mercredi, mars 29, 2006

 
VI
Dérives




On peut très bien lire, voire s'asseoir en méditation, pratiquer l'attention aux autres, au geste, à l'instant sans pour autant adhérer à un temple ou à un groupe structuré. A titre personnel j'avais trouvé agréable le fait de se retrouver avec quelques amis ou connaissances.
J'ai, par exemple, de très bons souvenirs de séances de méditation le vendredi soir à Séoul, dans les locaux d'une librairie bouddhiste près de l'ancien palais de Kyongbok et de ses vastes jardins publics, où une poignée de Coréens m'avait invité à venir m'asseoir et pratiquer avec eux le Zen Choggye (influencé par le Taoïsme et sa respiration abdominale TanJonO'Up). Après, nous allions boire un thé ou une infusion ensemble dans un « tea room » traditionnel et nous parlions tranquillement, ce sont des moments délicieux.Plus tard j'ai eu envie de renouveler l'expérience dans les années 90, en région parisienne, à la maison de meulières où j'habitais. J'avais la chance d'avoir à l'étage une grande pièce libre, moquettée et mansardée donnant par trois belles fenêtres sur une futaie de chênes centenaires. Une poignée d'amis venait là chaque dimanche matin s'asseoir et pratiquer assis en tailleur dans le silence, avant que nous ne nous retrouvions dans ma cuisine pour un brunch amical. C'était aussi de très bons moments. J'ai dû arrêter l'expérience lorsque le groupe a commencé à grandir et à perdre cette intimité tranquille... Il suffit parfois d'un nouvel élément un peu agité pour que toute l'ambiance soit remise en cause... Et j'ai vu la difficulté qu'il doit y avoir d'accueillir tout le monde dans un groupe. C'est pour cette raison que j'ai arrêté l'expérience, et que je suis allé au monastère de Félicité entreprendre cette recherche anthropologique en immersion totale auprès du "Très Précieux", âgé alors de soixante-dix-sept ans, où d'autres surprises m'attendaient...


L’invention d’une nouvelle réalité : les centres du Dharma
Les adeptes occidentaux sont aujourd'hui assez rarement en contact étroit avec des amis spirituels issus des cultures asiatiques. Souvent des strates hiérarchiques intermédiaires de cadres occidentaux plus fraîchement émoulus sont le seul contact des nouveaux aspirants avec le coeur de l'enseignement et de sa pratique.
Les nouveaux viennent comme éblouis par le beau visage d'un sage maître tibétain ou bhoutanais entraperçu sur une photo et, au final, se retrouvent dans un centre à partager leur quotidien avec des instructeurs européens.
Ces derniers n'ont pas toujours beaucoup à offrir en terme de différence. Ils vivent de manière somme toute ordinaire pour certains, avec lecteur DVD dans leur chambre et les derniers DVDs d'Hollywood comme il est ici ou là constaté dans quelque lamaserie occidentale.

D'autres encore dînent parfois en ville dans les bons restaurants, ou sortent au café avec leurs amis. Tout cela est bien actuel, mais ne constitue pas ce riche héritage spirituel qu'attendent au fond les nouveaux aspirants de leurs amis spirituels.Il faut davantage de spécificité culturelle, sociologique, et disons-le humaine pour que le courant passe. Car si les nouveaux maîtres et les nouveaux disciples se ressemblent au point d'être interchangeables dans leurs modes de vie, le courant de sympathie qui attire les seconds vers les premiers, qui circule entre eux en quelque sorte, et qui permet l'ouverture à l'apprentissage ne peut pas être très grand, très fort, ni très remarquable.Quand au fait que désormais la participation aux activités de certains centres est devenue payante, voire assez coûteuse, elle est un phénomène récent sans doute mais qui tend peut-être à se répandre. Dans certains centres on demande aux adeptes de payer une sorte de pension pour leur hébergement, et qui plus est de travailler gratuitement pour la communauté.Mais bien sûr ce n'est pas la seule forme de participation possible. Une ancienne adepte me racontait elle qu'elle avait dû élever son enfant seule dans une caravane sur le terrain d'un de ces centres. On avait accepté qu'elle travaillât gratuitement pour bénéficier de cette largesse : elle devait quatre heures par jour au centre pour justifier de son gîte (une humble caravane normalement inadaptée à cet usage permanent) et de son couvert (la nourriture de cantine composée je suppose surtout de pâtes et de riz).
Mais elle devait en plus donner quatre heures supplémentaires de temps de travail pour justifier de la présence de son enfant sur le centre. Pendant des années cette jeune maman a donc dû donner huit heures de son temps quotidien pour ce qu'il faut bien appeler un travail non rémunéré, sans que le centre ne cotisât aux caisses de sécurité sociale ou de prévoyance pour elle ni son enfant. C'est un exemple parmi d'autres.Officiellement le terme de travail est attentivement banni, car des associations de nature cultuelle craignent le regard des administrations et d'être accusées de pratiquer le travail dissimulé. Alors il arrive qu'on ne dise pas "travailleurs bénévoles" mais "stagiaires pratiquants".
Le résultat est quasiment le même : les modestes ressources des uns et des autres sont aimablement ponctionnées tandis que ces innocents amateurs de spiritualité viennent offrir leur force de travail, souvent sans indemnisation, ni couverture sociale, ni dispositif de prévoyance, ni contrat d’assurance adaptée à leurs travaux.Autre exemple : pour assister aux 5 journées de l'enseignement d'un certain jeune lama tibétain en France au mois d'août 2005, il fallait à chaque curieux acquitter les 55 euros de carte d'adhésion à l'association, plus 20 euros par séance sous le chapiteau (soit 155 euros pour les 5 petites journées sous le chapiteau). Vous ajoutez à cela la nourriture, les boissons, l'hébergement et le transport, et éventuellement les offrandes, sans oublier la petite enveloppe glissée au lama s’il accordait un entretien.20 euros pour chaque brève session, c'est quand même un peu cher, ne trouvez-vous pas ? A ce prix là exactement je suis allé voir la création de l'opéra de Donizetti « L'Elixir d'Amour » au château de Sédières, 75 artistes avaient été réunis, dont l'orchestre Forum Symphonia, le choeur de la Camerata vocale dirigé par Jean-Michel Hasler et les voix solistes exquises comme celle du tenor Philippe Do. C'est quand même autre chose ! Mais revenons à ces cinq jours dans un centre euro lamaïste : Vous pouvez aussi inclure pour notre adepte le petit shopping inévitable : un peu d'encens, quelques bibelots, des livres, des textes rituels et quelques accessoires de la boutique "tibétaine" (où bien peu de Tibétains auront sans doute été vus en chair et en os !), un coussin rouge par exemple, et vous voyez qu'une semaine de séjour peut réellement s'avérer coûteuse. Coûteuse pour le participant, mais rémunératrice pour le centre d'accueil, il va sans dire... Comme je le signalais environ 1500 à 2000 personnes étaient présentes chaque jour, en faisant le compte vous verrez bien que c'est quand même assez rémunérateur pour les organisateurs de ces journées.On ne connaît pas beaucoup d'industries qui peuvent générer une telle productivité par euro investi. Dans le cas présent le travail des uns et des autres, tous bénévoles, n'est pas rémunéré (sauf celui du lama orateur ?), et ce produit séminaire vendu 155 euros consiste en de bonnes paroles doctement énoncées du haut d'un trône de contreplaqué laqué Glycéro vermillon.A cela il faut ajouter les dépenses supplémentaires de notre visiteur en quête de spiritualité soit autant de sources de revenus, en partie reçues en espèces, pour les associations qui ont choisi le business model de l'entreprise spirituelle.
Les legs en ligne de mire
Bras en l'air, les mains sur la tête ! Ce n'est pas un mudra tantrique. Alors... serait-ce un hold up ? Et bien non, je vous arrête de suite, ce n'est pas un hold up, c'est tout à fait institutionnalisé, au point même que la tendance dans certains centres est désormais de faire appel par voie écrite directement aux donations et legs de biens de la part des disciples en faveur de leurs congrégations religieuses bouddhistes récemment enregistrées au Bureau Central des Cultes.

Comme un héritage d'une propriété foncière intéresse davantage ce type de centre qu'une adhésion associative à 55 euros, les centres multiplient les initiatives pour encourager leurs dévots à faire un testament, ou à prendre des dispositions auprès de leur notaire, pour léguer leurs biens à leur structure dûment enregistrée comme congrégation religieuse. Comme les "post soixante-huitards" qui composent une part non négligeable des sympathisants de longue date ont tendance à vieillir, leur population est désormais en âge de constituer un pool de ressources à venir, qu'il ne reste à ces centres qu'à moissonner. "Pour le bien de tous les êtres" évidemment.

A quels saints nos contemporains sont-ils allés se vouer avec les icônes et les modèles du tantrisme bouddhique ? Est-ce bien nécessaire, alors que nos civilisations ont produit une telle richesse d'expérience qu'il suffit de redécouvrir en livre de poche, sans aller se ruiner en cartes d'adhérents aux "centres du dharma", initiations tantriques à 20 euros pièce, vêtements uniformément rouges d'un goût discutable, bibelots colorés et sans nécessité ?
J'ai voici quelques jours remis en service cet étonnant moulin à prière électrique qui dormait sur une étagère, juste pour le plaisir de contempler tourner la grande vacuité et essayer de mieux comprendre ce qui m'avait alors fait dépenser près de 100 euros pour cette machine improbable, aux bienfaits peu apparents, voire hypothétiques...Dans un autre registre, un autre contexte, romanesque cette fois :" En traversant les bureaux où malgré l'heure matinale s'affairaient déjà derrière leurs écrans d'ordinateur des secrétaires, des documentalistes, des comptables, je fus une nouvelle fois frappé par le fait que cette organisation spirituelle puissante, en plein essor, qui revendiquait déjà, dans les pays du nord de l'Europe, un nombre d'adhérents équivalent à celui des principales confessions chrétiennes, était, à d'autres égards, exactement organisée comme une petite entreprise.[...] L'organisation tournait à merveille, le legs des adhérents venait, après leur mort, enrichir un patrimoine déjà évalué au double de la secte Moon..."
Michel Houellebecq, La possibilité d'une île, Paris, Editions Fayard, 2005, p.406/485.
On sait que Houellebecq connaît aussi le classicisme Theravada du bouddhisme, sans être pour autant ébloui ni encore moins séduit par la perfection de sa rhétorique.On peut d’ailleurs se demander si le titre de son nouveau livre, "La possibilité d'une île" n'est pas, tout simplement, une allusion à la célèbre phrase attribuée au bouddha : "soyez une île pour vous-même, que la vérité (nature des phénomènes, bonne loi ou "dharma") soit votre unique refuge, que la vérité soit votre île."


Un autre regard sur un centre du dharma
Le blog d'Arnagala, la vache cosmique est si riche qu'il vous faudra partir à la recherche des thèmes qui vous intéressent. Au détour d'un post vous trouverez des informations très factuelles et rarement disponibles ailleurs. Ainsi j’y ai trouvé ce passage intéressant écrit à l’occasion d’un enseignement sur le dzogchen : "la transmission du Nyingthig Yabshi par P... Rimpoché à L... Ling (nous avons ôté les noms propres cités par l'auteur) :"L... Ling, c'est un peu comme le Titanic : tout en haut, il y a les cabines individuelles pour les riches, et tout en bas, il y a des tranchées dégagées au bulldozer. Une vraie mise en espace du samsara français. Moi, évidement, j'avais la dernière place, tout au bout de la dernière rangée. N'empêche, j'ai bien rigolé. " Et un peu plus loin :"Voici ce qui m'a durablement interpellé : un matin, je surpris une conversation dans le secrétariat. Une jeune femme était là, face à un membre du staff. Elle n'avait pas de quoi régler la totalité de la somme pour la "retraite". Elle expliqua qu'elle était seule, avec sa petite fille. Le type ne voulut rien entendre. Il dit, textuellement : "Soit vous payez tout, soit vous partez". Du coup je fus, moi aussi, très heureux de quitter ce lieu. […] Chacune de ces visites me confirme dans ma réaction initiale : hiérarchies, institutions, pouvoirs, superstitions, violences : injustice. Franchement, cette colère terrible qui m'a envahi face à la violence brute qui se voit dans les centres tibétains en Inde, je ne l'ai ressentie ailleurs que face au système des castes."http://shivaisme-du-cachemire.skynetblogs.be/?date=20060131#3044145



Un regard lucide sur les rituels d'offrande
Sur les tsoks, ou rituels d'offrande (de nourriture et de boisson) dans le bouddhisme de tradition himalayenne voici ce que nous dit Arnagala toujours sur son excellent blog consacré principalement au shivaïsme du Cachemire, et accessoirement aux diverses formes du tantrisme, y compris bouddhique :http://shivaisme-du-cachemire.skynetblogs.be/?date=20060131#2994994En voici un bref extrait afin d'encourager chacun à cliquer sur ce lien ci-dessus et à découvrir le texte dans son intégralité"Je ne sais pourquoi, mais j'ai toujours été réticent à participer aux rituels. Ce tsok (ganacakra en sanskrit) est, à l'origine, un rituel dans lequel les adeptes, hommes et femmes, boivent du vin, dégustent des viandes et s'accouplent, avant de consommer leurs sécrétions sexuelles.
Ca peut être beau, en tout les cas, c'est assez éloigné du tsok tel qu'il se pratique de nos jours, celui-ci étant plus proche de la "soirée" ou du thé entre amis. Mais ce qui m'a déçu, ce jour là, c'est surtout l'absence de recueillement des participants. […] Vous comprendrez donc quelle a été ma perplexité en voyant le lama regarder sans cesse sa montre, se grattant, exactement comme s'il était "speedé", et pas du tout en train de visualiser ou se recueillir […] Idem pour les autres.
Cette atmosphère de fébrilité, de distraction, je l'ai ressentie dans tous les centres que j'ai visités par la suite. Et pas seulement bouddhistes tibétains. "


Les institutions veillent
Une autre communauté bouddhique, d'autres problématiques... La nouvelle s'est propagée comme une traînée de poudre dans le landerneau du tantrisme bouddhique : un vaste centre lamaïste français a reçu les jours passés la visite de la gendarmerie locale. Rien que de très banal me direz-vous ? Et bien pas tout à fait. Selon la version que j'ai entendue (et qui mériterait confirmation et détails), il semblerait que cette investigation des forces de l'ordre en milieu monastique bouddhiste provînt en amont de l'une des administrations chargées du suivi du R.M.I. (revenu minimum d'insertion).Il aurait été découvert par cette dernière qu'une quinzaine (chiffre entendu et non vérifié, car on parle aussi de "plus d'une dizaine") de personnes logeaient à la même adresse dans une bourgade voisine du vaste complexe euro lamaïste. Le fait que cette unique adresse logeât un grand nombre de personnes avait éveillé l'attention, l'intérêt et l'incrédulité des fonctionnaires.
La question que les gendarmes vont maintenant devoir creuser est la suivante : se pourrait-il que toutes ces personnes présentaient cette adresse officiellement et fictivement pour leur demande de RMI, alors qu'en réalité elles habitaient pour la plupart dans les dépendances du monastère, servant ce dernier comme "stagiaires pratiquants", vaquant gratuitement à diverses tâches dans l'enceinte élargie de sa communauté : peintures, cuisine, jardinage, travaux sur les bâtiments, etc. ? Les gendarmes sont sans doute venus tirer au clair cette affaire et s'assurer que l'argent public du RMI ne servait pas à financer indirectement les activités monastiques.Il est bon de rappeler à ce point que cette communauté du tantrisme bouddhique (reconnue comme congrégation religieuse par le bureau central des cultes) demande à ses "stagiaires pratiquants" de verser une sorte de loyer mensuel, ou autrement dit d'acquitter une pension, pour justifier de leur modeste hébergement collectif et de la restauration servie sur place ainsi que de leur entretien (machines à laver, eau chaude sanitaire, etc.). Je ne connais pas exactement le montant actuel de ce loyer qui pourrait être compris entre 130 et 190 euros par mois.Ainsi si l'allégation d'une adresse de complaisance pour toucher le RMI était vérifiée, et si les investigations de la gendarmerie aboutissaient dans ce sens, cela signifierait que la congrégation monastique ou l'association des retraites de 3 années qui cohabite à la même adresse faisait travailler ce groupe de bénévoles, qu'elle les faisait payer en plus leur hébergement, et surtout qu'enfin le RMI de ces volontaires, c'est à dire l'argent de la République, finissait indirectement, en tout ou partie, dans les caisses de la communauté...Très probablement la ligne d'argumentation de la direction des lamas occidentaux sera de dire qu'elle ne savait rien de cette pratique d'adresse fictive éventuelle, et qu'elle ne s'occupait pas pour ses stagiaires pratiquants de leur obtenir le très convoité RMI...Le montant des sommes en jeu n'est pas négligeable car même si individuellement et mensuellement il ne représente que quelques petites centaines d'euros tout au plus, multiplié par le nombre de stagiaires, puis par le nombre de mois pendant lesquels ce système a pu fonctionner, il représente des sommes conséquentes.Il serait intéressant de savoir si cette pratique d'adresses fictives, que je découvre avec vous aujourd'hui par cette information, est répandue et si cette anecdote en est un premier symptôme...


Réponse à un jeune homme de 27 ans qui m’écrivait sur un forum Internet
[Voici la lettre que j’ai reçue : (sous forme d’extrait, les données personnelles et d’état civil ont été ôtées, certains détails privés transformés pour qu’on ne puisse pas identifier l’auteur et que cette publication respecte sa vie privée)]

« J'ai 27 ans et depuis maintenant 7 ans je m'intéresse au bouddhisme.A 20 ans, j'ai rencontré une personne qui m'a pas mal ouvert les yeux sur la vie. Il m'a aussi conseillé de lire des livres traitant du bouddhisme.D'abord fasciné par certain rite magique puis par la véritable quête spirituelle... je vis ma vie depuis comme tout bon jeune homme qui se respecte...cependant cette obsession du bouddhisme revient tout le temps...j'y pense souvent...je me suis fait un tatouage avec le symbole om, j'ai été voir le dalaï lama a Bercy, je suis allé m'acheter un mala ... etc. . Etc. Je ressens le besoin de me tourner vers toutes ces choses que je ne connais pas encore assez mais dont je reste persuadé qu'elles sont essentielles pour moi.A l'heure d’aujourd’hui, j'ai décidé plusieurs choses.Apprendre le tibétain et faire parti d'une école qui enseigne le bouddhisme tantrique. Ce qui me parait être un bon début...de cette façon, je v voir objectivement et de plus près tout ceci.Vous savez, je ressens ça comme un appel, ça ne dure pas depuis 1 an mais 7 ans ...je réfléchis bcp, je pense bcp et parfois, je pense même à quitter la France pour partir au népal.Alors avant d'y aller, je préfère connaître un peu mieux. Vous parlez de dépendance, on peut aussi parler de fascination car dans mon cas, le mot serait plus juste. [...]»

Voici la réponse que j’ai adressée à l’auteur de ce message sur un forum Internet :

« Je réponds à votre message plein d'enthousiasme sans détour.Mais vous êtes en plein dans le désir, dans le désir du spirituel !Je pense que votre vitesse et votre vif désir de découvrir ce milieu et ses pratiques tantriques feront de vous une proie facile, et il me semble que vous risquez de vous brûler les ailes en décollant ainsi vers le nirvana. Je ne vois que la déception comme issue à cette démarche, telle que vous la présentez dans votre message. Il me semble que si la curiosité investigatrice est un moteur indispensable à toute découverte, la curiosité ordinaire est aussi la faiblesse des adeptes qu'exploitent le plus volontiers des groupes qui se retranchent derrière le mystère, l'apparence, la fascination et le désir spirituel. Votre sincérité, votre candeur (je songe à votre amusant tatouage "om" !) et votre urgent désir d'expérience spirituelle risquent d'attirer ceux qui voudraient en tirer parti ou tout simplement disposer de votre bonne volonté en vous faisant miroiter que l'illumination est au bout de leur voie.
Car les écoles sérieuses ou les guides convenables (il en existe encore) ne vous donneront sans doute pas la satisfaction que vous attendez. Je doute fort qu'ils acceptent de pourvoir à vos besoins de satisfactions spirituelles, qui ne sont pas si différents des désirs ordinaires et de la passion pour la vie de tout un chacun !

