses caprices de psychopathe ou de pervers accomplis sous la forme d'images en mouvement courroucées et violentes avec la visualisation explicite des coups de couperets, de griffes, de dents ou de lance.
Ces images dynamiques adoptent le protecteur courroucé comme avatar pour déculpabiliser leur auteur au sein de la pratique bouddhiste, lever les inhibitions, et donner au yogi violent libre cours à ses fantasmes retenus dans sa vie de renoncement et d’ascèse.

Les 7 années de pratique en ermitage collectif donneraient, paraît-il, à ce type d'auto visualisations une plus grande clarté et une précision accrue, l'esprit s'étant longuement entraîné à ces exercices.Ces pratiques ne sont pas supposées être détournées sur ces voies erronées, et sans doute le sont-elles en effet très rarement. Mais que le yogi est bien le seul à en juger : aucune police, aucune justice ne viendra lui en faire reproche, et ces actes purement mentaux ou abstraits ne sont pas considérés comme des infractions, des délits ou encore moins des crimes. A l'extérieur rien n'arrive, rien ne se voit, il ne se passe rien de tangible. Cette liberté totale, cette absence de sanction de la part de la société, peuvent donc tenter certains, heureusement sans doute fort rares, dans cette regrettable direction...
Dans cet exemple je n'ai bien entendu pas la prétention d'épuiser le sujet, mais de faire entrevoir ce type de phénomène, même si nous ne disposons pas d’un vocabulaire adapté.


Les objections
Je ne connais pas la nuisance subjective et encore moins objective que pourraient représenter ces pratiques erronées pour leurs victimes. Selon la raison ordinaire, il ne devrait rien se passer pour celui qui subit de type de visualisation, puisqu’il ne s’agit que d’images. Il m’a de plus été objecté que « la karma mûrit et rétribue sévèrement les adeptes aux pratiques erronées ». Personnellement je ne suis pas certain que cette sorte de justice immanente (karma) punisse toujours les vilains ! Ce serait une bonne nouvelle, et je veux croire au Père Noël. Pourquoi pas, en effet, une autorégulation au sein du système tantrique lui-même. Excellente idée, mais un peu idéaliste.Les observations et imaginations précédentes viennent aussi de discussions que j'ai eues avec des personnes qui, sans se concerter initialement, ont reconnu avoir fait grosso modo la même expérience avec un personnage aux pratiques tantriques ambiguës au coeur d'une même communauté yoguique. Ce sont surtout des femmes qui s'en sont plaintes, mais pas exclusivement. Plusieurs de ces personnes ont connu des difficultés intérieures suite à un entretien houleux avec ce tantrika qui a des fonctions dans cette communauté. Et il a fallu à chacune de ces personnes plusieurs années pour dépasser ces difficultés intérieures inédites et sans réelle cause certaine, suite à un seul entretien de quelques dizaines de minutes. Deux personnes m'ont dit qui leur a fallu trois années pour sortir de ce sentiment mêlé de conflit intérieur, d'agitation et de dépression qui a fait suite à une interview où le yogi en question s'est mis en colère avec elles.
L'une de ces personnes s'est ouvert de ses questions auprès d'un autre pratiquant du tantrisme qui connaît bien de l'intérieur la situation réelle de cette communauté. Il lui a confirmé ses intuitions, ajoutant que le tantrika en question était "peu équilibré" et "misogyne" et qu'il avait déjà fait de nombreuses "victimes" parmi les femmes qui venaient régulièrement se plaindre du traitement moral désagréable qu'elles avaient subi.
Le mode opératoire était toujours le même : au début le yogi établissait une relation amicale, cordiale, souriante, séduisante et personnelle avec chacune de ces personnes qui s'ouvraient de plus en plus et adoptaient ce personnage comme leur guide spirituel. Puis, alors que ce processus d'ouverture était bien engagé et que la personne était liée solidement par des liens subtils avec notre tantrika, ce dernier se mettait subitement en colère, faisait des reproches injustes et terribles à sa disciple, et mettait cette élève dans un état d'abattement et de conflit intérieur qui pouvait ainsi prendre plusieurs années pour se dissiper lentement. Le tantrika s'en prenait surtout à des personnes à la périphérie de ce mandala de pratique collective, comme si cela lui permettait de moins avoir à craindre pour lui-même de réplique voire de choc en retour.


Une solidarité autour des victimes apparaît
Ces conversations sont très récentes autour de la communauté que j'évoque, et reflètent une nouvelle prise de conscience. Auparavant un sentiment de honte, de culpabilité et de responsabilité hantait les victimes qui imputaient à eux-mêmes et à leur propre "karma" ces difficultés intérieures inopinées et inexplicables. Leurs amis justifiaient ces difficultés avec "l'approche directe" du lama, la "purification du karma", voire ses "moyens habiles" et son "activité courroucée de compassion" et avec cette « langue de bois » dharma ne donnaient aux victimes aucune réponse satisfaisante.C'est à partir du moment où les victimes ont commencé à en parler entre elles, puis un peu autour d'elles, que les langues ont commencé à se délier, et que des anciens du système ont mis aussi leur expérience à leur service pour leur permettre d'étoffer leurs analyses.
Il a fallu admettre à chacune de ces victimes que seul l'instant de dispute avec ce tantrika ne pouvait pas expliquer la gravité et la durée du conflit intérieur qui en avait résulté. Il y avait certainement autre chose en filigrane qui avait agi. Mais quoi ? Et c'est en parlant avec des anciens, qui connaissaient bien ce système tantrique que les victimes en sont arrivées à ce qui est sans doute le coeur du sujet. Ce tantrika misogyne est un spécialiste de Makalaha mais aussi d'autres protecteurs courroucés du même lignage et il est notoirement connu au sein de sa communauté pour les utiliser au quotidien dans ses relations avec les autres. Il a également fait la deuxième retraite de 3 ans où ces pratiques sont enseignées en auto visualisation, pendant plus d'une année de pratique intensive, environ douze heures par jour.Une surveillance discrète s'est donc organisée à son insu autour de cet apprenti Mahakala au couperet peut-être trop "affûté" et aux griffes trop "pointues" ; les anciennes victimes incitant leurs proches à bien l'observer. Et, en effet, d'autres observations intéressantes, menées et confrontées avec l'expérience de personnes qui ont effectué les deux retraites de trois ans, ont permis de mieux cerner ce mode opératoire, même si bien entendu il est impossible d'en reconstituer l'intériorité.

Récemment d'ailleurs une anecdote m'a montré que ces questions étaient partagées par d'autres. Un ancien du dharma me confiait récemment, sans que je l'y convie, qu'il avait rencontré récemment notre tantrika, adepte peut-être de la visualisation intrusive à griffes réelles, dans le petit temple communautaire. Il l'a vu regardant une jeune adolescente et a eu l'intuition m'a-t-il dit qu'il "voulait lui voler son énergie" (sic). Il a donc entrepris de lui adresser quelques paroles, prétexte pour déranger et interrompre le tantrika ; celui-ci sentant ce regard inquisiteur porté sur lui a changé d'attitude et a finalement laissé tranquille la jeune fille se détournant d'elle. Tout cela est-il illusion ? Sans doute, mais... Ces personnes se font-elles des idées ? Oui, peut-être...

Chacun répondra à ces questions avec sa sensibilité et son expérience. L'intervenant que je viens d'évoquer en dernier a 25 ans d'expérience dans le bouddhisme de tradition himalayenne et en connaît bien les ficelles.
Et j'ai ainsi tendance à penser que les personnes s'approchent inexorablement du vrai lorsqu'elles mettent patiemment en commun leurs expériences. Mais leur conclusion inévitable fait-elle encore peur à celles qui n'ont pas été victimes ?

Et serait-ce pour cela que les 97% des adeptes sincères préfèrent encore ne pas voir ces 3% de réalité pathologique en face, préférant le confort de leurs jolies images d'Épinal et de leurs bouddhas dorés, à la vérité noire, cruelle et tranchante qui rôde solitaire et secrètement drapée peut-être sous la rassurante robe rouge ?


Difficile d’y croire, en effet
Le débat ne fait que commencer, le sujet n'ayant été qu'effleuré. Et nous ne disposons pas du vocabulaire ni du cadre de référence pour évoquer ces "questions invisibles"...Quant à la critique des "abus" en général, ce sont les femmes, en effet, qui sont montées en première ligne pour dénoncer les dérapages du tantrisme bouddhique : Victoria Trimondi (l'ombre du dalaï lama, écrit avec son époux), June Campbell (sur Kalou et sa vie très secrète), Tara Carreon (auteur du site American Bouddha, avec son époux James, avocat).Et quand ce ne sont pas des femmes se sont les mouvements associatifs représentant la minorité gay comme celui qui est à l'origine de l'intéressant site britannique FlameOut/Gurus, qui ont pris la parole pour protéger chacun des abus commis au nom de la spiritualité.Oui, les lois protègent attentivement le citoyen. Mais dans le domaine de l'intrusion ou de la subjugation spirituelle, (si ces choses ont le moindre sens) rien ne filtre, rien n'est visible, et il faudra aux victimes faire valoir des droits plus tangibles en plaidant et en prouvant la manipulation mentale, ou l'abus de faiblesse et d'ignorance de personnes en état de sujétion psychologique. Parfois l'absence de symptômes clairs, visibles, et de liens évidents de cause à effet, peut réduire les possibilités de se défendre en utilisant le droit.

Et c'est sans doute pour cela qu'il faut craindre hélas les premiers suicides ou décès prématurés pour que des parents ou des proches osent porter plainte, se faisant assister de l'Unadfi, comme dans un autre cas récent, celui du Néophare plaidé en 2004. La loi Abou-Picard sur l'abus de faiblesse et d'ignorance de personnes en état de sujétion psychologique y a été appliquée pour la première fois.
Alors avant que tout drame n'ait lieu, les forums, les sites Internet et les livres peuvent utilement permettre aux victimes de faire valoir leur expérience et de la partager, puis de contenir les éventuels dérapages communautaires, et de prévenir les accidents regrettables.


Revenir à la réalité
Pour ne pas prendre les choses trop à coeur, trop au sérieux on peut essayer de leur trouver une sorte d'esthétique : le noir prédateur cruel, déambulant dans sa robe intensément rouge, par les coursives glacées du monastère, par exemple ! Il vaut mieux en faire un texte, un conte, un livre, pour ne pas en faire un drame. C'est pour cela aussi que le roman nirvana actuellement en ligne sur le net raconte justement l'exposition d'un prédateur au sein d'une lamaserie. Ce thriller à tonalité fantastique évoque avec la liberté de ton romanesque ce sujet délicat, et tabou chez les tantrikas.
En ouvrant le lien de "nirvana" ci-dessus, j'ai retrouvé cet email qu'a envoyé Lhakdor, assistant et traducteur du dalai lama au Bureau de sa sainteté à Dharamsala, à l'auteur, et qui traite aussi de ces questions :
[Mc Leod Ganj 176219, Distt. Kangra, H.P. India](Traduction française)[Ce courriel est présenté avec l’aimable permission de son expéditeur.Office of His Holiness the Dalai-Lama] 03/09/2001, à 23h10 Cher Dr. Bosche,Merci de votre courrier du 17 Août [2001] et de votre livre : « Le Voyage de la Cinquième Saison ». Votre lettre était très informative, et nous lirons votre livre. Je présenterai à l’attention de Sa Sainteté [le dalaï-lama] le contenu de votre lettre.J’ai également lu en entier le résumé en anglais [de huit pages très denses] à la fin de votre livre et je suis totalement en accord avec ce que vous avez écrit.C’est un signe clair de dégénérescence du dharma [de l’enseignement bouddhiste] que beaucoup aujourd’hui ne fassent pas d’effort sérieux pour comprendre l’enseignement fondamental du Bouddha sur les Quatre Vérités [la souffrance, son origine, sa cessation et la voie juste], les Deux Vérités [la vérité conventionnelle & la vacuité], la Compassion, la Bodhicitta [l’esprit d’éveil] etc. Ils n’ont pas de motivation personnelle pour étudier et comprendre l’enseignement du Bouddha.Des personnes tendent à s’appuyer sur des pratiques rituelles superficielles et essayent d’apaiser et d’adorer des divinités et des protecteurs [courroucés], comme si toute bénédiction et toute bonté devaient venir de l’extérieur.La signification réelle du mot tibétain pour dharma est Chö qui signifie : transformer et changer sa propre attitude à travers la connaissance et l’attention. Tant qu’on ne fait pas d’effort personnel, même le Bouddha ne peut changer notre attitude. Dans les sutra [les textes] le Bouddha a clairement dit : « Je vous ai montré le chemin du nirvana et le nirvana dépend de vous. » C’est l’effort qu’a toujours fait Sa Sainteté [le dalaï-lama] : amener et préserver l’enseignement principal et le message du Bouddha. Ainsi il est devenu important de séparer l’enseignement authentique des clichés culturels dépassés.Il y a beaucoup à faire pour donner une éducation adéquate au public. Les gens sont si facilement induits en erreur par des attractions séduisantes qui sont vides de contenu. C’est seulement avec le temps qu’on pourra discerner qui suit sincèrement l’enseignement du Bouddha, et par quel chemin les êtres vivants recevront de l’aide — les rituels ornementés et attractifs, ou bien le vrai sentier des quatre vérités, etc. tel qu’il a été enseigné par le Bouddha. Je suis certain que les gens peuvent apprendre beaucoup d’une expérience telle que la vôtre. La plupart des choses que vous avez écrites sont exactement les mêmes que celles par lesquelles Sa Sainteté [le dalaï-lama] conseille les autres.Avec mes meilleurs souhaits et mes remerciements.Votre sincèrement,Lhakdor,Religious Assistant & Traducteur "




XII
La violence rituelle
dans l'histoire du bouddhisme himalayen



Le blog "la vache cosmique" d'Arnagala. http://shivaisme-du-cachemire.skynetblogs.be/ propose une discussion intelligente et informée sur le shivaïsme du Cachemire mais surtout sur le tantrisme, ses parentèles spirituelles, et même à l'occasion un regard attentif sur le tantrisme bouddhique. Il pose précisément la question des pratiques courroucées ou hostiles du tantrisme bouddhique, à travers la lecture d'un livre récemment paru en langue anglaise.Extrait :" Un excellent ouvrage est paru sur l'histoire du Bouddhisme tantrique : Tibetan tantric Buddhism in the Renaissance Rebirth of Tibetan Culture, par R. M. Davidson, Columbia University Press, New York, 2004.Un ouvrage exigeant mais passionnant sur les rapports entre Tantrisme, éthique et politique. [...] Nous devons nous interroger sur le caractère moral ou non de certaines pratiques. Par exemple, celles de la "libération des ennemis du Bouddhisme" - activité présente dans la plupart des sâdhanâs tantriques -, ainsi que celle de l'obéissance absolue au lama (ou gourou). L'histoire de la transmission du Bouddhisme tantrique de l'Inde au Tibet est, à cet égard, riche en exemples qui font réfléchir. La "deuxième vague" de traduction des tantras, débutée à la fin du IXème siècle, s'est voulut une réforme morale, un retour à l'éthique de la non-violence et de la compassion. Pourtant, certain traducteurs tibétains se sont servis des pratiques tantriques pour tuer (c'est, du moins, ce qu'ils ont cru). Ainsi Ra Lotsâwa, l'un des plus célèbres traducteurs tibétains du XIème siècle, a pu affirmer :"J'ai tué treize adeptes du Bouddhisme tantriques [vajrins], en tête desquels figure Darma Dodé [le fils aîné de Marpa]. Même si je dois renaître en enfer pour cela, je n'en ai point de regrets.J'ai pris cinq jeunes filles comme épouses [tout en étant moine pleinement ordonné], en tête desquelles figure Euser Boumé. Même si je suis égaré dans la luxure, je n'en ai point de regret". (cité p. 117).Les tantras affirment en effet - conformément aux sûtras du Grand Véhicule - que tuer un être méchant en le faisant renaître dans une Terre Pure, c'est faire preuve de compassion en le délivrant. Car ici, délivrer, c'est anéantir. Mieux même, le bodhisattva doit anéantir les êtres méchants (entendez - ceux qui refusent de se laisser "dompter"), tout comme il anéantit les mauvaises pensées et les "vues perverses" (viparîtadrishti).

On voit suffisamment comment l'obscurantisme et la volonté de "faire le bien des êtres" se combinent ici pour légitimer le meurtre."par Arnagala, blog "la vache cosmique" http://shivaisme-du-cachemire.skynetblogs.be/


Des rumeurs persistantes de meurtres rituels
Non seulement ces textes anciens évoquent des crimes rituels, mais également des rumeurs persistantes et plus récentes y contribuent aussi. Récemment à dîner à la maison, un de mes invités se trouvait bien connaître les milieux du bouddhisme himalayen pour avoir longuement fait des voyages et des rencontres en Asie dans ces milieux. Il me confia que, selon la rumeur, il aurait existé dans le monde himalayen des pratiques de sacrifices rituels, les victimes auraient été sacrifiées avec le poignard rituel, le purba (qui par ailleurs donne aussi incidemment son nom à une divinité, Dordjé Purba, et à un rituel scriptural sans que cela ait forcément quelque rapport).

Dans Magie d’amour et Magie Noire Alexandra David Neel attribuait quant à elle à des cultes bonpo tibétain d’étranges rituels macabres. Une notice d’éditeur décrit ainsi ce livre : "Histoire d'amour et de mort où brigands et moines jouent un rôle, les plus effrayants n'étant pas ceux qu'on pourrait imaginer, Magie d'Amour et Magie Noire est donc un roman vécu. Alexandra David-Néel affirmait s'être contentée d'entourer les héros du décor physique et de l'atmosphère mentale dans lesquels ils se mouvaient." Il s'agirait donc bien de récits, narrés par Alexandra David Neel, à partir de faits réels recueillis par elle. C'est donc un ouvrage crucial également à s'offrir en Pocket ! http://www.alexandra-david-neel.org/francais/bibl2.htm
Ces rumeurs persistantes au sein du monde bouddhiste m’ont amené à aller regarder de plus près s’il existait des cas avérés de meurtres. Et après une brève recherche sur Internet, il semble qu’au moins 4, presque récents, soient déjà connus, faisant l’objet de publications.