Vous voulez quelque chose, vous le voulez absolument, tout à fait comme un jeune homme qui veut une voiture ou un bon travail ou une charmante copine ! Seulement votre objet de convoitise s'est déplacé dans le domaine du "spirituel". Vous jouez au Dharma comme d'autres veulent gagner au loto. Et vous êtes bien accroché semble-t-il, comme vous le dites. Aucun ami spirituel digne de ce nom ne voudra vous laisser croire un seul instant que ce désir d'évasion est celui de la quête du bouddha. Le problème est que vous allez trouver tout aussi facilement des lamas ou des eurolamas pour vous proposer un "programme compasssion-éveil" clés en main, en France ou au Népal, ravis d'avoir un adepte de plus, voire un travailleur bénévole et corvéable si vous tombez mal. Il y a aussi un contresens possible sur la gratification du tantrisme bouddhique en filigrane de votre amical message. Selon des observateurs qualifiés les premiers plaisirs innocents et subtils du tantrisme (tumo -en tibétain- appelé aussi kundalini -en sanskrit- par exemple) sont en général donnés en sus, à ceux qui ne les ont pas demandés, comme une gratification surprenante et inattendue. Je dirais presque : gratuite. Le bonheur de cette spontanéité (appartenant à l'expérience mahamudra dans la terminologie de plusieurs écoles) vient le plus souvent à des personnes qui se sont plutôt engagées sur une voie de simplicité et de placidité. Et c'est, si vous y réfléchissez, une prudence élémentaire que de ne pas donner d'allumettes à de petits enfants agités !Je pense donc que vous pouvez trouver dans la vie des sources de satisfaction qui vous permettront de canaliser plus utilement et agréablement votre énergie. Il me semble que vous avez tout simplement besoin de vraie relation amoureuse, ou de bons projets personnels à inventer, et non d'une initiation lamaïste ! Cette solution bouddhiste est un peu facile, un peu commode ! : Vous voulez vous confier à une pédagogie de l'éveil qui va faire le travail pour vous et vous économiser la réflexion personnelle, la construction de projets de vie et d'aller à la rencontre des autres ! Vous courrez à la désillusion. Vous risquez seulement de vous ramasser. Et vous ne pourrez pas dire que l'on ne vous aura pas informé.Dites-vous bien enfin que votre idée de plaisirs qui ne durent pas dans le samsara et de plaisirs qui durent dans le bouddhisme tantrique est erronée, c'est juste un cliché des textes bouddhistes, mais ce n'est pas toute la réalité. En réalité c'est tout le contraire : dans la vie ordinaire vous pouvez construire des amitiés, des expériences, des relations qui durent, parfois des années, parfois des décennies, plus rarement toute un vie. En revanche, dans le tantrisme ce sont vos ressources subtiles qui vont être libérées au prétexte de "purifier vos tendances et votre karma". Et cela c'est encore dans le meilleur des cas, celui où vous rencontrez une tradition authentique.Voici comment des adeptes racontent cette expérience à leur manière : vos ressources subtiles (tiglés) disposées en grappe le long de l'axe médian du corps, devant la colonne vertébrale, vont activer des souffles subtils (lung) qui génèreront en s'élevant, en effet, des moments de félicité (samadhi). Mais ces ressources ne sont pas illimitées et seront donc tôt épuisées, au fur et à mesure de l'ouverture des réseaux de vésicules subtiles (tiglés). C'est à dire que pour l'adepte du tantrisme le meilleur moment c'est aussi quand on monte l'escalier, quand les ressources sont encore intactes, concentrées, et qu'elles commencent à être ouvertes.
En effet, après quelques années seulement de pratique, et surtout si vous commencez jeune, vous risquez de vous retrouver prématurément dévitalisé et vidé de vos juvéniles ressources à la mesure de l'intensité des plaisirs, des extases et des expériences méditatives que vous aurez ressentis (dans le meilleur des cas) pendant votre pratique du bouddhisme tantrique. D'autre part ces pratiques sont potentiellement dangereuses, et risquent surtout de vous fasciner encore plus, vous faisant négliger les choses de votre vie, vos engagements vis à vis des autres, votre avenir, etc.
Enfin on n'a jamais vu un adepte du tantrisme surfer seulement sur la vague de la félicité, en général si ces moments privilégiés arrivent en effet selon les disciples eux-mêmes, ils alternent selon eux peu ou prou avec des moments désagréables d'emprise douloureuse. Les adeptes les appellent prudemment et poliment "purifications". Par exemple dans la tradition Karma Kagyu les retraitants se plaignent souvent de douleurs inattendues au niveau du coeur (plexus cardiaque) qui durent parfois pendant des heures, lors de moments de repos, ou de détente par exemple. Certains attribuent ces sensations désagréables à l'emprise tantrique elle-même par exemple à "l'activité des protecteurs courroucés (mahakala)" (sic).De toute façon, même les plaisirs issus des pratiques perdront de leur intensité en quelques années, disons une dizaine tout au plus selon les estimations des plus satisfaites, sans doute plus tôt percevrez-vous déjà cette diminution de l'intérêt de ces pratiques, et vous laisseront-elles aussi progressivement moins vigoureux.Le problème que vous auriez sans doute est que, si vous voulez alors revenir vers une vie active ou des projets dans le monde, vous ne disposerez plus de vos ressources psychosomatiques les plus stables qui auront littéralement été dissipées, fondues, consumées dans ces quelques années de moments de félicités tantriques. De plus vous aurez tourné le dos à vos amis, vos connaissances et à votre milieu pour embrasser votre vocation spirituelle, et personne ne sera là dix ans après pour vous donner la becquée. (Et ce que j'ai décrit c'est le meilleur des cas que racontent les anciens adeptes. Le voyage, toujours selon eux, peut aussi mal tourner, si les choses ne se passent pas comme vous le voulez).Il n'y a pas de miracle dans le tantrisme, même authentique disent les anciens qui en sont revenus : c'est "l'auberge espagnole des canaux subtils" (tsa) : vous consumerez vos propres ressources vitales, et lorsqu'il n'y en aura plus beaucoup vous serez très calme, un peu ramolli, et sans beaucoup de ressort pour faire face aux vrais défis de votre vie.Vous ne devriez pas fuir pour vous réfugier dans les paradis artificiels du tantrisme. Car les réveils seront bien plus difficiles, et vous ne pourrez plus revenir en arrière. Et par pitié allez au Népal en touriste, honnêtement, votre appareil photo en bandoulière, tel quel, et ne nous rejouez pas savamment Alexandra David Neel initiée en robe rouge !! Vous seriez le seul à vous abuser.Plutôt que d'apprendre le Tibétain classique (celui des textes rituels) qui est surtout une forme écrite et presque une langue morte (pour érudits, traducteurs et chercheurs), je vous suggèrerais volontiers si j'osais vous prodiguer ce conseil, d'utiliser plus utilement votre précieux temps à étudier le mandarin qui vous permettrait de communiquer avec un milliard trois cents millions d'amis, de travailler, et de découvrir aisément une autre facette de la planète. Vous feriez ainsi comme les Tibétains eux-mêmes : vous apprendriez le chinois et vous pourriez aussi communiquer avec tous les Tibétains de la région autonome ! »


Albator, un ancien camarade m’écrit
[J'ai reçu récemment ce message d'un ancien bénévole, jeune homme avec lequel j'avais alors fait connaissance lors de mon séjour de recherche en immersion dans un monastère. Cela faisait presque dix ans que je n'avais pas eu de ses nouvelles. J'ai joint ci-dessous son intéressant courrier parce que son auteur m'en a donné la permission. Les noms propres ont été changés.]Courrier d'Albator :" Salut, c'est Albator : j'ai partagé ta chambre au monastère [bouddhiste de tradition himalayenne] pendant deux mois en 19...Je suis heureux de te lire [sur Internet] : enfin la vérité est dite, pourtant pourquoi tout ce chemin ?Puisqu'il n'y a rien à faire à forcer, à vouloir, tout est là depuis le début. Notre éveil : plus on le cherche, moins on le trouve, puisque nous sommes déjà éveillé à notre naissance sur terre, car l'éveil c'est la vie qui coule en nous tous ; la récompense et le bonheur tant recherché, c'est de vivre, vivant !Mais il nous faut nous perdre pour le comprendre ; le prix peut être très cher, car on peut devenir fou au monastère de Félicité et la folie peut être irréversible : j’ai fait 6 ans de psychothérapie avec une femme exceptionnellement lucide pour redevenir vivant, dans la vie, seul, pour défaire ce qui a été fait à Félicité. Le prix à payer : perte de mémoire, avoir la tête dans la lune, souvent perte d'amis, perte de temps, perte de projet social et personnel, rêve et illusions etc.Il serait intéressant de se rencontrer aujourd'hui ou de converser par email.J’ai senti la mort au monastère. Que des gens riches d'expérience, mais qui n'entendaient plus rien de la vie que « l'éveil » : bourrage de crâne de méga-connaissances ! Il y en a pour toute une vie de lecture et de pratique, et pour quoi ? Rien !Nous sommes déjà le résultat de l'éveil. Quelle prétention de vouloir être plus que le meilleur qui soit : être soi même ! Voilà le vrai enseignement, ce qui veut dire que nous sommes responsable de nos actes passés, présents et futurs. Il n'y a pas d'éveil absolu, ultime, [ni] un « identique » à atteindre.Le bouddhisme donne des outils de travail sur soi, ouvre l'esprit à des voies différentes, à des visions de la vie autres, mais, une fois l'outil utilisé, il faut le poser à côté de soi, savoir le regarder, l’oublier ou le reprendre en pleine conscience, ne pas se perdre. Qu’il faille apprendre à lâcher prise sur plein de choses, rester modeste, humble, être ici et maintenant : c'est l'enseignement, le vrai, et l'autre : apprendre à aimer, en réalité tout cela reste l'enseignement du bouddha et du Christ.Mais la façon qu'il est enseigné à ce monastère est très dangereuse pour l'esprit, car on trompe les gens en leur mentant, et en les laissant se tromper, délirer, on profite d'eux (argent, dons, travail gratuit. Des amis ont vendu leur maison pour que leur fils fasse une retraite. Idéal de vie de la famille : le summum.) Moi, j'ai failli rester fou après, et pas pendant, car c'est très difficile de rester lucide, au bout d'un certain temps sur place.Je te tire mon chapeau d'avoir gardé ce recul suffisant pour ne pas y laisser trop de plumes. J’ai eu des contacts avec S. (chauffeur de camionnette) et avec le Belge, avec Y. et sa mère...Et si nous nous mettions tous au travail !
Albator"

Le message d’Albator, explicite, se passe sans doute de commentaires.


Le tantrisme une affaire de perceptions et d’initiés
Dans le modèle tantrique la compassion serait ce choix de visualiser le monde, comme soi-même, sous des formes divines et adamantines, le choix de voir les autres comme des bouddhas, des dakinis, des protecteurs, etc., le monde comme un palais évanescent mais parfait, et les sons de la vie comme autant de chapelets de mantras...La compassion tantrique ne serait donc pas de faire le bien, de donner ou de partager, mais de voir et d'écouter le monde et les autres autrement sous une forme plus aboutie, comme des bouddhas débitant des cycles de mantras dans une terre pure, ou comme des dakas s'accouplant aux dakinis dans un palais divin...Ce choix de méthode permettrait ainsi à ceux qui peuvent visualiser (parce qu'ils ont reçu la permission que donne l'initiation tantrique ad hoc par le gourou) de pratiquer officiellement la compassion, sans rien avoir à faire, sinon percevoir sous forme adamantine la réalité ordinaire. Seuls les initiés seraient supposés réussir ce tour de passe-passe tantrique, c'est à dire le maître et ses seuls disciples initiés. Seuls, ils pourraient "libérer" les apparences du monde en les voyant "pures". Ce charisme leur permettrait de libérer, d'éveiller et de combler les êtres sans rien faire et surtout sans rien donner !C'est à dire que la compassion des tantrikas est une affaire d'initiés. Ceux qui ne le sont pas, qui n'ont pas reçu la permission et l'initiation du gourou doivent prier, supplier de la recevoir, et donc entrer dans le système tantrique, celui de ses fourches caudines et de ses codes...La "compassion" du tantrisme ne serait donc pas une affaire d'actes mais de perceptions ; et ces perceptions étant réservées aux élus du maître, le mot d'ordre de la compassion reviendrait à assujettir tout disciple souhaitant la pratiquer au maître et à sa phalange de disciples plus introduits...La compassion est alors synonyme chez le yogi tantrika d'assujettissement au tantrisme et d'engloutissement dans l'entonnoir progressif de ses pratiques imaginatives, inspiratives et intuitives sans retour en arrière possible, et cela sous la houlette exclusive du bienheureux « gourouji » !Que des dérives sectaires puissent intervenir parfois ici ou là dans ce processus ne devrait surprendre personne...


Précaution de langage
Je ne suis pas un critique du bouddhisme "tibétain", même s'il s'agit surtout ici d'une précaution oratoire. En effet, j'utilise le plus souvent les termes "tantrisme bouddhique", "bouddhisme tantrique" (ce dernier adjectif est d'ailleurs un néologisme) ou "bouddhisme de tradition himalayenne" pour ne pas dénigrer une population tibétaine qui a souffert au cours de son dernier siècle d'histoire et dont je soutiens la volonté sociale de liberté et d'autonomie.
Dans ce bouddhisme lamaïste pratiqué en Occident, disons le de nouveau, il y a très peu de "Tibétains" ! Et puis ce bouddhisme n'existe pas qu'au Tibet, mais aussi au Népal, au Sikkim, au Bhoutan, au Cachemire, en Inde, depuis 50 ans parmi la diaspora d'origine himalayenne, et aussi depuis 30 ans parmi les populations occidentales de souche.
Parfois, pour ne pas dire souvent, aucun ressortissant d'origine himalayenne ne réside en permanence aujourd'hui dans ces nombreux "centres du dharma" qui ont essaimé en Occident. On ne peut donc pas parler de manière lapidaire de "bouddhisme tibétain".J'ai eu la chance formidable d'étudier auprès d'un rinpoché tibétain (khampa) à la réputation impeccable d'intégrité, dont j'ai été secrétaire éditorial pour ses deux tout derniers livres à la fin de sa vie (il est décédé fin 1997 à l'âge de 80 ans). Le vieux moine m'a laissé une excellente impression, et un souvenir inoubliable.

Mais justement quand on a goûté au vrai, quand on a touché du doigt l'authentique, on devient plus difficile ("picky"), et c'est en effet ce qui me permet de disposer de critères d'appréciation et d'établir des comparaisons, bien malgré moi, et qui me paraissent en effet parfois bien cruelles.

Bouddhisme silencieux et bouddhisme disert
En Asie, que ce soit du Sud ou de l'Est, j'ai remarqué d'ailleurs que les moines et les laïcs qui pratiquent le bouddhisme sont beaucoup moins diserts, plus économes de sermons et de conseils spirituels en tous genres. Souvent, il faut les solliciter pour obtenir une réponse, qui s'avère alors concise, sinon lapidaire. En bref, une certaine modestie, une retenue, peut-être liée à certaine qualité de la culture, prévaut encore...
C'est aussi comme si le silence comptait plus que les mots, ce qui était aussi la marque de fabrique du vénérable lama tibétain, le Très Précieux" dont j'ai raconté ailleurs la rencontre. Son silence après une brève explication, son attitude, voire sa gestuelle communiquaient avec ses quelques mots bien choisis une signification qu'il fallait percevoir, à laquelle il fallait parfois même revenir pour mieux la comprendre...
Il ne jouait pas vraiment aux devinettes avec ses conseils énigmatiques, mais il encourageait ainsi chacun à élaborer sa propre compréhension, à se l'approprier. Il semblait aussi éviter les jugements à l'emporte-pièce et faisait aussi toujours au cas par cas...

Au fond j'ai eu la chance de rencontrer avec le Très précieux, et aussi en Asie ce bouddhisme naturel, culturel et vivant qui était en accord avec les personnes qui nous le communiquaient, généralement de personne à personne, souvent dans le cadre d'une relation préservée, unique, amicale et de confiance.
En Europe nous avons fait au bouddhisme ce que nous avons fait à la nourriture : un Mac Do spirituel, où tout est déjà cuit et emballé pour le disciple, à condition qu'il ait payé sa carte d'adhésion, et le supplément visite du temple, et le supplément initiations. Cette idée d'une spiritualité uniformisée, standardisée, et payante, ce Mac Drive de l'éveil est précisément ce qui me donne cette légère sensation de découragement.
A quoi bon me dis-je, à quoi bon même signaler aux candides qui viennent au guichet prendre leur GiantBurger que ce n'est pas là la nourriture spirituelle authentique que j'ai entraperçue ici et là au contact du vrai. Je ne veux pas diminuer leur plaisir, ni passer pour un grincheux, ni ne gêner personne. Mais c'est vrai que dans ces conditions je ne vois pas d'embellie, ni le « réveil de l'éveil » en Occident.Il me reste des souvenirs, comme ce monastère école d'orphelins, tous des moines, suspendu sur des pilotis non loin du fleuve Irawady en Birmanie (près de Pagan, nous nous y étions rendus en barque par le fleuve).
Le monastère sur pilotis était si délabré que le poids des visiteurs menaçait de faire s'effondrer le plancher de planches disjointes où l'on voyait le jour et l'on devait éviter de passer à travers.
Les moinillons, légers et menus, glissaient et couraient avec habileté sur ces vieilles planches qui leur tenaient lieu de sol. Lorsque nous sortîmes de ce lieu déshérité et que nous redescendîmes l'escalier de pierres, tous ces novices se regroupèrent dehors, à l'étage sur le pas de la porte du monastère, et nous regardèrent partir pour reprendre notre barque, et ils nous regardaient silencieusement, avec cette gravité propre parfois aux enfants, et si particulière aux bonzes theravada. Il me sembla en cet instant précis que l'un ou l'autre d'entre eux nous disait "emmenez-moi d'ici, sortez-moi de cette pauvreté", tandis que déjà notre frêle embarcation s'apprêtait à larguer les amarres.


Des communautés bienveillantes et paisibles
Je n'ai pas entendu parler de scandales ni de dérapages dans les écoles Theravadin issues de la communauté asiatique française, du moins rien qui atteigne sérieusement la rubrique des faits-divers.

Il n'y a pas de problèmes en général avec les communautés à fort enracinement asiatique, issues d'Asie du Sud-Est, du Vietnam par exemple, comme celle des Pruniers dans le Sud-Ouest de la France pour ne citer que celle-là. Non seulement ces personnes vivent leur culture et leur héritage dignement mais aussi tranquillement.

Et souvent il arrive que des enseignants et des pratiquants de tradition Theravadin doivent se démarquer du bouddhisme de tradition tibétaine, compte tenu de la réputation sulfureuse que certains "maîtres" himalayens ont pu ici ou là donner, hélas, à tout le bouddhisme lorsqu'il sont eu des déboires avec la justice ou avec l'opinion publique.

Sur le fond, nous ne faisons ici que nous associer à un mouvement plus vaste issu d'ailleurs aussi des autres traditions bouddhistes, où s'exprime une certaine lassitude face aux récents et nombreux scandales qui ont nuit à la bonne réputation du lamaïsme, et surtout qui ont affecté tout le bouddhisme par effet de halo et d'amalgame.
Les autres traditions ont été moins éclaboussées récemment, à l'exception peut-être du Zen, avec un côté moins reluisant de la célèbre école Soto et quelques dérives dans sa principale branche associative en Europe. Le chapitre VIII du présent ouvrage est d’ailleurs consacré à cette question (« le Zen en guerre »). En revanche les traditions Theravada autochtones font souvent l'objet d'articles navrés dans les rubriques faits-divers en Asie du Sud-Est. Depuis une dizaine d'années, avec une presse plus libre, les populations découvrent quotidiennement ou presque les tentations des clergés monastiques au Cambodge ou en Thaïlande, par exemples, lorsque des moines se font attraper la main dans le sac.

Le cas est flagrant en Thaïlande où la justice impose à la police de filmer les scènes de « flags » (arrestations en flagrant délit) avec un caméscope numérique. Ces images sont parfois diffusées pour l'exemple à la télévision nationale.
Et plus personne ne peut ainsi avoir d'illusions quant à la vertu de bonzes costumés et perruqués, cachés derrière de grosses lunettes noire contant fleurette à des hôtesses, devant des verres de whisky, sur fond de karaoké, dans ces bordels qui ont fleuri à Bangkok. Parfois aussi c'est ainsi un célèbre moine supérieur de temple qui est ainsi contrôlé sortant d'un rendez-vous galant et nocturne avec deux tendres partenaires, costumé en colonel au volant de sa grosse Mercedes, et bien entendu perruqué pour l'occasion. En France la protection de la vie privée rendrait impossible ce type de surveillance policière, et c'est sans doute tant mieux.

Enfin, pour conclure ce développement, le bouddhisme s'il existe en effet sous forme de textes, s'évalue aussi à ses fruits, c'est à dire selon les expériences qui sont tentées en son nom, en particulier en Occident.
Une doctrine qui serait simplement textuelle peut évidemment être parée de toutes les qualités, comme une utopie qui ne serait jamais éprouvée dans la pratique.
Mais il est clair qu'en prenant le risque de fonder des communautés, des groupes, des congrégations au nom du bouddhisme sous ses diverses formes de transmission, nos contemporains ont pris un gros risque : celui de révéler, de montrer, d'exposer cette belle doctrine dans sa réalité quotidienne, dans ses exemples parfois décevants, dans ses limites sociales, et aussi peut-être dans ses dérapages institutionnels.
Mais pouvait-on en faire l'économie ? Il semble que, demain, nos contemporains seront plus informés, car ils auront sous les yeux la mise en application de ces nobles déclarations contenues dans les textes attribués au bouddha, ou colportées par les enseignants asiatiques.
Il est clair qu'une part de désenchantement est inévitable, comme cela fut le cas avec le catholicisme qui n'a pas toujours bien résisté à l'épreuve du temps et de la pensée critique.Il est pensable qu'il puisse en être de même pour des bouddhismes réels, des bouddhismes de groupe, institutionnels. Il est même probable que cette exposition a déjà bien commencé et qu'on n'en est plus à l'époque de premiers enthousiasmes européens. Les premiers bilans sont contrastés, parfois déçus, et l'Occident n'a pas fini de découvrir ce qui se cachait, pluriel et complexe, derrière les apparences...





VII
Scandales


Des témoins privilégiés en Occident ont appliqué chacun à sa manière l’exigence de la charte du libre discernement :

June Campbell (traductrice de Kalou rinpoché) raconte dans un livre profond et sensible, Sky Dancers - Feminist Views of Tantric Buddhism, qu'elle a longtemps été la partenaire malgré elle de la vie très secrète du célèbre moine.

James et Tara Carreon ont été témoins sans illusions de l'introduction du tantrisme bouddhique aux USA.

Christian Pose à l'issue de trois années de voyages comme moine errant en Inde a pu esquisser une critique sociale du lamaïsme, élaborée de l'intérieur, avec son site "ni bonze ni laïc".

Victor & Victoria Trimondi ont invité le dalaï lama en Allemagne ont attentivement esquissé les ombres d'un système et présenté quelques fréquentations "controversées" du Prix Nobel de la Paix dans leur étude de 800 pages "the shadow of the dalai lama".
Comme nous l’écrivions en conclusion du chapitre précédent, les scandales découverts (grâce à l'Internet) ne doivent pas éclabousser toutes les communautés bouddhistes qui sont ni plus ni moins vertueuses que la société dont elles sont des reflets. Les faits racontés concernent quelques individus, et ne doivent pas produire d'amalgame infondé.
Cependant le mérite de ces anecdotes peu édifiantes et de relativiser la passion spirituelle, de la tempérer, de montrer la complexité du social tantrique.
Quand on se promène dans une ville, dans les rues, chacun fait attention à son sac et à sa carte de crédit. De même il est nécessaire d'exercer un discernement et une attention maintenue aussi dans les enclos du tantrisme bouddhique.Ce n'est pas parce que le porche est passé que le comportement y est soudainement exemplaire. On y retrouve les mêmes difficultés sociales, psychologiques qu'ailleurs, sans doute amplifiées. N'étant pas prévenus, ou croyant que c'est inimaginable, les sympathisants sont plus exposés qu'ailleurs. C'est la candeur des enthousiastes qui les expose, bien plus que la malice discrète de quelques habitués.Disons que cette atmosphère de don de soi et d'aspiration sincère pourrait devenir un terrain de prédilection pour de très rares prédateurs qui s'affubleraient des signes évidents de la bénignité. A partir du moment ou le visiteur reste sur ses gardes, il ne court pas plus de risque qu'ailleurs, disons pas plus de risque qu'une jeune fille en minijupe marchant seule dans un quartier sensible la nuit.