Décapité au nom des dharmapalas
La citation qui suit est un bref extrait d’un enseignement public à ses proches disciples, donné en anglais par Shenphen Dawa Rinpoché, un expert réputé du tantrisme bouddhique, c'est aussi le fils de Dudjom Rinpoché, leader de l'école Nyingmapa. J'ai trouvé le texte complet sur le site Web American Buddha et me suis contenté de traduire l’extrait ci-après. Dans le cas décrit ici une personne a eu la tête tranchée par un inconnu dans une sorte de "pratique rituelle" accomplie au nom des dharmapalas, les protecteurs courroucés du tantrisme bouddhique. Au jour où j’écris ces lignes je suppose que toute cette histoire s’est produite voici au moins une cinquantaine d’années.
Voici en quelques mots la situation que décrit Shenphen Dawa Rinpoché, c’est un souvenir de son enfance qu’il raconte. Dudjom Rinpoché, son père, avait été menacé et pris à parti la veille par un créancier et sa fratrie, pressés de recouvrer des fonds prêtés au Rinpoché, et ce créancier devenu colérique avait proféré des menaces publiques contre son débiteur, Dudjom Rinpoché, et l’avait violemment saisi au cou, un geste et des menaces vraiment inconcevables et inacceptables selon le code de conduite tibétain envers un haut lama. Mais laissons maintenant la parole à Shenphen Dawa Rinpoché qui nous raconte la suite de ce souvenir d’enfance. Il désigne ici son père par le titre honorifique de Rinpoché :
« Un matin très tôt, avant que le jour ne se lève, [Dudjom] Rinpoché faisait sa pratique, c’était aux alentour de 3 ou 4 heures du matin. Au milieu de sa pratique quelqu’un fit irruption et posa quelque chose sur la table en face de lui, et fit ainsi un grand bruit dans la pénombre.
Rinpoché se met en quête de trouver une lampe torche – les piles venaient de Lhassa, et elles étaient importées de Chine, alors qui pouvait s’en offrir ? – Il la trouve, et l’allumant, il découvre une tête [humaine] fraîchement tranchée, Avec le crâne intact. Il réalise immédiatement que c’est la tête du membre de cette fratrie qui l’a saisi au cou [la veille]. Le protecteur ne pouvait pas supporter de le voir ainsi humilié, ainsi il a coupé la tête de cette personne et l’a amené à Rinpoché.
Depuis ce jour Rinpoché jura de ne jamais ressentir ou montrer aucune émotion. Il avait pensé [au sujet de la personne qui l’avait menacé] : « pourquoi cette personne m’a-t-elle traité si mal ? »
Elle méritait quelque chose, mais pas de cette manière. Deux jours plus tard, un autre des frères [de la famille de créanciers] devint complètement fou et se donna à lui même un coup de poignard. A peine plus tard, le troisième frère qui montait à cheval tomba. Une fois que le protecteur se met en colère, il ne s’arrête pas avant d’avoir tranché toute la lignée familiale. Vous pourriez demander : « quelle est la logique pour s’attaquer ainsi aux membres de la famille ? » Mais j’essaye de vous expliquer que cela va au-delà de la logique. Ainsi immédiatement Rinpoché dût arrêter cela, parce que cela se propageait aux autres membres de cette famille. Alors il dit aux parents et aux membres de la famille de venir au monastère et de faire des prosternations dans le temple et de demander pardon. Rinpoché accepta leur demande de pardon, et cela s’arrêta. Cela ne prit pas la vie du père et de la mère, mais les prochains auraient été les oncles. L’esprit de sagesse des dharmapalas (gardiens du dharma ou protecteurs courroucés) est tel que quand les [vies des] gens sont tranchées, ils sont aussi libérés. N’oubliez pas cela. Ce n’est pas qu’ils souffrent. Les dharmapalas (protecteurs courroucés) ont le droit de prendre la force de vie. La force de vie dont nous parlons est une vitalité qui est dans le champ de captation des dharmapalas. »

[Pour lire une brève biographie de Shenphen Dawa Rinpoché : http://nyingmapa.free.fr/interview_sdn.htm ]
Le bref passage cité ci-dessus montre que la question a eu de l'intensité pour Dudjom Rinpoché qui s'est certainement posé beaucoup de questions suite à cette mort horrible d'un disciple qu'il n'avait certainement pas demandée, ni souhaitée. Mais ce drame a aussi impressionné Shenphen Dawa Rinpoché alors enfant qui a découvert très tôt cette chose terrifiante. La question de la pratique du protecteur courroucé amène à évoquer cette sorte d'incident critique du Dharma, un point d'achoppement sur lequel bien des blocs de significations dépendent... Et de ce temps, l'idée court toujours en Occident dans les milieux du tantrisme bouddhique selon laquelle « il n'y a pas de problème avec les pratiques courroucées »... « C’est juste des métaphores, des images symboliques et vides de la compassion »... « Tout va bien, l’activité des bouddhas s’exprime au travers des protecteurs... » Et bien sûr : « vous vous faites des idées, vous projetez vos peurs et vos propres négativités sur ces illusoires pratiques d'éveil ». Avec pour modeste corollaire : « Chercher des défauts à ces profondes pratiques de sagesse des protecteurs courroucés, c’est encore la lubie de quelque râleur qui n'a rien compris ! », « son truc personnel, en somme ! » Combien de fois j’ai reçu ce genre de commentaires agacés sur des forums bouddhistes de tradition tibétaine lorsque j’évoquais quelques réserves sur l’innocuité de ce type de pratiques !

A titre personnel même si je ne déduis rien comme conclusion eschatologique du récit qui précède, je trouve qu’il s’en dégage une atmosphère assez étrange. Cette histoire nous renseigne sur un état d’esprit, une manière traditionnelle de voir ces questions, et sur les relations sociales, voire socio-économiques, au sein de la communauté tibétaine stratifiée d’alors.
Le crime atroce passe presque au second plan derrière une fascinante interprétation de nature magique, en étant associé à d’autres incidents critiques, comme une tentative de suicide et une chute à cheval.
Mais ôtons de ce récit sa tentative de trouver un sens à cette loi de séries qui a touché cette fratrie exposée à ces malheurs successifs. En un mot, lorsque l’orateur dit que le Dharmapala a tranché la vie du créancier agressif, c’est une manière de ne pas dire peut-être qu’un autre adepte de ce culte tantrique, de cette église bouddhiste – dont le visage reste ici invisible - a pris un grand couteau et a tranché, de sa propre initiative, la tête du créancier de son lama pour la lui apporter en pleine nuit au temple. Les protecteurs, les dharmapalas, sont donc invités ici comme des médiations sémantiques. Ils constituent une explication du réel, permettent alors de rendre compte de l’inacceptable et de lui donner du sens.

Mais surtout cette anecdote effectivement tout à fait terrifiante suggère que le bouddhisme tibétain n’est pas toujours une histoire pour enfants de chœur. Plus, les Occidentaux sont peut-être passés à côté de l’essentiel, en imaginant que le bouddhisme tantrique se réduisait à un imaginaire coloré, souriant et folklorique, cet imaginaire sympathique qui a inspiré de beaux films à Hollywood et tiré des larmes à bien des spectateurs.

Enfin pour ceux qui penseront que l’explication donnée par l’orateur est à prendre au pied de la lettre, c'est-à-dire que les dharmapalas invisibles ont le droit de prélever la force de vie, et de donner la mort, je peux imaginer qu’ils auront désormais quelques états d’âme supplémentaires en pratiquant ces rituels dans des centres du dharma, en y assistant parmi le public, ou en finançant comme bienfaiteurs les deuxièmes retraites de trois années qui dans certaines écoles comportent au moins une année intensive de pratiques courroucées des Dharmapalas… C’est vrai, ce que dit tout haut Shenphen Dawa Rinpoché, et qui se murmure depuis longtemps tout bas dans les monastères et les centres du Dharma, n’est pas sans poser de graves questions sur l’innocuité de certaines pratiques acceptées au sein du bouddhisme de tradition himalayenne.

J’ai présenté cette brève anecdote pour l’exemple car elle vient d’un expert du tantrisme bouddhique. Son expression directe et sans langue de bois est intéressante. Et surtout Shenphen Dawa s’exprime très bien en anglais, sans se censurer sur le contenu, et nous invite ainsi au cœur, sinon d’un terrifiant mystère, du moins d’un meurtre rituel caractérisé au sein même d’une tradition bouddhiste établie. Qu’il soit remercié ici pour cette rare franchise.


3 moines assassinés dans ce qui ressemble à un crime rituel
Afin que les lecteurs perçoivent que la victime à la tête tranchée du récit précédent n'est pas un cas unique voici celui, d'ailleurs plus connu, mais jamais élucidé, de trois moines du dalaï lama assassinés à quelque distance de la résidence de sa sainteté à Dharamsala.
(Extrait de Gouttes de Rosée aux Jardins du Lotus)"L’adepte déviant de ces rites pourrait imaginer, hélas, que la confusion avec cette silhouette terrible du protecteur noir lui permettra de mieux affirmer son propre caractère... Il pourrait tenter de dominer les autres, de les impressionner secrètement, sous l’honorable prétexte de pratiquer la transmutation des émotions à l’aide de cette visualisation terrifiante... Induire la peur et l’intimidation chez l’autre pourrait-il être recherché par cette technique d’imagerie mentale ou d’autres encore ?Plus probable, la visualisation aberrante de meurtres symboliques, imaginés, pourrait-elle un jour déboucher sur un passage à l’acte chez un disciple fragile devenu déséquilibré ou fanatisé ? Pour les Guélougpas ce sujet est devenu sensible, désormais. L’église du dalaï-lama est aujourd’hui en conflit avec elle-même à ce sujet.
Les supporters récalcitrants de la propitiation d’une effigie courroucée, ont été en quelque sorte « excommuniés » par le leader modéré qu’est le dalaï-lama. Son apparence terrible est en effet inquiétante. Ce protecteur est représenté portant un collier de têtes humaines fraîchement tranchées et vivant dans un palais sur un océan de sang bouillonnant. Le dalaï-lama a même affirmé publiquement que les pratiques rituelles de certains de ces disciples pouvaient, dans une certaine atmosphère d’hostilité, atteindre et menacer sa propre longévité... On a peine à y croire. À New York une manifestation d’opposants américains, portant pancartes et scandant mots d’ordre, a chahuté le dalaï-lama, lors d’un voyage. Il ne s’agissait pas vraiment de contestation politique, au sujet par exemple du Tibet, mais bien de l’expression d’une faction qui a choisi le mode d’identification courroucé qu’interdit aujourd’hui, sous cette forme, le dalaï-lama à tous ses disciples... Ce conflit a pris une dimension dramatique depuis que trois membres de l’entourage proche du dalaï-lama qui s’étaient eux aussi vivement opposés à ce culte furent retrouvés assassinés à quelque cent mètres de la résidence de Sa Sainteté. Leurs corps dépecés, poignardés de très nombreux coups de couteau, avaient été coupés d’une manière évoquant l’exorcisme rituel."

Cette information a été également publiée par le magazine hebdomadaire Newsweek : « Les trois furent poignardés de nombreux coups et lacérés d’une manière qui évoquait un exorcisme rituel. » (Newsweek, 5 May 1997, p. 43).

On peut en lire un compte rendu plus précis en anglais sur le site legal affairs http://www.legalaffairs.org/issues/May-June-2003/feature_kerasote_mayjun03.msp

Le document en ligne http://www.legalaffairs.org/issues/May-June-2003/feature_kerasote_mayjun03.mspexplique précisément aussi l’histoire antérieure à ce crime et précise son contexte et ses implications.

Plus communément quand la passion se transforme en colèreEn animant un forum j'ai eu à suspendre un membre au comportement devenu parfois un peu fantasque et "direct", de manière à ménager les autres participants et la sérénité des échanges.
Je ne donnerai ici aucun détail permettant d'identifier ou de désigner cette personne, encore moins de la nommer. J'ai donc pris l'initiative de ce "bannissement" du participant, c'est à dire la suspension de ses identifiants de connexion au forum.Voici quelques extraits de courriels de menaces privées (de coups et blessures, peut-être de viol, certainement de diffamation publique et de meurtre) que j'ai reçus ensuite. Depuis, son auteur a suspendu ses menaces et m'en a fait part, sa colère passagère ayant sans doute débordé sur son point de vue. Puis récemment il a réitéré ses menaces.
Ce passage à la colère m'a paru significatif :

Premier email de menaces reçu (extrait) :"Expédition punitive : [...] à moins d'être rétabli dans mes fonctions [...] sur le forum, le temps d'un droit de réponse légitime, je serai contraint d'aller moi-même vous demander raison de vos propos, [...] dès les prochaines vacances de février, muni d'une barre à mine afin de vérifier l'état d'un matériel qui me paraît défectueux...
Votre silence est déjà un aveu : à très bientôt donc !"Deuxième e mail de menaces reçu (extrait) :"Hé, le Défroqué, lis un peu ça : [...] J'en connais un qui va se prendre un coup dans le derrière ! "Troisième email de menaces reçu (extrait) :
"[...] Droit de réponse, que j'ai dû solliciter au demeurant, mais vous savez où vous pouvez vous le mettre ? [...] En fait, [...] je vais venir lui casser la gueule mais [...] je vais désormais employer toute mon énergie à ruiner le peu de vie qui lui reste : carrière, famille... Tout va y passer, foi de [...] jusqu'à temps que tu ailles te réfugier dans une retraite de trois ans à perpétuité ! PUISSENT TOUS LES DEMONS DE L'HIMALAYA EXAUCER MA PRIERE ! On ne défie pas le Tantra Sacré en vain !!! Vive les crimes rituels ! "

Quatrième email de menaces reçu (extrait) :
"Circonstances aggravantes. Je viens de lire le paragraphe "Plus communément quand la passion se transforme en colère", que vous me faites l'honneur de me consacrer dans CRIMES RITUELS sur bouddhismes.info, rendant publiques au passage des informations qui ne concernent que vous et moi.Si vous n'y publiez pas sous les plus brefs délais la lettre que je viens de vous faire parvenir au titre du droit de réponse que vous m'aviez accordé, j'ai bien peur d'être dans l'obligation de devoir mettre à exécution les menaces, je dis bien toutes les menaces, que j'ai pu proférer le mois dernier et dont vous ne révélez, à votre habitude, que quelques (extraits) [...].Attention : je ne le répéterai pas... et "fin février" va être vie venu désormais."

Ce qui est significatif est qu'on puisse participer à un forum, puis finir par menacer une personne qui a eu le malheur de déplaire, de "crime rituel" au nom "de tous les démons de l'Himalaya" en affirmant même : "on ne défie pas le Tantra Sacré en vain !!!".
La personne à l'origine de ces menaces ne se rend pas compte qu'en France, ce n'est pas la loi du tantra, ni celle du plus fort, mais la loi républicaine qui s'applique dans ce cas aussi (ART.222-17 AL.2, AL.1 C.PENAL). La loi punit avec sévérité l'usage de la menace de mort, particulièrement lorsqu'elle est réitérée (ART.222-17 AL.2, ART.222-44, ART.222-45 C.PENAL), comme l'indique le témoignage complet de ce webmestre qui a porté plainte pour obtenir sanction et réparation - au pénal et au civil - dans une autre affaire de menaces de mort réitérées :
http://www.kitetoa.com/Pages/Textes/Textes/Ney/Apres-proces/index.shtml

Mise à Jour / nouveau. Sans que nous l'ayons sollicité, nous venons de recevoir un email d'excuse de l'auteur des menaces. Celui-ci regrette son geste, avec politesse. Il a de plus décidé d'agir dans le sens d'une information plus grande sur les dérives éventuelles du tantrisme bouddhique et de publier des écrits informatifs. L'auteur ayant fait amende honorable, nous avons donc accepté ses regrets et avons donc nous aussi tourné la page. Nous l'aiderons de notre mieux à l'avenir à faire connaître son travail d'écriture dédié à l'information du grand public. C'est une très bonne nouvelle.





[Ce qui suit n'a pas de rapport avec ce qui précède, ndl'a]


Le duel par le jeûne jusqu'à la mort d'un des deux protagonistes : inquiétante pratique de Mahakala
Sur les dérives "jusqu'au boutistes" et l'utilisation des protecteurs courroucés (ici Mahakala) dans des conflits entre factions du tantrisme bouddhique, voici cette intéressante lettre (en anglais) de Togpa Rinpoché de 1995 à Gyaltsab rinpoché :http://karmapa-issue.org/politics/topgarinpoche1.pdfOn y découvre que Togpa Rinpoché propose une sorte de "duel" par le jeûne face à la statue de Mahakala jusqu'à la mort (sic) entre deux responsables des factions en conflit pour la succession du karmapa. On lira en particulier à partir du bas de la page 3 et les pages 4 et 5.Cette instrumentalisation des "protecteurs courroucés hors du champ de la pratique saine de la méditation y est explicitée par Togpa Rinpoché. Il propose dans ce texte un jeûne jusqu'à la mort. C'est à dire qu'on est bien en face d'une dérive explicite de pratiques du tantrisme bouddhique qui devraient au contraire toujours rester tournées vers la santé mentale et le bien être de tous.Fort avisé, Gyaltsab rinpoché n'ouvrira pas la lettre qui ainsi sera retournée à Togpa.[Fort tristement ce dernier, qui affirme en substance dans le courrier que le protecteur courroucé "punira de mort" celui qui a "endommagé ses liens initiatiques", décédera prématurément quelques années plus tard des "suites d'une maladie".]Ce courrier aujourd'hui présenté sur ce site peut-il constituer a posteriori une sorte de testament spirituel de Togpa rinpoché ? Il révèle, en tout état de cause et très officiellement, que les protecteurs courroucés (ici Mahakala) sont bel et bien "invités" à "arbitrer" la lutte entre les factions avec la mort d'un homme proposée en issue.N'est-ce pas là une bien étrange et inquiétante manière d'envisager la quête de la sérénité du bouddhisme ?J'espère que les visiteurs qui découvriront ce courrier comprendront mieux en quoi cette instrumentalisation des pratiques de Mahakala dans des enjeux sociaux, politiques, économiques et religieux est ici explicite, et qu'ils se demanderont si elle ne serait pas significative de l'état des lieux de cette tradition.La valeur de ce document est qu'il est détaillé, qu'il est offert en version anglaise et tibétaine sur le même document, qu'il provient du coeur d'un de ces lignages du tantrisme bouddhique, et qu'il est disponible sur un de ses sites Web officiels : http://karmapa-issue.org/Cette lettre de Togpa Rinpoché vous paraît significative et vous souhaitiez pouvoir y revenir ultérieurement ? Si la législation en vigueur sur votre territoire national permet explicitement ce type de copie privée, il serait une bonne idée d'en garder un enregistrement sur votre ordinateur, car il se pourrait que ce document polémique (et qui choquera sans doute les lecteurs, comme il m'a choqué) ne reste pas longuement sur le site officiel où il est aujourd'hui publié.