Les Tibétains de la jeune génération qui connaissent la langue anglaise nous informent des dérives de leur tradition religieuse sans grand ménagement. Leur ton est souvent plus sévère que celui de la critique Occidentale. Voici ce que dit Tenzin Wangyal des tulkous, ces célèbres réincarnations de lamas. Ancien élève du Tibetan Children Village, Tenzin Namgyal fait parti de l'équipe de direction de l'association Students for a Free Tibet. Il vit actuellement aux Etats-Unis :

« Nombre de nos tulkous (lamas réincarnés) sont capables de faire ce que Siddhartha Gautama (le bouddha historique) était incapable de faire - ils concilient très facilement leurs vies de luxe et de privilèges avec la pauvreté et la souffrance visibles hors des murs de leurs palaces. En fait, beaucoup préfèrent s'isoler eux-mêmes en restant dans leurs cocons confortables. Une fois reconnu, un jeune tulkou hérite d'un labrang, ou domaine, consistant en propriétés, serviteurs et trésor. […] Beaucoup de Tibétains perçoivent les tulkous comme des marchands de bouddhisme tibétain entreprenants, tels ceux qui savent vous convaincre que le diamant que vous tenez dans la main est un morceau de verre, que vous pouvez le jeter, et qui, une fois que vous avez tourné le dos, le ramassent, le nettoient et le mettent dans leur poche. »

Il faut découvrir le texte intégral de l'article :
http://www.buddhaline.net/annuairedubouddhisme/tibet_verite.html pour comprendre quelles sont selon l'auteur les quatre principales faiblesses du bouddhisme tibétain. L’article a été traduit par Sandrine G. est mis à disposition par notre confrère @nnuaire du bouddhisme.

'Faut-il se confier à un "gourou" ?'
C’est la question que me posait récemment une internaute. Je crois que la réponse est contenue dans la question. Je ne donnerai qu'un exemple, celui de June Campbell. Citée au tout début de ce chapitre, elle a raconté son histoire dans un très beau livre paru en 1996 (relié) et réédité en 2002 (broché) sous le titre Traveller in Space : Gender, Identity and Tibetan Buddhism [Voyageur de l’espace : sexe, identité et bouddhisme tibétain], Athlone Press.

Elle était l'interprète du très regretté Kalou Rinpoché. Ce moine est sans doute l'un des plus vénérés du tantrisme bouddhique. Etant directement à son service, elle ne souffrait pas de la pression des échelons intermédiaires souvent très perceptible et dérangeante dans ces écoles. Elle était donc dans des conditions parfaites pour faire un beau voyage spirituel au service de ce très digne moine.

Cependant, il lui fallut, raconte-t-elle dans son livre paru en anglais, accepter les relations sexuelles que le maître exigea d'elle (il était un "chaste" moine portant la robe et visiblement astreint à leurs voeux), puis les relations sexuelles avec l'un de ses proches, un parent à lui, c'est à dire sans doute une forme simple de la polyandrie répandue dans les cultures himalayennes. Enfin une deuxième maîtresse beaucoup plus jeune fut introduite dans cette intimité des deux hommes et June dut accepter la nouvelle venue (qui mourut d'ailleurs prématurément).A l'issue de l'expérience, c'est à dire après la mort du vénérable, June mit je crois près de quatorze années avant de pouvoir se résoudre à raconter son histoire. Et ce n'est pas un merveilleux voyage qu'elle raconte, mais l'histoire d'un douloureux secret. Les deux hommes ayant exigé d'elle l'absolu secret sur ces relations qui auraient terni l'image du maître si elles étaient venues à la connaissance des disciples, June se sentit selon ses mots "abused", abusée, et mit longtemps pour se reconstruire.Kalou était sans doute le moine le plus réputé en Occident dans son école. Il était reconnu comme un véritable bodhisattva par tous. Le voyage de son disciple fut cependant décevant. Imaginez donc ce que cela doit être que de suivre aveuglément des maîtres moins accomplis, de moindre exigence ou de moindre expérience...Bien que le livre de June Campbell ne soit pas disponible sur Internet (il est protégé par les lois sur le copyright), il peut être commandé sur Amazon à cette adresse. En voici une très brève citation pour information :
"Que pensait la femme du lama? Je sais que l’Inde et le Tibet sont un monde différent. On m’expliqua qu’avoir des rapports avec une très jeune femme était une ‘ pratique de longue vie ’ qui donnait de la force au lama. Les hommes puissants l’ont toujours cru et en Asie les personnalités tant religieuses que politiques ont toujours agi ainsi. [...] On me dit ensuite que, dans une société encore féodale comme le Tibet, c’était un honneur pour sa famille. Ils étaient probablement pauvres et maintenant, ils faisaient partie de l’entourage du lama; tous allaient être mieux traités. Pourtant, je m’interrogeais encore au sujet des jeunes filles. Qu’en pensaient-elles? J’ai parlé à de nombreuses femmes occidentales qui avaient couché avec leur lama. [...] Mais aucune d’entre elles ne décrit cela comme un enseignement; il n’y avait rien de tantrique dans tout cela. Le sexe était pour le lama, pas pour elles."Des extraits en anglais sont également disponibles actuellement sur cette page d'un forum. (excerpt from June Campbell, Traveller in space.)J'espère que cet exemple permettra un peu mieux de répondre effectivement à la question intéressante : d'où vient cette nécessité de s'en remettre à un "guru" ?
Les Occidentaux se réveillent, en particulier les femmes, et ne laissent plus les abus se développer sans réagir. Vous pouvez lire ces pages d'un autre forum où vous découvrirez en détail que l'impunité n'existe plus, même pour les lamas les plus connus.


Amalgame ?
Se pose alors la question de l'amalgame entre diverses sortes de bouddhismes, en particulier bouddhisme de tradition himalayenne et bouddhisme au sens général. Il se trouve que le bouddhisme tibétain est aujourd'hui sans doute la forme la plus répandue de bouddhisme pour les nouveaux convertis.Je veux dire par là que si les descendants des migrants d'Asie du Sud-Est sont majoritairement de tradition Theravadin, voire parfois Zen pour certaines écoles vietnamiennes, les Français de souche et plus généralement les Européens ont plutôt adopté les formes tibétaines du bouddhisme.L'amalgame est du fait, d'une part, des adeptes du tantrisme bouddhique qui se réclament du bouddhisme, je dirais du bouddhisme tout court, et qui semblent compter beaucoup sur cette reconnaissance pour asseoir leurs traditions en Occident. Cet amalgame est aussi du fait, d'autre part, du grand public qui connaît encore assez peu la pluralité du bouddhisme et pour qui ces nuances ne sont pas très explicites ni pertinentes.Il est donc inévitable que le grand public ne perçoive pas bien cette ambiguïté, puisque tout est fait dans les rangs de ses promoteurs pour que le bouddhisme tibétain soit, vu de l'extérieur, indifférencié et apparaisse comme une tradition naturelle, évidente, intégrante du bouddhisme. D'ailleurs les congrégations de tradition himalayenne enregistrées au bureau central des cultes sont généralement présentées comme des monastères bouddhistes plutôt que comme des lamaseries. Et le dimanche lors les émissions télévisées consacrées aux diverses religions, le bouddhisme tibétain se partage fraternellement l'antenne avec d'autres écoles bouddhistes. "L'amalgame", s'il existe est donc dans les faits.Maintenant, au sujet de la confusion des genres entre tantrisme bouddhique et bouddhisme, je peux répondre à titre personnel que je la regrette. En effet, elle n'est pas en faveur d'une information équilibrée et sereine sur le bouddhisme. Cette confusion des écoles nuit sans doute aujourd'hui aux communautés qui ont toujours été raisonnables et attentives à ne pas jouer sur la fascination pour les gourous, ni sur les grandes initiations publiques payantes ou sur les rituels dînatoires avec force bière, vin, pizzas et poulet rôti.


De plus en plus de témoins
Je crois qu'on ne peut pas faire à qui que ce soit le procès d'intention d'être "pour" ou encore moins "contre l'enseignement du bouddha". Nous sommes de simples témoins qui rendons comptes de faits et d'informations et qui discutons pour les comprendre.
Et si, ici ou là, le tantrisme bouddhique est quelque peu désacralisé, voire un peu "dédoré" dans les anecdotes et les exemples cités, c'est du fait des promoteurs trop pressés qui se sont retrouvés un jour dans la rubrique "scandales" ou "faits-divers" ! Les meilleurs détracteurs de cette tradition en sont donc des "adeptes" et des "gourous" qui aboutissent à ces excès, qui ont pris des voies sans issue, ou qui ont franchi la ligne blanche de la loi. Ce sont eux qui produisent cette image "contre le bouddhisme.Quant à nous, nous ne faisons qu'en rendre compte. Informer est sans doute la seule chose à faire, de manière à ce que nos contemporains puissent éviter quelques difficultés, quelques déceptions et quelques regrets, un peu plus tôt. Ne rien dire quand on est informé serait coupable et guère responsable. Cela est fait aussi pour les éventuels sympathisants du bouddhisme plus jeunes, afin qu'ils ne se laissent pas trop leurrer par les formes collectives les plus séduisantes, lorsque leur contenu réel diffère de leur apparence flatteuse. Dharma signifie aussi vérité. Parler, révéler, exposer, et informer aussi tôt que possible est donc douloureux, nous le savons, pour ceux qui tiennent beaucoup à l'image de leur tradition, mais c'est un moindre mal et c'est un mal nécessaire non pas pour éviter les dérapages toujours possibles dans un groupe organisé (car un forum n'empêchera rien), mais surtout pour éviter que certains de nos contemporains se laissent séduire, puis se laissent attraper par leur ignorance des faits.Le bouddhisme s'il veut éviter le piège des dérives sectaires doit accepter la transparence sur la diversité de ses pratiques. Le silence qui prévaut encore aujourd'hui parmi ses sympathisants (et qui va hélas de pair alors avec un repli, voire une crispation communautaires) fait le jeu de ceux qui ont quelque intérêt à cela, c'est à dire - pour dire les choses sans détour - à quelques personnes qui ont fait de ce sacerdoce un fond de commerce, voire une activité lucrative.


Un avis autorisé
Voici à ce sujet un extrait d'un entretien avec S.S. le Gyalwa Drukchen. C'est un célèbre enseignant asiatique qui s'exprime. Il dirige la branche portant son nom (Drukpa Kagyu) d'une grande lignée himalayenne.
Il s'exprime sans langue de bois dharma comme un témoin légitime, vraiment à l'intérieur de ces traditions qu'il connaît parfaitement bien :" [...] Certains maîtres dont j'ai entendu les enregistrements ou dont j'ai lu les livres font encore pire : ils donnent de mauvais conseils et enseignent avec une volonté de manipulation afin de s'assurer une réputation... lucrative. Ils programment de grandes initiations, proposent des activités alléchantes et font beaucoup de publicité afin d'obtenir de l'argent, d'être célèbres, d'acquérir du pouvoir. Tout cela est très superficiel et très négatif. [...] Les pires sont ceux qui cherchent à manipuler, ils vous détruisent et vous privent de toute votre énergie simplement par amour propre. […] Montrer un mauvais chemin incite beaucoup de gens à s'y engager. C'est un comportement que je ne comprends pas et c'est vraiment dommage. Peut-être est-ce le signe de notre époque sombre. On peut le vérifier aux USA. Montrer le chemin authentique n'attire personne mais se mettre en valeur ou exagérer un peu, essayer de manipuler, font se précipiter les foules. "

S.S. le Gyalwa Drukchen, extrait d'un entretien de 1994. Les propos de Sa Sainteté ont été recueillis par Thierry Truillet et publiés dans Sangha Journal

VIIILE ZEN PAS TOUJOURS ZEN



Le Zen (en particulier issu du Zen Soto japonais) avait bien pris racine dans les années 70 et 80, mais il semble que la croissance du bouddhisme de tradition tibétaine ait été plus forte et plus affirmative depuis avec, peut-être, "l'effet dalaï-lama".
Pour le Zen le mot est devenu un vocable de la vite quotidienne, synonyme de déco, de diététique, de repos. Mais il me semble que tandis que le Zen devenait l'aimable « otage » des magasins Nature & Découvertes et le faire-valoir des catalogues d'ameublement, il perdait simultanément de sa vigueur comme pratique de méditation au profit du bouddhisme de tradition himalayenne, présent dans des centres sans doute plus nombreux et disposant d'un encadrement permanent.
Quant aux Zen "institutionnels", je ne suis pas vraiment qualifié pour en parler. A ce qu'on en entend dire il y a eu, semble-t-il, surtout quelques histoires de personnes dans le Zen "officiel", cela a commencé après le décès de Taisen Deshimaru, lorsque ses héritiers spirituels putatifs se sont en quelque sorte chamaillés pour être habilités à poursuivre la tradition du défunt maître.
Des personnalités ont pu ici ou là aussi se disputer plus récemment dans le cadre de la vie de centres, assez occasionnellement, rendant moins paisible dit-on parfois, l'atmosphère de certains de ces groupes.
En particulier des éléments de valeur ont pu être exclus qui ont pris la parole ensuite sur des sites Web assez percutants pour dénoncer certains dérapages en terme de pouvoir. Mais ne connaissant pas de première main ces récits je ne peux, ni affirmer ni infirmer ce que l'on lit ici ou là sur le net.

Si je connais mieux le contexte du Soen en Corée en ayant souvent séjourné dans des monastères de la tradition Choggye, j’ai quand eu l’occasion d’approcher fugitivement ici ou là des monastères Zen encore actifs au Japon. Généralement les parties des monastères qu’on peut visiter sont vides, et les moines sont dans des bâtiments plus fonctionnels, et souvent plus petits, lorsqu’il en reste. On ne peut approcher sans une permission ou une introduction de l’abbé.

M'étant donc rendu à vélo avec la permission de l'abbé jusqu'à l'ermitage de retraite collective de Tofukuji à Kyoto (siège de l'école Rinzai zen), j'ai constaté qu'on y utilisait les intensifs de groupe, les plateaux repas pris sur le pouce et les chants comme un moyen de souder la cohésion de la collectivité. Reprocher seulement aux Occidentaux des atmosphères confinées où la friction sociale est utilisée pour briser les résistances et rendre les individus disponibles et malléables ne serait pas juste. L'Occident n'a donc pas l'exclusive à cet égard.


Zen at War
Je suis allé explorer sur Internet les liens sur le livre évènement « Zen at War », par Brian Victoria, (New-York, Weatherhill, 1997). Il s'agit d'un très intéressant ouvrage sur les dérives nationalistes du zen japonais, un livre d'histoire publié en 1997 et traduit en français. Voici le lien: http://www.zen-occidental.net/nishijima/gudo3.html

Brian Victoria a ébranlé la communauté Zen internationale en révélant en 1999 dans son livre choc "Zen at War" le passé "belliciste" et les compromissions avec le pouvoir de l'époque de la célèbre école Soto Zen au Japon au cours de la deuxième guerre mondiale...

« Le Zen en guerre, 1868-1945 » traduction française de 2001 (Paris, Le Seuil, 2001) semble avoir désormais jeté une lumière crûe dans l’espace francophone sur l’histoire de certaines de ces organisations au Japon. Il ne s’agit donc plus ici seulement de bruits, de rumeurs ou de problèmes de personnes, mais bien de faits historiques.
Et voilà quelques brefs extraits : "Si on vous ordonne de marcher : une, deux, une, deux! ou de tirer : bang, bang! C'est là la manifestation de la plus haute sagesse de l'éveil. L'unité du Zen et de la guerre […] se propage jusqu'aux confins de la guerre sainte qui est maintenant en cours." (Harada Daiun Sogaku, 1939)"Les guerriers qui sacrifient leur vie pour l'empereur ne mourront pas. Ils vivront éternellement. En vérité, on devrait les appeler des dieux et des bouddhas pour qui il n'y a ni vie ni mort. Là où il y a loyauté absolue, il n'y a ni vie ni mort." (Lieutenant-Colonel Sugimoto Goro)"Depuis l'ère Meiji, notre école [Sôtô Zen] a coopéré à la conduite de la guerre." (Déclaration de Repentance de l'école Sôtô, 1992)

La parole d’anciens disciples du Zen se libère
Je viens de télécharger un des textes - de mars 1999 – de Ralf Halfmann. En 14 pages denses et bien construites son auteur, Ralf Halfmann, analyse le fonctionnement d'une des plus vastes écoles du Zen en Europe (issue d'ailleurs de l'école Soto japonaise), c'est un constat accablant, et qui semble bien fondé, sur une analyse sociale qui paraît avoir été correctement menée. Voici un bref extrait de ce document exceptionnel, Le Zen à l’Ouest : " Le point de rupture est survenu lorsque j’ai accidentellement lu le livre "Zen at War" de B. Victoria et découvert que plusieurs des maîtres hautement admirés de notre lignage Zen étaient apparemment des meurtriers et des bellicistes. [… ] Je me suis tout soudain rendu compte de combien je m’étais éloigné de ce que j’avais voulu faire à l’origine avec le Zen. Je ne voulais pas adopter une idéologie, en fait. Je ne voulais pas devenir plus rigide au lieu de plus ouvert. […] En me rendant compte de l’étendue de la fausse identité qui avait été construite, j’ai décidé de partir. Après quoi, j’ai ressenti un énorme et durable soulagement. "Je comprends mieux pourquoi cette lecture pourrait aussi remettre en cause notre perception de Kodo Sawaki, le célèbre maître japonais du Zen, voici sous la forme d'un bref extrait ce que Ralf Halfmann en dit, toujours dans le même document :" La récente publication du livre de Brian Victoria "Zen at War" a fourni des données historiques qui requièrent une réévaluation de Kôdô Sawaki, un homme qui avait été jusque là l’objet de louanges en tant que Maître Zen "éveillé", au Japon et à l’étranger, mais qui était apparemment un atroce va-t-en guerre bouddhiste. Il se vantait ouvertement du nombre de gens qu’il avait tués pendant la guerre russo-japonaise (1905) et incitait ses étudiants bouddhistes à se sacrifier sur le champ de bataille pendant la Seconde Guerre Mondiale. Il prétendait, par exemple, que jeter une bombe était équivalent du précepte de ne pas tuer. " Je conseille vivement de lire l'intégralité de cet article, qui analyse méthodiquement mais de manière concise un système de contrôle social, en des termes qui m'ont évoqué ma propre découverte d'une autre "tradition" bouddhiste reconstituée en Europe :"La pratique du Zen dans le cadre de l’AZI est bien plus qu’une simple pratique de la méditation assise. La méditation qui y est offerte est chargée et sertie d’un système idéologique et autoritaire complexe qui est insidieusement implanté dans les participants tout en l’étiquetant "vrai Dharma". […] Les problèmes surgissent lorsqu’une idéologie ou un système de croyance y est ajouté en utilisant des méthodes de contrôle mental et sans que ça soit clair dès le départ. "Le rapport critique de Ralf Halfmann est téléchargeable dans le format Word 97 en cliquant sur le lien disponible sur cette page d'accueil du site : rap_azi_fr.doc (224 kB)La plupart des autres documents indiqués sur cette page d'accueil ne sont plus disponibles hélas et renvoient à des écrans publicitaires. J'encourage donc chacun à lire le rapport Halfmann (et à le télécharger sur votre disque dur) au cas où il disparaîtrait un jour du web. Car les écrits les plus intéressants et les plus polémiques sur les écoles bouddhistes disparaissent parfois du web après quelques années, comme par exemple le livre sur la guerre des karmapas : Rogues in Robes aujourd'hui introuvable en ligne.Ces quelques mots extraits du papier de Ralf Halfmann pour conclure :" La structure de fonctionnement interne [...] telle que décrite ci-dessus, peut être donnée en exemple d’une société totalitaire en miniature. [... ]Ce qu’elle offre n’est donc absolument pas quelque chose de nouveau et n’est pas un modèle d’ordre social qui puisse résoudre les problèmes du monde. [...] Je crois que même la plupart des dirigeants jouent inconsciemment leur part dans le système en continuant simplement de faire aux autres ce qui leur a été fait auparavant. [...] Ensuite, le point crucial qui m’a finalement permis de m’en aller a été un libre accès et un libre débit d’information en provenance de tiers. Je crois que les techniques de contrôle mental [...] tiennent et s’écroulent avec la possibilité de contrôler l’information. "

Je pense que ce phénomène d'anciens disciples qui en sont venus à "régler leurs comptes" de manière polie et littéraire est peut-être (souvent) tout simplement l'indice qu'ils se sont sentis dépossédés de quelque chose de très personnel, ou blessés intimement au cours de l'expérience organisationnelle ou initiatique.

C'est peut-être un peu comme ces victimes qui demandent à la justice réparation pour un tort qui leur a été fait par un tiers et qui attendent des années pour cela. Il me semble que derrière les émotions négatives ou les critiques systématiques, il peut y avoir un sentiment juste de réparation qui s'exprime, parfois comme il le peut. La pression des groupes est intense, ils bénéficient parfois de l'aide bénévole d'avocat ou de conseil juridique, et ces personnes seules qui osent témoigner contre ces structures puissamment fédérées par la hiérarchie et le message doivent véritablement remonter le courant.
J'ai donc tendance à lire avec attention et sympathie ce genre de témoignages où les intéressés n'ont rien à gagner en se mettant à dos tous leurs anciens condisciples, et où seule une flamme brûle parfois, celle vitale, de pouvoir crier sa vérité. Qu'ils aient déployé pour certains une grande énergie, en créant seuls sites web et autres blogs, pour aller au delà du cri et énoncer attentivement leurs critiques, les signale alors comme des témoins privilégiés.





IX
Mandalas




A quoi pourraient servir les structures organisées en mandalas du tantrisme ?

Ceci est une fiction spéculative, puisque le texte qui suit postule pour les besoins de ce chapitre, l'existence d'une énergie spirituelle et/ou subtile qui pourrait circuler (s'échanger) selon une sorte d'économie (ou de logique) tantrique. Et dans ce domaine de « l’invisible » : rien n’est (moins) sûr.


La doctrine fait endosser au pratiquant la responsabilité de son échec
Les bouddhistes acceptent d'endosser en général une responsabilité personnelle face au mystère du tantra et surtout face à leurs propres souffrances. Mais il me semble que ce ne soit pas tout à fait satisfaisant.
Bien entendu nous faisons toujours face à notre propre esprit, mais dans ces ouvertures au tantrisme bouddhique, celui-ci est habité par des activités subtiles qui n'ont pas tout à voir avec notre karma, ou nos propensions.
Il semble que, tout comme le capitalisme fait habilement endosser aux pauvres la responsabilité du déséquilibre des revenus, une certaine forme de lamaïsme diffusée en Occident n'a pas son pareil pour faire supporter à des "victimes" la responsabilité de la souffrance qui leur est imposée, tout en s'arrogeant les mérites de la grâce ou de la bénédiction que les gens ressentent parfois.

C'est en constatant cela que j'ai été amené à interroger ces strates de justification au sein du discours lamaïste, pour en déduire qu'elles avaient aussi une fonction idéologique, afin de justifier le fonctionnement de ce système de pouvoir hiérarchisé qui favorise essentiellement les rares personnes en haut et au centre de leur mandala, c'est à dire le lama, son lignage racine, et ses quelques disciples les plus proches.
Il se pourrait même que le discours vajrayana soit de cette nature idéologique, visant à asseoir des systèmes, ces mandalas, qui "roulent" pour quelques rares privilégiés au centre du dispositif, concentrant l’essentiel de l’énergie à leur attention, et qui distribuent (c'est aussi une simple image) des miettes d'énergie subtile agréable et autres effets spéciaux temporaires aux disciples et aux badauds des rituels collectifs.
C’est pour utiliser une analogie, économique cette fois, un peu comme le capitalisme le fait avec les publicités et les clips de musique tout en entretenant bien souvent une misère collective de plus en plus grande autour de rares îlots de luxe et de richesse excessive concentrés autour de ses propres "gourous"... La comparaison a ses limites, j'espère que son caractère caricatural n'aura pas été excessif.