[ Ce qui suit est sans relation avec ce qui précède : ]


Sacrifices humains ou non ?
Y a-t-il eu des sacrifices rituels d’enfants par ensevelissement (dans des buts de « protection magique ») lors de certaines cérémonies de consécration des fondations de monastères lamaïstes ?
Un texte de 1998 pose cette question, il est souvent repris sur le Web, mais il est difficile d’attester de ses sources primaires. Ce thème est abordé explicitement dans le premier d’une collection de plusieurs articles documentés, proposant une vision maoïste très favorable à la révolution culturelle chinoise et à l’occupation du Tibet.

Ces articles ne sont pas signés, ce qui peut d’ailleurs se comprendre si les auteurs, résidant par exemple aux Etats-Unis, craignent de s’exposer à des pressions à cause de leur engagement politique. Mais cela ne facilite pas la validation ou l’invalidation de ces propositions.

Il serait crucial, c'est-à-dire indispensable, de pouvoir retrouver les documents, sans doute des articles ou rapports sur papier, antérieurs à l’existence d’Internet (Internet est apparu, je crois, au milieu des années 90), s’ils existent, et qui présenteraient des évidences fondant cette thèse.

Que faut-il en penser ? : « Après la “libération” [l’occupation du Tibet par les troupes chinoises, ndt], des serfs rapportèrent explicitement que des lamas avaient pratiqué des sacrifices humains rituels – incluant l’enfouissement d’enfants de serfs, vivants, pendant les cérémonies de consécration des fondations de monastère. Certains de ceux qui avaient été préalablement des serfs [sous le joug féodal et lamaïste] témoignèrent qu’au moins 21 personnes avaient été sacrifiées par des moines en 1948 dans l’espoir d’empêcher la victoire de la révolution maoïste. »

in : Revolutionary Worker #944, February 15, 1998 When the Dalai Lamas Ruled: http://rwor.org/a/firstvol/tibet/tibet1.htm

Deux autres articles en ligne existent qui font suite au précédent ; http://rwor.org/a/firstvol/tibet/tibet2.htm et http://rwor.org/a/firstvol/tibet/tibet3.htm




XIII
Droits des victimes



"Vous avez des droits, et nous vivons dans un état de droit. N'oubliez jamais de prendre conseil, et d'envoyer un courrier au Procureur de la République. C'est le minimum, si vous désirez réparer un préjudice subi, ou venir indirectement en aide aux adeptes d'une institution qui abuserait de leur état de faiblesse ou d’ignorance, les maintenant dans un état de sujétion physique ou mentale. La loi du silence, l'acceptation de tout, conduisent à la continuation des délits." (extrait du site Web de l'Unadfi)


L’UNADFI défend les droits de la victime de dérives sectaires
l'UNADFI, au niveau national, soutient les familles et des individus victimes, lors des procès qui mettent en cause des dérives sectaires et participe aux activités de la Miviludes qui coordonne la vigie des dérives sectaires au niveau interministériel. Localement, les ADFI offrent un accueil et une écoute des victimes dans les départements français sous forme de permanences, et tiennent à jour les informations qu'elles reçoivent. Ses bénévoles savent d'ailleurs qu'ils sont particulièrement exposés aux activités d'intimidation des organisations dont ils reçoivent les victimes ou les familles des victimes.
L'UNADFI suit ainsi attentivement l'évolution des dérives sectaires dont elle est bien informée. Il est logique que les groupes incriminés, parfois dotés d'une certaine capacité financière, voire même d'une capacité financière certaine, tentent de faire obstacle à cette structure associative et essentiellement bénévole.Il me semble que l'UNADFI (à moins que ce ne fût une ADFI locale) était d'ailleurs partie civile aux côté de la famille qui a obtenu réparation dans l'affaire du Néophare (suicide de disciple) cet été 2005 (jugement confirmé en appel). La peine de prison de 3 ans a été infligée en appel avec sursis pour le "maître spirituel" incriminé, mais les amendes et dommages et intérêts qui dépassent en tout 100 000 euros lui donneront l'occasion de méditer attentivement sur les conséquences de ses actes. Il risquait 5 ans de prison ferme.
C'était la première application en France de la loi About Picard qui permet de sanctionner l'abus de faiblesse ou d'ignorance sur des personnes en état de sujétion physique ou mentale. Cette récente loi About Picard semble être un nouveau poil à gratter pour des organisations sujettes aux dérives sectaires (et surtout pour leurs maîtres à penser) qui protestent véhémentement sur le Net à son sujet.Extrait du site de l'UNADFI :U.N.A.D.F.I. : UNION NATIONALE DES ASSOCIATIONS DE DEFENSE DES FAMILLES & DE L'INDIVIDU130 rue de Clignancourt75018 PARIS + 33 1 44 92 35 92Fax: + 33 1 44 92 34 57http://www.unadfi.com/contact/
L'Unadfi a des antennes départementales, les Adfi, qui proposent des permanences d'accueil, leur liste est sur le site national de l'Unadfi.Le site est aussi une riche source d'information sur l'actualité des dérives sectaires, et il peut être intéressant de le surfer en choisissant par exemple les pages où les informations sont classées chronologiquement, mois par mois. On découvre que chaque jour ou presque des nouvelles sont ainsi répertoriées et brièvement commentées.D'un point de vue extérieur l'activité de l'UNADFI peut paraître un moyen de vigie du développement de nouveaux mouvements religieux, formations "ésotériques" ou alternatives et communautés new age. En réalité il faut bien admettre que c'est le soutien le plus efficace des personnes victimisées ou abusées par certaines dérives de certains de ces mouvements. Ces victimes, qui ont parfois subi un grave préjudice et ne savaient pas vers qui se tourner, trouvent avec l'UNADFI une écoute, un interlocuteur, de l'aide et de la compétence distinctive. En cela l'UNADFI est une précieuse intiative citoyenne qu'il faut soutenir et accompagner. Elle souhaite aujourd'hui se rapprocher des DDASS ainsi que du Ministères des Affaires Sociales pour mieux mailler son action avec celle des services de l'Etat.
Les nouveaux mouvements religieux qui attaqueraient l'UNADFI en justice auraient des raisons de découvrir en quoi leur initiative est une idée regrettable, voire l'avenir le dira, suicidaire. Ils risqueraient fort de perdre le statu quo qui leur permettait encore d'opérer dans le tissu sociétal, et d'enclencher un processus irréversible d'examen qui - loin de nuire à l'UNADFI - exposerait bien davantage encore leurs propres mécanismes confidentiels, leurs intérêts stratégiques discrets et néanmoins mercatiques, et cela encouragerait les services de l'Etat a regarder de plus près, voire de très près, la transparence et la légalité de leurs fonctionnements en éveillant davantage l'intérêt de la MIVILUDES, des services préfectoraux et des Renseignements Généraux, des URSSAF, des impôts, des services d'urbanisme, de la DDASS, etc.Pour envisager ce genre de confrontation avec l'UNADFI, puis avec l'appareil des services de l'Etat, il faut arriver avec les mains très propres.




Défendre les droits des victimes
A la demande de personnes qui m'ont contacté et à toutes fins utiles pour les internautes, voici quelques adresses pour vous défendre ou défendre les droits de ceux qui seraient victimes par exemple d'un délit d'abus de faiblesse ou d'ignorance sur personnes en état de sujétion physique ou mentale. "L'expérience a montré qu'une démarche consistant, pour les pouvoirs publics, à qualifier de "secte" tel ou tel groupement et à fonder leur action sur cette seule qualification ne permettrait pas d'assurer efficacement cette conciliation et de fonder solidement en droit les initiatives prises. Aussi a-t-il été décidé, plutôt que de mettre certains groupements à l'index, d'exercer une vigilance particulière sur toute organisation qui paraît exercer une emprise dangereuse pour la liberté individuelle de ses membres afin d'être prêt à identifier et à réprimer tout agissement susceptible de recevoir une qualification pénale ou, plus généralement, semblant contraire aux lois et règlements. ." (Extrait des directives du premier ministre, mai 2005, le texte intégral est présenté à la fin de ce message.)Vérifiez que le mouvement dont un proche ou vous-même avez été victime n'a pas déjà été épinglé dans le rapport de la commission parlementaire Gest-Guyard de 1996. On y notait quelques mouvements (j'en ai compté 6), se réclamant du bouddhisme parmi les 173 répertoriés.G.E.M.P.P.I. : GROUPE D'ETUDE DES MOUVEMENTS DE PENSEE EN VUE DE LA PREVENTION DES INDIVIDUSB.P. 2416 13000 Marseille cedex 2+ 33 4 91 0872 22+33 4 91 0872 22C.C.M.M. : CENTRE DE DOCUMENTATION, D'EDUCATION & D'ACTION CONTRE LES MANIPULATIONS MENTALES - CENTRE ROGER IKOR -3 rue lespagnol75020 Paris01.44.64.02.40
Contacts administratifsMIVILUDES (Mission Interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)66, rue de Bellechasse75007 PARIS FRANCE01 42 75 76 08Fax: 01 42 75 77 76site internet : http://www.miviludes.gouv.fr/MINISTÈRE DE L'EDUCATION NATIONALE CPPS /CELLULE CHARGÉE DE LA PRÉVENTION DES PHÉNOMÈNES SECTAIRES DANS L'EDUCATIONMonsieur l'Inspecteur 110, rue de Grenelle75357 cedex 07 Paris 01.55.55.28.60Fax : 01.55.55.06.50 MINISTÈRE DE L'EMPLOI ET DE LA SOLIDARITÉAdresser tout courrier à:Mr. le Directeur de l'Action Sociale,Ministère de l'Emploi et de la Solidarité75696 PARIS CEDEX 14Objet: Sectes/Dérives sectaires (à rappeler sur toute correspondance)DELEGATION GENERALE A L'EMPLOI ET A LA FORMATION PROFESSIONNELLEA contacter pour toute demande concernant un organisme de formation suspectDélégation Générale à l'Emploi et à la Formation ProfessionnelleGroupe National de Contrôle7 square Max Hymans75741 PARIS CEDEX 1501 44 38 33 61 (secrétariat)

Contacts sur InternetVous pouvez également informer Mathieu Cossu et lui faire part d’une éventuelle mésaventure liée à une dérive sectaire si celle-ci est documentée et attestée. C’est le webmestre attentif du site Prevensectes : http://www.prevensectes.com/(articles, actualités et témoignages. Site très informé et tenu à jour quotidiennement.)http://psyvig.com/« Psychothérapie Vigilance est au service des demandeurs de soin psychique et des victimes de psychothérapies déviantes ou abusives.»Quelque mouvement qui se réclame du bouddhisme met en place actuellement un réseau de "psychothérapeutes". Si on vous propose leurs services, vérifiez qu’ils sont bien inscrits au registre national des psychothérapeutes. Tous les médecins y sont inscrits de plein droit (ainsi que quelques autres professions reconnues). Vérifier à cette adresse.
La nouvelle Loi dite About Picard de juin 2001 protège mieux les personnes : « CODE PENAL (Partie Législative) Section 6 bis : De l'abus frauduleux de l'état d'ignorance ou de faiblesse Article 223-15-2 (Loi nº 2001-504 du 12 juin 2001 art. 20 Journal Officiel du 13 juin 2001)(Ordonnance nº 2000-916 du 19 septembre 2000 art. 3 Journal Officiel du 22 septembre 2000 en vigueur le 1er janvier 2002)Est puni de trois ans d'emprisonnement et de 375000 euros d'amende l'abus frauduleux de l'état d'ignorance ou de la situation de faiblesse soit d'un mineur, soit d'une personne dont la particulière vulnérabilité, due à son âge, à une maladie, à une infirmité, à une déficience physique ou psychique ou à un état de grossesse, est apparente et connue de son auteur, soit d'une personne en état de sujétion psychologique ou physique résultant de l'exercice de pressions graves ou réitérées ou de techniques propres à altérer son jugement, pour conduire ce mineur ou cette personne à un acte ou à une abstention qui lui sont gravement préjudiciables.Lorsque l'infraction est commise par le dirigeant de fait ou de droit d'un groupement qui poursuit des activités ayant pour but ou pour effet de créer, de maintenir ou d'exploiter la sujétion psychologique ou physique des personnes qui participent à ces activités, les peines sont portées à cinq ans d'emprisonnement et à 750000 euros d'amende. »
Une peine de prison de 3 ans avec sursis (6 mois fermes) a récemment été prononcée à l'encontre du "maître à penser" dans une affaire de groupe spirituel (suicide d'un disciple, tentatives de suicides d'autres disciples). C'est la première fois que la loi de 2001 a été appliquée. Le jugement en appel a été prononcé début juillet 2005 et a confirmé le jugement avec une amende portée de 90 000 euros à 100 000 euros et 1500 euros de dommages et intérêts. Cette décision devrait faire jurisprudence.

L’infraction de travail dissimulé (source : Miviludes) : « Elle a été créée, on l’a vu, par la loi du 11 mars 1997 et, remplaçant la notion de travail clandestin, elle permet une meilleure prise en compte par le juge des pratiques illicites.En outre, le législateur a considérablement alourdi les peines sanctionnant le travail dissimulé, qui est passé du domaine contraventionnel au domaine délictuel : pour les personnes physiques, les peines peuvent aller jusqu’à 200.000 francs d’amende et deux ans de prison ; pour les personnes morales, elles peuvent être portées à 1 million de francs et être assorties de peines complémentaires telles que la dissolution de l’association ou de la société, le placement sous surveillance judiciaire, la fermeture temporaire ou définitive des établissements, la confiscation des biens qui ont servi à l’infraction (art. L. 362-6 du code du travail).La panoplie ainsi considérablement renforcée doit permettre dorénavant au juge de sanctionner efficacement le travail illégal. La tendance des mouvements sectaires, que nous avons analysée, à abuser du bénévolat, rencontre donc, sur la base des nouvelles dispositions, un obstacle sérieux à son exercice. »
Le rapport de la commission parlementaire (1999) "les sectes et l'argent" présente plusieurs aspects précis de cette question du bénévolat dans les nouveaux mouvements religieux : « Le point de départ réside généralement dans l'emploi de bénévoles, pratique très courante dans le domaine associatif, comme nous l'avons vu plus haut. Il y a recours abusif au bénévolat et dissimulation d'emploi salarié lorsque l'on trouve dans l'activité des bénévoles tous les éléments constitutifs du contrat de travail, à savoir : un travail, un lien de subordination entre celui qui le donne et celui qui l'exécute, enfin une rémunération.[...] Dans tous les cas, le non-paiement de cotisations sociales ou la minoration de celles-ci vont naturellement de pair avec la dissimulation d'activité ou celle d'emploi salarié. La faiblesse du nombre de salariés déclarés par les organisations sectaires laisse craindre de telles dissimulations. [...] »
La politique actuelle de l’état : « exercer une vigilance particulière sur toute organisation qui paraît exercer une emprise dangereuse pour la liberté individuelle de ses membres » Voici les directives du Premier Ministre :« JO, 27 mai 2005 J.O n° 126 du 1 juin 2005 page 9751texte n° 8Décrets, arrêtés, circulairesTextes générauxPremier ministreNOR: PRMX0508471C Paris, le 27 mai 2005. Le Premier ministre à Mesdames et Messieurs les ministres et secrétaires d'Etat, Mesdames et Messieurs les préfets En créant, par le décret du 28 novembre 2002, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (MIVILUDES), le Gouvernement a entendu réorganiser l'action préventive et répressive des services de l'Etat à l'encontre de ces agissements. […] L'action menée par le Gouvernement est dictée par le souci de concilier la lutte contre les agissements de certains groupes, qui exploitent la sujétion, physique ou psychologique, dans laquelle se trouvent placés leurs membres, avec le respect des libertés publiques et du principe de laïcité. L'expérience a montré qu'une démarche consistant, pour les pouvoirs publics, à qualifier de "secte" tel ou tel groupement et à fonder leur action sur cette seule qualification ne permettrait pas d'assurer efficacement cette conciliation et de fonder solidement en droit les initiatives prises. Aussi a-t-il été décidé, plutôt que de mettre certains groupements à l'index, d'exercer une vigilance particulière sur toute organisation qui paraît exercer une emprise dangereuse pour la liberté individuelle de ses membres afin d'être prêt à identifier et à réprimer tout agissement susceptible de recevoir une qualification pénale ou, plus généralement, semblant contraire aux lois et règlements. Ce souci de sécurité juridique, loin d'affaiblir l'action menée, ne fait que mieux garantir son efficacité. Il est clair, toutefois, qu'une telle démarche ne peut être pleinement efficace que si les fonctionnaires et agents publics mènent, avec discernement, une véritable action de terrain : - ils doivent s'attacher à rechercher et à identifier, dans leur périmètre d'attributions, toute activité, quelle que soit sa forme, susceptible de revêtir un caractère "sectaire", parce qu'elle place les personnes qui y participent dans une situation de sujétion ou d'emprise et tire parti de cette dépendance;
- cette activité doit alors être suivie avec une extrême vigilance de manière à prévenir tout agissement répréhensible et, s'il se produit, à engager sans délai l'action répressive. Cette vigilance doit s'exercer en tenant compte de l'évolution du phénomène sectaire, qui rend la liste de mouvements annexée au rapport parlementaire de 1995 de moins en moins pertinente. On constate en effet la formation de petites structures, diffuses, mouvantes et moins aisément identifiables, qui tirent en particulier parti des possibilités de diffusion offertes par l'internet. Cette vigilance est particulièrement cruciale à l'égard de certains groupes fondés sur une conception totalitaire et pratiquant un fonctionnement occulte, dont les agissements peuvent avoir des conséquences irréparables. […]
Le cas des enfants et des adolescents devra faire l'objet d'une attention particulière de façon à assurer la protection qui leur est due. [...]