Une cybernétique spirituelle ?
Permettez, chère lectrice, chère lecteur, que je me laisse aller à quelques digressions hypothétiques. La transmission des impressions psychosomatiques du tantrisme n'est pas forcément de maître à disciple, contrairement à ce que suggèrent les textes de commentaires classiques, mais se produirait au sein d'un champ plus vaste et diffus d'activités tantriques interdépendantes (une sorte de "cybernétique spirituelle" en somme) qui parcourt aussi les disciples, sans être strictement limité. Un peu comme un phénomène viral, pour donner une image très imparfaite.
Le maître souvent ne sait rien, ou presque, de la vie intérieure de ce disciple X ou Y qui pratique à distance. En revanche pour ce dernier toutes sortes d'effets spéciaux inhabituels, plus ou moins standardisés et personnalisés, peuvent se manifester à partir de l'émergence tantrique et de son insertion au sein du mandala.

Lorsque le maître a une éthique impeccable, il est un peu comme un mécène ou un banquier honnête qui concentrant les énergies subtiles, permet des "prêts" d'énergie et d'expérience aux personnes en quête initiatique.

Si au centre du mandala on en est à la débandade ou la décadence, si le maître et ses proches disciples ont une éthique faible ou mêlée, le mandala ressemblerait alors davantage à... une essoreuse à pleine vitesse ! Et les disciples seront selon toute vraisemblance "essorés", surtout à la périphérie du mandala, et particulièrement pour les disciples qui quittent l'institution, là où les effets déplétifs sur l'énergie subtile sont les plus sensibles.


Le mandala comme une « Z machine »
Mais qu’est-ce qu’un mandala ? La question peut paraître étonnante, puisque nous disposons de nombreuses représentations, picturales, tankhas sur toile ou images de mandalas éphémères de sable. La question que nous posons porte en fait sur le mandala social, constitué d’une assemblée de pratiquants du tantrisme, réunie par exemples dans un ermitage collectif autour d’un gourou pour une retraite, ou dans un chapiteau le temps d’une initiation tantrique.

Un tel mandala qu’il soit permanent ou éphémère est supposé correspondre à sa représentation picturale, qui est elle bien connue. Et la question plus précise qui se pose alors est la suivante : comment une telle réunion a-t-elle une efficience énergétique subtile et/ou spirituelle. Quels processus sont à l’œuvre ? Quels résultats sont obtenus ?

La meilleure analogie dont nous disposons actuellement pour évoquer la dynamique du mandala est sans doute celle, dans le domaine de la magnétohydrodynamique, de la « Z machine » des laboratoires Sandia d’Albuquerque, ou de sa petite sœur la « machine ECF » des laboratoires d’expérimentation de Gramat dans le Lot, dont les photos apparaissent en exergue et/ou en fin de chapitre, avec quelques notes explicatives. On remarquera que leurs formes sont analogues à celle des mandalas du tantrisme. Ces machines sont conçues pour concentrer en leur centre une énergie si intense qu’elle pourrait à terme générer un processus de fusion pure. Cette dernière pourrait alors un jour être utilisée de manière civile pour produire de l’énergie électrique en grande quantité ou de manière militaire comme une terrifiante arme de destruction massive, appelée parfois comme un oxymore : la « bombe nucléaire propre ». La particularité du dispositif de ces machines est qu’elles piègent en leur centre une intensité très grande de courant électrique, qui n’a nulle part où s’écouler de part la symétrie du dispositif circulaire. Cette concentration aboutit, si j’ai bien compris, en la fusion de fils de métaux à l’intérieur du cercle, constituant un plasma hautement incandescent, aboutissant à la fusion de la matière, et à la libération au centre du dispositif d’une grande quantité d’énergie. Il s’agirait ni plus ni moins de la réplication en miniature du même processus que dans les taches et éruptions solaires.

Il est clair que tout comme la Z machine ou l’engin ECF, le mandala du tantrisme correspond à un espace dont les dispositifs de clôture externe, mais aussi d’organisation interne sont soigneusement étudiés et ne doivent rien au hasard.

Il adopte une forme symétrique, qui peut s’inscrire dans un périmètre circulaire, et se dispose ainsi sans aucune dissymétrie autour d’un centre généralement pensé comme d’un niveau hiérarchique supérieur. Plus encore une enceinte externe (dans le mandala de l’univers c’est une « grand mur de fer ») isole le mandala du monde, tandis que des portes soigneusement gardées par des protecteurs assurent que les processus internes ne seront pas diffusés à l’extérieur, voire que des activités externes auront des possibilités fortement contraintes par ces mêmes protecteurs pour être admises à l’intérieur.

Très clairement le dispositif s’avère orienté pour permettre une forte concentration d’activité en direction de son centre, sans pour autant dépendre trop fortement de son environnement externe.

C’est comme si un espace était ainsi délimité où d’autres lois allaient s’appliquer afin de permettre au cœur du mandala une forte accumulation d’énergie. Cette accumulation ne peut réellement s’écouler, la symétrie du dispositif effectuant une sorte d’annulation des forces centrifuges, d’autant qu’à l’extérieur rien n’est supposé sortir au cours du processus grâce à l’enceinte et aux gardiens des portes.

C’est le rituel centré sur la divinité au centre (gourou, bouddha, yidam identifié au maître…) qui assure que le mouvement des prières, des énergies spirituelles et subtiles des adeptes va bien de la périphérie vers le centre, selon une attentive hiérarchisation qui augmente quand on se rapproche de ce dernier. La dévotion des disciples à l’intérieur du mandala est bel et bien détournée du monde pendant le temps du rite, et tournée vers le cœur du mandala assurant à celui-ci son efficience spirituelle éventuelle.

A la fin du rituel, la dédicace des mérites correspond au moment où les adeptes reviennent vers la vie ordinaire, vers les lois humaines et celles de la nature. Cette dédicace aux êtres vivants dans le monde, souvent brève et sans grand relief, est visiblement sous dimensionnée par rapport à la complexité, la sophistication et l’élaboration d es autres phases du rituels qui consistent en fait à concentrer les énergies, les attentions et les pensées des disciples vers le centre du mandala pour en potentialiser l’activité.

Ainsi le mandala serait bien un dispositif concentrateur d’énergie, un artefact pour « piéger » l’attention individuelle et collective, avec les activités que cette attention sous-tend, déjouer les règles habituelles de la perception et de l’échange social, orienter l’énergie spirituelle vers les assesseurs et le maître au centre afin que ce dernier sorte du champ ordinaire de la perception/non perception et entre dans un état de fusion pure de non dualité. Enfin si cette réaction de fusion pure s’opère, c’est tout l’intérieur du mandala qui devient à son tour dans la contagion de cette incandescence subtile un espace de fusion pure de non dualité. Le système des portes gardées par les protecteurs et l’enceinte assure que la réaction soit contenue à l’intérieur, ne revenant vers le monde que selon la dédicace finale des mérites.

Le système du mandala ressemblerait, selon ce modèle, à un condensateur d’énergie subtile, plus précisément à un dispositif concentrateur d’énergie, capable de donner des samadhis spécifiques et des expériences variées à ceux et celles qui sont au plus près du centre.

La deuxième question qui se pose est celle de la qualité effective de cette « dédicace finale des mérites » que nous avons évoquée plus haut. Car on le comprend un tel dispositif s’il permet une telle intensification des expériences, en mettant à contribution les éléments périphériques au profit des éléments au centre, est aussi une formidable machine de pouvoir spirituel sinon symbolique. Dans cet espace les lois du monde, les lois des hommes, les lois de la nature paraissent comme abolies pour le temps du rituel ou de la retraite tantrique.
De plus les gardiens des hommes, leurs garants, leurs guides, n’y sont pas admis et sont maintenus à l’extérieur par le jeu des protecteurs en périphérie. Cet espace interne du mandala, ou plutôt ce volume interne du mandala est donc un monde où les règles du jeu de la nature et des hommes n’ont plus droit de cité.

Il faut donc s’assurer avant d’y mettre les pieds, et non après, de la qualité, et de l’orientation réelle et profonde du dispositif lui-même avant de s’y confier où d’y amener un conjoint, des enfants, un bébé.

La qualité des assesseurs, la qualité du maître, la qualité réelle de la divinité célébrée, la qualité de l’école, de ses rites, la qualité des participants, la qualité des protecteurs : tous les éléments doivent être au rendez-vous pour permettre une expérience… de qualité. C’est un peu comme une chaîne où le défaut d’un seul maillon compromet tout l’ensemble.

Dans cet espace où les lois habituelles mais aussi morales qui protègent les hommes et leurs esprits n’ont plus cours, il est nécessaire de s’assurer, avant d’y pénétrer, que les processus qui y auront une efficience n’ont rien de d’ambigu, de prédateur ou qu’ils ne correspondent pas à une déplétion de l’énergie subtile des participants au profit des initiateurs au centre du mandala.

On le lit parfois ici et là : la manipulation de l’énergie des adeptes par les « instructeurs » est au cœur des dérapages dans les communautés tantrique les plus controversées. Et nous ajoutons à ce point : le mandala est ce qui permet aussi cela.

Ainsi avant de donner 20 euros pour une « initiation tantrique » à l’une de ces organisations, chacun serait bien inspiré de réfléchir à deux fois et de se documenter attentivement auparavant sur la réputation de cette organisation. Et peut-être certains préfèreront après réflexion amener toute leur petite famille au parc Astérix (plutôt qu’à l’initiation tantrique du dimanche), ce qui serait dans certains cas la marque du bon sens…
S’informer avant
Le moteur de recherche Google peut rendre de grands services à cet égard. On peut effectuer avec quelque profit plusieurs petites recherches successives en faisant une requête sur l’association de deux termes clefs. Pour le premier terme on peut taper le nom de l’organisation, du gourou, du protecteur ou de la divinité qui est adorée dans le mandala concerné. Pour le deuxième terme clef de la recherche essayez « scandale », « dérive sectaire » ou « controverse ». Renouvelez les recherches en mettant aussi ces derniers termes au pluriel pour augmenter vos chances de faire sortir des résultats de recherche qui vous auraient échappés.
En associant, puis en permutant ces termes deux par deux, une première approche des zones d’ombres bien connues et répertoriées d’un mandala donné est possible.

Mais les bases de données sont encore trop étroites et limitées en langue française. On préfèrera consulter le Web anglophone plus riche à cet égard en effectuant de telles recherches dans la langue de Shakespeare.

Cette information cruciale est assez disponible sur plusieurs grandes lignées himalayennes qui sont aujourd’hui traversées par des lignes de fracture. Au sein de ces lignages un schisme oppose jusqu’au conflit les tenants de deux factions. Chaque faction publie donc volontiers des informations accablantes pour la branche concurrente et rivale, et lève dans ce cas la loi du silence, rendant plus facile l’information des éventuels adeptes, même si celle-ci doit être, bien entendu, relativisée.

Dans ce cas, on le devine, s’informer est d’autant plus indispensable.
En effet il peut être tentant pour un « maître » tantrique d’un de ces lignages en rupture de ban - ou en opposition avec l’autre chapelle de l’église tantrique - d’utiliser les techniques du mandala comme une arme collective au service de sa cause. C'est-à-dire comme un champ qui le protègerait, lui donnerait de la force et de la légitimité dans cette lutte pour s’imposer, ou pour exister dans l’adversité perceptible que lui manifestent volontiers ses propres frères et soeurs tantriques de l’autre courant. Il arrive aussi qu’un lama tente de légitimer un jeune candidat tulkou de son choix, en le mettant au coeur d’un mandala ad hoc pour le « booster » et le monter en épingle, dès son jeune âge, tandis qu’en coulisse, tel le Gepeto du conte, il tire discrètement les ficelles de son jeune et innocent Pinochio.

Dans tous ces cas l’énergie et l’attention des disciples risquent d’être tout simplement utilisées, instrumentalisées, transformées en militantisme pour une cause ambiguë (toute proportion gardée, un peu à la manière de celle des soldats engagés dans une troupe. Leur vie ne leur appartient plus, mais peut leur être prise au nom d’une « juste guerre »).

Mais en l’absence d’un schisme de lignage, même si certaines informations essentielles arrivent un jour sur Internet, bien souvent, à court terme, rien ne filtre, rien n’est dit dans l’organisation concernée sur ses desseins actuels, ses crises et ses difficultés.
On préfère faire miroiter au disciple les promesses de la félicité, de l’initiation et de la compassion. On ne découvre le pot aux roses sur Internet que plusieurs années plus tard.

C’est pour cela que même si la consultation attentive du World Wide Web peut permettre de dissiper certains malentendus, c’est à chacun de mieux exercer sa prudence et son discernement, en se fiant plus à son bon sens et à ses observations, qu’à ses intuitions spirituelles. Le bouche à oreille peut réserver quant à lui de nombreuses surprises. Des mandalas tantriques jouent beaucoup sur la cohérence du discours des disciples, utilisée stratégiquement pour séduire, attirer et convaincre. On ne peut donc s’y fier sans connaître préalablement la position réelle des personnes prescriptives, vis à vis d’un mandala donné.

A cet égard, on regardera attentivement la congruence, c'est-à-dire la correspondance, entre les paroles et les actes des animateurs ou des promoteurs du mandala.
On avisera si on apprend que la règle monastique est surtout un habillage pour une vie plus relâchée de certains hiérarques en coulisse. On notera si le train de vie des dirigeants, voire l’appétit pour les donations des disciples, compromettent l’intégrité du mandala. Enfin on portera attention aux descentes de police, de gendarmerie ou de la DDASS qui sont des signes probables que quelque chose cloche dans le mandala.

Bref, comme on le fait aussi pour l’achat d’un appartement, on ne se fiera pas au boniment de l’agence, mais bel et bien aux taches d’humidité suspectes et aux fissures apparaissant sur les murs !
On exercera ainsi avec profit pour le diagnostic du mandala son esprit d’analyse sur des signes qui disjoints les uns des autres n’ont qu’une signification restreinte, mais qui juxtaposés commencent à constituer un puzzle, et à révéler une autre signification parfois moins flatteuse que l’enthousiasme lisse et convenable des brochures illustrées sur papier glacé…


La synchronisation des activités subtiles ?Un moyen de mobiliser les ressources psychosomatiques des disciples serait donc l'existence d'un ou de plusieurs mandalas de pratiquants autour d'un lignage.
La synchronisation et la coordination de leurs activités subtiles seraient rendues possible par la standardisation et la collectivisation des pratiques (mêmes préliminaires, mêmes mantras, mêmes prières, mêmes rituels, mêmes visualisations de soi, mêmes visualisations de l'univers, et enfin existence de convictions identiques partagées).
La dévotion collective envers le maître et les icônes tantriques permettraient ainsi une mobilisation de "l'énergie subtile" (comprendre : psychosomatique), voire de la capacité à agir ainsi sur "l'énergie subtile" des autres (si une telle chose existe bien entendu !).
On m'a dit aussi, et c'est incroyable, que seraient concernés les proches des adeptes, ainsi que certains de ceux avec qui ces derniers auraient des liens. Les plus jeunes seraient exposés de part leur nature délicate et accessible. En bref, ceux qui seraient ouverts "énergétiquement" aux adeptes, à leur maître et à la puissance centripète du mandala pourraient ainsi en théorie être "rencontrés" dans leurs "énergies subtiles" !

Mais il faut bien dire que notre paradigme scientifique n'admet pas la possibilité d'énergie "subtile" ou prana, de "tiglé" ou gouttes subtiles, de "tsa" ou canal subtil, de "lung" ou souffle subtil, ni de "transfer" de ces énergies.
Tant que la science n'aura pas de moyen de valider ou d'invalider ces croyances, nous resterons dans le domaine de la pure fantaisie, du roman, voire de l'hallucination.
Mais en lisant il y a quelques jours le dossier consacré à l'effet placebo par Science & Avenir, qui montre que cet effet existe et est mesuré, je me suis dis que peut-être à l'image de l'effet placebo, l'effet de la suggestion basée sur les mandalas tantriques pouvait peut-être aussi agir, voire pourrait peut-être un jour être mise en évidence dans des protocoles expérimentaux. Je me garderai bien d'affirmer ces hypothèses de crainte de former de nouveaux stéréotypes, et ainsi de pratiquer une forme subtile de discrimination religieuse. La loi garantit à chacun la liberté de pratique religieuse et je pense qu'il faut aussi éviter tous les mots qui pourraient y porter atteinte. Si la prudence s'impose, en revanche, il n'est pas interdit de poser des questionsMerci de lire aussi ces paragraphes qui précèdent comme une tentative spéculative en non descriptive. Aucun cadre descriptif n'existe d'ailleurs pour des phénomènes dont la réalité n'est même pas admise par la science ni par le sens commun.


Quid des effets sur les adeptes ?
Je crois qu'il existe chez l'adepte une fascination des possibilités suggérées par le tantrisme bouddhique, l'idée de gagner sur tous les tableaux : d'avoir la prospérité et les satisfactions humaines augmentées et intensifiées par les effets multiplicateurs et concentrateurs qu'on attribue au tantrisme, et en même temps de faire l'expérience de la sagesse ultime avec le samadhi de la vacuité, de la félicité et de l'illumination.

Chaque disciple imagine que, quelque part dans le tantrisme, réside l'accomplissement de ce rêve, et qu'avec cet espoir sa vie, déjà inscrite et délimitée, continuera d'avoir ouverture et sens. La modeste expérience passée au contact d'un mandala du tantrisme bouddhique me montra que cet espoir est entretenu par des effets, par des artefacts, de petites expériences qui entretiennent cette addiction.

C'est un peu comme la "Française des Jeux" qui donne aux acheteurs de billets de loto des impressions que le grand gain est possible, mais en offrant de très petits gains, comme le remboursement de leur billet ou quelques dizaines d'euros. Le tantrisme bouddhique distillerait ainsi des effets spéciaux, en particulier aux débutants, ce qui les accroche, parfois durablement, car nos adeptes en herbe se disent que si cela commence si bien, cela devrait aller crescendo.

Hélas, bien souvent, tout comme avec le ticket Tac O Tac ! Il n'y a rien après, sinon l'épuisement progressif des réserves de mérite et de vitalité subtile accumulées dans le corps... Rien au bout en tout cas qui soit de la nature de ce magnifique feu d'artifice de l'illumination (!) promis et suggéré au début du chemin, même si cet épuisement progressif des ressources psychosomatiques subtiles correspond aussi, et c'est son aspect positif, à un apaisement et à une placidité de plus en plus grands, pour ceux d'entre les tantrikas qui n'ont pas de tendances trop lourdes et handicapantes, ni de problèmes psychiatriques.










*Note / Commentaire explicatif de la photo en exergue du chapitre :

Le générateur du centre militaire d’expérimentation (CEG) de Gramat (Lot) « permet de délivrer des impulsions de courant de 2,5 millions d'ampères, d'une durée de 100 nanosecondes » (Crédit : site web Jean-Pierre Petit, http://www.jp-petit.com/science/Z-machine/machines_MHD/these_bavay.htm )

Voir aussi en anglais : http://megagaussx.physik.hu-berlin.de/Proceedings/pdf/27.pdf

« Evidemment je ne suis intéressé que par les applications civiles de cette découverte, la première chose à faire c'est d'obtenir la fusion "pure" d'une petite quantité d'hydrure de lithium, par n'importe quel moyen et n'importe où, dans n'importe quel cadre, n'importe quel contexte. Après "chacun vit sa vie". Les civils reconfigurent la manip pour en faire un générateur électrique et les militaires font des bombes en remplaçant la source de courant, initialement électrique par une source magnéto pyrotechnique, à la russe. De toute façon, si les Français se mettaient à faire des bombes à fusion pure, ce qui serait inévitable ils ne seraient pas les seuls. On a vu l'effervescence qui règne actuellement aux USA. On trouverait la même en Russie et en Chine, voir ailleurs. »
Jean-Pierre Petit, 2006 ( http://www.jp-petit.com/science/Z-machine/machines_MHD/these_bavay.htm )

Sur cet auteur : Jean-Pierre Petit a longuement été chercheur et directeur de recherche au CNRS, il est depuis peu retraité. Il est un spécialiste de la MHD (magnétohydrodynamique).

Aux Etats-Unis une autre machine un peu plus grande, la Z machine dans les Laboratoires Sandia d'Albuquerque a permis d’atteindre en son centre des températures extrêmement élevées, si j’ai bien compris, les plus élevées jamais atteintes, en adoptant ce principe.
« En raison des tensions et des intensités extrêmement élevées utilisées, l'impulsion électrique créée lors de chaque expérience provoque des arcs électriques impressionnants, visibles autour des nombreux objets métalliques de la salle, [filaments blancs sur la photo]. Photo : Sandia National Laboratories, publiée avec leur aimable autorisation. » Article de Wikipedia http://fr.wikipedia.org/wiki/Z_machine










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La perversion du lien



Comment un disciple vivrait-il une relation d’aide ou de guidance spirituelle qui se serait établie avec un moine, un autre disciple, ou un maître bouddhiste qui présenterait discrètement ce type de désordre psychologique à la limite de la psychose et de la perversion narcissique qu’est la perversion du lien ou violence perverse ?Mais qu’est ce qu’un pervers narcissique ?
Selon Marie-France Hirigoyen : « Les pervers narcissiques sont considérés comme des psychotiques sans symptômes, qui trouvent leur équilibre en déchargeant sur un autre la douleur qu'ils ne ressentent pas et leurs contradictions internes qu'ils refusent de percevoir. Ils "ne font pas exprès" de faire mal, ils font mal parce qu'ils ne savent pas faire autrement pour exister. »Et qu’est-ce que la violence perverse : « La violence perverse, qu'on l'appelle harcèlement moral, harcèlement psychologique, cruauté mentale, méchanceté, maltraitance psychologique, mobbing , sous toutes ses formes, cette violence est une atteinte grave au respect de l'autre et à la dignité humaine. »Voici maintenant le courriel très attentif qui amène ce sujet au cœur du débat. Son auteur qui m’a conseillé sur ces sujets de la violence perverse est psychothérapeute et a beaucoup travaillé sur ce type de sujets. Il est souvent confronté à ce type de problème de la perversion du lien par exemple dans le cadre de violences familiales ou ailleurs, voici un large extrait de son message :" La vraie question de la dépendance se joue du coté de cette perversion narcissique. Les pervers de ce genre sont des prédateurs... On dit le pervers narcissique et son complice... Car la force de ses personnes c'est de faire de leur victime un complice pris dans le jeu de la séduction et qui ne sais pas très bien de quoi il retourne.... Au sortir d'une telle épreuve la blessure narcissique est si grande qu'elle conduit au rejet, à la dépression voire au meurtre ou au suicide.... La religion, quelle qu'elle soit est un lieu de prédilection pour ce genre de personnage, qui réussissent en général à atteindre un certain niveau de responsabilité pas forcément le plus haut car ils doivent garder une part d'ombre pour mieux agir, ils sont dans l'ombre du maître.... Mais il arrive que ce pervers soit le maître lui-même… »J’ai demandé à mon interlocuteur quelques lectures sur ces thèmes. Il m’a suggéré de partir du portail « poil de carotte » qui étudie attentivement ces problématiques dans le cadre familial en particulier. Voici un premier texte suggéré par ses soins : http://a.pdc.free.fr/article.php3?id_article=9Pour approfondir : l’œuvre de Paul-Claude Racamier qui a beaucoup travaillé sur ces questions http://www.carnetpsy.com/Archives/Colloques/Items/p41.htmVoici enfin la mise en garde trouvée sur le blog http://merteuil.skynetblogs.be/consacré à ces questions d’un point de vue pratique et qui m’a également été suggéré comme une piste possible de réflexion : « Certaines personnes de par leur profession offrent une garantie de respectabilité. Il paraît difficile de ces conditions de douter de leur générosité et de leur altruisme. L'image que nous avons de ce genre de profession est celle de personnes ayant consacré, voire "sacrifié" leur vie aux autres. La logique est simple: par un raccourci, nous en venons à penser que ce sont des personnes "bien", et pas des manipulateurs. Pourtant, un nombre impressionnant de manipulateurs se cachent derrière ces statuts sociaux honorables. Quel meilleur statut que celui de: policier, prêtre [on peut ajouter ici : moine bouddhiste, lama ou maître d’une autre tradition du bouddhisme], psychologue, médecin, enseignant...Quelle meilleure couverture? Comme nous fonctionnons selon un schéma social bien établi, depuis l'enfance, l'automatisme faisant le reste, ces personnes nous surprennent en utilisant leur position de pouvoir, que nous respectons, et à qui nous accordons notre confiance. La plupart du temps, notre confiance est légitime, mais parfois, ces professions cachent des manipulateurs hors pair. Ces êtres-là abusent de leur pouvoir. Vous ne les décèlerez pas d'emblée. Un laps de temps est nécessaire pour confirmer les premiers soupçons....A vous d'être vigilant, de vous protéger, et d'exclure cette fausse idée que : "derrière une profession respectable se tient toujours un homme ou une femme respectable." »Les personnalités perverses narcissiques, voire exerçant des violences perverses sur autrui seraient aussi caractérisées par la manipulation. Selon le blog cité ci-dessus seuls 3% environ de la population présenteraient les caractéristiques du manipulateur, et ces 3% seraient répartis également entre hommes et femmes.

La violence perverse
Voici un bref extrait de la page du site « Poil de carotte » consacrée à la présentation de la violence perverse http://a.pdc.free.fr/violenceperv.htm« La Violence Perverse, mardi 19 octobre 2004 […] Paradoxalement, alors que la famille ou la personne avec qui l’on a un lien d’amour est censée nous aimer, nous réconforter, nous protéger, il arrive, qu’au contraire, l’on soit brimé, insulté, rabaissé. La personne profite de ce lien pour en retirer du pouvoir, de l’importance à nos dépens. […] Très souvent les sentiments que l’on ressent ou le lien de dépendance qui nous lie à cette personne nous empêchent de comprendre, de prendre conscience, de réagir. Le pervers narcissique, sous des dehors souriants et une apparence aimante, arrive à détruire une personne par des paroles d’humiliation, des ambiguïtés, des mots qui tuent, des situations qui ont l’apparence de la normalité mais que l’on sent confusément illogiques sans vraiment savoir en quoi. »


La difficulté d’obtenir des témoignages
Comme me le disait le psychothérapeute qui m'a aidé à présenter ce sujet par ses conseils : "la plus grande difficulté est que l'on n'arrive pas à croire que cela existe, voire que c'est possible..."
Ce thème est souvent traité désormais dans le cas de maltraitance familiale, c'est un sujet brûlant, pourquoi n'interrogerait-on pas aussi attentivement et normalement les pratiques au sein de groupes spirituels de ce point de vue ?La question sur les divinités courroucées n'est qu'une des options ici, et qui a été traités sur deux autres pages de ce site (ombres secrètes, mais aussi crimes rituels). Il y aussi le rapport au pouvoir en général dans le type d'institutions du bouddhisme où les amis spirituels disposent d'une certaine autorité sur leurs disciples...Mais peut-être l'ensemble est-il maladroitement présenté, c'est possible, probable, même. Le problème du vocabulaire se pose. Et aussi celui du paradigme. Plusieurs sujets aussi en un...Mais aura-t-on jamais LE vocabulaire pour en traiter ?
Visiblement on touche à quelque chose de sensible. Quant à garder la pudeur, c'est une nécessité, les émotions s'élevant assez fortement avec ce sujet.Des formes plus quotidiennes et peu spectaculaires de violence perverse, de perversion du lien existent-elles au sein du bouddhisme dans certaines de ses communautés ? Ce ne sera pas facile d'obtenir que les victimes s'expriment sur l'espace public des forums. Le silence parlera ici autant que les messages. Bien que nous recevions parfois des e mails personnels, il est plus rare que les intéressés aient le souhait d'exposer leurs souffrances. C'est une situation un peu comparable, dans un tout autre registre, à celle des internats catholiques dans les années soixante et soixante dix où se sont produits les affaires de pédophilie et d'abus sexuels (des violences perverses typiques). Il a fallu plusieurs décennies de plus pour que la parole se libère, avec quelques procès retentissants en Europe et en Amérique du Nord (USA et surtout Canada). Cela a marqué le déclin de ce type d'institution.
Il se pourrait que les participants des forums Internet, de confessions bouddhistes, répugnent à exposer les blessures intimes, des atteintes à leur intégrité morale, et ces questions qui leurs sont relatives, tout comme le tabou était total dans le corps professoral des institutions de l'enseignement catholique privé et, partiel, chez les jeunes élèves victimes.
Il s'agit à la fois d'une gêne, mais aussi d'un tabou au sens anthropologique. Les participants des forums préfèrent parler en public de vies antérieures, de vacuité et de nirvana. C'est plus agréable, plus convivial. Evoquer les abus, surtout ceux dont ils furent éventuellement victimes semble peu gratifiant.
De plus le bouddhisme aujourd'hui dispose de sa propre industrie : centres du Dharma avec structures ad hoc, boutiques du Dharma proposant de coûteux et rémunérateurs articles de piété, système de congrégations religieuses suggérant aux adeptes les plus âgés la donation de leurs biens à la congrégation après leur décès. Parler des abus, de la violence et des personnes victimisées n'intéresse pas du tout on le comprendra une communauté plurielle qui chercherait avant tout à survivre sinon à se développer. Elle pourrait être tentée d'encourager le silence de chacun au nom du bouddhisme.Exposer les victimes serait pour beaucoup dans ces milieux comme se tirer une balle dans le pied. Il faudra cependant le faire, car sans cette transparence qui est due à tous, les générations qui viennent comprendront à demi-mot que se renouvelle la même chape de silence qui a précédé par exemple l'exposition des pratique secrètes par leurs jeunes victimes, puis le déclin rapide des internats de l'enseignement catholique.Si les adeptes, les sympathisants et les bénévoles du bouddhisme continuent de laisser pourrir la situation, préférant la loi du silence à la vérité crue, il est possible que les abus, voire les violences, qui éclaboussent le monde du bouddhisme en Occident sonnent un jour le glas des centres du dharma et des activités qui leurs sont désormais liées.Car cette nébuleuse d'activités n'est basée que sur l'image avantageuse et la réputation en or de cette tradition bimillénaire du bouddha. Bien entendu nous n'espérons pas que les marchands de zafu, de rosaires et de thèmes astrologiques dharma nous donnent raison, car ils préfèrent - pour que leurs affaires continuent - le silence à la parole...Quelques mots du dalaï lama (qui nous parle ici du Tibet) et qui montre bien que cette position est partagée à sa manière, au sein même d'une de ces institutions par son plus éminent représentant : "Les officiels l'utilisaient [le dharma] pour gagner leur vie, les moines, les nonnes et les lamas pour gagner leur vie. A l'intérieur, dans leur monde intime, ils étaient comme des gens ordinaires, désirant avidement et haïssant. Ainsi le dharma était un poison de cette manière.Quand l'accent est trop mis sur l'institution bouddhiste, et que la nation va au désastre, c'est dans ce cas que les gens disent que le bouddhisme a ruiné leur pays."(Entretien du dalaï lama avec Robert Thurman, Rolling Stone, May 24, 2001)


Le témoignage de Rahansor
Un témoignage au quotidien dans un "centre du dharma" européen
Un lecteur, qui signe Rahansor, nous adresse ce texte publié (avec la permission expresse de son auteur) aussi dans le forum en version intégrale à cette url : http://s142585174.onlinehome.fr/tinc?key=VMBIfmiH&start=-1&reverse=1

« Bonjour à toutes et à tous,
J'ai passé dernièrement un peu de temps dans un centre du dharma, j'y ai vu et entendu plusieurs choses qui m'ont interpellé sur le coup, et qui ont pris du sens à la lecture du site http://bouddhismes.info/
Quand j'ai lu les pages [ http://bouddhismes.info/13.html ] sur la perversion du lien, l'image d'un moine [probablement "droupla" ou eurolama issu de la retraite collective de trois ans et résidant à l'ermitage monastique - ndl'e] m'est venue à l'esprit. Ce moine doit avoir dans les trente cinq ans, et il a l'air très proche de plusieurs stagiaires pratiquantes [ou stapra].
Les relations qu'il entretient avec elles m'ont paru ambiguës, voire déplacées vu sa position. Comme si il leur faisait un numéro de charme, jouant sur l'humour, un humour qui m'a paru douteux...
J’ai le souvenir d'une soirée, ou nous avons une discussion avec ce moine et plusieurs stapras. Dans la discussion nous avons évoqué le désir sexuel, les façons qu'il avait d'être là même quand nous croyons nous en être débarrassé... Il nous a dit qu'avant de venir au monastère, il était à fond dans le désir sexuel, multipliant les partenaires.
Une des filles dont il a l'air très proche, était assise à côté de lui, elle semblait gênée de certaines de ses remarques qu'il lui adressait directement, tantôt lui signifiant, en rigolant, qu'il avait du désir pour elle, tantôt la culpabilisant sur son éventuel désir à elle... toujours avec beaucoup d'humour, faisant rire toute la tablée.
Le lendemain matin, je vois la fille en question, lui demande si elle a passé une bonne nuit, elle me répond que non, qu'elle a eu beaucoup de mal à s'endormir, que la discussion de la veille l'avait retournée... Je n'ai pas compris pourquoi, je n'avais rien trouvé de "retournant" dans cette discussion, toutes les remarques un peu tendancieuses étant pleines d'humour... Cette même fille était prise de fou rire en plein rituel de Mahakala suite aux grimaces de ce même moine en train d'officier...
Un autre jour, une autre fille lui fait part devant moi de ses doutes quant à son avenir, disant qu'elle aimerait bien avoir une maison, des enfants. Et lui de lui répondre que, oui, d'accord, il lui ferait des enfants, qu'ils auraient une belle petite maison, avec un chien, des charentaises, que lui regarderait le foot en buvant sa bière pendant qu'elle ferait la cuisine. "C'est ça que tu veux ?!" J'ai trouvé vraiment malsaines ces réflexions, la fille n'ayant pas trop le moral, était-il nécessaire de remuer ainsi le couteau dans la plaie ?? Un peu estomaquée, elle lui a demandé un entretien particulier.
Quant à ce moine, on aurait dit qu'il aimait être la "star d'un soir", comme lors de la discussion où nous étions 7 ou 8 à boire ses paroles... Usant d'humour à tout va et volontiers de grossièretés... Sa robe est-elle une garantie de sa victoire sur l'ego et le désir sexuel ? Pas si sûr..."
Rahansor.
La version intégrale de ce message qui comporte d'autres observations intéressantes sur la vie quotidienne dans ce monastère (bouddhisme d'origine himalayenne) est publiée dans le forum « bouddhismes » à cette Url (aller au message numéro 5) : http://s142585174.onlinehome.fr/tinc?key=VMBIfmiH&start=-1&reverse=1Il a d’ailleurs été répondu à son auteur par le webmestre de ce site, et sa réponse peut y être consultée (ouvrir la rubrique afficher les réponses à ce message dans le forum en bas du message 5).



XI
"Gardiens" ou "Protecteurs" courroucés
du bouddhisme tibétain


Même si elles sont des symboles profonds par ailleurs, j'ai souvent l'impression que les images du panthéon tantrique ont au moins quelque chose en commun avec leurs avatars plus modernes de la BD américaine : les Iceman, Silver surfer, Batman et autres gentils et méchants super héros.
Ces images-là ont été proposées à des enfants et des préadolescents en quête d'identité et de confiance en soi, craintifs face à un monde d'adultes qui les impressionne.

Peut-être la situation des tantrikas aujourd'hui n'est pas totalement différente, avec une société technologique, compétitive et complexe qui tend à les rejeter vers les marges. Alors pour ne pas se sentir trop petits et vulnérables sortent-ils (au sens figuré) leur Yamantaka de sa housse, ou leur Mahakala de sa naphtaline et s'offrent-ils un "jeu de rôle" tantrique, comme d'autres se rassurent en s'identifiant avec le personnage fragile qui peut devenir Spiderman en un tour de passe-passe, ou avec quelque super héros de jeu vidéo qui fait quotidiennement des prouesses sur son écran de XBox 360 ?

Non, ce n'est pas ainsi, ce n'est pas si simple. D'abord il y a de nombreuses divinités paisibles dans le tantrisme bouddhique, souvent de couleur blanche, comme Tchenrezigs (Avalokitésvara). Ces divinités ne posent pas particulièrement de question délicate quant au sens de leur pratique qui est, semble-t-il, d'inviter à l'apaisement. Il existe aussi des divinités d'autres couleurs ou d'autres expressions qui représentent la transformation des énergies plus passionnelles au cours du processus de méditation. Mais loin de nous l'idée de jeter la moindre ombre sur ces pratiques qui peuvent tout à fait se justifier en écoutant attentivement ce que les pratiquants eux mêmes ont à en dire.

Les questions se posent plutôt pour les protecteurs courroucés, qui peuvent être, par exemple, représentés de couleur noire et entourés de flammes, et qui constituent généralement le troisième refuge des tantrikas bouddhistes. Alors que dans les autres véhicules du bouddhisme on prend refuge dans le bouddha, son enseignement et sa communauté spirituelle, dans le vajrayana ou tantrisme bouddhique le refuge peut s'accomplir dans le lama, la divinité de méditation (yidam) et le gardien ou protecteur courroucé, le Dharmapala.
Nous pensons que si des interrogations subsistent sur la manière qu'ont les disciples les plus investis d'envisager les pratiques du tantrisme bouddhique, ces questions doivent porter surtout sur ce troisième aspect particulier.

Sur le blog d'Arnagala nous avons trouvé ce bref extrait qui suit, et qui porte sur la problématique des "protecteurs courroucés", appelés ici Gardiens, et des ombres possibles à leur pratique :"A la retraite d'Orléans, en 1994, Namkhai Norbu nous parla longuement des "Gardiens". Ce sont des Bouddhas censés protéger les pratiquants. Mais s'adresser à eux est, pour diverses raisons, réputé être une tache dangereuse. Les pratiques qui leur sont consacrées sont donc longues et complexes. Après plusieurs années de réflexion sur la question, j'en vins à la conclusion que ces choses-là n'étaient pas pour moi. Certes, je sens la force des rituels, et j'apprécie de m'y plonger, mais cela reste une mise en scène symbolique, plus encore en ce qui concerne les Gardiens, les esprits et les rituels "violents" ou magiques en général. Surtout, cela me touche infiniment moins que les textes Dzogchen. Je décidais donc de ne garder qu'eux et, par respect pour Namkhai Norbu, qui nous demandais de croire que ces gardiens n'étaient pas QUE des personnifications mais aussi des personnes bien réelles, je cessais d'aller à ses retraites. "
Alors quid de ces pratiques des protecteurs courroucés, appelés aussi gardiens (Dharmapala) ? Sont-elles inoffensives, ou peuvent-elles être "instrumentalisées" à d'autres fins que celles officielles de la "transmutation" et la "purification" des émotions négatives au cours de la méditation ?


Tout dépend des praticiens de ces images.
Nous pensons que la plupart pratiquent avec bonne foi et dans une orientation bienveillante, nous n’avons d’ailleurs aucune raison de présupposer qu’il en soit autrement. Nous nous intéresserons donc ici à une marge très minoritaire de ces pratiques, celles accomplies par des personnes qui n'auraient pas un parfait équilibre psychologique et qui ont été décrites dans la page "perversion du lien". Nous avons imaginé que ces pratiques pourraient être utilisées par ces quelques personnes peu équilibrées au plan psychologique décrites précédemment comme violentes, ou violentes perverses, ou encore perverses narcissiques.

On a vu que selon les estimations disponibles environ 3% de la population est sujette à ce type de trouble du comportement, réparti à peu près à part égale entre hommes et femmes. En revanche il est impossible de savoir si ce pourcentage sera le même au sein du milieu du tantrisme bouddhique, en l’absence d’études sur cette population.
La prévalence de ces comportements pathologiques pourrait être plus faible compte tenu de l’idéal bouddhiste de pacification des émotions perturbatrices. Mais elle pourrait aussi être plus forte, compte tenu du fait que les pratiques courroucées pourraient attirer particulièrement des sujets désireux de trouver un exutoire discret et socialement désirable à leurs pulsions. On le voit, il est bien difficile de déterminer une hypothèse raisonnable pour apprécier précisément la perversion du lien au sein des populations du tantrisme bouddhique.

Mais il y a une autre question à résoudre ici : la raison, encore moins la science n'admettent la moindre efficacité à ce type de visualisation de soi (auto visualisation), ou en face de soi, de personnages effrayants issus du panthéon du tantrisme bouddhique. Comme notre raison est ici -en quelque sorte - inopérante, nous proposons sur la présente page Web une hypothétique incursion dans l'imaginaire ombrageux de ces auto visualisations.

Il s'agit ici clairement d'un texte spéculatif (comprendre : de fiction spéculative). Nous décrivons ici des hypothèses librement. Et nous demandons à tous les pratiquants stables, équilibrés, bienveillants et sincères de ces pratiques, soit une écrasante majorité, de bien vouloir par avance nous excuser de cet imaginaire qui ne les concerne pas, mais qui désigne ici de rares incidents critiques éventuels, et leurs dérapages hypothétiques, puisque rien n'est donné à voir dans ce domaine des visualisations méditatives du tantrisme bouddhique.
Merci de lire ce qui suit sur cette page Web à la lumière de ces précautions.




Fiction ombrageuse
Quelle population serait directement concernée ? Ces questions concernent surtout peut-être les personnes qui ont beaucoup donné à ces pratiques des protecteurs courroucés, celles qui ont coupé sous leurs pieds l'herbe de leurs relations humaines antérieures suite à de longues retraites closes en groupe, qui ont renoncé à une sexualité assumée dans le cadre de vœux de chasteté prolongés, qui n’ont plus accès au monde du travail, et dont les projets personnels en société se sont délités au fil des ans dans l’environnement par exemple d’une lamaserie. C'est à dire qu’il n’y a qu’une très petite population concernée, elle pourrait par exemple être constituée en particulier de ces personnes qui se retrouvent comme coupées du monde dans lequel elles vivent à l'issue de 7 années de retraites closes, avec comme seul bagage résiduel ces auto visualisations.

Ces 7 années de retraite collective sont composées en réalité de deux retraites successives de trois années et trois mois. La première des retraites collective comporte l’étude et la pratique quotidienne (pendant une heure et quart par jour) du rituel des protecteurs courroucés. Cette pratique de Mahakala sera approfondie en deuxième retraite où le protecteur Mahakala deviendra en réalité la divinité tutélaire des yogis pour une année de pratique intensive, quatre sessions de trois heures par jour. De même il faut rappeler ici que la question posée ne concerne parmi eux qu'une minorité de ces tantrikas offerts aux auto visualisations de protecteurs courroucés.
Et peut-être un très faible pourcentage de personnalités ayant des tendances de violence perverse tente vraiment de devenir des prédateurs indétectables de l'image subtile et de l'énergie des autres au travers de ces pratiques. Nous avons vu que le taux de prévalence de ces désordres serait d’environ 3% dans la population en général. Sur une population cumulée au fil des ans de cent drouplas issus de la deuxième retraite, seulement quelques-uns tout au plus pourraient alors être sujets à ces troubles du comportement.

Quel serait alors le mode opératoire de ces déviances comportementales ?
En voici une esquisse hypothétique : au lieu de commettre des crimes, des abus ou des viols, ils s'assoient dans leur chambre de yogi, et visualisent ces passages à l'acte sur les autres avec une extrême intensité et un détail méticuleux en se mettant en scène de manière dynamique avec la forme et les attributs du Dharmapala courroucé.

Ces divinités himalayennes sont pourvues généralement d'armes tranchantes, de couperets ou de poignards, mais aussi de longues griffes et de dents immenses. Ces attributs au lieu de rester des images symboliques, vides de réalité, de métaphores de la compassion comme pour la majorité des yogis deviennent pour le violent pervers des armes visualisées et à destination tournées vers les victimes qui sont simplement visualisées.
Flamboyants de colère, ou de noire passion, les protecteurs courroucés tiennent un bol rempli de chair ou de sang, et arborent fièrement autour du cou des têtes humaines fraîchement tranchées. Pour la majorité des yogis cela symbolise la transmutation des agrégats au cours de la méditation, mais pour le violent pervers cela peut être le substrat d’un scénario de victimisation d’un tiers, victimisation avec des atteintes visualisées à l’intégrité de son corps et de sa vie.
Ce type de pratique ne tentera personne qui a des tendances équilibrées, c'est-à-dire la majorité des pratiquants qui sont très conscients de ce type de dérapages. Mais ce type de jeu de rôle macabre peut éventuellement devenir une véritable addiction pour les rares personnalités violentes dont le lien affectif et social est perverti.Dans certaines circonstances conflictuelles ce type de violence visualisée peut aussi à des degrés divers, et de manière heureusement temporaire, toucher des groupes, dans une atmosphère de clôture, d’émulation et de fièvre religieuse, voire de crainte pour l’avenir communautaire. Se pose ainsi la question des pratiques rituelles collectives sur commande en période de crise intercommunautaire.
A ce qu’on en lit elles ne sont pas toujours très reluisantes lorsqu'il s'agit de guerres internes entre factions (conflit des karmapas par exemple, ou conflits entre branches Guelugpa) ou d'enjeux sociopolitiques...
Je me souviens ainsi de rinpoché malade lors de sa 77ème année, il avait donné en guise d'explication : "il y a eu des souhaits négatifs". Nous étions en plein coeur de la bataille des karmapas. Le challenger du karmapa officiellement reconnu, challenger que soutenait indirectement rinpoché, venait de recevoir quelques temps auparavant des jets de briques à New Delhi de la part de moines issus de l'autre faction.
Rien n'allait plus entre les deux factions, et selon cette formule lapidaire : "il y a eu des souhaits négatifs", le vieux lama sous-entendait peut-être que ses soucis de santé avait quelque chose à voir avec les rituels courroucés et les pratiques de groupes issus de la faction adverse. C'est en tout état de cause ainsi que ses disciples l'ont interprété. Personnellement je découvrais, horrifié, que mes camarades pouvaient même imaginer ces aberrations au sein d'un monastère bouddhiste.Discuter de ce thème des auto visualisations de protecteurs courroucés est sensible et parfois tabou dans les communautés du tantrisme bouddhique. Il pose en effet les questions sur le tantrisme à leur extrême. C'est ce qu'on appelle en sociologie la méthode des incidents critiques : on regarde ce qui ne va pas dans une organisation pour la comprendre et l'analyser. Et effectivement cela ne veut pas dire que rien ne va, ou que tout va mal.