[…] Le recours à des listes de groupements sera évité au profit de l'utilisation de faisceaux de critères. Je vous demande de procéder à cette mise à jour au plus tard pour le 31 décembre 2005.
Le premier Ministre. »



XIV
Little buddha



राम बम्जन
Le "little Buddha" du Népal, 2006, vu de loin en digital vidéo, il ne s'agit pas pour autant de cinéma...


Ne concluez pas de ce livre, ou du moins de la lecture de ses précédents chapitres, que l'aventure spirituelle serait impossible ! C'est ce que nous montre un nouveau venu qui fait beaucoup parler de lui, sans dire un mot : on l'appelle déjà « little buddha », et ce n'est pas un film...Little buddha existe, je l'ai vu à la télé !Il s’appelle Palden Dordjé, ou राम बम्जन Ram Bahadur Bomjon de son nom religieux, parfois aussi transcrit : Ram Bahadur Banjan.

Ce jeune homme (Ram Bomjon) a médité en samadhi pendant huit mois au pied d'un arbre. On pourra trouver sa photo ci-dessus et d’autres photos dans le corps de texte de ce chapitre.
Voici quelques réflexions écrites à chaud pendant cette période :

Ce jeune garçon qui médite au départ sans soutien institutionnel (et qui rallie aujourd'hui de nombreux admirateurs inévitablement), montre bien que la pratique du bouddhisme dépend des qualités de la personne, des conditions de l'environnement aussi, et que l'intercession d'un maître spirituel n'est pas un passage obligé. Mais, il semble que la fascination soit telle qu'un nouveau culte émerge actuellement. Ce qui risque de déranger ce méditant, ou de l'assiéger littéralement de passion et d'attention dont il se passerait sans doute fort bien. La chaîne de télévision Fr2 a consacré un reportage d'envoyé spécial à ce sujet et sans doute certains l'ont vu aussi à la télévision récemment.
Comme on le devine peut-être sur certaines photos, notre little buddha sort de temps à autre de l'absorption profonde pour ouvrir les yeux, sourire un instant comme s'il passait d'une expérience de réalité à une autre, et revient vers le samadhi.
Personnellement je ne suis pas tout à fait convaincu qu’il ne mange, ni ne boive, ni n’aille à la toilette comme il est dit. La question de savoir s'il se nourrit ou s'il se réhydrate est sans doute secondaire d’un point de vue des idées ou de son message d’éveil spirituel, même si elle devient un sujet aussi de fascination pour les medias. En tout état de cause s'il s'alimente ou se réhydrate (ce qui serait bien normal d'ailleurs et sans doute indispensable !) il semble le faire très discrètement, au point que personne ne le voit ni boire, ni manger, ni aller à la toilette. A titre personnel cela me fait plaisir de voir que l'aventure authentique de la méditation reste possible sans aucune interface institutionnelle, même si de nouveaux marchands du temple sont déjà aguichés par le nouveau jack pot d'un "bouddha vivant" et que le monastère local est fier de cette nouvelle légitimité (c'est tout à leur honneur) et de cette nouvelle pertinence en s'associant à l'initiative individuelle du jeune homme en méditation...
Les médias occidentaux aussi, qui vendent de l'espace publicitaire aux annonceurs, se saisissent aujourd'hui de cette nouvelle insolite. Histoire de prendre le train de l'éveil en marche pour gagner quelque argent avec la fascination collective pour celui... qui a justement renoncé à l'argent. La force et le courage discret de l'initiative de ce très jeune homme sont des facteurs encourageants, et - éveil complet, relatif ou conscience ordinaire au bout de son chemin - il nous a déjà tous fait avancer par son exemple si modeste et si humain. Le tout est qu'il ne force pas et garde sa santé. Car même au nom de l'éveil, la préservation de la vie reste toujours la priorité.
Je pense que c’est une bonne chose aussi que sur les forums de sensibilité bouddhiste on montre aujourd’hui les aspects illusoires, fascinants de ce phénomène cultuel et médiatique.

A titre personnel j’apprécie le fait que ce jeune homme s’est lancé tout seul, qu’il a été rattrapé par la fascination des autres, mais qu’il continue quand même son chemin seul. Je veux dire par là qu’il n’est pas dans un centre de retraites collectives, qu’il n'a pas besoin de la visite d’un "gourou" pour poursuivre ou orienter son expérience, et qu’il compte sur ses forces et sur la présence d’un jeune parent pour l’assister et tenir à bonne distance les curieux. Le soir à 5 heures, un rideau est placé afin qu'il soit soustrait à la vue du public, et cela jusqu'à 5 heures du matin.
En effet la terrible passion religieuse, l’attention énorme portée sur lui, le cercle des curieux autour des deux cercles concentriques de clôtures risque de constituer des obstacles difficiles… Difficile de ne pas se sentir assiégé, il lui faut vraiment une sérénité à toute épreuve…
Mais je dirais que dans l’ensemble cette histoire reste encore intéressante, même si elle risque de verser progressivement dans le sensationnel et ses illusions.
Oui, comme me le disait une amie sur son blog (T., vous vous reconnaîtrez !) la réflexion, c’est peut-être ce qui manque à la force de cette juvénile expérience qui est désormais rendue médiatique…
Mais je garde mon crédit à ce jeune homme, c’est tout ce que je peux lui donner pour l’accompagner, pas grand chose donc : j’essaye juste de voir son pari méditatif de manière positive.
Décidément notre “little buddha” fait couler beaucoup d’encre !
Il a seize ans, et je lui laisse le privilège du doute, et même le droit à un peu d’orgueil lorsqu'il donne des conseils à ses proches sur leur alimentation (il leur a conseillé de s'alimenter de manière végétarienne). Il ne demande ni argent, ni reconnaissance, ni pouvoir : il a commencé tout seul dans cette jungle sombre et un peu hostile, avant d’être rattrapé par la fascination des hommes (il paraît même que la forêt a été défrichée progressivement autour à cause de l’engouement que sa présence a amené).
Je veux dire par là que ce garçon est net, qu'il n'est encore mouillé dans aucun scandale, et que personne n'a eu à souffrir de lui, de ses choix, de ses paroles, ni de ses actes. C'est lui qui prend des risques, il n'en fait pas prendre à d'autres en son nom.
Alors je n'ai aucune raison de lui refuser le crédit qu'on doit a priori à toute personne qui se lance, qui essaye, qui prend des risques personnels pour une cause somme toute estimable et respectable. Et en plus sa jeunesse fait que je me dois de le traiter avec des égards, car en plus il a le droit à l'erreur. A seize ans, il a le privilège de pouvoir essayer, sans que ce ne soit a priori suspect.
Sa méditation est publique certes, mais il ne l’a pas recherché. Il est moins public qu’un tulkou qui se hisse sur un trône pour répéter les leçons apprises de son précepteur. Il est assis au creux des racines de cet arbre, en toute simplicité. J’ai une certaine sympathie pour cet esprit des débutants ou des novices qui soulève les montagnes.
J’aime bien aussi qu’il ait eu envie de tenter l’aventure du bouddha, lui-même, avec sincérité et en s’engageant vraiment, je respecte cela. J’ai tendance à dire “respect, Monsieur”. Il a dit d'ailleurs qu'il n'était pas un bouddha, et qu'il aspirait à devenir un "bodhisattva"...
Bien entendu le devenir et la caisse de résonance de cette aventure sont des incertitudes supplémentaires pour le jeune méditant. Je crains aussi pour sa santé.

Mais cela ne me déplait pas quand quelqu’un fait quelque chose sans calculer, sans discours, sans blabla. Just sit and meditate : juste s’asseoir et méditer. C’est aussi une belle leçon qu’il donne à tous les bavards dans mon genre.

Franchement il m’a "épaté", et c’est agréable aujourd’hui d’être étonné par tant de simplicité. En revanche son statut d'enfant de milieu modeste, issu d'un pays pauvre lui vaut sans doute la condescendance d'Occidentaux en quête d'une image idéale du bouddhisme, ou plutôt d'une image statutaire, valorisante de cette quête spirituelle. Le modeste lieu de méditation dans la forêt, la robe de coton un peu passée, la fine poussière sur le corps, l'entourage humble de ses voisins qui le soutiennent et le protègent des intrusions, agissent sans doute inconsciemment pour repousser certains Européens.
Ils ont recours à une certaine dévalorisation du jeune homme népalais, allant jusqu'à réduire (je l'ai lu), ses qualités à celles de l'arbre qui l'abrite, ou à invoquer l'argument de la foire à la spiritualité, de l'exploitation commerciale pour le déconsidérer, non sans une certaine cruauté.
En réalité c'est un peu des rapports pays riches / pays pauvres qui se jouent ici. Des Européens des classes moyennes considèrent le bouddhisme comme un signe de standing et de distinction sociale en Occident.
Alors ne voient-ils pas (sans s'en rendre compte) d'un mauvais oeil cet enfant asiatique issu d'un milieu modeste et d'un pays pauvre s'asseoir spontanément plus de douze heures par jour en samadhi sous un arbre ? Pour les Occidentaux des pays riches, en dépit de leurs gadgets de méditation, de leurs coussins spéciaux, de leurs centres du dharma clinquants, le "samadhi" c'est encore une promesse vague, et l'éveil juste un sujet de conversation sur les forums...

Cet adolescent asiatique qui pratique aisément et dans une pauvreté totale est pour eux, et leur coeur parfois desséché par le confort, une terrible gifle. Ou plutôt le jeune Népalais leur tend un miroir étincelant pour qu'ils s'y voient, mais ils n'aiment pas le reflet peu flatteur et très exact qui leur est ainsi restitué.

Alors je croise les doigts pour que son aventure lui apporte le meilleur, et pour que le reste lui soit épargné, c’est un voeu pieux, mais ne faut-il pas se laisser étonner par les jeunes, lorsqu’ils manifestent beaucoup de mérite et de courage ?

Et puis quand il en aura assez de la foire autour, il fera le nécessaire : s’arrêter, continuer, déménager un peu plus loin des projecteurs et des admirateurs… Pas si facile… Il verra bien…

Pour en savoir davantage sur राम बम्जन , quelques liens utiles :
Pour en savoir davantage lire l'article détaillé de Wikipedia (en anglais, et qui comporte en bas de sa notice de nombreux liens utiles) :
http://en.wikipedia.org/wiki/Ram_Bonjom
Et ces articles trouvés sur des sites et des blogs francophones :
http://www.marianne-en-ligne.fr/exclusif/virtual/bizarre/e-docs/00/00/52/49/document_web.phtml
http://www.planetpositive.ch/version_2_0/news/articles/1560/des_nouvelles_de_ram_bahadur_bomjon.html
http://french.epochtimes.com/news/5-11-30/3074.html

राम बम्जन Ram Bahadur Bomjon (Palden Dordjé) médite...

Sans doute las de la publicité et de la pression médiatique et mercantile, Ram Bahadur Bomjon a effectivement "déménagé" en 2006 un peu plus loin, vers des contrées plus tranquilles, lointaines et profondes de la jungle népalaise, loin des lamaseries, des échoppes de souvenirs et des objectifs des caméras vidéo, juste accompagné de quelques proches, afin de poursuivre tranquillement son aventure spirituelle sans la dénaturer... L’aventure continue.

Photo : jeune homme âgé de 16 ans, surnommé affectueusement "little buddha" par le voisinage, méditant en samadhi au pied d'un arbre depuis 8 mois, au Népal, à 300 kms environ au Sud de Kathmandu, 2006.

 
XV
Références bibliographiques Internet commentées



L’auteur et éditeur ne peut assumer aucune responsabilité éditoriale quant aux liens qui sont proposés sur les pages de référence, n’en contrôlant pas les contenus, ni n’en connaissant les arrière-plans éthiques ou organisationnels. Ces liens sont simplement indiqués à titre informatif, en laissant à chaque lecteur le soin d’exercer le discernement nécessaire. Le fait qu’un lien soit inclus ne signifie pas que le webmestre ait une sympathie ou un accord de pensée concernant le contenu du site vers lequel une Url pointe.
Je remercie Sa., Sé., Th., Mi., Ro.,Te. et tous ceux, comme toutes celles qui m’ont apporté ces idées de liens utiles.

Si sur une version PDF de ce livre, par exemple, certains liens ne s’ouvraient pas correctement dans le présent chapitre, on peut accéder à ces mêmes ressources à partir de leur version « site Web » où ils ont été publiés la première fois, en allant à la page « liens bouddhisme » de http://bouddhismes.info/

Wikipedia
Il faut bien commencer par ces liens dans cette rubrique consacrée aux ressources ! :
L’article de l'encyclopédie collaborative Wikipedia sur le bouddhisme.

L'histoire du bouddhisme est présentée dans une page à part contenue dans cet article de Wikipedia.

Un lien intéressant de Wikipedia concernant les sectes :http://fr.wikipedia.org/wiki/Secte
J'ai trouvé intéressants les quelques critères proposés par la notice de l'encyclopédie collaborative pour définir la notion controversée de "secte" :"Voici quelques critères :manipulation mentale des adeptes ; centralisation du pouvoir aux mains d'une personne avec autorité charismatique, par exemple un gourou, ou d'un cercle restreint ; organisation pyramidale ; extorsion de fonds ; incontestabilité de la doctrine. En outre, certains y ajoutent d'autres critères, peut-être moins répandus :contrôle du milieu : tentative de contrôle des sources d'information et des interactions sociales externes des membres, encouragements à arrêter les relations avec toute personne externe ; infaillibilité et doctrine sacrée : présentation des idées du groupement comme l'unique vérité et le seul accès au salut, dissuasion de toute réflexion critique sur la doctrine ; mysticisme : rapprochements entre des événements et des causes surnaturelles ; pureté : référence à un idéal inatteignable qui réglemente les actes des membres en les amenant à toujours plus d'effort ; autoritarisme : pouvoir fort du gourou et culte de la personnalité ; doctrine secrète (ésotérisme) : enseignements secrets dont la divulgation au monde extérieur est strictement interdite ; élitisme (ésotérisme) : mise en valeur des membres comme supérieurs ; brimades et/ou confession forcée en cas de violation des règles établies ; bannissement : interdiction de tout contact avec des anciens adeptes (concept semblable à l'excommunication). "

De nombreux liens permettent de définir les notions. L'ensemble est concis et clair.


Le capitaine Haddock au Tibet
LA page "Tintin au Tibet" de Daniel Weyl, et les onomatopées du Capitaine Haddock que Th. nous a fait découvrir.http://perso.wanadoo.fr/daniel.weyl/Daniel/HADDOCK.htmMille sabords le lien renvoie vers une analyse amusante et indispensable de la linguistique du capitaine Haddock ou L'ABOMINABLE HADDOCK AU TIBET par Daniel Weyl !Extrait : "Le "POOAA" sacrilège de la trompe cérémonielle embouchée par curiosité infantile (p. 61). En revanche, le capitaine est incapable d'émettre le moindre son d'alarme lorsque l'arrivée du Yéti échappe par négligence à sa vigilance (p. 56). Mais, retournement redoublé, le yéti surpris par le " POOOT " fracassant du même se mouchant est pris de panique (p. 60). L'infantilité est donc inséparable du traitement primitif des sons qui lui confère une sorte de caution métaphorique. "

Les sites de la critique positive
Vous pouvez explorer à votre convenance ces quelques sites, dont certains comportent des forums (american-buddha) ou sont fréquemment actualisés :http://www.trimondi.de/ ce site en allemand et en anglais comporte des traductions de plus en plus nombreuses en français. Nous vous conseillons de prendre votre temps pour découvrir ce portail. Voici par exemple une page du site (anglais) consacrée à June Campbell la traductrice de Kalou rinpoché.Le livre le plus connu des époux Trimondi est disponible en ligne en texte intégral : the shadow of the dalai lama (en allemand et en anglais). Plusieurs chapitres de ce livre sont désormais traduits en français sur leur site. Nous en avons fait une brève note de lecture en français (avec quelques liens utiles) à cette adresse : http://notes-de-lecture.blogspot.com/.http://www.flameout.org/flameout/gurus/ (un site de référence en anglais sur les dérapages des gourous et maîtres à penser, y compris dans le tantrisme bouddhique...)http://www.american-buddha.com/site.map.htm#SITE%20MAP (en anglais) Attention : il faut désormais s'identifier (s'inscrire en indiquant un email et un mot de passe) pour accéder aux contenus en ligne.http://www.bouddha.ch/ (un très intéressant site francophone d'un moine zen suisse, sans langue de bois)

http://encyclopedie-du-bouddhisme-1.blogspot.com/ (un essai autographe écrit récemment sur ces questions, texte intégral en ligne, en français, la version PDF peut également être téléchargée partir de ce lien.)

« Charismatic gurus »
(En anglais) L’éditeur de ce lien est Derek Bishop l’auteur d’un site bien connu dédié à l’expérience de la kundalini le « singing mountain website » http://singingmountain.org/y2005mar26a.html. Auparavant basé à Hawaii, et maintenant installé dans la région de Los Angeles, Derek est un webmestre sympathique et cultivé qui au quotidien exerce la profession d’enseignant spécialisé auprès de personnes handicapées. Il prévient ici chacun des déconvenues en relation avec des gourous abusifs et invite chacun à privilégier l’expérience personnelle. Selon lui l’intercession d’un maître n’est pas indispensable à l’expérience de Kundalini. On peut lui écrire en anglais à son e mail indiqué sur le site. Il n'est pas un expert du bouddhisme, mais s'intéresse aux phénomènes spontanés de Kundalini.
[Notons que si Kundalini fait référence à un concept issu des yogas hindous, ce terme existe aussi dans le tantrisme bouddhique sous le nom de kandali (yoga de kandali souvent traduit par tumo yoga, sans que l’on sache si cette traduction est parfaitement appropriée) pratique dite aussi « de la chaleur interne » qui fait partie intégrante des yogas de Naropa de la tradition Kagyupa.]
http://singingmountain.org/y2005mar26a.html


« Stripping the gurus »
(En anglais) Un désormais classique site de critique des "gourous". Aux Etats-Unis la liberté de culte fait qu’il est difficile d’élaborer des stratégies visant à contenir le développement des phénomènes sectaires. En revanche des webmestres ne se gênent pas pour pourfendre les dérives individuelles des maîtres abusifs. Ce site est sans doute d’un style un peu trop concis pour explorer attentivement les sujets proposés, il lance cependant des provocations à la réflexion. Plusieurs pages dans ce site concernent des dérives éventuelles du bouddhisme :
http://www.strippingthegurus.com/index.html#stgtoc

Des livres ressources en téléchargement gratuit :
Pour répondre à la demande de plusieurs visiteurs, voici à nouveau le lien à partir duquel peuvent être lus en ligne (html) et téléchargés (pdf) pour être lus hors connexion les quelques ouvrages récents (ainsi qu'un long article) commis par l’auteur du présent ouvrage [Marc Bosche] autour de ces sujets :

Accéder à la plateforme de téléchargement des livres (html et pdf)
Etant l'ayant droit de ces textes, et ayant conservé l'entièreté des droits d'auteur, je permets à chacun de les lire, de les copier pour l'étude, la consultation personnelle et l'usage non commercial.Il y a également dans cette sélection deux romans, à lire donc pour le divertissement plus que pour l'étude !
On peut contacter l’auteur directement à sa boîte aux lettres.


L’ombre du plus grand
Après avoir signé leur grand livre the shadow of the dalai lama déjà présenté par un lien au début de ce fil de discussion, Victor et Victoria Trimondi ont poursuivi leur investigation avec un courage certain en publiant un nouvel ouvrage Hitler, Buddha, Krishna, Une alliance funeste, du Troisième Reich à aujourd´hui dont le titre est déjà en soi provocation à la réflexion ! Cet ouvrage éveille naturellement beaucoup d'intérêt en Allemagne. En France il sera sans doute accueilli très fraîchement par les milieux du bouddhisme himalayen. L'ouvrage n'est pas traduit en anglais ni en français, mais des éléments en sont déjà disponibles, dont cette présentation (cliquer sur le lien) sur leur intéressant site.Sans avoir eu encore la possibilité de lire l'ouvrage, j'ai déjà eu l'occasion de partager avec l'un de ses deux infatigables auteurs, ma première impression (je devrais dire ma première réaction) inévitablement superficielle : il me semble qu'il y a un risque de syllogisme, ou de raisonnement syllogistique, dans la démarche qui consiste à dénoncer peu ou prou l'association historique des référentiels du national socialisme et du tantrisme bouddhique. Bien que je ne connaisse pas précisément ces sujets, j'ai pu exprimer aux auteurs (qui eux les connaissent très bien) ma réserve à ce sujet : les amis du Tibet, les défenseurs du bouddhisme tibétain aujourd'hui et les pratiquants de ce dernier sont le plus souvent des personnes aux convictions sociales et humanitaires affirmées. Il serait donc paradoxal de présenter exclusivement le tantrisme bouddhique comme une idéologie guerrière et dominatrice, même si certains aspects plus discrets ou secrets posent question en effet. Cependant compte tenu de l'ampleur de la recherche menée par les auteurs, ils méritent d'être lus avec attention, le travail historique qu'ils ont fait impose le respect. Et le fait qu'ils bravent sans complexe la pensée molle et consensuelle selon laquelle le tantrisme himalayen est toujours du côté de la "positive attitude" n'est pas le moindre de leurs mérites.En découvrant cette page de présentation le lecteur aura sans doute à faire la part des choses et remettre à leur juste place les éléments présentés (en particulier en songeant que plus de 60 ans ont passé). Il me semble que même si les auteurs ne parviennent pas tout à fait à nous faire partager leur conviction, ils nous rappellent des faits historiques qui méritaient en effet de ne pas être oubliés et d'être ainsi précisés au nom du devoir de mémoire.La réserve qui est mienne est qu'une religion peut être interprétée de diverses manières, de la plus humaniste à la plus fondamentaliste, de la plus pacifique à la plus guerrière. Nous le savions déjà avec le christianisme : chaque religion est plurielle. Que des personnages sinistres comme Himmler aient adhéré à leurs manières à la vision eschatologique du tantrisme himalayen ne dit rien, ou presque rien, sur les sympathisants actuels de ces traditions. Nous ne pouvons pas les mettre dans le même panier sans effectuer un amalgame ou leur appliquer un stéréotype. Ce serait injuste.Cependant, ces précautions oratoires ayant été prises, l'avertissement de Victor et Victoria Trimondi mérite d'être écouté, sans doute d'abord par les adeptes de ces traditions himalayennes adaptées à l'Occident, de manière à s'assurer que l'Histoire ne se répétera pas, et d'éviter à l'avenir que se reproduisent des dérapages tragiques.En cela la contribution cruciale des auteurs nécessitait bien un lien sur cette page ressources. Leurs opinions leur appartiennent en propre et ne reflètent donc pas nécessairement les nôtres. A chacun de se faire la sienne.Pour les internautes qui lisent l'anglais, cette autre page de présentation sur le site des auteurs donne davantage de détails. Enfin un chapitre du shadow of the dalai lama était déjà consacré (toujours en anglais) à la délicate question des éventuelles "relations" (mais quel sens donner à ces termes entre guillemets ?) de sa sainteté le dalaï lama avec quelques ténors de "l'extrême droite".En France, s'il est un jour traduit, le nouveau livre des époux Trimondi pourrait faire l'effet d'un électrochoc comparable à celui qu'a été la publication de the shadow of the dalai lama en anglais. Déjà plusieurs chapitres (et d'autres articles) sont disponibles (depuis peu) en français à ce lien :
http://www.trimondi.de/francais/articles.fr..htm
On peut encourager chacun à les lire attentivement, car ils sont très documentés.
L'ouvrage en allemand comporte un chapitre sur les faits de collaboration graves pendant la période 1941-1944 reprochés à un ancien érudit français, scénariste de film et écrivain spécialiste du tantrisme hindou, de l'ésotérisme et du bouddhisme tantrique : Jean Marquès-Rivière. Ce dernier est notamment l'auteur du désormais classique ouvrage : A L'OMBRE DES MONASTERES THIBETAINS, [Orient Editions Victor Attinger, PARIS 1929, avec photo "Assemblée de Lamas à Chang Hou", 189 pages]. Ne connaissant pas ces faits nous ne pouvons bien entendu confirmer ou infirmer ces assertions qui s'avèreront de toute façon embarrassantes pour l'image du tantrisme bouddhique en France s'il se confirme que cet auteur a contribué à des persécutions dans la minorité maçonnique, voire à des déportations de Juifs qui étaient en son sein (on parle parfois d'un millier de déportations). Nous avons retrouvé plusieurs confirmations de ces assertions sur des pages et sites Web consacrées à l'histoire de la franc-maçonnerie durant la guerre de 1939-45. En voici un exemple : "En 1943, le film « Forces occultes » sort sur les écrans. Le scénario de ce moyen-métrage de cinquante minutes a été réalisé par deux ex-frère : Jean Marquès-Rivière et Jean Mamy (sous le pseudonyme de Paul Riche). Ces hommes se sont tournés du côté des nazis dès 1941 et se sont dépensés sans compter pour éliminer toute résistance au régime de Vichy. Marquès-Rivière fuit la France dès la fin de la guerre sentant que ses positions ne lui éviteraient pas la peine capitale. En effet, il fut condamné à mort par contumace."
On peut lire aussi les autres articles en français du riche portail de Victor & Victoria Trimondi.

Voie non sans danger ?
Une page intéressante de présentation du bouddhisme tibétain est signée par Laurent Deshayes, chercheur au CHRIA de l’université de Nantes. Nous en avons extrait une brève citation pour information, qui évoque les risques d'incompréhension et les erreurs d'interprétations dans ces voies. Comme notre citation est nécessairement tronquée, chacun est invité à consulter l'intégralité de cette page Web." [...]Cette voie spirituelle n’est pas sans danger car, en elle-même, elle porte les germes de nombreuses confusions, dont le secret qui la recouvre n’est pas le moindre. Au Tibet, comme ailleurs en Asie, elle connut ses débordements, nés d’une lecture superficielle de son enseignement. Le principe selon lequel bien et mal, vices et vertus sont d’une « unique saveur » peut laisser supposer que toute action est possible. En 1042, lorsque le maître indien Atisha arriva au Tibet, il eut la surprise de découvrir que quelques pratiquants des tantras, coupés des lignées de transmission traditionnelles depuis environ un siècle, avaient pris au pied de la lettre ce que les textes disaient : leur comportement pouvait dépasser l’entendement, le meurtre ou le viol leur était parfois familier. [...]" Copyright Laurent Deshayes-2004.Quatre autres articles du même auteur, documentés et informatifs, sur l'histoire du Tibet sont également disponibles sur le même site.



Le Tibet avant la présence chinoise
Comment était le Tibet d'avant la présence chinoise ? Ce n'était pas le paradis de Shangri-La raconte Michaël Parenti sur cette page qui constitue un véritable réquisitoire historique contre les idées toutes faites sur le pays des neiges.

Controversée ?
Glanée sur le Web cette adresse de discussion sur une organisation d'origine japonaise, établie aussi en Occident, et qui se réclame du bouddhisme. L'intérêt de ces quelques échanges est la confrontation des points de vue entre ceux qui sont extérieurs, ceux qui se situent à l'intérieur et ceux qui en sont partis... Les conclusions d'un chercheur en sciences sociales sont également incluses dans la discussion.Il est loisible de consulter le rapport en ligne de la commission parlementaire d’études sur les sectes par exemple qui cite l'organisation à plusieurs reprises : http://www.assemblee-nationale.fr/rap-enq/r2468.asp.Chacun peut aussi taper le nom de l’organisation dans un moteur de recherche pour accéder à divers contenus, certains favorables d'autres non. Par exemple sur http://www.prevensectes.com/ une page complète de liens, comportant des témoignages, est disponible et peut être consulté pour se faire une idée plus informée :http://www.prevensectes.com/soka.htmPar exemple en ouvrant un de ces liens on trouve cette page avec les expériences d’anciens adeptes : http://www.prevensectes.com/soka1.htm#1Vous pourrez aussi consulter l’article de Gilles Debernardi dans le Dauphiné Libéré : http://www.prevensectes.com/soka8.htm qui avait irrité l’organisation au point qu’une action en diffamation avait été entreprise contre le journaliste. La demanderesse a été condamnée à 15000 F au civil en 2001 et vous pourrez lire également le jugement qui est disponible en ligne avec l'article :http://www.prevensectes.com/soka10.htm

Un autre mouvement parfois controversé
Précision : l'AOBO est la branche francaise du FWBO, qualifié de secte par certains :http://pema.free.fr/fwbo.php3http://www.ex-cult.org/fwbo/fwbofiles.htmhttp://www.lioncity.net/buddhism/index.php?showtopic=2619


Et encore quelques autres :
Ce site se propose de présenter quelques "mouvements contestés dans le bouddhisme".Ne manquez pas l'entretien sans langue de bois avec le Gyalwang Drukchen dont le lien est donné sur le site ci-dessus.

Henry Chia (Ngawang Geleg) et son utile vigie de mouvements controversés
http://www.buddhaline.net/annuairedubouddhisme/contestes.html


Autre tradition contestée
Se réclamant éventuellement du Nyigmapa : http://www.aroter.org/ Quelques liens mettant en cause cette tradition controversée :http://www.lioncity.net/buddhism/index.php?showtopic=7046&pid=94347&mode=threaded&show=&st=&#entry94347http://groups.google.fr/group/alt.religion.buddhism.tibetan/browse_thread/thread/f84298085ad04853/a2729f4b309b54ad?lnk=st&q=ARO+gter&rnum=1&hl=fr#a2729f4b309b54ad
Je suis allé sur le site principal de l’organisation. Les "lamas"y apparaissent en photo sur la page qui leur est consacrée, il s'agit apparemment d'Occidentaux drapés dans des vêtements colorés et en somme plutôt pittoresques. Cependant leur site existe déjà en plusieurs langues dont le français ce qui signifie que probablement cette initiative comporte une stratégie de développement à l'international.En explorant la discussion sur un des liens critiques je suis tombé sur cette autre organisation dont le nom sonne un peu comme un oxymoron, ou à tout le moins comme un paradoxe : le celtic buddhism.Le bouddhisme celtique... Cet intitulé laisse rêveur...


Dorjé Shukden
Le forum Sangha Rimé publie cet intéressant fil de discussion consacré à l'expérience vécue d'une personne qui a été en contact avec le nouveau mouvement religieux (n.m.r.) qui vénère Dordjé Shukden :http://sangharime.com/viewtopic.php?t=380&highlight=
en anglais sur le même sujet tout un fil de discussion passionnant :http://www.lioncity.net/buddhism/index.php?showtopic=147
Il ne s'agit pas d'un simple post avec ce lien mais d'un fil de discussion très étoffé, doté de nombreux liens renvoyant vers des documents source, essentiels pour comprendre le développement de l'affaire Shukden au sein de l'école Gelugpa. A explorer en prenant son temps, car il y a un assez riche matériau de lecture.
L'affaire du meurtre de Lobsang Gyatso et de 2 autres moines du Dalaï lama expliquée avec beaucoup de détails et resituée dans l'histoire du Tibet en exil. (Document en anglais)http://www.legalaffairs.org/issues/May-June-2003/feature_kerasote_mayjun03.msp

Deux autres sites de critique positive à consulter : http://www.monde-solidaire.org/spip/forum.php3?id_article=652&id_forum=4613&retour=article.php3%3Fid_article%3D652 http://www.geocities.com/Athens/8063/index.html
Quant à ce dernier site il comporte un utile annuaire des centres bouddhistes bien détaillé m'a-t-il semblé et surtout des notices intéressantes du webmestre, souvent brillantes, impertinentes et amusantes (le sommaire, les articles).
Récemment ce site nous a été à nouveau conseillé, en particulier pour la pertinence de ces analyses concernant Kagyu Ling et l'image controversée d'un de ses lamas...
La référence à Introvigne et sa citation à la fin du sommaire m'ont surpris et gêné, car le personnage est aujourd'hui si controversé avec ce que la presse a appelé des "liaisons dangereuses". A cause de cette référence conclusive qui me laisse sur une impression ambiguë, j'émets donc une réserve (appelons cela principe de précaution) pour ce lien.

Le site reste passionnant pour son développement sur le tristement célèbre château des soleils. Les récits que j'en avais lus sur Internet étaient d'ailleurs plus sévères que dans le compte-rendu fait dans cet article. Cela n'a-t-il pas valu à Orgyen Kunzang Chöling de figurer dans la liste des groupes épinglés par le rapport parlementaire dit "sur les sectes" de 96 ? L'organisation y figurait d'ailleurs parmi quelques autres "écoles" bouddhistes. J'en avais compté rapidement 6 qu'on pouvait aisément identifier comme se réclamant du bouddhisme (sur environ cent cinquante répertoriés si mes souvenirs sont bons). Je crois qu'en Belgique aussi l'affaire a fait un certain bruit. Elle s'est éteinte parce que la personne qui était l'objet de cette enquête s'est éteinte et, avec elle, l'essentiel des poursuites. J'avais même lu que l'équipe d'inspection du pensionnat provençal, se serait émue de la présence d'une chambre capitonné et insonorisée, munie d'une sorte de couchette. Des enfants en pension auraient-ils été invités à recevoir des massages de la part du "maître" ? Que ces éventuels massages eussent été tantriques, vous le comprendrez, n'aurait pas réellement rassuré les inspecteurs et le juge des enfants. Mais je livre ces quelques anecdotes en italique sans avoir pu vérifier leur véracité, telle que je les ai lues rapportées sur le Web il y a longtemps déjà, et j'espère qu'aucune erreur ne s'y est glissée. En tout état de cause les procès verbaux de la justice belge (cour d'appel de Bruxelles) portent encore la trace de cette affaire : "OKC a des démêlés avec la justice. Le gourou de la secte, Robert S. a été inculpé pour attentat à la pudeur fin août 1997. A l'âge de 14 ans, une plaignante dit avoir subi ses assauts sous prétexte d'échange d'énergie spirituelle."Le site prevensectes, toujours bien informé donne plus d'informations : " Pour rappel, Robert Spatz était apparu à la «une» de l'actualité en mai 1997, lors d'une série de perquisitions spectaculaires à son domicile et aux sièges de la secte, tant à Bruxelles qu'à Castellane (Alpes-de-Haute-Provence). Le dossier, au départ financier et fiscal, s'était élargi à l'été 1997 : un mandat d'arrêt avait alors été délivré à son encontre pour des faits qualifiés de viol avec la circonstance aggravante de l'autorité exercée sur la victime, et attentat à la pudeur sur mineur de moins de 16 ans. "Le même Robert Spatz s'était également montré généreux envers la cause du dalaï lama puisque il avait contribué à financer sa venue à Paris comme l'indique ce document toujours disponible en ligne:"D’autres transferts se font sur un compte ouvert au nom de M. Robert Spatz, qui n’y touche jamais ; il est alimenté par deux membres de la communauté qui travaillent aux Communautés européennes (ils versent 200 000 à 250 000 francs par mois). Ces sommes servent exclusivement à faire certaines dépenses relativement importantes en rapport avec le Tibet. C’est ce qu’on appelle les dépenses tibétaines.Il y a eu une intervention financière lorsque le Dalaï Lama est venu à Paris, des interventions pour le Fonds d’entraide bouddhiste en France, une intervention financière aussi dans les éditions Padmakara qui sont une maison d’édition assez importante en France, qui publient des ouvrages bouddhistes."L'argent n'a pas d'odeur.