Existe-t-il des visualisations indiscrètes voire intrusives ?De la même manière que les parents ne prendront pas le risque d'exposer leur enfant à un pédophile, même s'il y a moins d'une chance sur cent de faire cette triste rencontre au bord d’une route, le principe de prudence les incitera à éviter de prendre le moindre risque avec des groupes tantriques aux effectifs parfois importants réunis dans un même lieu.
Car si cinquante, cent personnes ou davantage habitent là, ou sont réunies pour un évènement exceptionnel, les probabilités de croiser le chemin d'un violent pervers augmentent pour devenir significatives. Et le pervers narcissique, en manque d'affection et doté de tendances internalisées par sa pratique tantrique ciblera de préférence les sujets jeunes, à l'aspect agréable, au contact facile, à l'énergie disponible, c'est à dire plus probablement des enfants, des adolescents, des jeunes gens ou des jeunes filles.
Ces personnes naïves répondront volontiers au sourire qui leur est adressé, croyant à l'apparence vertueuse que confère une robe qui évoque le lamaïsme, ou le prestige de quelque école initiatique, sans se douter qu'elles deviendront les jouets non consentants, bien involontaires, de la pratique tantrique unilatérale de leur discret prédateur le soir-même dans la solitude de sa chambre. Le tantrika en mal de satisfactions se visualisera par exemple en yabyum (union sexuelle) avec la personne rencontrée pourtant si innocemment, quand il ne la soumettra pas à ses caprices de psychopathe ou de pervers accomplis sous la forme d'images en mouvement courroucées et violentes avec la visualisation explicite des coups de couperets, de griffes, de dents ou de lance.
Ces images dynamiques adoptent le protecteur courroucé comme avatar pour déculpabiliser leur auteur au sein de la pratique bouddhiste, lever les inhibitions, et donner au yogi violent libre cours à ses fantasmes retenus dans sa vie de renoncement et d’ascèse.

Les 7 années de pratique en ermitage collectif donneraient, paraît-il, à ce type d'auto visualisations une plus grande clarté et une précision accrue, l'esprit s'étant longuement entraîné à ces exercices.Ces pratiques ne sont pas supposées être détournées sur ces voies erronées, et sans doute le sont-elles en effet très rarement. Mais que le yogi est bien le seul à en juger : aucune police, aucune justice ne viendra lui en faire reproche, et ces actes purement mentaux ou abstraits ne sont pas considérés comme des infractions, des délits ou encore moins des crimes. A l'extérieur rien n'arrive, rien ne se voit, il ne se passe rien de tangible. Cette liberté totale, cette absence de sanction de la part de la société, peuvent donc tenter certains, heureusement sans doute fort rares, dans cette regrettable direction...
Dans cet exemple je n'ai bien entendu pas la prétention d'épuiser le sujet, mais de faire entrevoir ce type de phénomène, même si nous ne disposons pas d’un vocabulaire adapté.


Les objections
Je ne connais pas la nuisance subjective et encore moins objective que pourraient représenter ces pratiques erronées pour leurs victimes. Selon la raison ordinaire, il ne devrait rien se passer pour celui qui subit de type de visualisation, puisqu’il ne s’agit que d’images. Il m’a de plus été objecté que « la karma mûrit et rétribue sévèrement les adeptes aux pratiques erronées ». Personnellement je ne suis pas certain que cette sorte de justice immanente (karma) punisse toujours les vilains ! Ce serait une bonne nouvelle, et je veux croire au Père Noël. Pourquoi pas, en effet, une autorégulation au sein du système tantrique lui-même. Excellente idée, mais un peu idéaliste.Les observations et imaginations précédentes viennent aussi de discussions que j'ai eues avec des personnes qui, sans se concerter initialement, ont reconnu avoir fait grosso modo la même expérience avec un personnage aux pratiques tantriques ambiguës au coeur d'une même communauté yoguique. Ce sont surtout des femmes qui s'en sont plaintes, mais pas exclusivement. Plusieurs de ces personnes ont connu des difficultés intérieures suite à un entretien houleux avec ce tantrika qui a des fonctions dans cette communauté. Et il a fallu à chacune de ces personnes plusieurs années pour dépasser ces difficultés intérieures inédites et sans réelle cause certaine, suite à un seul entretien de quelques dizaines de minutes. Deux personnes m'ont dit qui leur a fallu trois années pour sortir de ce sentiment mêlé de conflit intérieur, d'agitation et de dépression qui a fait suite à une interview où le yogi en question s'est mis en colère avec elles.
L'une de ces personnes s'est ouvert de ses questions auprès d'un autre pratiquant du tantrisme qui connaît bien de l'intérieur la situation réelle de cette communauté. Il lui a confirmé ses intuitions, ajoutant que le tantrika en question était "peu équilibré" et "misogyne" et qu'il avait déjà fait de nombreuses "victimes" parmi les femmes qui venaient régulièrement se plaindre du traitement moral désagréable qu'elles avaient subi.
Le mode opératoire était toujours le même : au début le yogi établissait une relation amicale, cordiale, souriante, séduisante et personnelle avec chacune de ces personnes qui s'ouvraient de plus en plus et adoptaient ce personnage comme leur guide spirituel. Puis, alors que ce processus d'ouverture était bien engagé et que la personne était liée solidement par des liens subtils avec notre tantrika, ce dernier se mettait subitement en colère, faisait des reproches injustes et terribles à sa disciple, et mettait cette élève dans un état d'abattement et de conflit intérieur qui pouvait ainsi prendre plusieurs années pour se dissiper lentement. Le tantrika s'en prenait surtout à des personnes à la périphérie de ce mandala de pratique collective, comme si cela lui permettait de moins avoir à craindre pour lui-même de réplique voire de choc en retour.


Une solidarité autour des victimes apparaît
Ces conversations sont très récentes autour de la communauté que j'évoque, et reflètent une nouvelle prise de conscience. Auparavant un sentiment de honte, de culpabilité et de responsabilité hantait les victimes qui imputaient à eux-mêmes et à leur propre "karma" ces difficultés intérieures inopinées et inexplicables. Leurs amis justifiaient ces difficultés avec "l'approche directe" du lama, la "purification du karma", voire ses "moyens habiles" et son "activité courroucée de compassion" et avec cette « langue de bois » dharma ne donnaient aux victimes aucune réponse satisfaisante.C'est à partir du moment où les victimes ont commencé à en parler entre elles, puis un peu autour d'elles, que les langues ont commencé à se délier, et que des anciens du système ont mis aussi leur expérience à leur service pour leur permettre d'étoffer leurs analyses.
Il a fallu admettre à chacune de ces victimes que seul l'instant de dispute avec ce tantrika ne pouvait pas expliquer la gravité et la durée du conflit intérieur qui en avait résulté. Il y avait certainement autre chose en filigrane qui avait agi. Mais quoi ? Et c'est en parlant avec des anciens, qui connaissaient bien ce système tantrique que les victimes en sont arrivées à ce qui est sans doute le coeur du sujet. Ce tantrika misogyne est un spécialiste de Makalaha mais aussi d'autres protecteurs courroucés du même lignage et il est notoirement connu au sein de sa communauté pour les utiliser au quotidien dans ses relations avec les autres. Il a également fait la deuxième retraite de 3 ans où ces pratiques sont enseignées en auto visualisation, pendant plus d'une année de pratique intensive, environ douze heures par jour.Une surveillance discrète s'est donc organisée à son insu autour de cet apprenti Mahakala au couperet peut-être trop "affûté" et aux griffes trop "pointues" ; les anciennes victimes incitant leurs proches à bien l'observer. Et, en effet, d'autres observations intéressantes, menées et confrontées avec l'expérience de personnes qui ont effectué les deux retraites de trois ans, ont permis de mieux cerner ce mode opératoire, même si bien entendu il est impossible d'en reconstituer l'intériorité.

Récemment d'ailleurs une anecdote m'a montré que ces questions étaient partagées par d'autres. Un ancien du dharma me confiait récemment, sans que je l'y convie, qu'il avait rencontré récemment notre tantrika, adepte peut-être de la visualisation intrusive à griffes réelles, dans le petit temple communautaire. Il l'a vu regardant une jeune adolescente et a eu l'intuition m'a-t-il dit qu'il "voulait lui voler son énergie" (sic). Il a donc entrepris de lui adresser quelques paroles, prétexte pour déranger et interrompre le tantrika ; celui-ci sentant ce regard inquisiteur porté sur lui a changé d'attitude et a finalement laissé tranquille la jeune fille se détournant d'elle. Tout cela est-il illusion ? Sans doute, mais... Ces personnes se font-elles des idées ? Oui, peut-être...

Chacun répondra à ces questions avec sa sensibilité et son expérience. L'intervenant que je viens d'évoquer en dernier a 25 ans d'expérience dans le bouddhisme de tradition himalayenne et en connaît bien les ficelles.
Et j'ai ainsi tendance à penser que les personnes s'approchent inexorablement du vrai lorsqu'elles mettent patiemment en commun leurs expériences. Mais leur conclusion inévitable fait-elle encore peur à celles qui n'ont pas été victimes ?

Et serait-ce pour cela que les 97% des adeptes sincères préfèrent encore ne pas voir ces 3% de réalité pathologique en face, préférant le confort de leurs jolies images d'Épinal et de leurs bouddhas dorés, à la vérité noire, cruelle et tranchante qui rôde solitaire et secrètement drapée peut-être sous la rassurante robe rouge ?


Difficile d’y croire, en effet
Le débat ne fait que commencer, le sujet n'ayant été qu'effleuré. Et nous ne disposons pas du vocabulaire ni du cadre de référence pour évoquer ces "questions invisibles"...Quant à la critique des "abus" en général, ce sont les femmes, en effet, qui sont montées en première ligne pour dénoncer les dérapages du tantrisme bouddhique : Victoria Trimondi (l'ombre du dalaï lama, écrit avec son époux), June Campbell (sur Kalou et sa vie très secrète), Tara Carreon (auteur du site American Bouddha, avec son époux James, avocat).Et quand ce ne sont pas des femmes se sont les mouvements associatifs représentant la minorité gay comme celui qui est à l'origine de l'intéressant site britannique FlameOut/Gurus, qui ont pris la parole pour protéger chacun des abus commis au nom de la spiritualité.Oui, les lois protègent attentivement le citoyen. Mais dans le domaine de l'intrusion ou de la subjugation spirituelle, (si ces choses ont le moindre sens) rien ne filtre, rien n'est visible, et il faudra aux victimes faire valoir des droits plus tangibles en plaidant et en prouvant la manipulation mentale, ou l'abus de faiblesse et d'ignorance de personnes en état de sujétion psychologique. Parfois l'absence de symptômes clairs, visibles, et de liens évidents de cause à effet, peut réduire les possibilités de se défendre en utilisant le droit.

Et c'est sans doute pour cela qu'il faut craindre hélas les premiers suicides ou décès prématurés pour que des parents ou des proches osent porter plainte, se faisant assister de l'Unadfi, comme dans un autre cas récent, celui du Néophare plaidé en 2004. La loi Abou-Picard sur l'abus de faiblesse et d'ignorance de personnes en état de sujétion psychologique y a été appliquée pour la première fois.
Alors avant que tout drame n'ait lieu, les forums, les sites Internet et les livres peuvent utilement permettre aux victimes de faire valoir leur expérience et de la partager, puis de contenir les éventuels dérapages communautaires, et de prévenir les accidents regrettables.


Revenir à la réalité
Pour ne pas prendre les choses trop à coeur, trop au sérieux on peut essayer de leur trouver une sorte d'esthétique : le noir prédateur cruel, déambulant dans sa robe intensément rouge, par les coursives glacées du monastère, par exemple ! Il vaut mieux en faire un texte, un conte, un livre, pour ne pas en faire un drame. C'est pour cela aussi que le roman nirvana actuellement en ligne sur le net raconte justement l'exposition d'un prédateur au sein d'une lamaserie. Ce thriller à tonalité fantastique évoque avec la liberté de ton romanesque ce sujet délicat, et tabou chez les tantrikas.
En ouvrant le lien de "nirvana" ci-dessus, j'ai retrouvé cet email qu'a envoyé Lhakdor, assistant et traducteur du dalai lama au Bureau de sa sainteté à Dharamsala, à l'auteur, et qui traite aussi de ces questions :
[Mc Leod Ganj 176219, Distt. Kangra, H.P. India](Traduction française)[Ce courriel est présenté avec l’aimable permission de son expéditeur.Office of His Holiness the Dalai-Lama] 03/09/2001, à 23h10 Cher Dr. Bosche,Merci de votre courrier du 17 Août [2001] et de votre livre : « Le Voyage de la Cinquième Saison ». Votre lettre était très informative, et nous lirons votre livre. Je présenterai à l’attention de Sa Sainteté [le dalaï-lama] le contenu de votre lettre.J’ai également lu en entier le résumé en anglais [de huit pages très denses] à la fin de votre livre et je suis totalement en accord avec ce que vous avez écrit.C’est un signe clair de dégénérescence du dharma [de l’enseignement bouddhiste] que beaucoup aujourd’hui ne fassent pas d’effort sérieux pour comprendre l’enseignement fondamental du Bouddha sur les Quatre Vérités [la souffrance, son origine, sa cessation et la voie juste], les Deux Vérités [la vérité conventionnelle & la vacuité], la Compassion, la Bodhicitta [l’esprit d’éveil] etc. Ils n’ont pas de motivation personnelle pour étudier et comprendre l’enseignement du Bouddha.Des personnes tendent à s’appuyer sur des pratiques rituelles superficielles et essayent d’apaiser et d’adorer des divinités et des protecteurs [courroucés], comme si toute bénédiction et toute bonté devaient venir de l’extérieur.La signification réelle du mot tibétain pour dharma est Chö qui signifie : transformer et changer sa propre attitude à travers la connaissance et l’attention. Tant qu’on ne fait pas d’effort personnel, même le Bouddha ne peut changer notre attitude. Dans les sutra [les textes] le Bouddha a clairement dit : « Je vous ai montré le chemin du nirvana et le nirvana dépend de vous. » C’est l’effort qu’a toujours fait Sa Sainteté [le dalaï-lama] : amener et préserver l’enseignement principal et le message du Bouddha. Ainsi il est devenu important de séparer l’enseignement authentique des clichés culturels dépassés.Il y a beaucoup à faire pour donner une éducation adéquate au public. Les gens sont si facilement induits en erreur par des attractions séduisantes qui sont vides de contenu. C’est seulement avec le temps qu’on pourra discerner qui suit sincèrement l’enseignement du Bouddha, et par quel chemin les êtres vivants recevront de l’aide — les rituels ornementés et attractifs, ou bien le vrai sentier des quatre vérités, etc. tel qu’il a été enseigné par le Bouddha. Je suis certain que les gens peuvent apprendre beaucoup d’une expérience telle que la vôtre. La plupart des choses que vous avez écrites sont exactement les mêmes que celles par lesquelles Sa Sainteté [le dalaï-lama] conseille les autres.Avec mes meilleurs souhaits et mes remerciements.Votre sincèrement,Lhakdor,Religious Assistant & Traducteur "




XII
La violence rituelle
dans l'histoire du bouddhisme himalayen



Le blog "la vache cosmique" d'Arnagala. http://shivaisme-du-cachemire.skynetblogs.be/ propose une discussion intelligente et informée sur le shivaïsme du Cachemire mais surtout sur le tantrisme, ses parentèles spirituelles, et même à l'occasion un regard attentif sur le tantrisme bouddhique. Il pose précisément la question des pratiques courroucées ou hostiles du tantrisme bouddhique, à travers la lecture d'un livre récemment paru en langue anglaise.Extrait :" Un excellent ouvrage est paru sur l'histoire du Bouddhisme tantrique : Tibetan tantric Buddhism in the Renaissance Rebirth of Tibetan Culture, par R. M. Davidson, Columbia University Press, New York, 2004.Un ouvrage exigeant mais passionnant sur les rapports entre Tantrisme, éthique et politique. [...] Nous devons nous interroger sur le caractère moral ou non de certaines pratiques. Par exemple, celles de la "libération des ennemis du Bouddhisme" - activité présente dans la plupart des sâdhanâs tantriques -, ainsi que celle de l'obéissance absolue au lama (ou gourou). L'histoire de la transmission du Bouddhisme tantrique de l'Inde au Tibet est, à cet égard, riche en exemples qui font réfléchir. La "deuxième vague" de traduction des tantras, débutée à la fin du IXème siècle, s'est voulut une réforme morale, un retour à l'éthique de la non-violence et de la compassion. Pourtant, certain traducteurs tibétains se sont servis des pratiques tantriques pour tuer (c'est, du moins, ce qu'ils ont cru). Ainsi Ra Lotsâwa, l'un des plus célèbres traducteurs tibétains du XIème siècle, a pu affirmer :"J'ai tué treize adeptes du Bouddhisme tantriques [vajrins], en tête desquels figure Darma Dodé [le fils aîné de Marpa]. Même si je dois renaître en enfer pour cela, je n'en ai point de regrets.J'ai pris cinq jeunes filles comme épouses [tout en étant moine pleinement ordonné], en tête desquelles figure Euser Boumé. Même si je suis égaré dans la luxure, je n'en ai point de regret". (cité p. 117).Les tantras affirment en effet - conformément aux sûtras du Grand Véhicule - que tuer un être méchant en le faisant renaître dans une Terre Pure, c'est faire preuve de compassion en le délivrant. Car ici, délivrer, c'est anéantir. Mieux même, le bodhisattva doit anéantir les êtres méchants (entendez - ceux qui refusent de se laisser "dompter"), tout comme il anéantit les mauvaises pensées et les "vues perverses" (viparîtadrishti).

On voit suffisamment comment l'obscurantisme et la volonté de "faire le bien des êtres" se combinent ici pour légitimer le meurtre."par Arnagala, blog "la vache cosmique" http://shivaisme-du-cachemire.skynetblogs.be/


Des rumeurs persistantes de meurtres rituels
Non seulement ces textes anciens évoquent des crimes rituels, mais également des rumeurs persistantes et plus récentes y contribuent aussi. Récemment à dîner à la maison, un de mes invités se trouvait bien connaître les milieux du bouddhisme himalayen pour avoir longuement fait des voyages et des rencontres en Asie dans ces milieux. Il me confia que, selon la rumeur, il aurait existé dans le monde himalayen des pratiques de sacrifices rituels, les victimes auraient été sacrifiées avec le poignard rituel, le purba (qui par ailleurs donne aussi incidemment son nom à une divinité, Dordjé Purba, et à un rituel scriptural sans que cela ait forcément quelque rapport).

Dans Magie d’amour et Magie Noire Alexandra David Neel attribuait quant à elle à des cultes bonpo tibétain d’étranges rituels macabres. Une notice d’éditeur décrit ainsi ce livre : "Histoire d'amour et de mort où brigands et moines jouent un rôle, les plus effrayants n'étant pas ceux qu'on pourrait imaginer, Magie d'Amour et Magie Noire est donc un roman vécu. Alexandra David-Néel affirmait s'être contentée d'entourer les héros du décor physique et de l'atmosphère mentale dans lesquels ils se mouvaient." Il s'agirait donc bien de récits, narrés par Alexandra David Neel, à partir de faits réels recueillis par elle. C'est donc un ouvrage crucial également à s'offrir en Pocket ! http://www.alexandra-david-neel.org/francais/bibl2.htm
Ces rumeurs persistantes au sein du monde bouddhiste m’ont amené à aller regarder de plus près s’il existait des cas avérés de meurtres. Et après une brève recherche sur Internet, il semble qu’au moins 4, presque récents, soient déjà connus, faisant l’objet de publications.