Journal intime (avec des notations sur le mouvement présenté ci-dessus)
Cette personne a fréquenté une branche de ce nouveau mouvement religieux controversé du bouddhisme ci-dessus (blog pour les 16 ans et plus, le ton en est très libre).
http://longuesjambes1.skynetblogs.be/
Histoire : les Fougères 25-08-2005, 12:38:22Histoire : le père de ma fille 26-08-2005, 15:06:33 Histoire : le très grand-français-au très-grand-nez 27-08-2005, 19:56:15Histoire : le gourou 29-08-2005, 13:48:55 (Extrait ci-dessous)Histoire : Beauregard 03-10-2005, 13:17:23Histoire : le kidnapping (suite ) 04-10-2005 12:27:47Histoire : Beauregard (suite ) 10-10-2005, 10:59:27


Contre les dérives
Au Cambodge, un exemple de bouddhisme institutionnalisé, qui tente de lutter contre les dérives (réelles) : http://www.khmer-network.com/content/view/227/2/

Le Zen en guerre
Voici un lien que je mettrai aussi en RESSOURCES :http://www.zen-occidental.net/nishijima/gudo3.htmlVoici un bref extrait de cet article ci-dessus au titre d'illustration pour l'exemple :"Si on vous ordonne de marcher : une, deux, une, deux! ou de tirer : bang, bang! C'est là la manifestation de la plus haute sagesse de l'éveil. L'unité du Zen et de la guerre […] se propage jusqu'aux confins de la guerre sainte qui est maintenant en cours." (Harada Daiun Sogaku, 1939)"Les guerriers qui sacrifient leur vie pour l'empereur ne mourront pas. Ils vivront éternellement. En vérité, on devrait les appeler des dieux et des bouddhas pour qui il n'y a ni vie ni mort. Là où il y a loyauté absolue, il n'y a ni vie ni mort." (Lieutenant-colonel Sugimoto Goro)"Depuis l'ère Meiji, notre école [Sôtô] a coopéré à la conduite de la guerre." (Déclaration de Repentance de l'école Sôtô, 1992)La publication du livre de Brian Victoria, Zen at War (New-York, Weatherhill, 1997), publié en français sous le titre Le Zen en guerre 1868-1945 (Paris, Le Seuil, 2001), révélant la collusion des églises bouddhiques avec l'appareil militariste et nationaliste japonais depuis l'ère Meiji jusqu'à la fin de la seconde guerre mondiale a suscité de nombreuses réactions dans les milieux bouddhistes occidentaux."


La lutte entre les deux prétendants au trône de karmapa
Comme nous sommes dans la rubrique ressources et liens utiles, je vous suggère de découvrir ce site que beaucoup connaissent sans doute déjà s'ils lisent l'anglais : http://karmapa-issue.org/ Il ne s'agit pas d'une présentation neutre de ces questions, mais militante. Et chacun découvrira aisément l'orientation du site à la lecture de ses pages. En revanche les auteurs qui publient sur le site connaissent très bien leur lignage et son histoire, même s'ils ne sont pas exempts d'un point de vue. Il s'agit de la branche du lignage Karma Kagyu dont le "karmapa" n'a pas été agréé par Sa Sainteté le dalaï lama.Le site présente d'ailleurs longuement et avec enthousiasme un livre en anglais qui devrait sortir en novembre prochain (2005) et qui est favorable à ses thèses : "Buddha's Not Smiling : Uncovering Corruption at the Heart of Tibetan Buddhism Today" par Erik D. Curren, [Alaya Press, broché, $19.95. ISBN: 0-9772253-0-5. Date de parution prévue: 15 novembre 2005]. Le titre dramatique annonce la couleur et atteste surtout que l'époque du ton consensuel du bouddhisme d'Hollywood est révolu ! Ce titre qui signifie quand même : "le bouddha ne sourit pas : une découverte de la corruption au coeur du bouddhisme tibétain aujourd'hui" (sic) semble à sa manière annoncer que ses sympathisants en Occident s'apprêtent à envisager dans les années 2000 des ombres au bouddhisme des neiges après avoir frissonné de désir pour "Shangrila" pendant les années 80. La longue revue libre du livre publiée par le site karmapa-issue est intéressante car détaillée, et on devra cependant interroger avec beaucoup de prudence, de circonspection et de discernement les éléments les plus spectaculaires qu'elle affirme. Même si nous ne connaissons pas précisément les faits évoqués dans ce déballage, il nous a semblé que certaines anecdotes rapportées ou suppositions égrenées ici ou là dans la note de lecture étaient assez surprenantes (pour ne pas dire peu vraisemblables ?). Rappelons que le fait que nous informions ici objectivement les visiteurs du forum de l'existence de ces liens ne vaut pas satisfecit quant à leur contenu ! Ce sera à chaque visiteur de se frayer un chemin dans cette jungle luxuriante d'affirmations avec la machette de son indispensable esprit critique.

Les Occidentaux en quête de voyage spirituel à Dharamsala et la commercialisation du bouddhisme tibétain
Spirituality on Sale in India's Little Lhassa. Special Contribution. By Manpreet Singh.Cet article en anglais du Seoul Times on line est un excellent papier en effet, avec un ton délicatement persifleur.http://theseoultimes.com/ST/?url=/ST/db/read.php?idx=776Merci à Mi. de nous avoir communiqué le lien.Extrait : " Foreign tourists with freshly tonsured heads (some in newly acquired maroon Buddhist robes) make a beeline to attend philosophy and meditation classes. Squatting in the dimly-lit incense-smoked rooms, and struggling to chant in Tibetan language some ‘mantras' after the Lama's voice—is the scene they love to be in. [...]The other private spirituality-shops that have mushroomed all over the town seek to rake moolah, religiously. Spiritual healers, Yoga and Reiki masters have also joined the bandwagon, lured by lucre. "

Plus réjouissant, sur le canon des textes en langue pali
C'est vrai, il faut bien revenir aux textes les plus anciens, c'est à dire au canon en langue pali, pour se faire une idée de l'enseignement du bouddha le plus proche de ses racines. Le pali est dit-on une langue qui est restée proche du dialecte magadhi. Ce dernier était parlé dans la région de Magadha, au Nord de l'Inde où circulaient le bouddha et ses moines. On suppose que le bouddha s'exprimait sans doute en magadhi. Le corpus bien préservé des textes en pali est donc une bonne idée pour revenir aux sources du bouddhisme (sans les altérations ultérieures des textes en chinois par exemple) :
http://www.canonpali.org/
Il vous faudra lire l'anglais pour profiter de tous les textes présentés sur le premier des deux sites.


Un livre en ligne, une autobiographie signée Dhamma Sami.
Cet enfant du siècle né en Suisse se découvre en recherche spirituelle. Son itinéraire est ainsi pittoresque et riche d'expériences, y compris celle de ses premiers pas dans la vie avec des soirées "dance". Dhamma Sami se raconte volontiers. A un âge juvénile le futur moine allait en discothèque affublé de vêtements branchés, qu'il choisissait pour leur capacité à réfléchir la lumière noire des « spotlights ». Ainsi paré il bougeait de longues heures sur la « dance music ». Ce livrel (on dit aussi un blook) atteste de la relative difficulté à trouver en Occident un instructeur authentique pour la pratique du bouddhisme :"[L'ouvrage] retrace le parcours de l'auteur, au sein de diverses formes de bouddhisme présent en occident, pour constater qu'il est difficile de trouver ici de vrais instructeurs qualifiés et vertueux. "
http://www.dhammadana.org/livres/itineraire.htm
Le contraste des vocations est saisissant entre l'Europe et l'Asie, elles sont donc plus tardives et résultent d'aspirations contradictoires en Europe. On le constate quand on songe par exemple que dès l'âge de seize ans le jeune Népalais Ram Bahadur Bomjon (appelé aussi parfois le "little buddha" du Népal) méditait en 2006 plus de douze heures par jour, assis sous un arbre dans la forêt.
Sur le même site dhammadana, une page qui montre que certains autres moines sont un peu parasites dans leur propre système
http://www.dhammadana.org/livres/itineraire/121.htm



Forest meditation
Parmi sa sélection de sites sur les moines de la forêt (à droite dans la marge de son forum) ci-dessus) j'ai trouvé des liens intéressants :http://www.forestmeditation.net/http://www.mettaforest.org/Ce dernier lien est vers un joli monastère américain (Californie) inspiré de l'expérience thaï forest meditation : the metta monastery.


THAÏLANDE “Loft Story” version pagode
http://www.courrierinternational.com/gabarits/asie_online.asp?ord_id=42
Les candidats d’une émission de télé réalité partagent pendant trois mois le quotidien des bonzes. Le vainqueur sera celui qui aura su être le plus gentil. Cette information est atypique, très curieuse et intéressante.


L'incontournable site de Christian Pose :http://linked222.free.fr/cp/index_nibonze.html
C'est vraiment un témoignage exceptionnel d'un Occidental qui a fait la démarche de vivre en moine et de découvrir de l'intérieur le traitement réservé aux humbles et aux pauvres.On peut commencer par la fulgurante biographie de l'auteur, Christian Pose, "qui suis-je ?" sur son site : "ni bonze, ni laïc" . Dans cette page intitulée "qui suis-je ?"Christian Pose explique son parcours en Inde et étaye ses observations sévères du milieu lamaïste traditionnel (que Christian découvre en exil) d'une très remarquable bibliographie universitaire souvent d'origine états-unienne.Afin de vous donner une idée du ton, et vous inviter à cliquer le lien ci-dessus qui ouvre cette biographie, voici un bref extrait de cette page Web :" La dette économique sera héréditaire pour les paysans insolvables, et la dette karmique liera le père et le fils sans terre et sans toit, aux seigneurs, aux moine lama ou aux fonctionnaires du gouvernement. Des seigneurs auront le droit de mutiler les insoumis et des maîtres bouddhistes de hauts rangs (des rinpoché) se reconnaîtront le droit de se divertir avec des "sex-toy", des enfants partenaires passifs "homosexualisés", les "drombo". Biblio sociale : "The Struggle for Modern Tibet : The Autobiography of Tashi Tsering", Tashi Tsering, né en 1929 ex-danseur (13 ans) de la troupe personnelle du XIIIème Dalaï Lama, quotidiennement fouetté et battu par ses professeurs, échappe au groupe "drombo", réfugié aux USA, diplômé de l'Université de Washington, retourne au Tibet en 1964 pour contribuer à la reconstruction socialiste, est arrêté pour "activités contre-révolutionnaires" durant la Révolution Culturelle en 1967, demeure en prison jusqu'en 1973. Il est aujourd'hui professeur d'anglais à l'Université de Lhassa. Ce livre autobiographique est écrit avec William Siebenschuh, Case English Professor et Melvyn C. Goldstein, Head of Case Western Reserve's anthropology, Cleveland, Ohio, 1997. "
in Christian Pose, "qui suis-je ?", extrait, site "ni bonze ni laïc", 2004.


Et c'est en parcourant son site que j'ai découvert celui-ci en anglais :TibetMyth. RealityThe other side.De nombreux articles de fond sur l'envers du décor tibétain, les ombres du bouddhisme tantrique himalayen et la propagande lamaïste aux Etats-Unis.J'ai trouvé le ton parfois très incisif, voire orienté. Mais c'est un ensemble de ressources tout à fait passionnant avec par exemple les articles de Grain, un auteur de nationalité américaine appartenant par son origine à une autre minorité ethnique en Chine (Mongole) que la minorité tibétaine. Cet angle lui permet de regarder avec pénétration et sans langue de bois les stratégies de présentation du bouddhisme tibétain en Occident.On pourra commencer la découverte de cette riche anthologie de textes en anglais, par... le premier article, signé par l'excellent Foster Stockwell, (qui a grandi comme fils de missionnaires à Chengdu, près du Tibet et connaît la Chine et le Tibet de l'intérieur), "Myth and reality" dont voici un bref extrait :"From the beginning, the system of selecting Living Buddhas was open to abuse because it was easy for clever members of the monk selection committee to manipulate the objects presented to potential child candidates in order to make sure a particular child was chosen. In the case of the fourth Dalai Lama, the child selected was the great-grandson of the Mongolian chief Altan Khan. He was chosen at a time when the Gelugpa sect badly needed the protection of the Altan Khan's followers because the Gelugpa were being persecuted by the older Tibetan sects, who were jealous of the Yellow sect's rapid growth."En voici un autre bref extrait, plus provocateur encore à la réflexion :"The idea that most Tibetans are unhappy about what has happened in Tibet and want independence from China is a product manufactured in the West and promoted by the dispossessed landlords who fled to India. Indeed, to believe it is true stretches logic to its breaking point. Who really can believe that a million former serfs - more than 90% of the population - are unhappy about having the shackles of serfdom removed? They now care for their own herds and farmland, marry whomever they wish without first getting their landlord's permission, aren't punished for disrespecting these same landlords, own their own homes, attend school, and have relatively modern hospitals, paved roads, airports and modern industries.An objective measure of this progress is found in the population statistics. The Tibetan population has doubled since 1950, and the average Tibetan's life span has risen from 36 years at that time to 65 years at present.Of course some Tibetans are unhappy with their lot, but a little investigation soon shows that they are, for the most part, people from families who lost their landlord privileges. There is plenty of evidence that the former serfs tell a quite different story. "Par Foster Stockwell.


Archives du forum On Nous Cache Tout, à découvrir :
Ce forum de discussion d'on nous cache tout (lien) comporte un fil très intéressant avec un vrai débat informé et contradictoire sur la rencontre du bouddhisme & de l'Occident. Le fil occupe six longues pages, et devient de plus en plus passionnant au fil des feuillets. Les participants illustrent généreusement leurs propos de citations bienvenues et fort instructives, parmi lesquelles j'ai trouvé la page suivante.

Archives du forum Bouddhismes & dépendance, à découvrir :
http://bouddhismes.forumactif.com/
[Note : l'éditeur du présent site a été aussi l'administrateur de ce forum aujourd'hui proposé en archives en ligne] Le forum B&D a récemment archivé en ligne l'intégralité de ses échanges qui comptent une douzaine de fils de discussion, comportant un millier de messages souvent détaillés et documentés, d'une quarantaine de participants, autour des thèmes du bouddhisme et de son éventuelle dimension addictive.


Annuaire du bouddhisme :
Le forum annuaire du bouddhisme, a été récemment refait à neuf. A la lecture, les liens sélectionnés s'avèrent variés et souvent intéressants. Voici les pages dont le lien m'a été amicalement communiqué et qui comportent l'accès à un riche éventail de sites et de publications sur le bouddhisme sur le portail d'annuaire du bouddhisme.Listes, chats, forums, webring sur le bouddhismeE-books (livres en ligne), ressources audio, video sur le bouddhismeRessources classées selon les 4 lignages tibétains Nyingma, Kagyu, Sakya et Guelug

Un fil de discussion de critique positive sur le bouddhisme tibétain y est toujours disponible :
http://www.buddhaline.net/annuairedubouddhisme/forum/viewtopic.php?t=67
Le débat s'ouvre dans l'espace francophoneUn fil de discussion en ligne sur ce même forum pose à nouveau de manière claire la question de déviance éventuelle des pratiques :http://www.buddhaline.net/annuairedubouddhisme/forum/viewtopic.php?t=293


Toujours sur ce portail :
"Le Mythe de la supériorité morale tibétaine"
Par Tenzin Wangyalhttp://www.buddhaline.net/annuairedubouddhisme/tibet_morale.html
Beau texte d'un Tibétain des nouvelles générations, Tenzin Wangyal, ancien élève du Tibetan Children Village, Tenzin vit actuellement aux Etats-Unis. Il fait parti de l'équipe de direction de l'association Students for a Free Tibet.
Je me permets d'en extraire ces quelques brèves citations pour inciter chacun à cliquer le lien :"Bien que l'Occident ait fini par comprendre que le Tibet n'était pas Shangri-La, nous Tibétains avons créé et alimenté le stéréotype d'un peuple moralement supérieur. [...] Maintenant [...] que les gens nous connaissent de façon moins superficielle, il est beaucoup plus difficile de maintenir cette image - après tout, nous sommes aussi humains et faillibles que n'importe qui d'autre.[...] Tous les mythes s'éteignent un jour. Plus tôt nous nous regarderons dans le miroir, le mieux ce sera, car il est préférable de reconnaître un mirage pour ce qu'il est - une illusion d'optique - [...] tout ça pour quelque chose qui n'a jamais existé.En conclusion, nous Tibétains ne sommes pas les barbares que les Chinois ont voulu montrer au reste du monde, nous ne sommes pas plus les bodhisattvas que nous avons parfois prétendu être. [...] La tibétanéité n'est pas synonyme de droiture et de supériorité morale. Tout ce dont vous avez besoin de vous rappeler sont ces mots de Maya Angelou : "Nous sommes plus semblables, mon frère, que nous ne sommes différents"par Tenzin Wangyal (extraits), traduction recueillie sur le site @nnuaire du Bouddhisme.


Autre article essentiel de Tenzin Wangyal, ses quatre vérités
http://www.buddhaline.net/annuairedubouddhisme/tibet_verite.html
« Les quatre ignobles vérités du bouddhisme tibétain »Un article de Tenzin Wangyal.(02/01/2006)
L’article a été également été traduit par Sandrine G. est mis à disposition sur leur portail par notre confrère @nnuaire du bouddhisme.
Extrait : « Nombre de nos tulkous (lamas réincarnés) sont capables de faire ce que Siddhartha Gautama (le bouddha historique) était incapable de faire - ils concilient très facilement leurs vies de luxe et de privilèges avec la pauvreté et la souffrance visibles hors des murs de leurs palaces. En fait, beaucoup préfèrent s'isoler eux-mêmes en restant dans leurs cocons confortables. Une fois reconnu, un jeune tulkou hérite d'un labrang, ou domaine, consistant en propriétés, serviteurs et trésor. Il peut gaspiller ces ressources ou bien utiliser son aura religieuse charismatique pour générer une grandeur personnelle et amasser toujours plus de pouvoir mondain. Beaucoup de Tibétains perçoivent les tulkous comme des marchands de bouddhisme tibétain entreprenants, tels ceux qui savent vous convaincre que le diamant que vous tenez dans la main est un morceau de verre, que vous pouvez le jeter, et qui, une fois que vous avez tourné le dos, le ramassent, le nettoient et le mettent dans leur poche. »
Il faut découvrir le texte intégral de l'article : http://www.buddhaline.net/annuairedubouddhisme/tibet_verite.html pour comprendre quelles sont selon l'auteur les quatre principales faiblesses du bouddhisme tibétain.


Sur les noms propres en tibétain
http://solhimal.free.fr/tibet_et_peuples/culture/signification_noms_tibetains.php
" De nombreux noms ont une signification qui dépasse le sens brut du mot et pour les comprendre, ils doivent être replacés dans un contexte social comme Kunkhyab "sauver tous les hommes".L'origine des noms est parfois religieuse : Tenzin "détient la doctrine de la religion" ou Choephel "répandre le Dharma", d'autres sont de bonne augure : Tashi "bonne chance" ou évoquent le souhait de réussite sociale : Chomphel "promotion", Kalsang "vie prospère" ou Phuntsok "prospérité".Des noms sont aussi liés au jour de naissance de l'enfant : c'est ainsi que Nyima est né(e) un dimanche tandis que Dawa, Passang et Pempa sont respectivement nés le lundi, le vendredi et le samedi. Namgang quant à lui est né le dernier jour du mois. '


Sur La buddhamania, l’excellent www.bouddha.ch
http://www.bouddha.ch/budhamania.htm
Le site suisse francophone http://www.bouddha.ch/, intitulé aussi Sâdhana (ne pas confondre avec son homonyme, sadhana.ca qui est dédié à Satya Sai Baba). Une belle page Web qui se lit avec intérêt et plaisir. Juste une brève citation extraite vers la fin de cet article, sur le tantrisme bouddhique (bouddhisme himalayen) :' On pourrait croire que ce " véhicule " convient mieux à une société en quête d'un " fast-food spirituel ", fascinée qu'elle est par ce côté attrayant de " Bouddha building ". Ces vues sont erronées, parmi tant d'autres que notre société occidentale " speedée et compétitive " à outrance se plaît à échafauder et " véhiculer " avec toutes les illusions et désillusions inhérentes. [...]Toutes les divisions, postérieures à l'enseignement du vivant du Bouddha, vont à l'encontre même de l'Esprit réunifiant du Bouddhisme dans le sens où elles suscitent une tentation de suprématie et d'hégémonisme fondés sur une interprétation personnelle de tel ou tel point de doctrine de l'Enseignement du Bouddha. Elles créent la Dualité dans laquelle l'Intolérance peut s'y donner à coeur joie et l'on voit même çà et là, dans diverses ramifications pseudo- et bouddhiques, refleurir les sempiternelles et horribles maximes, telles: "Hors de ... point de salut possible; sans tantrisme, point d'Eveil ...! ". '


Bouddhisme tibétain en France
http://jmdevezeaud.free.fr/Il s'agit d'un mémoire sur L’implantation du Bouddhisme tibétain en France. Un peu convenu et militant, il y a quand même une forme de prosélytisme qui est parfaitement perceptible dans ce mémoire. Ce n'est pas le premier mémoire d'étudiant à l'université sur ces thèmes, je crois en avoir feuilleté un autre, peut-être deux, des mémoires de maîtrise, dont un publié je crois sur Internet. Celui-ci est mieux construit et mieux rédigé que ces mémoires que j'avais déjà feuilletés, sans doute même très correctement écrit, mais il est aussi une sorte d'hagiographie au service d'une école particulière du bouddhisme (le bouddhisme tibétain) et plus précisément d'un réseau de centres aujourd'hui controversé à cause de ses positions en conflit avec sa Sainteté le dalaï lama sur le choix du XVIIème karmapa. Je peux comprendre les étudiants qui voudraient faire passer le message de leur conviction et de leur enthousiasme au travers d'un mémoire universitaire. Mais les professeurs à l'université qui acceptent de valider tel quel ce type de mémoire ne vont pas tout à fait au bout de leur travail, car l'étudiant n'y est pas mis au défi d'adopter d'autres points de vue que le sien, de discuter et de débattre de ses idées et de ses choix méthodologiques. Bien sûr pour une thèse de doctorat, un sujet traité ainsi sous un seul angle ne pourrait même pas arriver jusqu'à la soutenance, car le jury est composé de plusieurs professeurs, dont des spécialistes du sujet, et une hagiographie ne pourrait pas, en principe, être soutenue, fort heureusement. Le directeur de recherche rougirait d'infliger le manifeste militant d'un étudiant en lieu et place d'une vraie thèse à un jury d'universitaires.
Peut-on prétendre à l'objectivité, avec le ton impersonnel d'un regard extérieur, tout en étant devenu militant d'un mouvement religieux ? C'est possible, mais difficile, n'est-ce pas ? Cela ne va pas de soi.Quand on se laisse "engloutir" par son objet de recherche, ce qui peut arriver, et ce qui est tout à fait acceptable, il faut le dire honnêtement en prévenir clairement le lecteur, et parler alors par exemple d'immersion totale, d'expérience de découverte participative du milieu étudié. Alors on écrit peut-être plus sincèrement à la première personne, avec le "je" qui indique que c'est bien de notre aventure personnelle qu'il s'agit, et non de vérités scientifiques qu'on énonce...On ne peut pas à la fois être un disciple zélote et accomplir oeuvre universitaire sans cette honnêteté intellectuelle qui consiste à se montrer soi-même et à s'exposer au coeur du processus d'immersion.Apparemment certains veulent jouer sur tous les tableaux : être des disciples obéissants et zélés, faire le mémoire de leur choix, promouvoir l'agenda de cette communauté d'élection au travers de leur mémoire, prétendre que c'est un travail scientifique. Le problème est qu'ils prennent les lecteurs pour plus imbéciles qu'ils ne sont !La première victime, après le lecteur, c'est surtout le bouddhisme qui apparaît ainsi déformé en une sorte de caricature un peu sectaire, presque sans profondeur, dont quelques adeptes trop pressés semblent ici dans cette école, bien fiévreux, bien fébriles pour le justifier, pour le promouvoir et le défendre, alors qu'on ne leur reproche rien, qu'on ne leur dit rien. Ils n'ont rien à craindre. Alors de quoi ont-ils peur ? Ils ne sont pas tranquilles, visiblement. Cela cache-t-il quelque chose ? se dit-on naturellement en feuilletant les pages d'un tel mémoire, et : pourquoi un tel empressement, une telle précipitation ? Auraient-ils quelque chose à vendre ? Si cette doctrine est si sage pourquoi ses adeptes le seraient-il si peu ?Le bouddhisme nous impressionne favorablement et simplement par les qualités des êtres qui l'ont adopté : leur silence, leur douceur, leur gentillesse, leur distance, leur détachement, leur sourire, leur gravité, leur humour, la sagesse de leur exemple, la valeur de leurs actes, etc. pas par une communication institutionnelle, fût-elle estampillée par l'université.Cet étudiant fait fausse route en voulant nous convaincre. Il serait avisé d'impressionner par son silence. Un vendeur de foire faisant la démonstration de la moulinette miracle me serait sympathique, et je m'arrêterais un instant pour l'écouter bonimenter les badauds. Mais le bouddhisme ainsi instrumentalisé, comme un objet de propagande devient quelque chose de sali, de déformé et d'inapproprié. C'est vraiment dommage.En conclusion ce mémoire révèle davantage par ce qu'il ne dit pas mais qu'il trahit en filigrane, que par les banalités des brochures institutionnelles et la langue de bois des drouplas (frais émoulus de la retraite tantrique) dont il est nourri. On peut le lire ainsi avec profit.C'est dommage que l'esprit analytique et la profondeur de la pensée de l'étudiant soient émoussés par l'adhésion communautaire, et que cette dernière empiète sur son projet de recherche et finisse par dévorer tout le mémoire ou presque. Mais il a le mérite d’exister.


Sur le dialogue interreligieux
http://www.scourmont.be/degive/tibet/tibet2.htm
Atypique et remarquable. Ce document est exceptionnel, parce qu'il s'agit d'un travail de fond, de nombreuses années de découverte d'un chrétien ayant fait l'effort de comprendre de l'intérieur je crois une autre religion, et d'autres civilisations situées à l'orient de la sienne. Ce qui paraît évident c'est que dans ce long essai son auteur est vraiment entré dans l'interculturalité, il a payé de sa personne en voyageant, en allant à la rencontre des communautés pratiquant le tantrisme bouddhique, tant en Europe qu'en Inde. Je suppose qu'avant d'abdiquer et de conclure par l'incompatibilité du modèle de non-moi bouddhiste (tibétain) et chrétien, il a dû espérer une découverte spirituelle, il a dû se demander si les Tibétains avaient, eux, la réponse aux questions qu'il ne trouvait pas dans sa propre église. Ce que je trouve admirable c'est le travail qu'il a accompli pour aller à la découverte de l'Orient, l'effort qu'il a consenti, et la mise en perspective des différents milieux, des différentes rencontres. Bref, même si je ne peux pas vraiment parler de ce document, puisque je ne le connais pas suffisamment, il témoigne quand même d'une véritable attitude de rencontre et de dialogue.


Points communs & différences culturelles
http://membres.lycos.fr/cusi/fra/fra0067.htm


La perception du bouddhisme dans le catholicismehttp://www.pitaka.ch/cpe2.htm
Des liens y sont proposés sur le dialogue entre christianisme et bouddhisme : http://www.pitaka.ch/interfaith.htm


Homosexualité et bouddhisme ?
Un nouveau lien venu cette fois de Wikipedia sur "Bouddhisme & Homosexualité" :http://fr.wikipedia.org/wiki/Bouddhisme_et_homosexualitéLe Gay Zen Buddhist Web Site à Los Angeles a brièvement tenté d'offrir enseignement et pratiques sur la rencontre de l'homosexualité et du bouddhisme Zen :http://members.aol.com/_ht_a/gayzenla/myhomepage/Avec une page brève mais intéressante sur l'homophobie et les milieux du bouddhisme :http://members.aol.com/_ht_a/gayzenla/myhomepage/homophobia.htm


Sexualités bouddhiques
Et pour ceux d'entre nous qui ne l'auraient pas encore lu, il y a bien entendu le désormais classique : Sexualités Bouddhiques de Bernard Faure (Professeur d'histoire des religions à l'université Stanford). Dont voici le résumé.


Buddhanalyse
Le très beau site de Guillaume Lébène sur le bouddhisme & la psychanalyse (freudienne et jungienne) s'appelle bouddhanalyse. On y découvre des synthèses intéressantes sur la doctrine de Sakyamuni et une réflexion sur sa rencontre de l'Occident avec la psychologie des profondeurs.


Les relations entre bouddhisme ésotérique et kata des arts martiaux
http://www.cybersurvey.com/kata.htm
Extrait de cette très intéressante page en anglais consacrée - en quelque sorte - au "moving Zen" : " The Abbot gathered his robes and entered the pit in front of the alter and began to perform sweeping hand gestures, chanting all the while. I watched transfixed as the Abbot told a story and painted a spiritual picture with his elegant hand gestures. Then, it hit me like a thunderbolt—the Abbot was doing mawashi uke and several times, pressed his hands, palm out in the same manner as we finish many of our Goju Ryu kata. Then, there was the Abbot’s hands finishing Shisochin—doing Tensho--Seisan. I heard a deep, “Toh” issue from the Abbot—not unlike a kiai, as he circled his hands in this seeming spiritual kata. I sat there shrouded by incense watching for the first time . . . something I had done hundreds or thousands of times . . . on the dojo floor. This very powerful experience motivated me and launched me into a study of the relationship between kata and . . . ceremonial worship and thus, the relationship between the purpose or intent of karate-do and theosophy or religion. "
Shivaïsme du Cachemire, tantrisme, tantrisme bouddhique et Dzogchen : la vache cosmique
"Elle a quatre pattes : Le Shivaïsme du Cachemire, la Grande Complétude (Dzogchen), la Vision Sans Tête (Douglas Harding) et la Philosophie Intégrale (Ken Wilber). Avec ses gros et néanmoins agiles sabots, elle parcourt les mondes d'ici et d'ailleurs. Sur ce blog, vous trouverez à la fois des anecdotes personnelles sur la spiritualité en général, et plus particulièrement des réflexions sur la Reconnaissance (pratyabhijnâ), philosophie née au Xème siècle au Cachemire." (Arnagala)Le très riche blog d'Arnagala nous invite à une exploration à la fois sincère, intérieure et intelligente, qui sait mettre en relation ces diverses expressions traditionnelles, et en révéler les petits incidents critiques comme les vraies lignes de fracture. Ce journal souvent mis à jour est une mine à explorer. La nouvelle police noire sur fond blanc est très lisible et la présentation améliorée récemment économisera vos yeux ! Après avoir lu la page d'accueil et ses messages récents, il faut piocher, avec délice, dans les thèmes des posts archivés indiqués en marge de droite.
La vache cosmique http://shivaisme-du-cachemire.skynetblogs.be/


http://shantideva.net/ Shantidevaonline (Ven. Dharmakara. The Shantideva Society)
Establishing a culture of peace and non-violence through the bodhisattva ideal
“Providing not only a documented history, but also an anchoring point in the development of Buddhism, there were two different individuals within the Samatata territory of southeastern Bangladesh who were named "Shantideva" and both would leave their mark on Buddhism as it was practiced in the region.
The first to be mentioned in Bengal history, the "Acharya Shantideva" of Chan Ssu tradition, is the founder of the Avaivartika Sangha at Ashrama-Vihara in the 6th century and, as such, he should be considered the author of the Bodhicaryavatara in it's original composition of nine chapters, while his namesake, the later Shantideva who is identified as having been a student at the university of Nalanda in the 8th century, could only have expounded on the Bodhisattva ideal from the understanding of his predecessor and, as such, he should be considered the author of the post-dedication which would eventually become the tenth chapter of the Bodhicaryavatara.
In his soon to be published book, "The Kingdom of the Bodhisattvas", the Ven. Dharmakara (webmaster of http://shantideva.net/) reconstructs history of the Deva dynasty from authenticated sources and years of personal research, painting a very vivid picture of their capital at Devaparvata (Skt., the mountain of the gods) [in southeastern Bangladesh] and it's commanding view of the mountains of Tripura.”
(Our heartfelt appreciation goes to Ven. Dharmakara who gave us permission to publish an excerpt of the main page of the Shantideva.net web portal. Une traduction automatique en français Babelfish est également disponible en ligne).

http://www.angrymonkthefilm.ch/
Angry Monk, reflections on Tibet (a film
by Luc Shaedler)
Un road-movie et un voyage sur le les traces du moine rebelle Gendun Choephel.
« Gendun Choephel, moine mutin […] quitte les ordres en 1934 à la recherche de nouvelles aventures. Un esprit libre et cultivé, précurseur de son temps, devenu modèle et espoir de toute une génération pour un Tibet libre. Un rebelle et un ardent critique de l’establishment qui donna du fil à retordre et échauffa les esprits des autorités tibétaines. »

Quelques extraits des citations du moine tibétain Guendun Choepel glanées sur ce site. Le moine décrit ici le Tibet féodal et lamaïste d'avant la présence chinoise :

« Au Tibet - tout ce qui est ancien et traditionnel, c’est l’œuvre de Bouddha. Tout ce qui est nouveau : L’œuvre du diable. C’est la triste tradition de mon pays »

« Les pauvres, aussi peu puissent-ils avoir, sont saignés aux quatre veines. »

« Jadis, on pensait aussi en Europe que le monde était plat. Ceux qui affirmaient le contraire, prenaient le risque d’être brûlés vivants. Aujourd’hui, personne ne doute plus, même dans les pays bouddhistes que la terre soit ronde. Au Tibet, on est les seuls à toujours affirmer que la terre est plate. »
(Merci à Mi. qui nous a communiqué ce lien.)

Florilège in English sur http://bouddhismes.info/ Une page "Florilège" en anglais rend compte de la discussion qui s'est engagée Outre Manche et Outre Atlantique depuis plusieurs années déjà sur l'Internet. On pourra utilement découvrir quelques brefs extraits en anglais et les liens vers leurs pages Web respectives. Dans le menu du site, en haut de page, choisir Florilège ou cliquer sur le lien ci-après pour y accéder directement : http://bouddhismes.info/19.html
Nous avons repris l’essentiel de ces liens dans les pages suivantes.







SELECTION DE LIENS ANGLOPHONES
& BREVES CITATIONS DE LEURS AUTEURS



Pour aller plus loin, voici un florilège de contributions découvertes sur le Web anglophone à travers quelques brèves citations d’auteurs. La vitalité de la pensée critique sur le bouddhisme du web anglophone y apparaît clairement.



Christopher Hitchens, His Material Highness, July 13, 1998
http://www.elevenshadows.com/tibet/hismaterialhighness.htm
“The Dalai Lama has come out in support of the thermonuclear tests recently conducted by the Indian state, and has done so in the very language of the chauvinist parties who now control that state's affairs. The "developed" countries, he says, must realize that India is a major contender and should not concern themselves with its internal affairs. This is a perfectly realpolitik statement, so crass and banal and opportunist that it would not deserve any comment if it came from another source.
[…] Shoko Asahara, leader of the Supreme Truth cult in Japan and spreader of sarin nerve gas on the Tokyo subway, donated 45 million rupees, or about 170 million yen (about $1.2 million), to the Dalai Lama and was rewarded for his efforts by several high-level meetings with the divine one. »


Victor & Victoria Trimondi, The shadow of the dalai lama, Kalachakra initiation. What happens to the woman? http://www.trimondi.de/
“Once the yogi has “stolen” her gynergy using sexual magic techniques, the woman vanishes from the tantric scenario. “The feminine partner”, writes David Snellgrove, “known as the Wisdom-Maiden [prajna] and supposedly embodying this great perfection of wisdom, is in effect used as a means to an end, which is experienced by the yogi himself. Moreover, once he has mastered the requisite yoga techniques he has no need of a feminine partner, for the whole process is re-enacted within his own body. Thus despite the eulogies of women in these tantras and her high symbolic status , the whole theory and practice is given for the benefit of males” (Snellgrove, 1987, vol. 1, p. 287).
[…]
More on this topic : http://portland.indymedia.org/en/2003/12/277073.shtml


June Campbell, TRAVELLER IN SPACE: IN SEARCH OF FEMALE IDENTITY IN TIBETAN BUDDHISM, Chapter 6 At One with the Secret Other
http://www.leavingsiddhayoga.net/emperors.htm
Présentation from The Independent, 10. February 1999 :
For years June Campbell was the`consort`of a senior Tibetan Buddhist monk [Kalu Rinpoché]. She was threatened with death if she broke her vow of secrecy. But then enlightenment can be like that.
Feet of clay? No, it was a different part of the anatomy - and of all too fleshly substance - which caused the trouble. But, I suppose, you don`t expect Tantric sex to be a straightforward activity. Then again, sex of any kind isn`t really what you`re planning when you become a celibate nun.
It was, said June Campbell as she began her lecture, only the second time she had been asked to give a talk to a Buddhist group in this country since her book Traveller in Space came out three years ago. Small wonder. The topic of her talk was "Dissent in Spiritual Communities", and you don`t get much more potent types of dissent than hers. For she not only revealed that she had for years been the secret sexual consort of one of the most holy monks in Tibetan Buddhism - the tulku (re-incarnated lama), Kalu Rinpoche. She also insisted that the abuse of power at the heart of the relationship exposed a flaw at the very heart of Tibetan Buddhism.