Décapité au nom des dharmapalas
La citation qui suit est un bref extrait d’un enseignement public à ses proches disciples, donné en anglais par Shenphen Dawa Rinpoché, un expert réputé du tantrisme bouddhique, c'est aussi le fils de Dudjom Rinpoché, leader de l'école Nyingmapa. J'ai trouvé le texte complet sur le site Web American Buddha et me suis contenté de traduire l’extrait ci-après. Dans le cas décrit ici une personne a eu la tête tranchée par un inconnu dans une sorte de "pratique rituelle" accomplie au nom des dharmapalas, les protecteurs courroucés du tantrisme bouddhique. Au jour où j’écris ces lignes je suppose que toute cette histoire s’est produite voici au moins une cinquantaine d’années.
Voici en quelques mots la situation que décrit Shenphen Dawa Rinpoché, c’est un souvenir de son enfance qu’il raconte. Dudjom Rinpoché, son père, avait été menacé et pris à parti la veille par un créancier et sa fratrie, pressés de recouvrer des fonds prêtés au Rinpoché, et ce créancier devenu colérique avait proféré des menaces publiques contre son débiteur, Dudjom Rinpoché, et l’avait violemment saisi au cou, un geste et des menaces vraiment inconcevables et inacceptables selon le code de conduite tibétain envers un haut lama. Mais laissons maintenant la parole à Shenphen Dawa Rinpoché qui nous raconte la suite de ce souvenir d’enfance. Il désigne ici son père par le titre honorifique de Rinpoché :
« Un matin très tôt, avant que le jour ne se lève, [Dudjom] Rinpoché faisait sa pratique, c’était aux alentour de 3 ou 4 heures du matin. Au milieu de sa pratique quelqu’un fit irruption et posa quelque chose sur la table en face de lui, et fit ainsi un grand bruit dans la pénombre.
Rinpoché se met en quête de trouver une lampe torche – les piles venaient de Lhassa, et elles étaient importées de Chine, alors qui pouvait s’en offrir ? – Il la trouve, et l’allumant, il découvre une tête [humaine] fraîchement tranchée, Avec le crâne intact. Il réalise immédiatement que c’est la tête du membre de cette fratrie qui l’a saisi au cou [la veille]. Le protecteur ne pouvait pas supporter de le voir ainsi humilié, ainsi il a coupé la tête de cette personne et l’a amené à Rinpoché.
Depuis ce jour Rinpoché jura de ne jamais ressentir ou montrer aucune émotion. Il avait pensé [au sujet de la personne qui l’avait menacé] : « pourquoi cette personne m’a-t-elle traité si mal ? »
Elle méritait quelque chose, mais pas de cette manière. Deux jours plus tard, un autre des frères [de la famille de créanciers] devint complètement fou et se donna à lui même un coup de poignard. A peine plus tard, le troisième frère qui montait à cheval tomba. Une fois que le protecteur se met en colère, il ne s’arrête pas avant d’avoir tranché toute la lignée familiale. Vous pourriez demander : « quelle est la logique pour s’attaquer ainsi aux membres de la famille ? » Mais j’essaye de vous expliquer que cela va au-delà de la logique. Ainsi immédiatement Rinpoché dût arrêter cela, parce que cela se propageait aux autres membres de cette famille. Alors il dit aux parents et aux membres de la famille de venir au monastère et de faire des prosternations dans le temple et de demander pardon. Rinpoché accepta leur demande de pardon, et cela s’arrêta. Cela ne prit pas la vie du père et de la mère, mais les prochains auraient été les oncles. L’esprit de sagesse des dharmapalas (gardiens du dharma ou protecteurs courroucés) est tel que quand les [vies des] gens sont tranchées, ils sont aussi libérés. N’oubliez pas cela. Ce n’est pas qu’ils souffrent. Les dharmapalas (protecteurs courroucés) ont le droit de prendre la force de vie. La force de vie dont nous parlons est une vitalité qui est dans le champ de captation des dharmapalas. »

[Pour lire une brève biographie de Shenphen Dawa Rinpoché : http://nyingmapa.free.fr/interview_sdn.htm ]
Le bref passage cité ci-dessus montre que la question a eu de l'intensité pour Dudjom Rinpoché qui s'est certainement posé beaucoup de questions suite à cette mort horrible d'un disciple qu'il n'avait certainement pas demandée, ni souhaitée. Mais ce drame a aussi impressionné Shenphen Dawa Rinpoché alors enfant qui a découvert très tôt cette chose terrifiante. La question de la pratique du protecteur courroucé amène à évoquer cette sorte d'incident critique du Dharma, un point d'achoppement sur lequel bien des blocs de significations dépendent... Et de ce temps, l'idée court toujours en Occident dans les milieux du tantrisme bouddhique selon laquelle « il n'y a pas de problème avec les pratiques courroucées »... « C’est juste des métaphores, des images symboliques et vides de la compassion »... « Tout va bien, l’activité des bouddhas s’exprime au travers des protecteurs... » Et bien sûr : « vous vous faites des idées, vous projetez vos peurs et vos propres négativités sur ces illusoires pratiques d'éveil ». Avec pour modeste corollaire : « Chercher des défauts à ces profondes pratiques de sagesse des protecteurs courroucés, c’est encore la lubie de quelque râleur qui n'a rien compris ! », « son truc personnel, en somme ! » Combien de fois j’ai reçu ce genre de commentaires agacés sur des forums bouddhistes de tradition tibétaine lorsque j’évoquais quelques réserves sur l’innocuité de ce type de pratiques !

A titre personnel même si je ne déduis rien comme conclusion eschatologique du récit qui précède, je trouve qu’il s’en dégage une atmosphère assez étrange. Cette histoire nous renseigne sur un état d’esprit, une manière traditionnelle de voir ces questions, et sur les relations sociales, voire socio-économiques, au sein de la communauté tibétaine stratifiée d’alors.
Le crime atroce passe presque au second plan derrière une fascinante interprétation de nature magique, en étant associé à d’autres incidents critiques, comme une tentative de suicide et une chute à cheval.
Mais ôtons de ce récit sa tentative de trouver un sens à cette loi de séries qui a touché cette fratrie exposée à ces malheurs successifs. En un mot, lorsque l’orateur dit que le Dharmapala a tranché la vie du créancier agressif, c’est une manière de ne pas dire peut-être qu’un autre adepte de ce culte tantrique, de cette église bouddhiste – dont le visage reste ici invisible - a pris un grand couteau et a tranché, de sa propre initiative, la tête du créancier de son lama pour la lui apporter en pleine nuit au temple. Les protecteurs, les dharmapalas, sont donc invités ici comme des médiations sémantiques. Ils constituent une explication du réel, permettent alors de rendre compte de l’inacceptable et de lui donner du sens.

Mais surtout cette anecdote effectivement tout à fait terrifiante suggère que le bouddhisme tibétain n’est pas toujours une histoire pour enfants de chœur. Plus, les Occidentaux sont peut-être passés à côté de l’essentiel, en imaginant que le bouddhisme tantrique se réduisait à un imaginaire coloré, souriant et folklorique, cet imaginaire sympathique qui a inspiré de beaux films à Hollywood et tiré des larmes à bien des spectateurs.

Enfin pour ceux qui penseront que l’explication donnée par l’orateur est à prendre au pied de la lettre, c'est-à-dire que les dharmapalas invisibles ont le droit de prélever la force de vie, et de donner la mort, je peux imaginer qu’ils auront désormais quelques états d’âme supplémentaires en pratiquant ces rituels dans des centres du dharma, en y assistant parmi le public, ou en finançant comme bienfaiteurs les deuxièmes retraites de trois années qui dans certaines écoles comportent au moins une année intensive de pratiques courroucées des Dharmapalas… C’est vrai, ce que dit tout haut Shenphen Dawa Rinpoché, et qui se murmure depuis longtemps tout bas dans les monastères et les centres du Dharma, n’est pas sans poser de graves questions sur l’innocuité de certaines pratiques acceptées au sein du bouddhisme de tradition himalayenne.

J’ai présenté cette brève anecdote pour l’exemple car elle vient d’un expert du tantrisme bouddhique. Son expression directe et sans langue de bois est intéressante. Et surtout Shenphen Dawa s’exprime très bien en anglais, sans se censurer sur le contenu, et nous invite ainsi au cœur, sinon d’un terrifiant mystère, du moins d’un meurtre rituel caractérisé au sein même d’une tradition bouddhiste établie. Qu’il soit remercié ici pour cette rare franchise.


3 moines assassinés dans ce qui ressemble à un crime rituel
Afin que les lecteurs perçoivent que la victime à la tête tranchée du récit précédent n'est pas un cas unique voici celui, d'ailleurs plus connu, mais jamais élucidé, de trois moines du dalaï lama assassinés à quelque distance de la résidence de sa sainteté à Dharamsala.
(Extrait de Gouttes de Rosée aux Jardins du Lotus)"L’adepte déviant de ces rites pourrait imaginer, hélas, que la confusion avec cette silhouette terrible du protecteur noir lui permettra de mieux affirmer son propre caractère... Il pourrait tenter de dominer les autres, de les impressionner secrètement, sous l’honorable prétexte de pratiquer la transmutation des émotions à l’aide de cette visualisation terrifiante... Induire la peur et l’intimidation chez l’autre pourrait-il être recherché par cette technique d’imagerie mentale ou d’autres encore ?Plus probable, la visualisation aberrante de meurtres symboliques, imaginés, pourrait-elle un jour déboucher sur un passage à l’acte chez un disciple fragile devenu déséquilibré ou fanatisé ? Pour les Guélougpas ce sujet est devenu sensible, désormais. L’église du dalaï-lama est aujourd’hui en conflit avec elle-même à ce sujet.
Les supporters récalcitrants de la propitiation d’une effigie courroucée, ont été en quelque sorte « excommuniés » par le leader modéré qu’est le dalaï-lama. Son apparence terrible est en effet inquiétante. Ce protecteur est représenté portant un collier de têtes humaines fraîchement tranchées et vivant dans un palais sur un océan de sang bouillonnant. Le dalaï-lama a même affirmé publiquement que les pratiques rituelles de certains de ces disciples pouvaient, dans une certaine atmosphère d’hostilité, atteindre et menacer sa propre longévité... On a peine à y croire. À New York une manifestation d’opposants américains, portant pancartes et scandant mots d’ordre, a chahuté le dalaï-lama, lors d’un voyage. Il ne s’agissait pas vraiment de contestation politique, au sujet par exemple du Tibet, mais bien de l’expression d’une faction qui a choisi le mode d’identification courroucé qu’interdit aujourd’hui, sous cette forme, le dalaï-lama à tous ses disciples... Ce conflit a pris une dimension dramatique depuis que trois membres de l’entourage proche du dalaï-lama qui s’étaient eux aussi vivement opposés à ce culte furent retrouvés assassinés à quelque cent mètres de la résidence de Sa Sainteté. Leurs corps dépecés, poignardés de très nombreux coups de couteau, avaient été coupés d’une manière évoquant l’exorcisme rituel."

Cette information a été également publiée par le magazine hebdomadaire Newsweek : « Les trois furent poignardés de nombreux coups et lacérés d’une manière qui évoquait un exorcisme rituel. » (Newsweek, 5 May 1997, p. 43).

On peut en lire un compte rendu plus précis en anglais sur le site legal affairs http://www.legalaffairs.org/issues/May-June-2003/feature_kerasote_mayjun03.msp

Le document en ligne http://www.legalaffairs.org/issues/May-June-2003/feature_kerasote_mayjun03.mspexplique précisément aussi l’histoire antérieure à ce crime et précise son contexte et ses implications.

Plus communément quand la passion se transforme en colèreEn animant un forum j'ai eu à suspendre un membre au comportement devenu parfois un peu fantasque et "direct", de manière à ménager les autres participants et la sérénité des échanges.
Je ne donnerai ici aucun détail permettant d'identifier ou de désigner cette personne, encore moins de la nommer. J'ai donc pris l'initiative de ce "bannissement" du participant, c'est à dire la suspension de ses identifiants de connexion au forum.Voici quelques extraits de courriels de menaces privées (de coups et blessures, peut-être de viol, certainement de diffamation publique et de meurtre) que j'ai reçus ensuite. Depuis, son auteur a suspendu ses menaces et m'en a fait part, sa colère passagère ayant sans doute débordé sur son point de vue. Puis récemment il a réitéré ses menaces.
Ce passage à la colère m'a paru significatif :

Premier email de menaces reçu (extrait) :"Expédition punitive : [...] à moins d'être rétabli dans mes fonctions [...] sur le forum, le temps d'un droit de réponse légitime, je serai contraint d'aller moi-même vous demander raison de vos propos, [...] dès les prochaines vacances de février, muni d'une barre à mine afin de vérifier l'état d'un matériel qui me paraît défectueux...
Votre silence est déjà un aveu : à très bientôt donc !"Deuxième e mail de menaces reçu (extrait) :"Hé, le Défroqué, lis un peu ça : [...] J'en connais un qui va se prendre un coup dans le derrière ! "Troisième email de menaces reçu (extrait) :
"[...] Droit de réponse, que j'ai dû solliciter au demeurant, mais vous savez où vous pouvez vous le mettre ? [...] En fait, [...] je vais venir lui casser la gueule mais [...] je vais désormais employer toute mon énergie à ruiner le peu de vie qui lui reste : carrière, famille... Tout va y passer, foi de [...] jusqu'à temps que tu ailles te réfugier dans une retraite de trois ans à perpétuité ! PUISSENT TOUS LES DEMONS DE L'HIMALAYA EXAUCER MA PRIERE ! On ne défie pas le Tantra Sacré en vain !!! Vive les crimes rituels ! "

Quatrième email de menaces reçu (extrait) :
"Circonstances aggravantes. Je viens de lire le paragraphe "Plus communément quand la passion se transforme en colère", que vous me faites l'honneur de me consacrer dans CRIMES RITUELS sur bouddhismes.info, rendant publiques au passage des informations qui ne concernent que vous et moi.Si vous n'y publiez pas sous les plus brefs délais la lettre que je viens de vous faire parvenir au titre du droit de réponse que vous m'aviez accordé, j'ai bien peur d'être dans l'obligation de devoir mettre à exécution les menaces, je dis bien toutes les menaces, que j'ai pu proférer le mois dernier et dont vous ne révélez, à votre habitude, que quelques (extraits) [...].Attention : je ne le répéterai pas... et "fin février" va être vie venu désormais."

Ce qui est significatif est qu'on puisse participer à un forum, puis finir par menacer une personne qui a eu le malheur de déplaire, de "crime rituel" au nom "de tous les démons de l'Himalaya" en affirmant même : "on ne défie pas le Tantra Sacré en vain !!!".
La personne à l'origine de ces menaces ne se rend pas compte qu'en France, ce n'est pas la loi du tantra, ni celle du plus fort, mais la loi républicaine qui s'applique dans ce cas aussi (ART.222-17 AL.2, AL.1 C.PENAL). La loi punit avec sévérité l'usage de la menace de mort, particulièrement lorsqu'elle est réitérée (ART.222-17 AL.2, ART.222-44, ART.222-45 C.PENAL), comme l'indique le témoignage complet de ce webmestre qui a porté plainte pour obtenir sanction et réparation - au pénal et au civil - dans une autre affaire de menaces de mort réitérées :
http://www.kitetoa.com/Pages/Textes/Textes/Ney/Apres-proces/index.shtml

Mise à Jour / nouveau. Sans que nous l'ayons sollicité, nous venons de recevoir un email d'excuse de l'auteur des menaces. Celui-ci regrette son geste, avec politesse. Il a de plus décidé d'agir dans le sens d'une information plus grande sur les dérives éventuelles du tantrisme bouddhique et de publier des écrits informatifs. L'auteur ayant fait amende honorable, nous avons donc accepté ses regrets et avons donc nous aussi tourné la page. Nous l'aiderons de notre mieux à l'avenir à faire connaître son travail d'écriture dédié à l'information du grand public. C'est une très bonne nouvelle.





[Ce qui suit n'a pas de rapport avec ce qui précède, ndl'a]


Le duel par le jeûne jusqu'à la mort d'un des deux protagonistes : inquiétante pratique de Mahakala
Sur les dérives "jusqu'au boutistes" et l'utilisation des protecteurs courroucés (ici Mahakala) dans des conflits entre factions du tantrisme bouddhique, voici cette intéressante lettre (en anglais) de Togpa Rinpoché de 1995 à Gyaltsab rinpoché :http://karmapa-issue.org/politics/topgarinpoche1.pdfOn y découvre que Togpa Rinpoché propose une sorte de "duel" par le jeûne face à la statue de Mahakala jusqu'à la mort (sic) entre deux responsables des factions en conflit pour la succession du karmapa. On lira en particulier à partir du bas de la page 3 et les pages 4 et 5.Cette instrumentalisation des "protecteurs courroucés hors du champ de la pratique saine de la méditation y est explicitée par Togpa Rinpoché. Il propose dans ce texte un jeûne jusqu'à la mort. C'est à dire qu'on est bien en face d'une dérive explicite de pratiques du tantrisme bouddhique qui devraient au contraire toujours rester tournées vers la santé mentale et le bien être de tous.Fort avisé, Gyaltsab rinpoché n'ouvrira pas la lettre qui ainsi sera retournée à Togpa.[Fort tristement ce dernier, qui affirme en substance dans le courrier que le protecteur courroucé "punira de mort" celui qui a "endommagé ses liens initiatiques", décédera prématurément quelques années plus tard des "suites d'une maladie".]Ce courrier aujourd'hui présenté sur ce site peut-il constituer a posteriori une sorte de testament spirituel de Togpa rinpoché ? Il révèle, en tout état de cause et très officiellement, que les protecteurs courroucés (ici Mahakala) sont bel et bien "invités" à "arbitrer" la lutte entre les factions avec la mort d'un homme proposée en issue.N'est-ce pas là une bien étrange et inquiétante manière d'envisager la quête de la sérénité du bouddhisme ?J'espère que les visiteurs qui découvriront ce courrier comprendront mieux en quoi cette instrumentalisation des pratiques de Mahakala dans des enjeux sociaux, politiques, économiques et religieux est ici explicite, et qu'ils se demanderont si elle ne serait pas significative de l'état des lieux de cette tradition.La valeur de ce document est qu'il est détaillé, qu'il est offert en version anglaise et tibétaine sur le même document, qu'il provient du coeur d'un de ces lignages du tantrisme bouddhique, et qu'il est disponible sur un de ses sites Web officiels : http://karmapa-issue.org/Cette lettre de Togpa Rinpoché vous paraît significative et vous souhaitiez pouvoir y revenir ultérieurement ? Si la législation en vigueur sur votre territoire national permet explicitement ce type de copie privée, il serait une bonne idée d'en garder un enregistrement sur votre ordinateur, car il se pourrait que ce document polémique (et qui choquera sans doute les lecteurs, comme il m'a choqué) ne reste pas longuement sur le site officiel où il est aujourd'hui publié.


[ Ce qui suit est sans relation avec ce qui précède : ]


Sacrifices humains ou non ?
Y a-t-il eu des sacrifices rituels d’enfants par ensevelissement (dans des buts de « protection magique ») lors de certaines cérémonies de consécration des fondations de monastères lamaïstes ?
Un texte de 1998 pose cette question, il est souvent repris sur le Web, mais il est difficile d’attester de ses sources primaires. Ce thème est abordé explicitement dans le premier d’une collection de plusieurs articles documentés, proposant une vision maoïste très favorable à la révolution culturelle chinoise et à l’occupation du Tibet.

Ces articles ne sont pas signés, ce qui peut d’ailleurs se comprendre si les auteurs, résidant par exemple aux Etats-Unis, craignent de s’exposer à des pressions à cause de leur engagement politique. Mais cela ne facilite pas la validation ou l’invalidation de ces propositions.

Il serait crucial, c'est-à-dire indispensable, de pouvoir retrouver les documents, sans doute des articles ou rapports sur papier, antérieurs à l’existence d’Internet (Internet est apparu, je crois, au milieu des années 90), s’ils existent, et qui présenteraient des évidences fondant cette thèse.

Que faut-il en penser ? : « Après la “libération” [l’occupation du Tibet par les troupes chinoises, ndt], des serfs rapportèrent explicitement que des lamas avaient pratiqué des sacrifices humains rituels – incluant l’enfouissement d’enfants de serfs, vivants, pendant les cérémonies de consécration des fondations de monastère. Certains de ceux qui avaient été préalablement des serfs [sous le joug féodal et lamaïste] témoignèrent qu’au moins 21 personnes avaient été sacrifiées par des moines en 1948 dans l’espoir d’empêcher la victoire de la révolution maoïste. »

in : Revolutionary Worker #944, February 15, 1998 When the Dalai Lamas Ruled: http://rwor.org/a/firstvol/tibet/tibet1.htm

Deux autres articles en ligne existent qui font suite au précédent ; http://rwor.org/a/firstvol/tibet/tibet2.htm et http://rwor.org/a/firstvol/tibet/tibet3.htm




XIII
Droits des victimes



"Vous avez des droits, et nous vivons dans un état de droit. N'oubliez jamais de prendre conseil, et d'envoyer un courrier au Procureur de la République. C'est le minimum, si vous désirez réparer un préjudice subi, ou venir indirectement en aide aux adeptes d'une institution qui abuserait de leur état de faiblesse ou d’ignorance, les maintenant dans un état de sujétion physique ou mentale. La loi du silence, l'acceptation de tout, conduisent à la continuation des délits." (extrait du site Web de l'Unadfi)


L’UNADFI défend les droits de la victime de dérives sectaires
l'UNADFI, au niveau national, soutient les familles et des individus victimes, lors des procès qui mettent en cause des dérives sectaires et participe aux activités de la Miviludes qui coordonne la vigie des dérives sectaires au niveau interministériel. Localement, les ADFI offrent un accueil et une écoute des victimes dans les départements français sous forme de permanences, et tiennent à jour les informations qu'elles reçoivent. Ses bénévoles savent d'ailleurs qu'ils sont particulièrement exposés aux activités d'intimidation des organisations dont ils reçoivent les victimes ou les familles des victimes.
L'UNADFI suit ainsi attentivement l'évolution des dérives sectaires dont elle est bien informée. Il est logique que les groupes incriminés, parfois dotés d'une certaine capacité financière, voire même d'une capacité financière certaine, tentent de faire obstacle à cette structure associative et essentiellement bénévole.Il me semble que l'UNADFI (à moins que ce ne fût une ADFI locale) était d'ailleurs partie civile aux côté de la famille qui a obtenu réparation dans l'affaire du Néophare (suicide de disciple) cet été 2005 (jugement confirmé en appel). La peine de prison de 3 ans a été infligée en appel avec sursis pour le "maître spirituel" incriminé, mais les amendes et dommages et intérêts qui dépassent en tout 100 000 euros lui donneront l'occasion de méditer attentivement sur les conséquences de ses actes. Il risquait 5 ans de prison ferme.
C'était la première application en France de la loi About Picard qui permet de sanctionner l'abus de faiblesse ou d'ignorance sur des personnes en état de sujétion physique ou mentale. Cette récente loi About Picard semble être un nouveau poil à gratter pour des organisations sujettes aux dérives sectaires (et surtout pour leurs maîtres à penser) qui protestent véhémentement sur le Net à son sujet.Extrait du site de l'UNADFI :U.N.A.D.F.I. : UNION NATIONALE DES ASSOCIATIONS DE DEFENSE DES FAMILLES & DE L'INDIVIDU130 rue de Clignancourt75018 PARIS + 33 1 44 92 35 92Fax: + 33 1 44 92 34 57http://www.unadfi.com/contact/
L'Unadfi a des antennes départementales, les Adfi, qui proposent des permanences d'accueil, leur liste est sur le site national de l'Unadfi.Le site est aussi une riche source d'information sur l'actualité des dérives sectaires, et il peut être intéressant de le surfer en choisissant par exemple les pages où les informations sont classées chronologiquement, mois par mois. On découvre que chaque jour ou presque des nouvelles sont ainsi répertoriées et brièvement commentées.D'un point de vue extérieur l'activité de l'UNADFI peut paraître un moyen de vigie du développement de nouveaux mouvements religieux, formations "ésotériques" ou alternatives et communautés new age. En réalité il faut bien admettre que c'est le soutien le plus efficace des personnes victimisées ou abusées par certaines dérives de certains de ces mouvements. Ces victimes, qui ont parfois subi un grave préjudice et ne savaient pas vers qui se tourner, trouvent avec l'UNADFI une écoute, un interlocuteur, de l'aide et de la compétence distinctive. En cela l'UNADFI est une précieuse intiative citoyenne qu'il faut soutenir et accompagner. Elle souhaite aujourd'hui se rapprocher des DDASS ainsi que du Ministères des Affaires Sociales pour mieux mailler son action avec celle des services de l'Etat.
Les nouveaux mouvements religieux qui attaqueraient l'UNADFI en justice auraient des raisons de découvrir en quoi leur initiative est une idée regrettable, voire l'avenir le dira, suicidaire. Ils risqueraient fort de perdre le statu quo qui leur permettait encore d'opérer dans le tissu sociétal, et d'enclencher un processus irréversible d'examen qui - loin de nuire à l'UNADFI - exposerait bien davantage encore leurs propres mécanismes confidentiels, leurs intérêts stratégiques discrets et néanmoins mercatiques, et cela encouragerait les services de l'Etat a regarder de plus près, voire de très près, la transparence et la légalité de leurs fonctionnements en éveillant davantage l'intérêt de la MIVILUDES, des services préfectoraux et des Renseignements Généraux, des URSSAF, des impôts, des services d'urbanisme, de la DDASS, etc.Pour envisager ce genre de confrontation avec l'UNADFI, puis avec l'appareil des services de l'Etat, il faut arriver avec les mains très propres.