“The imposition of secrecy therefore, in the Tibetan system, when it occurred solely as a means to protect status, and where it was reinforced by threats, was a powerful weapon in keeping women from achieving any kind of integrity in themselves, for it seems clear that the fundamental and ancient principles of Tantric sex -- the meeting together of two autonomous individuals as partners for sexual relations to promote spirituality--was tainted by the power wielded by one partner over the other. So whilst the lineage system viewed these activities as promoting the enlightened state of the lineage-holders, the fate of one of the two main protagonists, the female consort, remained unrecognized, unspoken and unnamed.
[…] It is certainly intriguing to know that despite Kalu Rinpoche's activities with women, and even quite some time after his death, several Tibetan scholars in the west continued to show complete ignorance of the hidden life existing within the lama system. In his study of the history of Tibetan Buddhism, and in particular the difference between married lamas and celibate monks, Geoffrey Samuel wrote in 1993, 'Kalu Rinpoche was a monk, however, not a lay yogin, and most of his career took place in the celibate gompa setting of Pelpung'.[13] Whilst it is true that Kalu Rinpoche spent many of his early years in the monastery of Pelpung in Tibet, it is also true that, after escaping Tibet in 1959 when the Chinese annexed the country, he spent many more as the abbot of a monastery in India, and during many of these years was not a monk, yet was afraid of the consequences of revealing his secret life. »


Avis Sri Jayantha, BUDDHIST FUNDAMENTALISM AND MINORITY IDENTITIES
IN SRI LANKA
http://www.sangam.org/BOOKS/BuddhistFundamentalism.htm
« What is primarily significant, then about contemporary fundamentalistic Buddhists is that, like their late nineteenth predecessors for whom religion and ethnicity were largely conflated, their Buddhism is intimately linked to political ideology… In the present, Buddhism is consciously invoked by politically motivated Sinhalas to advance their own empowerment (usually to the exclusion of other communities) or to rationalize their agendas for actions taken against other communities in post hoc fashion. In the former nineteenth-century instance, the revival of Buddhism contributed to the formation of a new national political consciousness; in the latter instance of the present, Buddhism becomes a powerful trope [figure of speech] for expressing a matured political ideology that may be more appropriately identified as communal (since it is not inclusive enough to be truly national for a multiethnic society). »


Rakesh Chhetri , REVIVALIST DRUKPAS AND FUNDAMENTALISM by Rakesh Chhetri, January 22,1998, Published in Kathmandu Post (Article No 18)
http://www.geocities.com/articlesonbhutan/revivalist.htm
“Bhutanese polity is in real crisis as the politics is essentially defined solely for the benefit of Drukpa ethnic group, in stead of solving the vital issues confronting the nation. It would be wrong to imagine that the Bhutanese regime’s insistence on building the Bhutanese nation-state exclusively based on narrow Drukpa Buddhist considerations will achieve a consolidated Bhutanese nationhood. Bhutanese nation-state cannot be built on the contorted historical fallacy of only one ethnic Ngalung group (widely called Drukpa) blinded and deafened by delusions about their chauvinism, while completely ignoring other groups’ contributions in building today’s Bhutan.
Aggressive forms of Buddhism exists in Bhutan, Sri Lanka and Myanmar, today. In Bhutanese context, the role of feudal Buddhism must be understood in a far more complex scenario. The shaky monarchy has meticulously intertwined the feudal institutions with Buddhism so that the existing feudal and autocratic institutions are imbued with a sacred and exalted place in the Bhutanese psyche. »


Tara Carreon , ANOTHER VIEW ON WHETHER TIBETAN BUDDHISM IS WORKING IN THE WEST
http://stevenyang.com/steven-yang-resources.html
The american-buddha web site wil request an e mail and password as it is opened only to registered visitors, please register first at the address below, in order to be granted access to the full text of the article.
http://www.american-buddha.com/
“A former American convert to Tibetan Buddhism for over 20 years speaks her mind. Her viewpoint is that, although American Tibetan Buddhists have made the understandable decision to adopt traditional Tibetan Buddhist beliefs because they seem authoritative and reliable, this decision has been a mistake.
At some point, I began to feel that I had been duped, and began to unpack my psychological baggage. I discovered that I was seething with resentment over the years of self-abasement, and humiliated by the fact that I had aided my captors. While this language, and some of the language that I use in my essay below, may seem harsh or accusatory, I believe that I feel about these things just as any other ordinary person would feel after the years of effort turn out to have been invested for no good reason. Additionally, the inner compulsion to perform ritualistic practices in which I had lost faith, and the need to overcome the fear that abandoning these practices would cause me to suffer terrible consequences, has made for many painful days and nights. The process of self-deprogramming has taken me to the edge of despair, and beyond. The truth is that one who delivers their belief into the hands of others risks having to fight to get it back. Having fought that fight, it is my desire to save other people from wasting their time, energy and happiness in what I now view as a bad investment in the realm of faith. I would suggest that sincere spiritual seekers return to themselves and appreciate the good aspects of our own Western culture in order to achieve spiritual satisfaction. »



Julian Gearing, Tibetan Buddhism the Western way
http://www.atimes.com/atimes/China/EL25Ad05.html
”KATHMANDU - If you are a Buddhist you may want to try this, but you would be wise to exercise a degree of caution. Jump from an aircraft at 12,000 feet and adopt the Lotus position. Make sure you have a parachute on. Be aware, though, that when you sit in this meditation pose, you fall much faster than normal spread-eagled skydivers. Lama Ole Nydahl had a parachute on when he decided to jump and "sit" - a position suggested to him by his parachuting instructor. The Danish Buddhist guru is no stranger to dropping from the sky. This was his 88th jump. But caught up in the "wonderful experience", he failed to take full account of the increased velocity of plummeting to Earth "Buddha-like". Lama Ole, as he is known, teaches his students of Diamond Way Buddhism how to prepare for death. On this sunny day in July in Germany he narrowly avoided having to put his teachings of "conscious dying" into practice. Realizing that he was about to hit the ground, he pulled his emergency ripcord. His 'chute partially slowed his descent as his body smashed on to a concrete landing site. From his hospital bed, the broken and bruised 63-year-old Buddhism teacher explained that people could obviously imagine how attractive the idea of sitting during free-fall parachuting sounds to a Buddhist lama. But he admitted the accident was his own fault. He was "due for some essential teachings on sickness and pain", he said, and that he hoped this would increase his "maturity as a teacher". Now he is up walking and teaching again. »


Dzongsar Khyentse Rinpoche, TIBETAN BUDDHISM IN THE WEST
http://www.siddharthasintent.org/Pubs/West.htm
“Instead of making the teachings accessible, some Tibetan lamas have created a huge divide with Westerners through a combination of their superiority complex, their fundamental lack of respect towards Westerners and an inadequate interest in Western thinking.
[…] It is true that Tibetans think that Westerners shop for Dharma, and they can't keep the tantric teachings secret ; but are they to blame if the lamas themselves turned the Dharma into a travelling show, including performances such as the sand mandala and the lama dances ? It would be better if we could discover all these downfalls of the Tibetans sooner rather than later. Because otherwise, we might become disillusioned, and that might be a reason for giving up the Dharma. But detecting these downfalls is no easy task. Generations of experience in being hypocritical have left lamas rather subtle and sophisticated. One example is how many Westerners fall for the almost annoying theatre of the lamas' humility, little seeing that behind the curtain is a fierce fight for who gets the highest throne. This maneuvering becomes especially dramatic when the occasion involves a large crowd, and even more so, if there are potential big donors present, especially those from Taiwan, who seem to judge the value of lamas solely by their rank, or how many letters "H" precede their names. »


Stephen Batchelor, a chapter in Ursula King (ed.). Faith and Praxis in a Postmodern Age. London: Cassell, 1998. It was first delivered as a paper at a conference celebrating the thirtieth anniversary of the Department of Theology and Religious Studies at the University of Bristol.
http://www.fishpond.co.nz/Books/Religion/Christianity/Evangelism/product_info.php?products_id=556511
« So might we discern a trend in Buddhism of moving away from dependence on organized religious institutions towards a more individuated form of practice, in which each person finds his or her own way within the dharmadhatu: the ‘Dharma realm’? A way of life that subverts the traditional legitimating myth of ‘path’ with a myth of recovered wilderness? After centuries in premodern societies, Buddhism finds itself abruptly catapaulted into postmodern societies, where even its central metaphor of ‘path’ is questionable.
[…] Today the force of the term ‘agnosticism’ has been lost. It has come to legitimate an avoidance of the existential questions posed by birth and death. Just as the modern agnostic tradition has tended to lose its confidence and lapse into scepticism, so has Buddhism tended to lose its critical edge and lapse into religiosity.
[…] The danger is that, for the sake of appearing ‘relevant,’ they sacrifice the equally vital need to retain a lucid, critical perspective. »



Isabel Hilton on Mick Brown, The Dance of 17 Lives: the incredible true story of Tibet's 17th Karmapa, Bloomsbury, 304pp, £16.99 ISBN 0747571619 (review) http://www.newstatesman.com/200405170048
“Shamarpa had been in trouble before. In the 18th century, the 10th Shamarpa accompanied his brother, the 6th Panchen Lama, to Beijing, where the Panchen died of smallpox. The emperor made a generous gift of gold coins to the dead man's family. As the funeral cortege wound its way back to Tibet, the Shamarpa quarrelled over the treasure and then fled to Nepal, where he incited the king to send his army to invade Tibet. The Tibetans had to call for the assistance of Chinese imperial troops and the then Dalai Lama, incensed by Shamarpa's behaviour, forbade his reincarnation and buried his crown under the courthouse steps in Lhasa - which, for a Karma Kagyu lama, is about as bad as it can get.
It was nearly 200 years later that the 14th Dalai Lama was prevailed upon to lift the ban and the present incarnation was recognised formally. To his opponents, Shamarpa is as greedy and ambitious in the 21st century as he was in the 18th. Then he turned to Nepal for support; today, he relies largely on foreign devotees, some of whom have taken up his cause with a militancy seldom seen outside Trotskyite cells. »



Geoffrey Samuel (1995), The dissenting tradition of Indian tantra
http://users.hunterlink.net.au/~mbbgbs/Geoffrey/saag95.html
“Another important point is the extensive overlap between the siddhas and Saivite practitioners of the Kapalika variety (cf. Lorenzen 1972). Several major siddhas (e.g. Kanha = Krsnacarya) are important in both Buddhist and Saivite (Nath, etc) teaching and initiation lineages. It is now clear that this goes beyond the Bhairava-like nature of fierce Tantric Buddhist deities to actual sharing of deities and texts (e.g Mahakala; cf. Samuel 1993: 422) and to substantial textual borrowings from Hindu Tantric scriptures being incorporated into central Vajrayana Buddhist Tantric texts (Sanderson 1991).
This leads on to another issue, the "shamanic" aspect of Vajrayana practice in India. [3] The assumption of divine identity through ritual is a critical part of the Vajrayana, and the implication is that it confers divine power on the practitioner. This divine power is the basis of the siddha's magical ability, and there are indications that some siddhas at some periods at least made a living as itinerant magical practitioners, travelling sorcerors one could say - sections of major Tantric texts such as the Hevajra consist of collections of spells to be used for various purposes, to defeat an enemy army, compel a woman's love, and the like. »


Anh Do & Teri Sforza http://www.urbandharma.org/bmonk/boymonk3.html
« Punishment for rule-breakers was severe. Each monastery had a disciplinarian called an "iron club" lama, who was responsible for maintaining order. Monks who appeared to nod off during prayers or classes were beaten with wooden prayer beads or switches for what was said to be their own good. It didn't matter if the offending monks were young or old; if they broke the rules, they met the same fate. Kusho cringed as a monk he knew was beaten in front of him for mischievousness; the sights and sounds of it haunted him. He felt terrible for the boy every time he saw him.It was so hard to make friends. He worked hard to fit in and avoid the whip. »
More on this topic http://www.urbandharma.org/bmonk/boymonk3.html
http://www.urbandharma.org/bmonk/boymonk3.html
http://www.urbandharma.org/bmonk/boymonk3.html


Revolutionary Worker #944, February 15, 1998 When the Dalai Lamas Ruled: http://rwor.org/a/firstvol/tibet/tibet1.htm
« The largest monasteries housed thousands of monks. Each "parent" monastery created dozens (even hundreds) of small strongholds scattered through the mountain valleys. For example, the huge Drepung monastery housed 7,000 monks and owned 40,000 people on 185 different estates with 300 pastures. …
Each estate had its own dungeons and torture chambers. …
Monasteries also made up countless religious taxes to rob the people--including taxes on haircuts, on windows, on doorsteps, taxes on newborn children or calves, taxes on babies born with double eyelids...and so on. A quarter of Drepung's income came from interest on money lent to the serf-peasantry. The monasteries also demanded that serfs hand over many young boys to serve as child-monks.
The class relations of Tibet were reproduced inside the monasteries: the majority of monks were slaves and servants to the upper abbots and lived half-starved lives of menial labor, prayer chanting and routine beatings. Upper monks could force poor monks to take their religious exams or perform sexual services. (In the most powerful Tibetan sect, such homosexual sex was considered a sign of holy distance from women.) A small percent of the clergy were nuns.
As signs of the lamas' power, traditional ceremonies used body parts of people who had died: flutes made out of human thigh bones, bowls made out of skulls, drums made from human skin. After the revolution, a rosary was found in the Dalai Lama's palace made from 108 different skulls. »
More on this topic : http://rwor.org/a/firstvol/tibet/tibet2.htm et http://rwor.org/a/firstvol/tibet/tibet3.htm

Richard S. Ehrlich, press correspondant in Asia (currently based in Bangkok) Taipei Times, "Living with communism: Inside Tibet today," Jan. 17 2000, Page 6). http://www.taipeitimes.com/News/archives/2000/01/22/0000021071
Richard S. Ehrlich is from San Francisco, California, and first journeyed to Asia in 1972. Reporting news from across Asia since 1978, his bases have included Hong Kong, New Delhi, and now Bangkok. His coverage has focused on the guerrilla wars in Afghanistan, Kashmir, Punjab, Sri Lanka and Cambodia, as well as the region’s cultures and other events. He received his Master’s degree from Columbia University’s Graduate School of Journalism, and won their 1978 Foreign Correspondents Award.
“ A Tibetan told me: "He stopped being a monk after five years because his monastery's senior lama beat novices with a stick during scripture examinations. Tibetan Buddhist monasteries often mete out such child abuse. During the Dalai Lama's time, before he fled Tibet in 1959, head lamas in his Potala Palace beat errant monks for gambling or other naughty behavior."
If you delve into Tibetan affairs a bit deeper you'll discover Tibetan monks beating their students in monasteries in and out of Tibet is nothing new. “
Richard S. Ehrlich also wrote http://www.escapeartist.com/efam/40/Tibet.html


Shenphen Rinpoché (son of Dudjom rinpoché), meeting Dharmapalas (wrathful protectors) when he was a child
http://www.american-buddha.com/protect.shen.htm
This site accepts only registered visitors logged with an e mail and a password, please register first at the portal's main gate (below) in order to be granted access to the full text of this article
http://www.american-buddha.com/
“In the daytime, I couldn't play either. My eldest sister would never play with me because I would see these things, and when I would point them out to her, she would see the same things. And my servants, the young men who were looking after me, none of them would take responsibility for me at night. That is how bad it was. …
And the words they spoke weren't words a small kid could understand like, "I love you." Instead they would say, "Give me your heart. I want to eat you," or something like that. Those were their exact words, and I was only five or six years old. I couldn't sleep. I would see their translucent bodies, and they would come and grab me. …
When I would look up I would see this horrible face, and then I'd faint. Most of my childhood was spent in either a fainting or unconscious state. I've always been like that. I had a difficult life as a kid. …
My mother and father would sleep together and put me in the middle between them, and as soon as they fell asleep, someone would shake me. I'm not joking. The protector would shake me so I would wake up, and then I would see on the ceiling this deity with three heads, tongue rolled up, guts hanging out, one hand holding a knife, saying, "Come, come, I want to just cut your neck." …
And later in my life, I didn't understand why they didn't have the wisdom to know I was just a child. »


Michael Parentis, The Tibet Myth http://www.swans.com/library/art9/mparen01.html ”Young Tibetan boys were regularly taken from their families and brought into the monasteries to be trained as monks. Once there, they became bonded for life. Tashì-Tsering, a monk, reports that it was common practice for peasant children to be sexually mistreated in the monasteries. He himself was a victim of repeated childhood rape not long after he was taken into the monastery at age nine. ( Melvyn Goldstein, William Siebenschuh, and Tashì-Tsering, The Struggle for Modern Tibet: The Autobiography of Tashì-Tsering (Armonk, N.Y.: M.E. Sharpe, 1997) The monastic estates also conscripted peasant children for lifelong servitude as domestics, dance performers, and soldiers.”















L'auteur de ce livre ne peut être tenu pour responsable des propos exprimés ni des contenus des sites indiqués sur les pages précédentes, leur présentation en quelques lignes ne signifie pas que l’auteur approuve ces opinions.
Nous prions le lecteur de bien vouloir nous signaler un cas éventuel où une citation ne serait pas correctement attribuée à son auteur original.





















ISBN 2-9516584-3-5


Copyright Marc Bosche 28 mars 2006,
pour la présente édition numérique.
La micro plateforme de chargement légal des livres de Marc Bosche en PDF
+ Questions Abordées Fréquemment (F.A.Q.)
http://marc-bosche.pro.wanadoo.fr/menu5_page10.html

Le portail multimédia Marc plateforme
http://marc-bosche.pro.wanadoo.fr/
ou
http://marc-bosche.pros.orange.fr/






Contenus numériques en ligne, en accès libre et gratuit, pour l'usage non commercial, sous Licence Creative Commons.

Libellés : , , , , , ,


This page is powered by Blogger. Isn't yours?