Défendre les droits des victimes
A la demande de personnes qui m'ont contacté et à toutes fins utiles pour les internautes, voici quelques adresses pour vous défendre ou défendre les droits de ceux qui seraient victimes par exemple d'un délit d'abus de faiblesse ou d'ignorance sur personnes en état de sujétion physique ou mentale. "L'expérience a montré qu'une démarche consistant, pour les pouvoirs publics, à qualifier de "secte" tel ou tel groupement et à fonder leur action sur cette seule qualification ne permettrait pas d'assurer efficacement cette conciliation et de fonder solidement en droit les initiatives prises. Aussi a-t-il été décidé, plutôt que de mettre certains groupements à l'index, d'exercer une vigilance particulière sur toute organisation qui paraît exercer une emprise dangereuse pour la liberté individuelle de ses membres afin d'être prêt à identifier et à réprimer tout agissement susceptible de recevoir une qualification pénale ou, plus généralement, semblant contraire aux lois et règlements. ." (Extrait des directives du premier ministre, mai 2005, le texte intégral est présenté à la fin de ce message.)Vérifiez que le mouvement dont un proche ou vous-même avez été victime n'a pas déjà été épinglé dans le rapport de la commission parlementaire Gest-Guyard de 1996. On y notait quelques mouvements (j'en ai compté 6), se réclamant du bouddhisme parmi les 173 répertoriés.G.E.M.P.P.I. : GROUPE D'ETUDE DES MOUVEMENTS DE PENSEE EN VUE DE LA PREVENTION DES INDIVIDUSB.P. 2416 13000 Marseille cedex 2+ 33 4 91 0872 22+33 4 91 0872 22C.C.M.M. : CENTRE DE DOCUMENTATION, D'EDUCATION & D'ACTION CONTRE LES MANIPULATIONS MENTALES - CENTRE ROGER IKOR -3 rue lespagnol75020 Paris01.44.64.02.40
Contacts administratifsMIVILUDES (Mission Interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)66, rue de Bellechasse75007 PARIS FRANCE01 42 75 76 08Fax: 01 42 75 77 76site internet : http://www.miviludes.gouv.fr/MINISTÈRE DE L'EDUCATION NATIONALE CPPS /CELLULE CHARGÉE DE LA PRÉVENTION DES PHÉNOMÈNES SECTAIRES DANS L'EDUCATIONMonsieur l'Inspecteur 110, rue de Grenelle75357 cedex 07 Paris 01.55.55.28.60Fax : 01.55.55.06.50 MINISTÈRE DE L'EMPLOI ET DE LA SOLIDARITÉAdresser tout courrier à:Mr. le Directeur de l'Action Sociale,Ministère de l'Emploi et de la Solidarité75696 PARIS CEDEX 14Objet: Sectes/Dérives sectaires (à rappeler sur toute correspondance)DELEGATION GENERALE A L'EMPLOI ET A LA FORMATION PROFESSIONNELLEA contacter pour toute demande concernant un organisme de formation suspectDélégation Générale à l'Emploi et à la Formation ProfessionnelleGroupe National de Contrôle7 square Max Hymans75741 PARIS CEDEX 1501 44 38 33 61 (secrétariat)

Contacts sur InternetVous pouvez également informer Mathieu Cossu et lui faire part d’une éventuelle mésaventure liée à une dérive sectaire si celle-ci est documentée et attestée. C’est le webmestre attentif du site Prevensectes : http://www.prevensectes.com/(articles, actualités et témoignages. Site très informé et tenu à jour quotidiennement.)http://psyvig.com/« Psychothérapie Vigilance est au service des demandeurs de soin psychique et des victimes de psychothérapies déviantes ou abusives.»Quelque mouvement qui se réclame du bouddhisme met en place actuellement un réseau de "psychothérapeutes". Si on vous propose leurs services, vérifiez qu’ils sont bien inscrits au registre national des psychothérapeutes. Tous les médecins y sont inscrits de plein droit (ainsi que quelques autres professions reconnues). Vérifier à cette adresse.
La nouvelle Loi dite About Picard de juin 2001 protège mieux les personnes : « CODE PENAL (Partie Législative) Section 6 bis : De l'abus frauduleux de l'état d'ignorance ou de faiblesse Article 223-15-2 (Loi nº 2001-504 du 12 juin 2001 art. 20 Journal Officiel du 13 juin 2001)(Ordonnance nº 2000-916 du 19 septembre 2000 art. 3 Journal Officiel du 22 septembre 2000 en vigueur le 1er janvier 2002)Est puni de trois ans d'emprisonnement et de 375000 euros d'amende l'abus frauduleux de l'état d'ignorance ou de la situation de faiblesse soit d'un mineur, soit d'une personne dont la particulière vulnérabilité, due à son âge, à une maladie, à une infirmité, à une déficience physique ou psychique ou à un état de grossesse, est apparente et connue de son auteur, soit d'une personne en état de sujétion psychologique ou physique résultant de l'exercice de pressions graves ou réitérées ou de techniques propres à altérer son jugement, pour conduire ce mineur ou cette personne à un acte ou à une abstention qui lui sont gravement préjudiciables.Lorsque l'infraction est commise par le dirigeant de fait ou de droit d'un groupement qui poursuit des activités ayant pour but ou pour effet de créer, de maintenir ou d'exploiter la sujétion psychologique ou physique des personnes qui participent à ces activités, les peines sont portées à cinq ans d'emprisonnement et à 750000 euros d'amende. »
Une peine de prison de 3 ans avec sursis (6 mois fermes) a récemment été prononcée à l'encontre du "maître à penser" dans une affaire de groupe spirituel (suicide d'un disciple, tentatives de suicides d'autres disciples). C'est la première fois que la loi de 2001 a été appliquée. Le jugement en appel a été prononcé début juillet 2005 et a confirmé le jugement avec une amende portée de 90 000 euros à 100 000 euros et 1500 euros de dommages et intérêts. Cette décision devrait faire jurisprudence.

L’infraction de travail dissimulé (source : Miviludes) : « Elle a été créée, on l’a vu, par la loi du 11 mars 1997 et, remplaçant la notion de travail clandestin, elle permet une meilleure prise en compte par le juge des pratiques illicites.En outre, le législateur a considérablement alourdi les peines sanctionnant le travail dissimulé, qui est passé du domaine contraventionnel au domaine délictuel : pour les personnes physiques, les peines peuvent aller jusqu’à 200.000 francs d’amende et deux ans de prison ; pour les personnes morales, elles peuvent être portées à 1 million de francs et être assorties de peines complémentaires telles que la dissolution de l’association ou de la société, le placement sous surveillance judiciaire, la fermeture temporaire ou définitive des établissements, la confiscation des biens qui ont servi à l’infraction (art. L. 362-6 du code du travail).La panoplie ainsi considérablement renforcée doit permettre dorénavant au juge de sanctionner efficacement le travail illégal. La tendance des mouvements sectaires, que nous avons analysée, à abuser du bénévolat, rencontre donc, sur la base des nouvelles dispositions, un obstacle sérieux à son exercice. »
Le rapport de la commission parlementaire (1999) "les sectes et l'argent" présente plusieurs aspects précis de cette question du bénévolat dans les nouveaux mouvements religieux : « Le point de départ réside généralement dans l'emploi de bénévoles, pratique très courante dans le domaine associatif, comme nous l'avons vu plus haut. Il y a recours abusif au bénévolat et dissimulation d'emploi salarié lorsque l'on trouve dans l'activité des bénévoles tous les éléments constitutifs du contrat de travail, à savoir : un travail, un lien de subordination entre celui qui le donne et celui qui l'exécute, enfin une rémunération.[...] Dans tous les cas, le non-paiement de cotisations sociales ou la minoration de celles-ci vont naturellement de pair avec la dissimulation d'activité ou celle d'emploi salarié. La faiblesse du nombre de salariés déclarés par les organisations sectaires laisse craindre de telles dissimulations. [...] »
La politique actuelle de l’état : « exercer une vigilance particulière sur toute organisation qui paraît exercer une emprise dangereuse pour la liberté individuelle de ses membres » Voici les directives du Premier Ministre :« JO, 27 mai 2005 J.O n° 126 du 1 juin 2005 page 9751texte n° 8Décrets, arrêtés, circulairesTextes générauxPremier ministreNOR: PRMX0508471C Paris, le 27 mai 2005. Le Premier ministre à Mesdames et Messieurs les ministres et secrétaires d'Etat, Mesdames et Messieurs les préfets En créant, par le décret du 28 novembre 2002, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (MIVILUDES), le Gouvernement a entendu réorganiser l'action préventive et répressive des services de l'Etat à l'encontre de ces agissements. […] L'action menée par le Gouvernement est dictée par le souci de concilier la lutte contre les agissements de certains groupes, qui exploitent la sujétion, physique ou psychologique, dans laquelle se trouvent placés leurs membres, avec le respect des libertés publiques et du principe de laïcité. L'expérience a montré qu'une démarche consistant, pour les pouvoirs publics, à qualifier de "secte" tel ou tel groupement et à fonder leur action sur cette seule qualification ne permettrait pas d'assurer efficacement cette conciliation et de fonder solidement en droit les initiatives prises. Aussi a-t-il été décidé, plutôt que de mettre certains groupements à l'index, d'exercer une vigilance particulière sur toute organisation qui paraît exercer une emprise dangereuse pour la liberté individuelle de ses membres afin d'être prêt à identifier et à réprimer tout agissement susceptible de recevoir une qualification pénale ou, plus généralement, semblant contraire aux lois et règlements. Ce souci de sécurité juridique, loin d'affaiblir l'action menée, ne fait que mieux garantir son efficacité. Il est clair, toutefois, qu'une telle démarche ne peut être pleinement efficace que si les fonctionnaires et agents publics mènent, avec discernement, une véritable action de terrain : - ils doivent s'attacher à rechercher et à identifier, dans leur périmètre d'attributions, toute activité, quelle que soit sa forme, susceptible de revêtir un caractère "sectaire", parce qu'elle place les personnes qui y participent dans une situation de sujétion ou d'emprise et tire parti de cette dépendance;
- cette activité doit alors être suivie avec une extrême vigilance de manière à prévenir tout agissement répréhensible et, s'il se produit, à engager sans délai l'action répressive. Cette vigilance doit s'exercer en tenant compte de l'évolution du phénomène sectaire, qui rend la liste de mouvements annexée au rapport parlementaire de 1995 de moins en moins pertinente. On constate en effet la formation de petites structures, diffuses, mouvantes et moins aisément identifiables, qui tirent en particulier parti des possibilités de diffusion offertes par l'internet. Cette vigilance est particulièrement cruciale à l'égard de certains groupes fondés sur une conception totalitaire et pratiquant un fonctionnement occulte, dont les agissements peuvent avoir des conséquences irréparables. […]
Le cas des enfants et des adolescents devra faire l'objet d'une attention particulière de façon à assurer la protection qui leur est due. [...]

[…] Le recours à des listes de groupements sera évité au profit de l'utilisation de faisceaux de critères. Je vous demande de procéder à cette mise à jour au plus tard pour le 31 décembre 2005.
Le premier Ministre. »



XIV
Little buddha



राम बम्जन
Le "little Buddha" du Népal, 2006, vu de loin en digital vidéo, il ne s'agit pas pour autant de cinéma...


Ne concluez pas de ce livre, ou du moins de la lecture de ses précédents chapitres, que l'aventure spirituelle serait impossible ! C'est ce que nous montre un nouveau venu qui fait beaucoup parler de lui, sans dire un mot : on l'appelle déjà « little buddha », et ce n'est pas un film...Little buddha existe, je l'ai vu à la télé !Il s’appelle Palden Dordjé, ou राम बम्जन Ram Bahadur Bomjon de son nom religieux, parfois aussi transcrit : Ram Bahadur Banjan.

Ce jeune homme (Ram Bomjon) a médité en samadhi pendant huit mois au pied d'un arbre. On pourra trouver sa photo ci-dessus et d’autres photos dans le corps de texte de ce chapitre.
Voici quelques réflexions écrites à chaud pendant cette période :

Ce jeune garçon qui médite au départ sans soutien institutionnel (et qui rallie aujourd'hui de nombreux admirateurs inévitablement), montre bien que la pratique du bouddhisme dépend des qualités de la personne, des conditions de l'environnement aussi, et que l'intercession d'un maître spirituel n'est pas un passage obligé. Mais, il semble que la fascination soit telle qu'un nouveau culte émerge actuellement. Ce qui risque de déranger ce méditant, ou de l'assiéger littéralement de passion et d'attention dont il se passerait sans doute fort bien. La chaîne de télévision Fr2 a consacré un reportage d'envoyé spécial à ce sujet et sans doute certains l'ont vu aussi à la télévision récemment.
Comme on le devine peut-être sur certaines photos, notre little buddha sort de temps à autre de l'absorption profonde pour ouvrir les yeux, sourire un instant comme s'il passait d'une expérience de réalité à une autre, et revient vers le samadhi.
Personnellement je ne suis pas tout à fait convaincu qu’il ne mange, ni ne boive, ni n’aille à la toilette comme il est dit. La question de savoir s'il se nourrit ou s'il se réhydrate est sans doute secondaire d’un point de vue des idées ou de son message d’éveil spirituel, même si elle devient un sujet aussi de fascination pour les medias. En tout état de cause s'il s'alimente ou se réhydrate (ce qui serait bien normal d'ailleurs et sans doute indispensable !) il semble le faire très discrètement, au point que personne ne le voit ni boire, ni manger, ni aller à la toilette. A titre personnel cela me fait plaisir de voir que l'aventure authentique de la méditation reste possible sans aucune interface institutionnelle, même si de nouveaux marchands du temple sont déjà aguichés par le nouveau jack pot d'un "bouddha vivant" et que le monastère local est fier de cette nouvelle légitimité (c'est tout à leur honneur) et de cette nouvelle pertinence en s'associant à l'initiative individuelle du jeune homme en méditation...
Les médias occidentaux aussi, qui vendent de l'espace publicitaire aux annonceurs, se saisissent aujourd'hui de cette nouvelle insolite. Histoire de prendre le train de l'éveil en marche pour gagner quelque argent avec la fascination collective pour celui... qui a justement renoncé à l'argent. La force et le courage discret de l'initiative de ce très jeune homme sont des facteurs encourageants, et - éveil complet, relatif ou conscience ordinaire au bout de son chemin - il nous a déjà tous fait avancer par son exemple si modeste et si humain. Le tout est qu'il ne force pas et garde sa santé. Car même au nom de l'éveil, la préservation de la vie reste toujours la priorité.
Je pense que c’est une bonne chose aussi que sur les forums de sensibilité bouddhiste on montre aujourd’hui les aspects illusoires, fascinants de ce phénomène cultuel et médiatique.

A titre personnel j’apprécie le fait que ce jeune homme s’est lancé tout seul, qu’il a été rattrapé par la fascination des autres, mais qu’il continue quand même son chemin seul. Je veux dire par là qu’il n’est pas dans un centre de retraites collectives, qu’il n'a pas besoin de la visite d’un "gourou" pour poursuivre ou orienter son expérience, et qu’il compte sur ses forces et sur la présence d’un jeune parent pour l’assister et tenir à bonne distance les curieux. Le soir à 5 heures, un rideau est placé afin qu'il soit soustrait à la vue du public, et cela jusqu'à 5 heures du matin.
En effet la terrible passion religieuse, l’attention énorme portée sur lui, le cercle des curieux autour des deux cercles concentriques de clôtures risque de constituer des obstacles difficiles… Difficile de ne pas se sentir assiégé, il lui faut vraiment une sérénité à toute épreuve…
Mais je dirais que dans l’ensemble cette histoire reste encore intéressante, même si elle risque de verser progressivement dans le sensationnel et ses illusions.
Oui, comme me le disait une amie sur son blog (T., vous vous reconnaîtrez !) la réflexion, c’est peut-être ce qui manque à la force de cette juvénile expérience qui est désormais rendue médiatique…
Mais je garde mon crédit à ce jeune homme, c’est tout ce que je peux lui donner pour l’accompagner, pas grand chose donc : j’essaye juste de voir son pari méditatif de manière positive.
Décidément notre “little buddha” fait couler beaucoup d’encre !
Il a seize ans, et je lui laisse le privilège du doute, et même le droit à un peu d’orgueil lorsqu'il donne des conseils à ses proches sur leur alimentation (il leur a conseillé de s'alimenter de manière végétarienne). Il ne demande ni argent, ni reconnaissance, ni pouvoir : il a commencé tout seul dans cette jungle sombre et un peu hostile, avant d’être rattrapé par la fascination des hommes (il paraît même que la forêt a été défrichée progressivement autour à cause de l’engouement que sa présence a amené).
Je veux dire par là que ce garçon est net, qu'il n'est encore mouillé dans aucun scandale, et que personne n'a eu à souffrir de lui, de ses choix, de ses paroles, ni de ses actes. C'est lui qui prend des risques, il n'en fait pas prendre à d'autres en son nom.
Alors je n'ai aucune raison de lui refuser le crédit qu'on doit a priori à toute personne qui se lance, qui essaye, qui prend des risques personnels pour une cause somme toute estimable et respectable. Et en plus sa jeunesse fait que je me dois de le traiter avec des égards, car en plus il a le droit à l'erreur. A seize ans, il a le privilège de pouvoir essayer, sans que ce ne soit a priori suspect.
Sa méditation est publique certes, mais il ne l’a pas recherché. Il est moins public qu’un tulkou qui se hisse sur un trône pour répéter les leçons apprises de son précepteur. Il est assis au creux des racines de cet arbre, en toute simplicité. J’ai une certaine sympathie pour cet esprit des débutants ou des novices qui soulève les montagnes.
J’aime bien aussi qu’il ait eu envie de tenter l’aventure du bouddha, lui-même, avec sincérité et en s’engageant vraiment, je respecte cela. J’ai tendance à dire “respect, Monsieur”. Il a dit d'ailleurs qu'il n'était pas un bouddha, et qu'il aspirait à devenir un "bodhisattva"...
Bien entendu le devenir et la caisse de résonance de cette aventure sont des incertitudes supplémentaires pour le jeune méditant. Je crains aussi pour sa santé.

Mais cela ne me déplait pas quand quelqu’un fait quelque chose sans calculer, sans discours, sans blabla. Just sit and meditate : juste s’asseoir et méditer. C’est aussi une belle leçon qu’il donne à tous les bavards dans mon genre.

Franchement il m’a "épaté", et c’est agréable aujourd’hui d’être étonné par tant de simplicité. En revanche son statut d'enfant de milieu modeste, issu d'un pays pauvre lui vaut sans doute la condescendance d'Occidentaux en quête d'une image idéale du bouddhisme, ou plutôt d'une image statutaire, valorisante de cette quête spirituelle. Le modeste lieu de méditation dans la forêt, la robe de coton un peu passée, la fine poussière sur le corps, l'entourage humble de ses voisins qui le soutiennent et le protègent des intrusions, agissent sans doute inconsciemment pour repousser certains Européens.
Ils ont recours à une certaine dévalorisation du jeune homme népalais, allant jusqu'à réduire (je l'ai lu), ses qualités à celles de l'arbre qui l'abrite, ou à invoquer l'argument de la foire à la spiritualité, de l'exploitation commerciale pour le déconsidérer, non sans une certaine cruauté.
En réalité c'est un peu des rapports pays riches / pays pauvres qui se jouent ici. Des Européens des classes moyennes considèrent le bouddhisme comme un signe de standing et de distinction sociale en Occident.
Alors ne voient-ils pas (sans s'en rendre compte) d'un mauvais oeil cet enfant asiatique issu d'un milieu modeste et d'un pays pauvre s'asseoir spontanément plus de douze heures par jour en samadhi sous un arbre ? Pour les Occidentaux des pays riches, en dépit de leurs gadgets de méditation, de leurs coussins spéciaux, de leurs centres du dharma clinquants, le "samadhi" c'est encore une promesse vague, et l'éveil juste un sujet de conversation sur les forums...

Cet adolescent asiatique qui pratique aisément et dans une pauvreté totale est pour eux, et leur coeur parfois desséché par le confort, une terrible gifle. Ou plutôt le jeune Népalais leur tend un miroir étincelant pour qu'ils s'y voient, mais ils n'aiment pas le reflet peu flatteur et très exact qui leur est ainsi restitué.

Alors je croise les doigts pour que son aventure lui apporte le meilleur, et pour que le reste lui soit épargné, c’est un voeu pieux, mais ne faut-il pas se laisser étonner par les jeunes, lorsqu’ils manifestent beaucoup de mérite et de courage ?

Et puis quand il en aura assez de la foire autour, il fera le nécessaire : s’arrêter, continuer, déménager un peu plus loin des projecteurs et des admirateurs… Pas si facile… Il verra bien…

Pour en savoir davantage sur राम बम्जन , quelques liens utiles :
Pour en savoir davantage lire l'article détaillé de Wikipedia (en anglais, et qui comporte en bas de sa notice de nombreux liens utiles) :
http://en.wikipedia.org/wiki/Ram_Bonjom
Et ces articles trouvés sur des sites et des blogs francophones :
http://www.marianne-en-ligne.fr/exclusif/virtual/bizarre/e-docs/00/00/52/49/document_web.phtml
http://www.planetpositive.ch/version_2_0/news/articles/1560/des_nouvelles_de_ram_bahadur_bomjon.html
http://french.epochtimes.com/news/5-11-30/3074.html

राम बम्जन Ram Bahadur Bomjon (Palden Dordjé) médite...

Sans doute las de la publicité et de la pression médiatique et mercantile, Ram Bahadur Bomjon a effectivement "déménagé" en 2006 un peu plus loin, vers des contrées plus tranquilles, lointaines et profondes de la jungle népalaise, loin des lamaseries, des échoppes de souvenirs et des objectifs des caméras vidéo, juste accompagné de quelques proches, afin de poursuivre tranquillement son aventure spirituelle sans la dénaturer... L’aventure continue.

Photo : jeune homme âgé de 16 ans, surnommé affectueusement "little buddha" par le voisinage, méditant en samadhi au pied d'un arbre depuis 8 mois, au Népal, à 300 kms environ au Sud de Kathmandu, 2006.



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